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Le quotidien français La Croix publie le 21 août un entretien avec le hiéromoine Alexandre Siniakov, dont voici le contenu:
ENTRETIEN avec le hiéromoine Alexandre Siniakov, responsable des relations extérieures du diocèse de Chersonèse, recteur du séminaire orthodoxe russe en France
Quels changements observe-t-on dans l’Église russe orthodoxe depuis l’élection du patriarche Kirill, le 27 janvier ?
P. Alexandre Siniakov : L’élection du patriarche Kirill Ier n’a pas changé grand-chose sur le plan humain, puisqu’il était déjà le numéro deux du Patriarcat de Moscou (en tant que responsable des relations extérieures), si ce n’est qu’il est plus jeune et en meilleure santé que son prédécesseur, Alexis II. Sur le plan de l’organisation, le saint-synode, principal organe décisionnel de l’Église, s’est déjà réuni trois fois : en mars à Moscou, en mai à Saint-Pétersbourg et fin juillet à Kiev. Jamais auparavant cette instance ne s’était réunie aussi loin de Moscou. Lors de la première réunion, le nouveau patriarche a modifié l’organigramme en créant trois instances synodales : une commission Église et société, sous la direction du P. Vsevolod Chaplin (ancien vice-président des relations extérieures) ; un département Communications, confié à Vladimir Legoïda (un laïc : une première !) ; enfin, un organe conciliaire de réflexion rassemblant des prêtres, moines et moniales, mais aussi des laïcs de Russie et de l’étranger. La création de ces instances est significative du désir d’ouverture du Patriarcat à la société. Kirill Ier souhaite que l’Église participe davantage au débat public et que les laïcs y aient une place plus importante.
ENTRETIEN avec le hiéromoine Alexandre Siniakov, responsable des relations extérieures du diocèse de Chersonèse, recteur du séminaire orthodoxe russe en France
Quels changements observe-t-on dans l’Église russe orthodoxe depuis l’élection du patriarche Kirill, le 27 janvier ?
P. Alexandre Siniakov : L’élection du patriarche Kirill Ier n’a pas changé grand-chose sur le plan humain, puisqu’il était déjà le numéro deux du Patriarcat de Moscou (en tant que responsable des relations extérieures), si ce n’est qu’il est plus jeune et en meilleure santé que son prédécesseur, Alexis II. Sur le plan de l’organisation, le saint-synode, principal organe décisionnel de l’Église, s’est déjà réuni trois fois : en mars à Moscou, en mai à Saint-Pétersbourg et fin juillet à Kiev. Jamais auparavant cette instance ne s’était réunie aussi loin de Moscou. Lors de la première réunion, le nouveau patriarche a modifié l’organigramme en créant trois instances synodales : une commission Église et société, sous la direction du P. Vsevolod Chaplin (ancien vice-président des relations extérieures) ; un département Communications, confié à Vladimir Legoïda (un laïc : une première !) ; enfin, un organe conciliaire de réflexion rassemblant des prêtres, moines et moniales, mais aussi des laïcs de Russie et de l’étranger. La création de ces instances est significative du désir d’ouverture du Patriarcat à la société. Kirill Ier souhaite que l’Église participe davantage au débat public et que les laïcs y aient une place plus importante.
Quelles sont les relations entre le nouveau patriarche et le président Medvedev ?
Elles semblent constructives. Ils se sont vus le 21 juillet, dans le cadre d’une rencontre avec les représentants des quatre religions « traditionnelles » en Russie (christianisme, islam, judaïsme et bouddhisme). Lors de cette rencontre, deux demandes religieuses, restées dans l’impasse sous Alexis II, ont été débloquées par le président Medvedev : l’une concerne l’instauration de cours facultatifs de culture religieuse dans l’enseignement primaire et secondaire ; l’autre, l’introduction d’aumôniers de ces quatre traditions dans les armées d’ici à 2012. Ces deux questions avaient fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, provoquant la critique tant des anticléricaux que des religieux fondamentalistes.
L’actuel gouvernement semble vouloir se rapprocher de l’Église, pourquoi ?
