Alexandre  Musin: Le second avènement de saint Nicolas - les origines du  culte d’un saint et sa transformation en Europe de l’Est aux XI e -XV e siècles
Colloque international "Entre Orient et Occident : le culte de Saint Nicolas en Europe Xe - XXIe siècles

Résumé de la communication présentée par Alexandre MUSIN (Institut pour l’histoire de la culture matérielle, Académie de Russie ; Saint-Pétersbourg) "Le second avènement de saint Nicolas : les origines du culte d’un saint et sa transformation en Europe de l’Est aux XIe-XVe siècles"

La popularité immense de saint Nicolas soi-disant « saint du peuple dans l’Europe de l’Est d’aujourd'hui fait parfois de lui un « dieu russe » pour des yeux européens. Cependant, la formation de la vénération particulière de ce saint a connu une histoire spécifique, qui ne s’est cristallisée qu’à la fin du Moyen Âge pour parvenir à son état actuel aux Temps Modernes autrement dit aux XVIIIe-XIXe siècles.

La communication porte essentiellement sur les changements historiques de la vénération attestés à travers des chroniques, des actes, des textes liturgiques et hagiographiques, des sources toponymiques, des dédicaces d’églises et leur topographie historique, des sources épigraphiques, onomastiques, sigillographiques et iconographiques (icônes, fresques, reliquaires, objets de devotion privée, etc.).

La recherche se fonde sur une approche de « stratigraphie culturelle » qui comprend l’examen de sources diverses provenant des périodes variées, leur analyse selon les méthodes appropriées et la confrontation ultérieure des résultats de recherche pour échelonner et comparer la situation culturelle aux époques différentes sur le territoire en question.

Alexandre  Musin: Le second avènement de saint Nicolas - les origines du  culte d’un saint et sa transformation en Europe de l’Est aux XI e -XV e siècles
En fait, on observe que le culte de saint Nicolas aux XIe-XIIe siècles était réservé avant tout aux couches aristocratiques de la société russe médiévale. En plus, le prénom de Nicolas, utilisé très rarement à l’époque dans l’ensemble de la population, se trouve fréquemment chez les représentants du clergé grec et des moines. On ne connaît qu’un seul prince de la famille de Riourikides et quelques nobles qui portaient ce prénom. Au tournant du XIe-XIIe siècle, en Russie il n’y avait que deux églises dédiées à saint Nicolas, à Kiev et à Novgorod. L’iconographie de ce saint se limitait à un nombre très réduit d’exemples dont la vénération était liée particulièrement à la famille princière. Ce culte s’est répandu dans la société grâce aux liens culturels avec les Riourikides.

En même temps, on met en évidence que la tradition qui accorde le statut chrétien sous le prénom de Nicolas à un des premiers princes de Kiev, Askold, mort en 882, n’est qu’un mythe historiographique. On constate que la quantité d’objets de dévotion privée avec les représentations de saint Nicolas qui reflètent normalement le degré de la vénération d’un saint dans la société était très faible à l’époque. Il y a des données qui montrent que la fête du transfert de reliques de saint Nicolas (le 9 mai) à Bari (1087), empruntée par l’Église russe à l’Occident n’apparaît dans le calendrier liturgique qu’à la fin du XIIe siècle et pas au XIe comme on l’avait pensé auparavant. L’office liturgique de cette fête reproduisait presque complètement les textes ecclésiastiques de la commémoration du décès de l’archevêque de Myre (le 6 décembre). En général, les textes liturgiques et hagiographiques consacrés à saint Nicolas composés aux XIe-XIIe siècles présentent une grande stabilité au cours des siècles jusqu’à la fin du XVe siècle.

Ce n’est qu’à la fin du XIIIe siècle qu’on peut noter des changements du culte et un passage à un autre type de vénération du saint. Au cours des XIVe-XVe siècles, la quantité d’objets de dévotion privée liée à saint Nicolas est devenue plus nombreuse avec une plus grande variété de sujets iconographiques. Parmi ceux-ci on voit l’influence de l’iconographie latine. Tout d’abord il s’agit de l’icône de saint Nicolas de Zaraïsk ou le saint est présenté en statue, debout avec sa main droite en signe de bénédiction et un Évangile dans la main gauche ou plus tard saint Nicolas de Mojaïsk avec une épée et la maquette d’une ville dans ses mains levées.

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Cette iconographie dérive très vraisemblablement de la représentation de Majestas Domini (sauf que dans ce type iconographique le Christ reste assis par excellence) et est empruntée à l’art orthodoxe de l’époque tardive des Croisades ainsi que de la représentation des saints à cheval. En même temps beaucoup de noms propres sont entrés dans le répertoire onomastique de l’époque. Le nombre d’églises dédiées à saint Nicolas a augmenté considérablement dans les villes anciennes ainsi que dans les sites récemment fondés.

Alexandre  Musin: Le second avènement de saint Nicolas - les origines du  culte d’un saint et sa transformation en Europe de l’Est aux XI e -XV e siècles
Амброджо Лоренцетти. Сцены из жизни Святого Николая. Деталь: Святой Николай, чудом наполняющий трюмы кораблей зерном. 1330-е

Le culte aristocratique est devenu plus populaire suite à la modification de rapports sociaux en Europe de l’Est où les valeurs de la noblesse se sont transmises aux milieux bourgeois. Ces couches sociales considéraient ce culte comme très prestigieux. Ensuite grâce à la diversité et à la distribution des textes hagiographiques du XVe-XVIe siècle qui donnèrent lieu à une tradition orale, la vénération de saint Nicolas s’est répandue et s’est insérée dans les autres groupes sociaux russes. Si au début cette vénération passait pour un culte permettant d’obtenir une guérison de diverses maladies, plus tard elle obtint la fonction de récompense sociale où le saint jouait le rôle de protecteur des biens et maintenait la justice.

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À l'époque de la sécularisation et de l’acculturation aux changements politiques et économiques des XVIIe-XVIIIe siècles cette vénération s’est ancrée profondément dans la culture populaire et est devenue un symbole de la Russie, renforcé par les prénoms des tsars qui ainsi voulaient souligner leur attachement à leur peuple.

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"L’Eglise russe en Belgique et son évêque" - par Alexandre Musin
«Богословские труды» архиеп. Василий (Кривошеин), Нижний Новгород: Христианская библиотека, 2011. Автор — составитель А. МУСИН.

Alexandre  Musin: Le second avènement de saint Nicolas - les origines du  culte d’un saint et sa transformation en Europe de l’Est aux XI e -XV e siècles

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 19 Décembre 2020 à 06:00 | 6 commentaires | Permalien



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