Mgr Serge Konovaloff,  fils d’un Russe émigré en Belgique et d’une Hollandaise
p. Serge MODEL

KONOVALOFF, Serge, enseignant et ecclésiastique orthodoxe russe, né à Louvain le 8 juillet 1941, décédé à Paris (France) le 22 janvier 2003.

Rien ne prédestinait sans doute Serge Konovaloff, un Belge d’origine russe, marié et père de famille, professeur dans une école de la région bruxelloise, à devenir, dans la dernière partie de sa vie, archevêque des paroisses orthodoxes russes en Europe occidentale (dans l’obédience du patriarcat de Constantinople), c’est-à-dire primat d’une des plus importantes structures ecclésiastiques orthodoxes en Occident.

Fils d’un Russe émigré en Belgique (Alexis Konovaloff, chimiste) et d’une Hollandaise (Caroline Van Staveren), Serge Konovaloff avait obtenu en 1963 la licence et l’agrégation en philologie germanique à l’Université catholique de Louvain et était devenu, dès 1964, professeur de langues et d’histoire au Collège Saint-Joseph de Woluwe-Saint-Pierre, où il enseigna pendant près de trente ans. En 1968, il épousa Lydia Tchernenko, d’origine russe comme lui, qui lui donnera trois enfants.

« Nous avons été élevés en chrétiens-orthodoxes, mais sans piété particulière », racontera Serge Konovaloff, qui ajoutera néanmoins que la vie de l’Église l’avait « toujours attiré ».

Il fut donc enfant de choeur, lut et chanta dans la chorale de la paroisse orthodoxe russe de Louvain (fondée dans les années 1920 pour les étudiants russes de l’Université). En 1968, il est ordonné diacre pour ladite paroisse, mais la diminution du nombre de Russes à Louvain (le « Walen Buiten » ayant eu comme dégât collatéral le départ d’étudiants d’origine russe, en majorité francophones, de l’Université) et l’absence de prêtre à demeure amènent à la fermeture du lieu de culte en 1975. Le diacre Serge Konovaloff est alors affecté à une petite paroisse orthodoxe russe à Etterbeek. En 1976, il est promu protodiacre (doyen des diacres) mais, dépourvu de toute forme d’ambition, refuse longtemps l’ordination sacerdotale. Ce n’est que sur l’insistance des paroissiens et de son évêque qu’il accepte d’être ordonné prêtre, le 24 février 1980.

« C’était mon devoir ; il n’y avait pas d’autre candidat », expliquera-t-il à ses proches.

Tout en continuant à enseigner, il est nommé recteur de sa paroisse etterbeekoise, charge qu’il cumule, à partir de 1984, avec celle de la paroisse russe de Charleroi. Dans l’exercice de ces fonctions (de même que celles d’aumônier du mouvement de jeunesse russe des « Vitiaz » en Belgique et en France), il gagne une grande estime de la part de ses ouailles et devient un conseiller spirituel apprécié. Le décès prématuré de son épouse en 1984 et les voeux monastiques qu’il prononce en 1990 en font un candidat potentiel à l’épiscopat (dans l’Église orthodoxe, des hommes mariés peuvent être ordonnés au sacerdoce, mais les évêques sont choisis parmi les moines), même si cette dernière éventualité, loin de sourire à Serge Konovaloff, lui apparaît plutôt comme une « punition imméritée ».

Cependant, les craintes du père Serge (devenu, entre-temps, archimandrite et doyen pour le Benelux de paroisses du diocèse) se réalisent : au décès, en avril 1993, de l’archevêque Georges Wagner, il est pressenti pour succéder au défunt. « S’il le faut ! », répond-il sans enthousiasme à ceux qui le sollicitent en ce sens. Le 31 mai 1993, l’assemblée générale de l’archevêché des paroisses orthodoxes d’origine russe en Europe occidentale (ancien diocèse de l’Église russe, fondé en 1921-1922 à Paris, mais qui avait rejoint, en 1931, l’obédience du patriarcat de Constantinople pour éviter les pressions du pouvoir soviétique) le désigne à cette fonction et, le 8 juin, le patriarcat ratifie ce choix en élisant Serge Konovaloff, archevêque titulaire d’Eucarpie (ancienne ville de Phrygie, en Asie Mineure ; pour éviter la confusion avec les évêques catholiques-romains, les évêques orthodoxes en Europe occidentale portent souvent des titres in partibus).

