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"P.O." tient à reprendre l’excellente nécrologie de Vladimir Dimitrijevic par Jean Besse, parue dans le N° 151 du « Messager orthodoxe ».
Notre dette à tous à l’égard du défunt est immense.
Jean Besse
La nouvelle de la mort accidentelle de l’éditeur Vladimir Dimitrijevic, fondateur de « L’Age d’Homme », près de Clamecy en la fête nationale serbe du Vidovdan le 28 juin 2011, a consterné tous les orthodoxes de France.
C’est en 1934 qu’il était né à Skopje, l’ancien uskub ottomane citée par Loti et aujourd’hui capitale d’une macédoine assez lamentablement persécutée internationalement et ecclésialement par le phylétisme hellénique. Son camarade d’enfance, le poète et romancier Vlada Urosevic, né la même année que lui, définit ainsi leur cité natale dans son chef- d’œuvre Ma cousine Emilie : « Je ne sais pas si vous le savez. Skopje est une ville qu’on ne peut atteindre que par des routes passant à travers les montagnes.
Notre dette à tous à l’égard du défunt est immense.
Jean Besse
La nouvelle de la mort accidentelle de l’éditeur Vladimir Dimitrijevic, fondateur de « L’Age d’Homme », près de Clamecy en la fête nationale serbe du Vidovdan le 28 juin 2011, a consterné tous les orthodoxes de France.
C’est en 1934 qu’il était né à Skopje, l’ancien uskub ottomane citée par Loti et aujourd’hui capitale d’une macédoine assez lamentablement persécutée internationalement et ecclésialement par le phylétisme hellénique. Son camarade d’enfance, le poète et romancier Vlada Urosevic, né la même année que lui, définit ainsi leur cité natale dans son chef- d’œuvre Ma cousine Emilie : « Je ne sais pas si vous le savez. Skopje est une ville qu’on ne peut atteindre que par des routes passant à travers les montagnes.
La mer est loin ; de la baie du Drin, en passant par les montagnes d’Albanie, il y a à vol d’oiseau quatre vingt milles marins ; et cent dix bien comptés jusqu’à la baie de Thessalonique. Le Vardar est un fleuve qui, l’été, a très peu d’eau et sur lequel n’ont jamais navigué à travers Skopje même de simples barques » . Enneigée l’hiver, brumeuse en automne, torride l’été, la ville est typique du climat continental de l’intérieur des Balkans, sur un fleuve indécis qui fut l’axe de l’offensive autrichienne en 1914 et allemande en 1941.
Fils de cette ville enclavée et ravagée périodiquement par de terribles secousses sismiques, Vladimir Dimitrijevic en avait la ténacité opiniâtre sans l’enfermement séculaire. S’il y a eu en effet «un passeur » entre les cultures les plus diverses, un éditeur parti de rien et tôt en exil, ce fut bien lui, à l’extraordinaire sensibilité littéraire et à l’atavisme orthodoxe cultivé consciemment. Un an avant sa mort tragique, le 30 juin 2010, en recevant solennellement à Paris ses amis d’enfance devenus artistes et écrivains, il avait évoqué avec une rare émotion, vivement ressentie par le nombreux public du Centre culturel de Serbie, ses années de jeunesse et ses difficiles débuts d’éditeur dans l’exil occidental. Installé finalement à Lausanne, il avait élevé pierre à pierre, avec ces pierres éternellement vivantes que sont les livres, la cathédrale littéraire de « L’Age d’Homme », comme pour rappeler en Occident orgueilleux et volontiers méprisant, alors perdu dans les méandres sans issue de l’existentialisme athée, l’immense héritage slave, russe, polonais, serbe, tchèque ou macédonien. Au fil des ans, le labeur de l’éditeur prit une ampleur insoupçonnée et se démultiplia en une série de librairies et une filiale éditoriale serbe à Belgrade.
