Starets Nicolas Gourianov : « Aide-moi, Seigneur, à porter ma croix jusqu’au bout »
Traduction Elena Tastevin

Aujourd’hui beaucoup de personnes en Russie et à l’étranger connaissent le starets Nicolas Gourianov. Il est l’un des maîtres spirituels les plus aimés et les plus vénérés qui ont soutenu l’Eglise Orthodoxe Russe à l’époque des persécutions acharnées de la foi.

Le père Nicolas appartient à la génération des confesseurs qui pour leur foi et leur fidélité à Dieu ont enduré la prison, les camps et l’exil. Libéré il a passé des années sans être connu en travaillant et en priant sur une île reculée de pêcheurs. Le père Nicolas n’a pas laissé un important héritage écrit. Ses paroles et conseils touchent, cependant, de la même manière des « simples d’esprit » et des sages. Pour beaucoup il est devenu la personne qui leur a ouvert le chemin vers Dieu.

Origines...

Un jour de mai en 1909 ou 1910 dans le village Tchoudskije Zakhodi de la région de Saint-Pétersbourg un garçon est né dans une famille de marchand. Il a été baptisé Nicolas en l’honneur de l’un des Saints les plus vénérés en Russie, Saint Nicolas le Thaumaturge de Myre. Il était le troisième fils et en apparence ressemblait à ses frères ainés mais la Providence lui a tracé un chemin très particulier.

Starets Nicolas Gourianov : « Aide-moi, Seigneur, à porter ma croix jusqu’au bout »
Des années après il deviendra l’un des rares prêtres orthodoxes ayant survécu par miracle dans les années 20-30 du XXème siècle. Parmi eux l’archimandrite du grand habit Zacharie de la Laure de la Trinité-Saint-Serge et l’archevêque du grand habit Antoine (Abachidze) de la Laure des Grottes de Kiev, le starets de Moscou, saint Alexis Metchev et l’archimandrite Séraphim (Tiapotchkin), le saint vénérable martyr Amphiloche de Potchaev et l’archimandrite Jean (Krestiankine) récemment endormi dans le Seigneur.

Ils ont tous partagé le même sort et se sont vus offerts par Dieu de rares dons spirituels. Leur clairvoyance, leur faculté de prédire le futur et de discerner le passé, le don de guérison y compris des possédés a attiré vers eux des fidèles venant de toute la Russie.

« Entre la foi et le bien-être »

Jeune, Nicolas Gourianov se distinguait par un caractère assez marqué et il a du faire un effort pour apprendre à se maîtriser. Un jour son père s’est adressé soudain à sa mère : « Ma chère Catherine, je ne sais rien sur nos fils aînés mais celui-là va te garder ». Le père de Nicolas Gourianov est décédé jeune, les frères sont morts pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Lui, il devait devenir prêtre et prendre soin non seulement de sa mère âgée mais aussi de très nombreux enfants spirituels, de centaines de pèlerins venant le voir de loin.

Etudiant de l’Université Pédagogique de Saint-Pétersbourg il a fait son choix personnel entre la foi et la vie calme promise par Staline à ceux qui respectaient les normes du système soviétique avant que les répressions de masse n’aient commencé. En 1929 il a été radié de la première année de la faculté pour avoir réprouvé publiquement la fermeture d’une église. Ainsi, l’accès à la formation supérieure lui a été interdit malgré son premier diplôme d’enseignant reçu à Gatchina en 1928. Rentré dans son village natal il est devenu lecteur à l’église. Il enseignait en même temps les mathématiques, la physique et la biologie à l’école. Il a été arrêté en 1930. La détention dans la prison de Leningrad « Kresty » et un camp dans la région de Kiev suivi de l’exil à Syktyvkar ont marqué son chemin de confesseur.

Les conditions de détention étaient inhumaines. Au-delà du cercle polaire le père Nicolas s’est retrouvé parmi ceux qui construisaient une ligne de chemin de fer. Des années après le père se rappelait les nuits où pendant de longues heures il a été obligé de rester debout dans l’eau glaciale avec d’autres prisonniers. Cette nuit de souffrance semblait sans fin. La prière le soutenait. Le lendemain matin les gardiens l’ont trouvé seul à avoir survécu, tous les autres avaient succombé.