Son sacre épiscopal a lieu, à Paris, le 28 juin 1993. C’est dans la capitale française qu’il résidera désormais.

Ayant accepté cette responsabilité par obéissance, c’est avec abnégation que l’archevêque Serge (également devenu recteur de la Cathédrale Saint-Alexandre-Nevski et de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris, membre de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France et du Conseil des églises chrétiennes en France) assumera, durant près de dix ans, la direction de son vaste diocèse (une soixantaine de paroisses situées en France, au Benelux, en Allemagne, en Italie et en Scandinavie). L’époque était pleine de changements prometteurs pour l’Église orthodoxe mais, de ce fait, difficile.

L’Église en Russie ayant, après la disparition de l’URSS, retrouvé sa liberté par rapport à l’État, Mgr Serge s’attacha à renouer avec elle des relations fraternelles, notamment lors de voyages à Moscou en 1995 et 2000 L’on envisagea même, sur base des travaux d’un groupe intitulé « Avenir de l’archevêché », la possibilité de réintégrer l’obédience de l’Église russe, moyennant l’obtention d’une très large autonomie.

Entre-temps, l’archevêque Serge renforça l’autonomie de son archevêché au sein du patriarcat de Constantinople en obtenant, en 1999, le rétablissement de son statut d’« exarchat » (province ecclésiastique relevant du patriarcat sans intermédiaire). Enfin, grâce à ses qualités de simplicité et de bon sens, Mgr Serge Konovaloff – peu préparé, au départ, à diriger une entité aussi vaste et diversifiée (aux paroisses purement russes, venaient s’ajouter des communautés mixtes voire entièrement occidentales) – réussit à rassembler les représentants des divers courants de pensée de son archevêché et à y préserver une paix et une cohésion inégalées, tant avant qu’après lui.

Bien qu’on l’ait su gravement malade depuis longtemps, sa disparition soudaine, le 22 janvier 2003, fut un choc pour beaucoup. Il fut inhumé le 25 janvier, dans la crypte de l’église du cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), aux côtés des archevêques ses prédécesseurs.

* * *

Paris : Election et intronisation du successeur de l’archevêque Georges, dans Service orthodoxe de presse, n° 180, juillet-août 1993, p. 1-2. – S. Konovaloff, Beredit’ soviest’ etogo mira [Titiller la conscience de ce monde], dans Khristianos, n° 8, 1999, p. 215-232. – Paris : décès de l’archevêque Serge, dans Service orthodoxe de presse, n° 275, février 2003, p. 2-3. – G. de Comane, In memoriam, Archevêque Serge (Konovaloff), 1941-2003, dans Messager diocésain, n° 16, janvier 2003, p. 11-13. – In memoriam archevêque Serge Konovaloff (22 janvier 2003), dans Le Messager orthodoxe, revue de pensée et d’action orthodoxes, n° 138-I, 2003, p. 110. – S. Model, L’Église orthodoxe en Belgique : hier, aujourd’hui, demain, dans Le Messager orthodoxe, n° 138-I, 2003, p. 68-83. – S. Model, L’Église orthodoxe en Belgique et au Luxembourg, dans C. Chaillot (dir.), Histoire de l’Église orthodoxe en Europe occidentale au 20e siècle, Paris, 2005, p. 104-113. –
A. Nivière, Pravoslavnye sviachennoslouzhyteli, bogoslovy i tserkovnye deyateli rousskoï emigratsiy v Zapadnoy i Tsentralnoy Evrope, 1920-1995. Biografitcheskiy spravotchnik [Membres du clergé, théologiens et leaders ecclésiastiques orthodoxes de l’émigration russe en Europe occidentale et centrale, 1920-1995. Dictionnaire biographique], Moscou-Paris, 2007, p. 434-435.

La notice sur Mgr Serge Konovaloff, publiée dans le volume № 11 de la
"Nouvelle Biographie Nationale"


Rédigé par Parlons d'orthodoxie le 22 Avril 2012 à 16:25 | 3 commentaires | Permalien



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