Cher père Alexis,

J’ai pu lire ta lettre aux membres de l’assemblée pastorale du 15 juillet 2019, dont pourtant je ne suis pas membre, et je voudrais te faire quelques commentaires.

Je suis parfaitement d’accord avec toi sur le fait que notre avenir dans l’Archevêché sera inéluctablement, et quelles que soient les décisions prises, autre que ce que nous connaissons actuellement. C’est en effet illusoire de croire qu’il serait possible de se retrouver « comme avant ».

En revanche j’ai une opinion radicalement contraire à la tienne sur tous les autres points.

En effet, tu écris que l’Archevêché n’est pas « russe », la grande majorité des paroisses ayant très peu, voire pas du tout de personnes d’origine russe. Jusque là tout va bien. Cependant, nous sommes bien plus « russes » que grecs (ou roumains, bulgare ou autres) d’une part parce que nous avons tous opté pour la tradition russo-slavonne. Pour ceux d’origine russe ce n’est pas vraiment un choix, mais pour tous les autres ça l’est.

Et d’autre part parce que l’Archevêché est issu de l’émigration russe et s’appuie sur le concile de Moscou de 1917 ; que notre rattachement à Constantinople était dès l’origine conçu comme temporaire, transitoire, dans l’attente de la libération de la Russie du joug communiste.


Je concorde donc avec notre évêque pour estimer que le retour au patriarcat de Moscou est notre voie naturelle, logique et conforme à l’esprit de la fondation de l’Archevêché.

Si cette option était retenue, chacun serait libre d’agir selon sa conscience, de rester ou de changer de juridiction. C’est un choix personnel.

Tu termines sur le « scandale » de l’interdiction (pour les clercs) d’intercommunion avec Constantinople. Mais le véritable scandale, c’est l’action du Phanar en Ukraine, avec la création de la fausse église autonome fondée sur des clercs excommuniés et en bafouant le principe territorial des Églises. La rupture de l’intercommunion fut une décision logique et saine du monde orthodoxe, et pas du tout causée par des conflits entre prélats. Personnellement, si on avait continué à commémorer le Patriarche Bartholomée pendant les offices, je serais déjà partie.

Pour moi, tout cela est une question de conscience orthodoxe dépouillée de toute considération de personnes, de nationalités, de clans …

Enfin, notre seul espoir de conserver nos statuts et notre fonctionnement se trouve dans notre rattachement à Moscou, qui a officiellement confirmé leur maintien. En Russie d’ailleurs la séparation de l’Eglise et de l’Etat est inscrite dans sa constitution (art. 14). La peur de la Russie d’aujourd’hui vient d’un fantasme savamment entretenu par l’Occident, l’UE étant lui-même à la botte des USA.

J’ajoute que, financièrement, l’Archevêché (ce qu’il en reste du moins) a tout intérêt à se rattacher au Patriarcat de Moscou, seul capable de, et disposé à, investir de l’argent pour l’entretien des églises, la restauration de Saint-Serge, la revitalisation de l’Institut. Voir comment Constantinople n’a jamais rien fait en ce sens, voir l’état de l’église de Biarritz, Cannes …

Comme tu sais, mon père a beaucoup œuvré pour la création de paroisses en langue vernaculaire, et moi-même j’ai choisi la crypte comme paroisse, à laquelle je suis très attachée, et dans laquelle je suis très impliquée. Ce sera donc un déchirement pour moi de la quitter, si l’Archevêché décidait de s’auto-sacrifier en retournant sous l’omophore des Grecs.

Je suis aussi favorable à une église locale, mais force est de constater que l’Archevêché a raté sa mission, qui sera définitivement enterrée avec l’option grecque.

Anne Andronikof, paroissienne de la crypte (Daru).

***
Remarques annexes

p.A.S « le patriarcat oecuménique reste le premier et est le garant de l’unité et la catholicité de l’Eglise orthodoxe »

Anne - La primauté d’honneur n’implique pas une hiérarchie de pouvoirs.
Constantinople a démontré qu’il n’était le garant de rien du tout, mais plutôt un semeur de trouble, dans une constante perspective de survie.

*
p.A.S. - S’agissant de la Russie : « nous vivons dans des mondes trop différents. »

Anne- Je viens de passer une semaine à Moscou, où j’ai eu l’impression de retrouver la civilisation occidentale. Et j’ai récemment passé une semaine à Athènes, où je me suis sentie dans « un monde différent », et où le parti communiste est fort influent.
Je ne sais donc pas ce que tu te représentes.

*
p.A.S.- « l’Eglise [russe] est en cheville avec, sinon dépendante, des autorités civiles. »

Anne-C’est faux. (Voir plus haut)

*
p.A.S.- « Oui, nos origines et nos traditions sont russes, et c’est certainement une richesse, mais nos sources ce n’est pas la Russie. Nos sources ce sont le renouveau créé par l’« Ecole de Paris », par les théologiens créatifs de l’Institut
Saint Serge en dialogue permanent avec le monde. »

Anne- Que de contradictions ! La distinction entre origines/traditions d’une part et « sources » d’autre part est un tour de passe-passe.
Les théologiens de l’Institut Saint-Serge ont précisément maintenu et développé toute la richesse de l’orthodoxie « russe », ce qui a ré-ensemencé la Russie.

*
p.A.S.- « Un des arguments de ceux qui souhaitent aujourd’hui rejoindre le patriarcat de Moscou est la fidélité et l’obéissance à l’évêque. »

Anne- Voir plus haut des arguments qui ont à voir avec la fidélité à l’esprit de l’orthodoxie et rien à voir avec fidélité et obéissance à l’évêque. Si celui-ci se trompe, il est de la conscience de chacun (comme tu le dis toi-même) de se positionner. C’est une injure à, ou tout du moins une méconnaissance de, la capacité de réflexion des orthodoxes de base (dont je suis).

Anne Andronikof
17 juillet 2019, Paris

Ci-joint la lettre du père Alexis Struve

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 18 Juillet 2019 à 10:07 | -3 commentaire | Permalien



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