La crèche russe : un art né de la foi (2ème partie)
Un article de Ioulia Lindé, photos Vladimir Echtokine
Traduit par Laurence Guillon


Revue "FOMA"

Histoire du vertep Suite

De l’avis de quelques savants, la crèche serait arrivée en Russie en même temps que le christianisme, et c’était le plus certainement un panorama. Cependant, les premiers témoignages dignes de foi remontent à la fin du XVI° siècle. On a trouvé sur le territoire de l’empire russe un castelet de vertep portant la date de 1591.

Au XVII° siècle, les crèches mécaniques devinrent populaires dans toute l’Europe, et bien sûr, en Russie. De plus, le drame de la Nativité était représenté non seulement dans les maisons particulières, mais dans celles des prêtres. A la fin du XVIII° siècle, à Pétersbourg, s’était constituée une dynastie de fabricants de crèches théâtrales, la famille Kolosov, qui conserva pendant presque un siècle les traditions d’interprétation de ces spectacles.

L’apogée des verteps eut lieu au XIX° siècle, quand ils devinrent populaires non seulement en Russie centrale, mais aussi en Sibérie. Il est vrai que certains archiprêtres, parfois, les interdisaient, craignant la contagion du catholicisme. Mais comme la crèche était devenue en grande partie une représentation populaire, et, en conséquence, une réjouissance de Noël non censurée et traditionnelle, de telles mesures ne pouvaient pas lutter.

La crèche russe : un art né de la foi (2ème partie)
Jusqu’à la fin du XIX° siècle, le vertep voyagea par les villes et les villages, et se « mondanisa », de pièce de théâtre de poupées à sujet tiré des Saintes Ecritures, il se transforma en représentation populaire profane. La crèche consistait en un mystère de Noël en première partie, et une comédie musicale couleur locale en deuxième partie. Mais déjà à la fin du siècle, les saynètes de foire qui se jouaient à l’étage inférieur avaient pris plus d’importance que les évènements de la « galerie supérieure ». Les montreurs de vertep portaient leur boîte merveilleuse à travers les marchés non seulement entre Noël et l’Epiphanie, mais jusqu’au Carnaval. On sait que quelques artistes allèrent avec des crèches jusqu’au marché de Nijni-Novgorod. Or «le centre de tout le commerce russe » ouvrait le 15 juillet !

La révolution d’octobre en 1917 et la campagne antireligieuse qui s’ensuivit réglèrent le sort des crèches.
Elles se trouvèrent, comme le sapin de Noël, strictement interdites.
Bientôt les textes des représentations furent perdus et les secrets de la manipulation des poupées oubliés. C’est seulement en 1980 que l’ensemble folklorique de Dmitri Pokrovski consacra son activité à la résurrection de la crèche traditionnelle. Pokrovski se tourna vers le fameux chercheur et metteur en scène de théâtre de poupées Viktor Novatski. Le folkloriste étudia les crèches biélorusses, ukrainiennes et russes, se pencha minutieusement sur les castels du théâtre de marionnettes Sergueï Obraztsov et du musée Bakhrouchinski. Un fragment après l’autre, mettant en évidence leurs spécificités caractéristiques, Novatski restaura le texte des représentations et « réanima » les poupées de Noël. Sa version de l’action devint la référence classique. Novatski élucida quelques trucs assez simples du vertep : par exemple, comment les mages font-ils pour s’agenouiller devant l’Enfant ? (Comme il s’en aperçut, le petit billot qui servait à fabriquer les mages était plus court que la draperie qui le recouvrait). Comment s’envole la tête d’Hérode, quand la Mort la fauche ? (la poupée d’Hérode n’était pas faite d’un seul morceau de bois. La tête était posée sur un pivot, avec lequel on manipulait le personnage. Dès qu’on inclinait le pivot, la tête tombait des épaules).

De quoi se compose le vertep ?

Le vertep est une petite maison à deux étages avec des ouvertures pour manipuler les poupées, dont l’intérieur, selon la tradition, est joliment décoré. Les poupées ne pouvaient changer d’étage. A la galerie supérieure, se déroulaient les scènes concernant la sainte famille et à l’étage inférieur, était représenté le palais du roi Hérode. Dans cette partie-là, aux périodes les plus récentes, on montrait aussi des scènes satiriques et des comédies. Cependant le vertep, ce n’est pas seulement une boîte enchantée, c’est la représentation miniature d’une vision du monde : la partie supérieure était en haut, la partie inférieure en bas, et encore en dessous, l’enfer, représenté par le trou où Hérode est précipité.

En hiver, on portait le vertep sur un traîneau, il allait d’isba en isba, donnait des représentations dans les relais de poste. Autour de lui, on plaçait des bancs, on allumait des bougies, le spectacle commençait.
La « troupe » classique du vertep, c’est la Mère de Dieu, Joseph, l’Ange, le Berger, les trois rois-mages, Hérode, Rachel, le Soldat, le Diable, la Mort et le Sacristain, qui avait pour fonction d’allumer les bougies du vertep avant la représentation. L’Enfant, dans la vertep, comme il se doit, est un tortillon serré de tissu blanc ; les moutons, avec lesquels le Berger vient adorer le Christ, de petits amas bouclés de laine floche. Les héros du vertep sont faits de bois ou de chiffons, de matériaux simples et bons marché, faciles à confectionner et à transporter.

Cependant, parmi les montreurs de vertep, existait une loi tacite : la poupée qui représentait la Mère de Dieu devait être faite autrement, comme si l’avait fabriquée un autre artiste. Pour cette raison, la Mère et l’Enfant étaient réalisés avec un soin particulier, en s’orientant strictement sur le modèle iconographique. Parfois, à la place des poupées, on mettait même une icône.

La crèche russe : un art né de la foi (2ème partie)

Rédigé par Laurence Guillon le 9 Janvier 2016 à 12:00 | 0 commentaire | Permalien



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