La visite en France du président Poutine le lundi 29 mai a eu deux aspects.

Le chef d’État russe a rencontré Emmanuel Macron, le nouveau président de la République française, avec qui il a inauguré l’exposition « Pierre le Grand, un tsar en France. 1717 » qui est le signe d’un « partenariat particulier » entre le Domaine national de Versailles et de Trianon et le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. À cette exposition sont présentés plus de cent cinquante objets qui retracent « l’un des événements diplomatiques et culturels majeurs du début du règne de Louis XV ».

Mais en même temps le président Poutine a visité le Centre spirituel et culturel inauguré en décembre 2016 dans le 7e arrondissement de la capitale française sur le quai Branly. Cet ensemble comprend une cathédrale orthodoxe, un bâtiment d’expositions, une école, ainsi que la chancellerie du diocèse de Chersonèse, une salle de concert et des appartements pour le clergé et le personnel du service culturel de l’ambassade de Russie.

La cathédrale a été consacrée le 4 décembre dernier par le patriarche Cyrille de Moscou et de toute la Russie en présence de nombreux invités dont Svetlana Medvedeva, présidente du Fonds d’aide socio-culturelle, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, de l’archevêque Luigi Ventura, nonce apostolique en France. Dans son homélie, le Patriarche a « remercié la ville de Paris en la personne de son maire et tous ceux qui ont accueilli favorablement le projet de construction de cette cathédrale » ; puis Sa Sainteté a ajouté : « Comme me l’a dit il y a peu à Londres une personne très cultivée et célèbre, ce qui aujourd’hui se passe entre la Russie et l’Europe occidentale, c’est simplement un vent qui souffle contre le toit d’une maison où habitent des gens qui vivent du passé et du présent, se chauffent au coin de la cheminée, accueillent d’autres gens. »

Le passé et le présent qui unissent la Russie et la France sont encore apparus tout récemment à la session du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe.


Dans le procès-verbal daté du 9 mars 2017, on peut, entre autres, lire la décision d’inscrire au ménologe de l’Église orthodoxe russe, pour la vénération de toute l’Église, sainte Geneviève protectrice de Paris où elle a vécu à la fin du IVe ou au début du Ve siècle. On considère que pendant l’invasion des Huns conduits par Attila, Paris a été sauvé par l’intercession de Geneviève, qui avait alors 28 ou 29 ans: de façon tout à fait inattendue les barbares ont contourné la ville. Par les prières de Geneviève, le roi païen Clovis a embrassé la foi chrétienne, devenant ainsi le chef de file de la dynastie chrétienne de grands rois de France, les Mérovingiens aux longs cheveux. Ainsi la décision du Saint-Synode n’est pas seulement un geste spirituel adressé aux chrétiens français, c’est aussi pour beaucoup une preuve de la transformation de la Russie elle-même et de la compréhension de son nouveau rôle dans son entourage historique.

Mais il y a aussi quelque chose que la Russie attend de l’Occident.

Dans son discours lors de la consécration de la nouvelle église du monastère de la Sainte-Rencontre à Moscou, le président Poutine a relevé l’importance et la signification de l’événement pour les croyants orthodoxes, mais aussi pour toute la société : « Voici pourquoi : cette église est dédiée à la Résurrection de notre Seigneur et aux Nouveaux Martyrs, c’est-à-dire à la mémoire de ceux qui ont été réprimés pour leur foi dans la période de l’athéisme combattant, ceux qui sont morts de la répression, et en même temps c’est la preuve vivante d’une réconciliation. » La voie de la réconciliation signifie que nous ne renonçons à aucune des parties de notre complexe histoire millénaire. Mais aussi qu’il y a des erreurs qui méritent non la malveillance, mais qu’elles soient corrigées. Le Patriarche a parlé de l’une de ces erreurs en février de cette année lors de la visite d’Anne Hidalgo, maire de Paris, à la cathédrale du Christ-Sauveur.

Le Patriarche présentait les icônes anciennes venus de tous les coins du monde :

« C’est en effet une collection unique, mais elle est unique non seulement du point de vue historique ou artistique, elle est unique aussi parce que ces icônes reviennent de l’étranger en Russie. Sous le pouvoir soviétique beaucoup d’objets d’art ont été exportés à l’étranger, souvent à la suite d’actes criminels : les icônes étaient volées dans les églises puis exportées clandestinement et ainsi coupées de tout lien avec l’Église russe. Avant d’être élu patriarche, j’étais en charge des relations extérieures de l’Église et je m’étais fixé pour objectif de restituer à mon pays les œuvres iconographiques les plus importantes. J’ai, par miracle, pu retrouver deux collections privées que l’on s’apprêtait à vendre chez Christie’s en lots séparés parce que c’était plus rentable pour les vendeurs. Mais ce qui aurait été déplorable car ces collections auraient été dispersées dans le monde entier. Nous avons acquis la première collection en 1996, la seconde l’a été il y a peu, en 2007 ou 2008, grâce à des bienfaiteurs, car ces collections étaient assez chères. »

En France, il y a aussi des objets sacrés qui y sont apparus après 1917.


Par exemple, dans les collections du Louvre se trouve le scapulaire du saint prince André de Bogolioubovo, autrefois conservé dans la cathédrale de la Dormition de Vladimir, il a été vendu par les bolcheviques après la révolution. Ou encore l’icône de la Mère de Dieu « Jeu de l’Enfant » du XVIe siècle qui autrefois se trouvait à la Laure de la Trinité-saint-Serge. Elle a été achetée en 1933 dans un magasin Torgsin par Woldemar Verlaine, représentant à Moscou de la Croix Rouge.

La Russie qui construit de nouvelles églises et qui lance des ponts vers l’Église catholique (témoin l’accord du Vatican pour que les reliques de saint Nicolas le Thaumaturge, qui vont quitter Bari pour la première fois depuis 930 ans, soient présentées à Moscou), la Russie donc montre qu’elle renonce à une attitude de conflits. Il y a en Occident des gens qui le comprennent et font un pas vers elle. Comme le rappelait il y a peu John Tefft, l’ambassadeur des États-Unis, qui visitait le monastère de la Mère-de-Dieu-de-Tikhvine, où est présentée l’icône de Notre Dame de Tikhvine rendue en 2004 par Chicago. Cet exemple montre qu’il est temps que l’Occident reconnaisse que la Russie a renoncé au communisme en lui rendant les objets sacrés qui lui appartiennent. Espérons que la France fera partie des pays disposés à le faire.

Stanislav STREMIDLOVSKY
Lien Bogoslov ru Traduction "PO"

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 13 Juin 2017 à 15:13 | 0 commentaire | Permalien



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