Des deux côtés, on essaie de parvenir à des relations plus pacifiées. D’un côté, Kirill qui, en tant que principal auteur, en 2000, de la Doctrine sociale de l’Église russe orthodoxe (1), préconisait une non-ingérence totale entre Église et État – ce que d’aucuns lui avaient reproché –, a l’occasion désormais de mettre cela en pratique. D’un autre côté, de plus en plus de hauts fonctionnaires se font connaître comme orthodoxes pratiquants. Ainsi, l’actuel ministre de la justice est diplômé en théologie. Pour la nouvelle génération, devenir orthodoxe pratiquant est une bonne façon de se distinguer du passé soviétique. Un des grands défis pour l’Église est incontestablement de dépasser les clivages idéologiques et d’aider à l’unité du peuple russe. C’est pourquoi elle veille à ne pas prendre parti dans les débats actuels entre nostalgiques et dénonciateurs du communisme, et à ne pas se faire manipuler par des courants nationalistes et xénophobes. De même, sur le plan diplomatique, l’Église orthodoxe ne pourra aider à améliorer l’image de la Russie qu’en restant totalement autonome et indépendante par rapport à l’État. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle pourra représenter la Russie historique, éternelle. Mais le danger que l’Église russe se transforme à nouveau en excroissance de l’État est réel.
En quoi la foi orthodoxe peut-elle contribuer à une Russie plus forte, plus unie ?
L’Église apparaît comme la seule institution qui a subsisté à tous les régimes (quatre en un siècle !). En ce sens, elle bénéficie d’un formidable potentiel qu’elle n’a pas encore mis à profit. Or, le patriarche Kirill Ier a compris qu’il fallait être plus visible. Lui-même a le sens des médias ; il anime d’ailleurs depuis quinze ans l’émission très écoutée « Parole d’un pasteur », le samedi matin sur une chaîne publique. Le principal défi du nouveau patriarche est de faire revenir à l’église les millions de Russes baptisés qui n’y mettent jamais les pieds : 70 % des Russes se disent orthodoxes, mais moins de 5 % fréquentent l’église tous les dimanches.
Recueilli Claire LESEGRETAIN
(1) Publiée en français sous le titre Les Fondements de la doctrine sociale (Cerf, 194 p., 15 €).
Elles semblent constructives. Ils se sont vus le 21 juillet, dans le cadre d’une rencontre avec les représentants des quatre religions « traditionnelles » en Russie (christianisme, islam, judaïsme et bouddhisme). Lors de cette rencontre, deux demandes religieuses, restées dans l’impasse sous Alexis II, ont été débloquées par le président Medvedev : l’une concerne l’instauration de cours facultatifs de culture religieuse dans l’enseignement primaire et secondaire ; l’autre, l’introduction d’aumôniers de ces quatre traditions dans les armées d’ici à 2012. Ces deux questions avaient fait couler beaucoup d’encre ces dernières années, provoquant la critique tant des anticléricaux que des religieux fondamentalistes.
L’actuel gouvernement semble vouloir se rapprocher de l’Église, pourquoi ?
Des deux côtés, on essaie de parvenir à des relations plus pacifiées. D’un côté, Kirill qui, en tant que principal auteur, en 2000, de la Doctrine sociale de l’Église russe orthodoxe (1), préconisait une non-ingérence totale entre Église et État – ce que d’aucuns lui avaient reproché –, a l’occasion désormais de mettre cela en pratique. D’un autre côté, de plus en plus de hauts fonctionnaires se font connaître comme orthodoxes pratiquants. Ainsi, l’actuel ministre de la justice est diplômé en théologie. Pour la nouvelle génération, devenir orthodoxe pratiquant est une bonne façon de se distinguer du passé soviétique. Un des grands défis pour l’Église est incontestablement de dépasser les clivages idéologiques et d’aider à l’unité du peuple russe. C’est pourquoi elle veille à ne pas prendre parti dans les débats actuels entre nostalgiques et dénonciateurs du communisme, et à ne pas se faire manipuler par des courants nationalistes et xénophobes. De même, sur le plan diplomatique, l’Église orthodoxe ne pourra aider à améliorer l’image de la Russie qu’en restant totalement autonome et indépendante par rapport à l’État. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle pourra représenter la Russie historique, éternelle. Mais le danger que l’Église russe se transforme à nouveau en excroissance de l’État est réel.
En quoi la foi orthodoxe peut-elle contribuer à une Russie plus forte, plus unie ?
L’Église apparaît comme la seule institution qui a subsisté à tous les régimes (quatre en un siècle !). En ce sens, elle bénéficie d’un formidable potentiel qu’elle n’a pas encore mis à profit. Or, le patriarche Kirill Ier a compris qu’il fallait être plus visible. Lui-même a le sens des médias ; il anime d’ailleurs depuis quinze ans l’émission très écoutée « Parole d’un pasteur », le samedi matin sur une chaîne publique. Le principal défi du nouveau patriarche est de faire revenir à l’église les millions de Russes baptisés qui n’y mettent jamais les pieds : 70 % des Russes se disent orthodoxes, mais moins de 5 % fréquentent l’église tous les dimanches.
Recueilli Claire LESEGRETAIN
(1) Publiée en français sous le titre Les Fondements de la doctrine sociale (Cerf, 194 p., 15 €).
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2390254&rubId=786
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