Anne de Kiev (vers 1025 - avant 1080) princesse de Russie et reine de France naît à Novgorod
Ayant appris quelques rudiments de français durant son voyage jusqu'en France, Anne signe son contrat de mariage en deux langues, russe et français, alors que son mari n'y appose qu'une croix. Il semblerait qu'il ne savait pas écrire !

Au début des années 1990, l’ambassade d’Ukraine à Paris a saisi le ministère français des Affaires Étrangères de demande officielle de modifier l’inscription sur une pierre tombale. Au lieu des mots « Anna, reine de France, princesse de Russie», les Ukrainiens proposaient d’inscrire « Anna, reine de France, princesse d’Ukraine ».

Il s’agissait de la fille de Yaroslav le Sage que le roi de France Henri Ier épousa en secondes noces. Bien que le tombeau d’Anna Yaroslavna se trouve réellement en France, certains historiens prétendent qu’elle était rentrée en Russie à la mort de son son mari, le roi de France. Pourtant, on n’en trouve aucune mention dans les sources russes.


Anne de Kiev (vers 1025 - avant 1080) princesse de Russie et reine de France naît à Novgorod
Le sarcophage devant lequel s'était incliné le duc de Montpensier, fils du roi Louis-Philippe qu'il venait de représenter à Moscou au couronnement du nouveau tsar Alexandre III, abritait les cendres de Yaroslav-le-Sage (978-1054), grand-prince de Russie et père d'Anne, reine de France, épouse du roi Henri Ier (1009-1060). C'est sur le chemin de retour que le duc avait exprimé le désir de se recueillir devant la tombe de son ancêtre.

Si une aussi lointaine ascendance s'est sans doute effacée de la mémoire collective, cette alliance franco-russe datant du XI ème siècle a produit une anecdote historique toujours d'actualité. En effet, une légende assurait que notre princesse russe descendait par sa mère de Philippe de Macédoine, raison pour laquelle elle aurait donné le nom du père d'Alexandre-le-Grand à l'aîné de ses fils, Philippe, roi de France de 1060 à 1108. Alors que la mère d'Anne ne disposait que de solides racines scandinaves, ce prénom de légende est traditionnellement toujours bien porté dans certaines de nos monarchies européennes !

Anne de Kiev (vers 1025 - avant 1080) princesse de Russie et reine de France naît à Novgorod
Descendante à la 6 ème génération du viking Rurik, fondateur en 862 du futur empire de Russie,
Anne naît à Novgorod vers 1025 dans une famille de neuf enfants.


Son enfance et adolescence se déroulent à Kiev, ville qualifiée "d’émule de Constantinople" et dotée de "plus de quatre-cents églises" selon un chronique de l'époque. Boiteux et physiquement frêle, son père, Yaroslav-le-Sage (illustration ci-contre), est l'un des douze fils de Vladimir-le-Grand qui convertit le pays au christianisme. Grand collectionneur de livres, consacrant des nuits entières à la lecture et élevant ses enfants dans le même esprit, juriste, écrivain, parlant huit langues, il régnera durant trente-cinq ans sur sa principauté.

Alors que la France sort à peine de l'anarchie féodale et des ravages causés par les Sarrasins et les Normands, la Russie kiévienne est au faîte de sa prospérité, tant matérielle que spirituelle. Chrétienne orthodoxe depuis trois générations, elle s'appuie sur une base autrement solide que la toute jeune puissance des Capétiens.

Anne de Kiev (vers 1025 - avant 1080) princesse de Russie et reine de France naît à Novgorod
Cathédrale Sainte Sophie de Kiev : fresque du Xlème siècle représentant les filles de Yaroslav-le-Sage, Anne (sans doute à gauche), Anastasia, Elizabeth et probablement Agathe.

UN ROI DE FRANCE À MARIER

Troisième souverain capétien, veuf d'une première union restée stérile, Henri Ier est l'époux d'une Mathilde de Frise. En 1044, après dix ans de mariage également sans héritier, cette dernière rend son âme à Dieu. La relève du trône de France n'étant pas assurée, le roi doit donc chercher à contracter un nouveau mariage. Mais où trouver l'âme sœur ?
Une alliance issue du Saint-Empire lui est pratiquement impossible, Rome interdisant formellement toute union entre parents jusqu'au 7ème degré, y compris dans la famille de feu son épouse. Son propre père n'avait-il pas été excommunié par le pape pour cause de mariage consanguin au 4 ème degré ?

