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Un article de archiprêtre Vsevolod Tchapline (“Izvestia", 9 septembre )
Il y a vingt ans archiprêtre Alexandre Men était assassine.
Sa mémoire est présente dans nos coeurs et il ne s’agit pas seulement des circonstances tragiques de sa mort. L’enquête se poursuit jusqu’à présent, elle n’a pas encore apporté de réponses concluantes. Mais-ce vraiment l’identité des meurtriers qui nous importe?
Les discussions en vue d’établir l’authenticité de l’orthodoxie du prêtre assassiné ne sont plus depuis longtemps d’actualité.
Le père Alexandre, comme nombre d’entre nous, était à l’époque convaincu que l’Occident allait nous apporter une aide aussi considérable que désintéressée. Son attitude avait suscité des débats passionnés.
Il y a vingt ans archiprêtre Alexandre Men était assassine.
Sa mémoire est présente dans nos coeurs et il ne s’agit pas seulement des circonstances tragiques de sa mort. L’enquête se poursuit jusqu’à présent, elle n’a pas encore apporté de réponses concluantes. Mais-ce vraiment l’identité des meurtriers qui nous importe?
Les discussions en vue d’établir l’authenticité de l’orthodoxie du prêtre assassiné ne sont plus depuis longtemps d’actualité.
Le père Alexandre, comme nombre d’entre nous, était à l’époque convaincu que l’Occident allait nous apporter une aide aussi considérable que désintéressée. Son attitude avait suscité des débats passionnés.
Le père Men puisait sans compter aux trésors du monde occidental.
Ne suivait-il pas en cela l’exemple des pères Serge Boulgakov et Paul Florensky? Ils sont tous aujourd’hui imités par les auteurs de centaines de brochures et de blogs. Les idées préconisées par le père Alexandre ne sont pas aujourd’hui en attente de canonisation ou dans l’attente d’être anathémisées. Les critiques ne lui ont pas été épargnées, de son vivant comme pendant les deux décennies qui ont suivi son assassinat.
Dans les années 70 et 80 alors que l’intelligentsia occidentale s’adonnait au culte de la science, des milliers et des milliers d’hommes et de femmes d’une grande culture, véritable élite de la nation, ont en URSS embrassé le christianisme. Parmi eux de très nombreux nouveaux baptisés provenant du judaïsme. Il s’agissait d’un afflux sans précédent: nulle part, que ce soit en Amérique, en Europe ou en Orient les représentants de l’intelligentsia juive n’ont été aussi nombreux à solliciter le baptême.
A l’époque soviétique les liens qui existaient entre eux et l’Etat d’Israël où leurs coreligionnaires hors du pays étaient fort ténus. Ce n’est donc pas au père Alexandre que la communauté juive doit s’en prendre pour les juifs qui ne l’ont pas ralliée mais au régime soviétique. On disait du père Alexandre qu’il était “un apôtre” en mission chez les intellectuels. Il a été l’interlocuteur à part entière d’Alexandre Galitch, de Nadejda Mandelstam, de Soljénitsyne, enfin. L’un des facteurs ayant amené à l’Eglise tous ceux que je viens d’énumérer était la possibilité qu’ils avaient de s’imprégner, grâce aux radios sur ondes courtes, de la parole du métropolite Antoine (Bloom), de l’archevêque Jean (Shakhovskoy), du père Victor Potapov, du protopresbytre Alexandre Schmeman, du père Jean Krestiankine, du père Vsevolod Spiller, du père Dimitri Doudko et du père Alexandre Men, les quatre derniers résidaient en Russie. Il ne s’agissait pas de “dissidents” dans le sens habituel du terme, aucun ne s’ingérait dans la politique. Leur personnalité, leurs paroles faisaient comprendre qu’il n’y avait rien de „normal“ dans la vie soviétique. Hors, tout ce qui n’est pas normal ne peut être durable. Les esprits critiques étaient ainsi attirés vers le Christ et Son Eglise.
Le père Alexandre se concentrait sur le dialogue entre la foi chrétienne et les sciences naturelles, sujet essentiel dans les débats des années 60 et 70. De même que les penseurs catholiques, à l’excès peut-être, il s’employait à prouver qu’il n’y a pas “incompatibilité” entre la religion et la science. La foi et les sciences naturelles existent dans des domaines qui sont les leurs propres et ont recours à des méthodes de pensée differentes. Le père Men a pour beaucoup démantelé les mythes soviétiques et occidentaux du “scientisme”. Les scientistes étaient persuadés de s’être arrogé le monopole non seulement de l’interprétation des données de la science mais aussi de détenir une conception du monde cohérente et sans aucune alternative.
Le père Men ne faisait pas partie des intellectuels cantonnés dans la dissidence, comme il y en avait tant en ex-URSS. Il vivait de sa foi, de son action au sein de l’Eglise et non de débats abstraits. Les offices, les homélies, les confessions ont tissé des liens entre le père Alexandre et nombre de ses fidèles si différents, parfois en marge de la société. Beaucoup venaient dans la paroisse de Novaya Derevnia par pure curiosité et y restaient à vie car ils y avaient rencontré leur père spirituel.