La chute inespérée des régimes matérialistes totalitaires à l’Est, la découverte angoissée de Soljenitsyne par un Occident longtemps complice, favorisèrent et récompensèrent les initiatives de l’éditeur. Infatigable, toujours sur les routes, multipliant les soirées littéraires dans les métropoles où il rayonnait, Genève, Paris, Belgrade entre autre, il n’était fermé à aucune œuvre de l’esprit. Le sport sur lequel il écrivit avec talent, voisine dans son merveilleux catalogue avec les romans et les mémoires pour s’achever en beauté sur les premières traductions françaises du Dante slave, le prince poète Pierre Petrovitch Niegoch. Avec sa collection des « Grands spirituels orthodoxes du XX siècle », il révéla aux chrétiens occidentaux les nouveaux ascètes athonites et le génie de l’évêque de Jitcha Nicolas Velimirovitch, récemment canonisé. L’œuvre, à la fois si vaste et inspirée, des philosophes, archiprêtres et théologiens Serge Boulgakov et Paul Florenski est désormais disponible dans les brillantes traductions du regretté prince Constantin Andronikof. Il n’est pas jusqu’à l’histoire des villes de France qui n’ait été abordée par certains de ses auteurs.
Les héros serbes succombent depuis 1389 le jour du Vidovdan ; Vladimir Dimitrijevic en fut un, et des meilleurs.
Mémoire éternelle !
"PO" Décès de Vladimir Dimitrijević, fondateur et directeur des éditions L’Âge d’Homme
Fils de cette ville enclavée et ravagée périodiquement par de terribles secousses sismiques, Vladimir Dimitrijevic en avait la ténacité opiniâtre sans l’enfermement séculaire. S’il y a eu en effet «un passeur » entre les cultures les plus diverses, un éditeur parti de rien et tôt en exil, ce fut bien lui, à l’extraordinaire sensibilité littéraire et à l’atavisme orthodoxe cultivé consciemment. Un an avant sa mort tragique, le 30 juin 2010, en recevant solennellement à Paris ses amis d’enfance devenus artistes et écrivains, il avait évoqué avec une rare émotion, vivement ressentie par le nombreux public du Centre culturel de Serbie, ses années de jeunesse et ses difficiles débuts d’éditeur dans l’exil occidental. Installé finalement à Lausanne, il avait élevé pierre à pierre, avec ces pierres éternellement vivantes que sont les livres, la cathédrale littéraire de « L’Age d’Homme », comme pour rappeler en Occident orgueilleux et volontiers méprisant, alors perdu dans les méandres sans issue de l’existentialisme athée, l’immense héritage slave, russe, polonais, serbe, tchèque ou macédonien. Au fil des ans, le labeur de l’éditeur prit une ampleur insoupçonnée et se démultiplia en une série de librairies et une filiale éditoriale serbe à Belgrade.
La chute inespérée des régimes matérialistes totalitaires à l’Est, la découverte angoissée de Soljenitsyne par un Occident longtemps complice, favorisèrent et récompensèrent les initiatives de l’éditeur. Infatigable, toujours sur les routes, multipliant les soirées littéraires dans les métropoles où il rayonnait, Genève, Paris, Belgrade entre autre, il n’était fermé à aucune œuvre de l’esprit. Le sport sur lequel il écrivit avec talent, voisine dans son merveilleux catalogue avec les romans et les mémoires pour s’achever en beauté sur les premières traductions françaises du Dante slave, le prince poète Pierre Petrovitch Niegoch. Avec sa collection des « Grands spirituels orthodoxes du XX siècle », il révéla aux chrétiens occidentaux les nouveaux ascètes athonites et le génie de l’évêque de Jitcha Nicolas Velimirovitch, récemment canonisé. L’œuvre, à la fois si vaste et inspirée, des philosophes, archiprêtres et théologiens Serge Boulgakov et Paul Florenski est désormais disponible dans les brillantes traductions du regretté prince Constantin Andronikof. Il n’est pas jusqu’à l’histoire des villes de France qui n’ait été abordée par certains de ses auteurs.
Les héros serbes succombent depuis 1389 le jour du Vidovdan ; Vladimir Dimitrijevic en fut un, et des meilleurs.
Mémoire éternelle !
"PO" Décès de Vladimir Dimitrijević, fondateur et directeur des éditions L’Âge d’Homme
Rédigé par L'équipe Rédaction le 26 Décembre 2011 à 12:28
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