Ne désirant en aucune manière revivre l'affront fait au roi son père, Henri se soumet aux exigences de l'Eglise. Des émissaires sont envoyés au-delà des frontières afin de lui trouver une fiancée potentielle qui ne soit pas sa parente. Après quatre ans d'attente, on lui révèle l'existence d'une princesse slave, fille de Yaroslav Vladimirovitch, grand-prince de Kiev. Beauté ravissante, bouche sensuelle, cheveux blonds, grâce et esprit ... sa réputation s'étend même jusqu'à Constantinople !

Une alliance avec le trône de Kiev ? Si paradoxalement la Russie est encore considérée comme un pays exotique pour les uns, barbare pour les autres, les liens matrimoniaux entre les dynasties occidentales et russes n'avaient au XIème siècle rien d’insolite, bien au contraire. Pas moins de 45 unions sur les 54 mariages rurikides du moment le sont avec des princes étrangers, certains byzantins, rarement orientaux, occidentaux pour la plupart. La propre mère d'Anne est fille du roi de Suède, sa tante est reine de Pologne, ses deux sœurs règnent l'une en Hongrie, l'autre en Norvège puis au Danemark. Ses deux frères aînés ont épousé des filles de grands féodaux allemands, markgrave de Saxe et comte de Stade, alors que le troisième est le gendre de l'empereur de Byzance, Constantin IX Monomaque (1000-1055).

Henri Ier charge une ambassade, conduite par les évêques Gauthier de Meaux et Roger de Châlons, de se rendre à Kiev pour demander de la part du roi de France la main d'Anne au grand-duc. Vsevolod, l'intellectuel de la famille et frère d'Anne, leur sert d'interprète. Il parle cinq langues dont le latin.

Paris et Kiev, les deux villes les plus importantes de la chrétienté après Constantinople, ne sont-elles pas faites pour s'entendre ? Favorable à une politique d'ouverture avec l'Occident, le grand-duc marque son accord.

Anne de Kiev (vers 1025 - avant 1080) princesse de Russie et reine de France naît à Novgorod
MARIAGE ET SACRE

Anne quitte Kiev pour rejoindre sa nouvelle patrie, un périple qui va durer plusieurs mois durant lesquels elle fera halte avec sa suite parmi quelques-uns des membres de sa famille. A Gniezno, chez sa tante Marie Dobronega, épouse du roi Casimir Ier de Pologne, dont les relations avec la Russie étaient encore sans ombrages, ne présageant en rien la lutte séculaire qui allait plus tard meurtrir les deux pays. Puis Esztergom en Hongrie auprès de sa sœur Anastasia, au sein de la cour d'Andras Ier. Ensuite en remontant le Danube jusqu'en amont de Ratisbonne pour finalement pénétrer en France après avoir traversé Mayence qui était à l'époque la résidence habituelle des empereurs germaniques.

Henri se rend en personne à Reims pour accueillir sa fiancée aux portes de la cité du sacre. On raconte qu'au moment où Anne descendit de son attelage, le roi se précipita sur elle pour l'embrasser avec ferveur, incapable de maîtriser son enthousiasme. "Je suppose que c'est vous qui êtes le roi, n'est-ce pas ?", s’enquit la belle, confuse et rougissante.

Le mariage a lieu à Reims le 19 mai 1051, immédiatement suivi du couronnement et du sacre, présidé par l'archevêque Guy de Châtillon.

Anne est la toute première reine de France à recevoir elle-même le sacre royal qui n'était réservé jusqu'à présent qu'au roi seul. Aucune difficulté d'ordre confessionnel ne semble avoir été soulevée alors que les relations entre Rome et Constantinople s'étaient dégradées depuis longtemps. Ce n'est que trois ans après leur mariage, en 1054, que la séparation des Eglises d'Orient et d'Occident sera consommée, avec à la clé anathèmes et excommunications réciproques.

Ayant appris quelques rudiments de français durant son voyage jusqu'en France, Anne signe son contrat de mariage en deux langues, russe et français, alors que son mari n'y appose qu'une croix. Il semblerait qu'il ne savait pas écrire !

L'EVANGÉLIAIRE DE REIMS

Ici une énigme se présente. On a longtemps cru que l'évangile slavon sur lequel les rois de France prêtaient habituellement serment au moment du sacre avait été apporté à Reims par Anne de Russie. On comprend aisément qu'elle aurait voulu prêter serment sur un livre sacré qui lui était familier. Son geste aurait d'ailleurs été à l'origine de la tradition..... SUITE - Mes histoires d'autrefois: Anecdotes et Souvenirs historiques

Anne de Kiev (vers 1025 - avant 1080) princesse de Russie et reine de France naît à Novgorod

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 10 Juin 2017 à 16:47 | 9 commentaires | Permalien



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