Le père Alexandre ne privait personne de son attention. Il excellait dans ses intervention devant toutes les catégories de public, même face à des auditeurs qui lui étaient hostiles.
Le souvenir du père Alexandre nous prouve, s’il le fallait, à quel point sont déplacés certains “prêtres chamans” de maintenant qui se limitent à accomplir les rites, à en recevoir la rétribution et à quitter orgueilleusement les lieux.
Il n’est pas fortuit que le père Alexandre ait consacré l’essentiel de son oeuvre à une histoire des religions en sept volumes. Et donc au dialogue entre les religions. C’est avec un immense respect que l’auteur de cette monographie traite les religions de l’Orient ancient, l’Islam, le judaïsme, le bouddhisme et l’hindouisme. Sans jamais cesse de témoigner que le Christ est la Voie et la Vérité….
Traduction " P.O."
Ne suivait-il pas en cela l’exemple des pères Serge Boulgakov et Paul Florensky? Ils sont tous aujourd’hui imités par les auteurs de centaines de brochures et de blogs. Les idées préconisées par le père Alexandre ne sont pas aujourd’hui en attente de canonisation ou dans l’attente d’être anathémisées. Les critiques ne lui ont pas été épargnées, de son vivant comme pendant les deux décennies qui ont suivi son assassinat.
Dans les années 70 et 80 alors que l’intelligentsia occidentale s’adonnait au culte de la science, des milliers et des milliers d’hommes et de femmes d’une grande culture, véritable élite de la nation, ont en URSS embrassé le christianisme. Parmi eux de très nombreux nouveaux baptisés provenant du judaïsme. Il s’agissait d’un afflux sans précédent: nulle part, que ce soit en Amérique, en Europe ou en Orient les représentants de l’intelligentsia juive n’ont été aussi nombreux à solliciter le baptême.
A l’époque soviétique les liens qui existaient entre eux et l’Etat d’Israël où leurs coreligionnaires hors du pays étaient fort ténus. Ce n’est donc pas au père Alexandre que la communauté juive doit s’en prendre pour les juifs qui ne l’ont pas ralliée mais au régime soviétique. On disait du père Alexandre qu’il était “un apôtre” en mission chez les intellectuels. Il a été l’interlocuteur à part entière d’Alexandre Galitch, de Nadejda Mandelstam, de Soljénitsyne, enfin. L’un des facteurs ayant amené à l’Eglise tous ceux que je viens d’énumérer était la possibilité qu’ils avaient de s’imprégner, grâce aux radios sur ondes courtes, de la parole du métropolite Antoine (Bloom), de l’archevêque Jean (Shakhovskoy), du père Victor Potapov, du protopresbytre Alexandre Schmeman, du père Jean Krestiankine, du père Vsevolod Spiller, du père Dimitri Doudko et du père Alexandre Men, les quatre derniers résidaient en Russie. Il ne s’agissait pas de “dissidents” dans le sens habituel du terme, aucun ne s’ingérait dans la politique. Leur personnalité, leurs paroles faisaient comprendre qu’il n’y avait rien de „normal“ dans la vie soviétique. Hors, tout ce qui n’est pas normal ne peut être durable. Les esprits critiques étaient ainsi attirés vers le Christ et Son Eglise.
Le père Alexandre se concentrait sur le dialogue entre la foi chrétienne et les sciences naturelles, sujet essentiel dans les débats des années 60 et 70. De même que les penseurs catholiques, à l’excès peut-être, il s’employait à prouver qu’il n’y a pas “incompatibilité” entre la religion et la science. La foi et les sciences naturelles existent dans des domaines qui sont les leurs propres et ont recours à des méthodes de pensée differentes. Le père Men a pour beaucoup démantelé les mythes soviétiques et occidentaux du “scientisme”. Les scientistes étaient persuadés de s’être arrogé le monopole non seulement de l’interprétation des données de la science mais aussi de détenir une conception du monde cohérente et sans aucune alternative.
Le père Men ne faisait pas partie des intellectuels cantonnés dans la dissidence, comme il y en avait tant en ex-URSS. Il vivait de sa foi, de son action au sein de l’Eglise et non de débats abstraits. Les offices, les homélies, les confessions ont tissé des liens entre le père Alexandre et nombre de ses fidèles si différents, parfois en marge de la société. Beaucoup venaient dans la paroisse de Novaya Derevnia par pure curiosité et y restaient à vie car ils y avaient rencontré leur père spirituel.
Le père Alexandre ne privait personne de son attention. Il excellait dans ses intervention devant toutes les catégories de public, même face à des auditeurs qui lui étaient hostiles.
Le souvenir du père Alexandre nous prouve, s’il le fallait, à quel point sont déplacés certains “prêtres chamans” de maintenant qui se limitent à accomplir les rites, à en recevoir la rétribution et à quitter orgueilleusement les lieux.
Il n’est pas fortuit que le père Alexandre ait consacré l’essentiel de son oeuvre à une histoire des religions en sept volumes. Et donc au dialogue entre les religions. C’est avec un immense respect que l’auteur de cette monographie traite les religions de l’Orient ancient, l’Islam, le judaïsme, le bouddhisme et l’hindouisme. Sans jamais cesse de témoigner que le Christ est la Voie et la Vérité….
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