Un prêtre - médecin urgentiste, raconte comment il cumule son métier avec sa vocation

Parlons D'orthodoxie

Anastasie Gnedinskaya

Nous croyons que la religion secoure l’âme, tandis que la médecine répare le corps.

Le hiéromoine Théodorite (Sentchoukov) cumule depuis dix ans le métier de médecin urgentiste mobile avec la prêtrise. Pendant plus de trente ans il a été rattaché à "l’Institut Sklifassovky" (Moscou), centre spécialisé dans les urgences. Il y a neuf ans le docteur Sentchoukov a apporté ses vœux monastique, s’est revêtu d’une soutane sans pour autant abandonner sa blouse blanche de médecin.

Nous avons rencontré le père Théodorite au monastère Saint Pierre. La liturgie dominicale s’est terminée vers midi. Le prêtre vient à notre rencontre vêtu d’une soutane tenant dans ses mains un sac contenant sa blouse de médecin. Son travail commence dans deux heures.

-Votre physique est pour ainsi dire très marqué, vous arborez la barbe. Est-ce que vos patients devinent à votre aspect quel est votre deuxième, si l’on peut dire, métier ?

- La question que l’on me pose le plus souvent est de savoir si je suis un motard ou un hippy ? Ce n’est que très rarement que je suis reconnu en tant que prêtre. Souvent c’est ma barbe qui me trahit.

Un prêtre - médecin urgentiste, raconte comment il cumule son métier avec sa vocation
J’ai reçu mon diplôme de médecine en 1986, spécialisation « pédiatrie ». L’époque était difficile. J’avais une famille à charge, aussi j’ai opté pour le SAMU.

- Comment avez-vous rencontré Dieu ?

- Le 17 novembre, jour de mon anniversaire, je me suis rendu en pèlerinage au monastère de la Laure des Grottes, à Kiev. Je me suis placé dans une très longue file d’attente de fidèles qui souhaitaient se confesser. J’aperçois, masqué par une colonne, un vieux prêtre auquel peu de gens viennent exposer leurs péchés. Ce prêtre m’a donné l’absoute. Puis il me demande : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? ». Je lui ai expliqué que je travaillais dans les services du SAMU à Moscou. Il me questionna pour savoir si je vais depuis longtemps à l’église, laquelle, et si j’observe les carêmes ? Le prêtre me fixe avec attention, puis il dit : « Tout ceci est très bien. Mais tu dois te faire prêtre. »

Deux jours plus tard je recevais un coup de fil de la Laure m’annonçant que l’higoumène me bénissait à devenir moine. Le 7 décembre, jour anniversaire de ma défunte épouse, je reçus la tonsure, le 18 décembre j’ai été sacré diacre.

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- Est-ce que des phénomènes que l’on pourrait considérer miraculeux sont survenus dans votre pratique ?

- Qu’est-ce un miracle ? Si il s’agit d’une personne à la mort cérébrale établie qui se lève et se met à marcher, eh bien non, je n’au jamais assisté à de tels évènements.

- N’y a-t-il pas, selon vous, une certaine contradiction entre médecine et foi religieuse ? Si notre destin est prédéterminé, pourquoi se soigner ?

- Non, je ne constate aucune incompatibilité entre médecine et foi religieuse. L’art de la médicine est une manifestation d’ordre religieux. En soignant le corps on s’occupe du réceptacle de l’âme. Si Dieu préconise la rencontre que je fais d’un malade, cela est une manifestation du dessin Divin. Si j’ai acquis le métier de médecin, c’est que Dieu souhaite que j’applique dans la vie les connaissances que j’ai acquises.

- Y a-t-il beaucoup de prêtres médecins ?

- Les prêtres-médecins spécialisés dans les domaines les plus « limite » de la médecine sont très peu nombreux. Mon confrère, le père Vladimir Kononovitch travaille au Centre de la médecine des urgences, il officie en même temps à la paroisse de cet hôpital. En règle générale les médecins qui s’engagent dans la voie de la prêtrise quittent l’exercice de leur premier métier. Il est très difficile de cumuler les nombreuses charges qui incombent à un ecclésiastique avec celles de mon métier laïc. La prêtrise, de même que la médecine, vous mobilisent entièrement et sans réserve. Un choix s’impose.

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- Comment vos collègues médecins ont accepté votre vocation religieuse ?

- Ils ont été très positifs, c’est une erreur que de croire que le corps médical ne comporte que des personnes cyniques et des athées. En réalité, la majorité des médecins sont croyants. Lorsqu’on assiste aux souffrances des malades et de leurs proches et qu’on est conscient de ne pas toujours pouvoir les secourir on ressent le besoin d’être aidé soi-même. Pour nombre d’entre nous, cette aide provient de la foi. Je n’aime pas confesser des croyants avec lesquels je suis proche. Mais ils arrive que des collègues viennent me demander l’absolution. Le pénitent expose ses péchés et s’en repent. Ce sont des informations que ses amis ne sont forcément censés connaître.

- Comment celui qui a péché peut rapidement expier ce qu’il a fait de mauvais ?

- Le confesseur peut lui infliger une pénitence. Il existe des canons bien déterminés. Mais il faut toujours se poser la question de savoir si la pénitence sera utile au pécheur ? Les canons prévoient, entre autre, une interdiction de communier pendant une longue période. Mais de nos jours si l’on prive une personne de l’Eucharistie pour une longue période il peut arriver que cette personne abandonne définitivement l’Eglise. L’Eglise a renoncé à cette interdiction. Si le pénitent souhaite lui-même trouver les voies les plus efficaces de l’expiation nous lui prodiguerons des conseils. Souvent je conseille à des femmes qui se sont laissées aller à une IVG d’accorder leur aide à des orphelinats ou simplement à des familles dans le besoin. La meilleure expiation pour elles serait d’adopter un orphelin et de l’éduquer. Cette décision est difficile, j’en suis conscient.

- Si vous étirez à nouveau placé devant la nécessité de choisir entre prêtrise et médecine, quelle serait votre réponse ?

- Aujour’hui j’aurais probablement choisi la prêtrise tout en essayant de me maintenir dans le monde de la médecine. Servir Dieu est la mission la plus noble de l’homme sur Terre.


Un prêtre - médecin urgentiste, raconte comment il cumule son métier avec sa vocation
Précision P.O.

L’une des filles du père Théodorite, est devenue moniale sous le nom d’Eugénie (Sentchoukov). Elle est actuellement l’attachée de presse du diocèse d’Yakoutsk, en Sibérie. Avant d’apporter ses vœux Marie son nom de baptême, historienne de la religion, a beaucoup publié sur le site Pravoslavie i Mir.

Lien MK Traduction " PO" , texte russe abrégé

Иеромонаха Феодорита (Сеньчукова) можно назвать специалистом широкого профиля. Вот уже почти десять лет он совмещает работу врача-реаниматолога на «скорой» и служение в храме.


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