A cause de ses jambes abîmées dans le camp le père Nicolas n’a pas été mobilisé pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Libéré il a enseigné dans des écoles de la région de Tosnen, puis dans la région de Gdov, ensuite il a été muté dans les pays baltes. Pendant la guerre un événement a déterminé toute sa future vie. Préparé par des épreuves au « chemin étroit » de serviteur de l’Eglise, le 15 février 1942 à Riga, jour de la fête de la Sainte Rencontre de Dieu, il a été ordonné prêtre. Dans un premier temps il a officié dans des églises et des monastères dans les Pays Baltes et en 1958 sur le conseil d’un starets il a demandé à être envoyé l’île reculée Talabsk. Ici, le père Nicolas a officié pendant 40 ans.

Starets Nicolas Gourianov : « Aide-moi, Seigneur, à porter ma croix jusqu’au bout »
Dieu et l’âme

Prêtre inconnu, il suscitait la méfiance des habitants non croyants de l’île. Quelques années plus tard il a gagné le respect profond et sincère des pêcheurs. Descendu avec sa mère dans la maison la plus petite à l’extrémité du village il officiait seul, réparait la toiture de l’église, cuisait les prosphores et le restant du temps sans attendre d’être appelé rendait visite à ceux qui avaient le plus besoin de soutien. Les pêcheurs étaient souvent obligés de laisser leurs familles sans provisions pendant longtemps. Doux, le père aidait les ménages dans leurs travaux domestiques, gardait leurs enfants, soutenait les vieux et les malades. Beaucoup se souvenaient avec reconnaissance de son secours aux familles dont l’homme était porté à l’alcool. Il arrivait au père Nicolas de récupérer la bouteille d’un homme titubant et de la casser : les personnes acceptaient ses admonestations avec docilité.

Les premières années furent dures. Parfois il se sentait abattu : il officiait dans une église déserte depuis des années. La pensée de quitter cette terre le visitait. Mais un jour, lorsqu’il avait déjà fait ses valises un petit enfant ayant senti sa tristesse lui a demandé avec ferveur de ne pas partir. Le père a pris les paroles de l’enfant comme l’expression de la volonté de Dieu et comme un rappel à continuer à officier sur cette terre qu’il avait reçu d’un starets. Le père Nicolas a persévéré. Une dizaine d’années après Talabsk, île déserte à son arrivée, s’est couverte de jardins et d’îlots de verdure que le père plantait et arrosait en cherchant des centaines de seaux d’eau dans le lac.

L’aménagement d’espaces verts était l’un de ses exploit. Il ramenait des souches de ses pèlerinages sur le continent. Elles ont permis de créer le « jardin de mémoire » qui lui rappelait les endroits de sa détention. Il ne dormait presque pas : dans la journée il officiait et travaillait et la nuit il priait.

Enfin, le « sol sec » a donné ses pousses. L’attitude des pêcheurs envers le père s’est manifestée un jour lorsqu’une villageoise sous la pression de fonctionnaires a écrit une dénonciation calomnieuse contre le père. Cela le menaçait de prison. Les pêcheurs ont unanimement réprouvé cette femme. Depuis, l’église a commencé à se remplir. Dans les années 60, pendant le durcissement des persécutions contre l’église, des représentants des autorités locales ont rendu visite au père Nicolas. Grossiers, ils lui ont promis de revenir le chercher le lendemain. Le père a prié toute la nuit. Le lendemain matin la tempête a déferlé sur le lac. Elle a duré trois jours. Talabsk est devenu inaccessible. La tempête calmée, personne n’a plus importuné le père Nicolas.

Starets Nicolas Gourianov : « Aide-moi, Seigneur, à porter ma croix jusqu’au bout »
Starets

Depuis les années 70 des personnes de divers coins du pays se rendaient chez le père Nicolas vénéré comme starets. Les croyants comme les âmes égarées cherchaient à le voir. Oublié naguère il était désormais constamment sollicité. Etranger à la gloire il disait à ses visiteurs « Si seulement vous courriez autant à l’église comme vous courrez après moi ! » Ses dons spirituels ne pouvaient pas passer inaperçus : il appelait des personnes inconnues par leurs noms, leur faisait rappeler des péchés oubliés, prévenait des dangers, donnait des conseils, aidait à adopter les fondements chrétiens de la vie et guérissait les malades.

En priant il révélait le sort des personnes disparues. Dans les années 90, le starets du monastère Petchory, l’archimandrite Jean (Krestiankine) affirmait que le père Nicolas était « le seul starets véritablement clairvoyant sur tout le territoire de l’ex-URSS ». Il connaissait le dessein de Dieu et les guidait vers le salut.

Il ne cherchait pas à plaire et ne recevait pas tout le monde. Il renvoyait certains chez eux en disant : « A quoi bon venir ici ? ». Même certains prêtres chevronnés ne se décidaient pas à lui rendre visite. Le père Nicolas révélait la vérité. Un jour deux personnes imposantes arborant des soutanes d’apparat se sont rendues chez lui. Il leur a juste dit « Je suis assise sur un tonneau sous lequel est cachée une sourie. Mon amoureux fait partie du komsomol et moi-même du parti communiste ». Parfois, il tapait ses visiteurs sur les joues ou sur le front : il chassait ainsi des démons qu’il avait le don de voir mais les hommes ne se vexaient pas car ils sentaient l’amour du père. Il apprenait aux personnes à être sur leurs gardes et à vérifier leurs pensées pour comprendre si elles provenaient de la foi. A la question comment vivre il répondait : « Vivre comme si tu devais mourir demain ».

Sa clairvoyance est un mystère Divin. Un jour la femme d’un prêtre est venue le voir de loin. Elle était troublée car après un traumatisme elle avait si mal à la tête qu’elle avait peur de perdre la raison. Que dira le père ? A quoi doit-elle se préparer et combien de temps il lui reste à vivre. Le père l’a regardé attentivement et a dit avec amour : « Tu porteras encore la robe.. » Ses paroles prononcées avec amour sans qu’elle ait compris leur sens l’ont tout de suite réconfortée. Le père l’a ointe avec l’huile bénite et a donné sa bénédiction pour le retour. Elle a deviné alors qu’elle vivrait.

Ses bénédictions étaient opérantes. Parfois il voyait les futurs époux en deux personnes qui se connaissaient à peine, parfois une future moniale en son « nourrisson spirituel ». Un jour il a reçu une femme qui avait rencontré Dieu à travers les épreuves de la vie après une grave maladie. Elle ne connaissait Jésus que grâce à quelques livres dont un consacré aux ascètes du Caucase. Elle hésitait à demander une bénédiction pour devenir moniale. Le père l’a bénite d’aller vivre dans les montagnes du Caucase. Elle s’est réjouie comme si elle avait reçu un don précieux. Les aides du père lui ont dit que c’était inouï et que le père n’avait jamais donné à personne une telle bénédiction même aux moines ! Jusqu’à la fin de ses jours lorsqu’elle était déjà moniale elle se souvenait de la bénédiction du père. Grâce à ses prières Dieu a subvenu à ses besoins en argent, elle a trouvé des compagnons de route et un guide. Elle a pu prier dans les montagnes comme nulle part ailleurs et en était reconnaissante au père Nicolas.

Le starets prêchait qu’il fallait travailler, fuir l’oisiveté, éviter le vin, aimer ses proches, servir tout le monde. Ses simples conseils touchaient même les cœurs endurcis et fourvoyés. Les prières et les acathistes que le père chantait avec sa faible voix grêle, les souvenirs de ses enfants spirituels, ses photos rappellent aujourd’hui ce prêtre qui a porté sa croix jusqu’au bout. Malade il a refusé net de quitter le lieu de son service pour un monastère afin de continuer de secourir les milliers de personnes qui venaient le voir. L’un de ses derniers conseils aux chrétiens orthodoxes était le suivant : « Le croyant doit percevoir tout ce qui l’entoure avec beaucoup d’amour. Beaucoup d’amour ! »

"Pravoslavie i Mir" Старец Николай Гурьянов: «Помоги мне, Боже, крест свой донести» (+ Видео)

Starets Nicolas Gourianov : « Aide-moi, Seigneur, à porter ma croix jusqu’au bout »

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 11 Octobre 2015 à 10:00 | 2 commentaires | Permalien



Recherche



Derniers commentaires


RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile