En faisant ce voyage nous nous sentons soutenus par cette prière que fit Jésus Lui-même, en cette ville, la veille de Sa Passion, de Sa Mort et de Sa Résurrection, prière offerte à Son Père pour Ses disciples. C'est une prière que nous même, avec humilité, ne nous lassons pas de reprendre à notre compte: "afin que tous soient un, … pour que le monde croie…" (Jean 17:21)" Pape de Rome François, Jérusalem, le 25 mai 2014

Les chrétiens "n'ont pas d'autre alternative

Il y a 50 ans, le sommet historique à Jérusalem entre le pape Paul VI et le patriarche Œcuménique Athénagoras avait marqué le début du dialogue entre Catholiques et Orthodoxes et il apparait clairement que le nouveau sommet du 25 mai 2014 marquera une nouvelle étape dans le rapprochement, même si les formes en restent à définir. La bonne volonté et l'ouverture sont en tous cas très marqués du côté catholique. Le logo du Vatican pour le pèlerinage du pape François en est déjà le symbole: une accolade entre les premiers apôtres Pierre et son frère André, qui symbolisent les mondes catholique et orthodoxe, réunis dans une barque surmontée de la devise évangélique "Qu'ils soient un".

L'invitation du patriarche Bartholomée à la "Prière pour la paix" le 8 juin est aussi une façon de faire participer l'Orthodoxie avec le Catholicisme à cet acte de portée universelle.

Les chrétiens "n'ont pas d'autre alternative que de poursuivre ce chemin de la réconciliation et de l'unité", a affirmé le patriarche Bartholomée la veille de sa rencontre avec le pape François en la qualifiant "d'événement d'une grande importance" ("Osservatore Romano", 24/05/2014.) "Aujourd'hui, davantage encore qu’il y a cinquante ans, il y a un besoin urgent de réconciliation, et cela transforme notre prochaine rencontre avec le Pape François à Jérusalem en un événement riche de signification, a-t-il continué. Naturellement, il ne s’agit — comme nous devons humblement comprendre et admettre — que d’un premier pas pour aller à la rencontre du monde, comme affirmation de notre désir d’accroître les efforts en faveur de la réconciliation chrétienne et pacifique. Cela ne démontrera pas moins notre disponibilité et notre responsabilité commune dans la progression sur le chemin préparé par nos prédécesseurs. Donc, comme leaders ecclésiastiques et spirituels, nous nous rencontrerons pour lancer une invitation à toutes les personnes, en faisant abstraction de leur foi et de leur vertu, pour un dialogue qui vise au fond à la connaissance de la vérité du Christ et à goûter la joie immense qui accompagne la rencontre avec lui. Toutefois, en dernière analyse, cela n’est possible qu’en comblant la séparation intérieure les uns des autres et à travers l’unité de toutes les personnes en Christ, qui est la véritable plénitude de l’amour et de la joie. "

Que tous soient Un

Le Pape s'est adressé au patriarche Bartholomée pendant la célébration commune au Saint Sépulcre et son message était en fait adressé à tous les Orthodoxes texte en anglais ICI

En voici un large extrait (traduction VG).

Citation:

"En toute clarté, nous ne pouvons nier les divisions qui existent entre nous, les disciples de Jésus: cet endroit sacré nous rend encore plus malheureusement conscient du tragique de cette situation. Mais malgré tout, cinquante ans après l'accolade de nos deux vénérables prédécesseurs, nous réalisons avec une gratitude en une surprise renouvelés devant ce qui est arrivé, par l'intercession du Saint Esprit, que des avancées significatives vers l'Unité ont été eu lieu. Nous savons qu'il reste une grande distance à parcourir avant que nous atteignions une pleine communion, qui peut aussi s'exprimer par le partage de la même table eucharistique, quelque chose que nous désirons aussi ardemment; mais nos désaccords ne doivent pas nous faire peur et paralyser notre progression. Nous devons seulement croire que, tout comme la pierre avait été enlevée du Tombeau, de même tout obstacle à notre pleine communion sera enlevé. Cela sera la grâce de la Résurrection dont nous avons déjà un avant-gout aujourd'hui.

Chaque fois que nous demandons pardons de nos péchés envers d'autres Chrétiens, et chaque fois que nous avons le courage de donner et recevoir le pardon pour cela, nous ressentons la Résurrection! Chaque fois que nous laissons derrière nous les vieux griefs et avons le courage de bâtir une nouvelle relation fraternelle, nous confessons que le Christ est vraiment ressuscité! Chaque fois que nous pensons à l'avenir de l'Eglise à la lumière de sa vocation à être unifiée, le matin de Pâques se lève. Ici je renouvèle l'espoir déjà exprimé par mes prédécesseurs, d'un dialogue continu avec tous nos frères et sœurs dans le Christ pour trouver une façon d'exercer le ministère de l'évêque de Rome qui, en restant fidèle à sa mission, peut être ouvert à une nouvelle situation et peut, dans le contexte actuel, être un service d'amour et de communion reconnu par tous (cf. St Jean-Paul II, "Ut Unum Sint" (1), p. 95-96) Votre Sainteté , mon cher frère, chers frères et sœurs, mettons de côté les doutes que nous avons héritées du passé et ouvrons nos cœurs à l'Esprit Saint , à l'Esprit d'Amour et de Vérité, marchons ensemble vers le jour béni de notre pleine communion retrouvée."

Le pape rappelle les souffrances du Moyen Orient et les persécutions des Chrétiens de toutes confessions dans le monde qui "souffrent ensemble, côte à côte, et se portent mutuellement assistance avec une charité fraternelle, alors né un œcuménisme de la souffrance, un œcuménisme du sang qui se révèle très puissant non seulement pour ceux chez qui il se manifeste directement, mais aussi pour toute l'Eglise par la communion des saints."

Puis, s'adressant au patriarche Bartholomée: "Votre Sainteté, cher frère, chers frères et sœurs, déposons tous les griefs hérités du passé et ouvrons nos cœurs à l'œuvre du Saint Esprit, l'Esprit d'amour (cf. Rom. 5:5) et de vérité (Jn 16:13), pour nous hâter ensemble vers ce jour béni où notre communion sera rétablie. En faisant ce voyage nous nous sentons soutenus par cette prière que fit Jésus Lui-même, en cette ville, la veille de Sa Passion, de Sa Mort et de Sa Résurrection, prière offerte à Son Père pour Ses disciples. C'est une prière que nous même, avec humilité, ne nous lassons pas de reprendre à notre compte: "afin que tous soient un, … pour que le monde croie…" (Jean 17:21)" Fin de citation.

Déclaration commune du Pape François et du Patriarche œcuménique Bartholomée

Concrétisant cette invitation à aller plus loin vers l'Unité et la pleine communion, la déclaration commune fixe des priorités concrètes texte complet ICI

• Mission de la "Commission Mixte Internationale" qui doit être "un exercice dans la vérité et dans l’amour qui exige une connaissance toujours plus profonde des traditions de l’autre pour les comprendre et pour apprendre à partir d’elles. Ainsi, nous affirmons une fois encore que le dialogue théologique ne recherche pas le plus petit dénominateur commun sur lequel aboutir à un compromis, mais qu’il est plutôt destiné à approfondir la compréhension de la vérité tout entière que le Christ a donnée à son Église, une vérité que nous ne cessons jamais de mieux comprendre lorsque nous suivons les impulsions de l’Esprit Saint."

• "Travailler ensemble au service de l’humanité, … spécialement en défendant la dignité de la personne humaine à toutes les étapes de la vie et la sainteté de la famille basée sur le mariage, en promouvant la paix et le bien commun, et en répondant à la souffrance qui continue d’affliger notre monde… C’est notre devoir de chercher à construire une société juste et humaine dans laquelle personne ne se sente exclu ou marginalisé."

• "… sensibiliser au sujet de la gestion de la création; nous appelons tous les hommes de bonne volonté à envisager les manières de vivre plus sobrement, avec moins de gaspillage, manifestant moins d’avidité et plus de générosité pour la protection du monde de Dieu et pour le bénéfice de son Peuple."

• "…promouvoir un authentique dialogue avec le Judaïsme, l’Islam et d’autres traditions religieuses. L’indifférence et l’ignorance mutuelles ne peuvent que conduire à la méfiance, voire, malheureusement, au conflit."

• prière "pour la paix en Terre Sainte et au Moyen Orient en général…" (note de VG: qui donnera lieu à la première concrétisation dans la "Prière pour la paix" à Rome le 8 juin dernier.)

• …et "appel à tous les chrétiens, ainsi qu’aux croyants de toutes les traditions religieuses et à tous les hommes de bonne volonté, à reconnaître l’urgence de l’heure qui nous oblige à chercher la réconciliation et l’unité de la famille humaine, tout en respectant pleinement les différences légitimes, pour le bien de toute l’humanité et des générations futures."

Quelle suite?

Deux lignes d'action unitaires sont clairement dessinées: l'une, encrée dans les besoins du monde, est d'abord symbolisée par la Prière pour la paix"; l'autre ligne, celle du rapprochement théologique, est symbolisée par le projet de commémoration commune du premier concile œcuménique.

La "Prière pour la paix": ce geste unitaire extraordinaire, unique dans l'histoire, qui a vu le pape de Rome et le patriarche de Constantinople bénir ensemble, au nom des Chrétiens, cette prière pour la paix des deux chefs de deux états en guerre depuis près de soixante-dix ans et que tout sépare, à commencer par leurs religions, est évidement le premier pas unitaire dans la ligne de ce communiqué. Aucune diplomatie n'avait encore pu réunir ces deux hommes et, dépassant les différentes déclarations pacifistes, souvent en ordre dispersé, ce geste fort montre la puissance du Christianisme uni pour la paix.

Retour à la théologie: "J’ai marché avec mon frère François sur cette Sainte Terre non pas avec la crainte de Cléophas et Luc sur le chemin conduisant à Emmaüs, mais inspiré par une vive espérance, comme Notre seigneur nous l’enseigne", a déclaré le patriarche Bartholomée (2). Et il annonce: "Avec le pape François nous avons décidé de laisser en héritage à nous-mêmes et à nos successeurs une nouvelle rencontre à Nicée en 2025, pour célébrer tous ensemble, après 17 siècles, le premier synode vraiment œcuménique qui a donné lieu au Credo". Cette référence au premier concile œcuménique, qui a défini les dogmes chrétiens fondamentaux, et la mention de la "Commission Mixte Internationale" comme premier point concret de la déclaration commune, indiquent clairement que les problèmes théologiques ne sont pas oubliés. Il faut rappeler que le travail de la Commission est bloqué depuis 2011 sur le sujet de la primauté et une phrase du discours du Pape rappelé plus haut mérite d'être soulignée dans ce contexte: le pape propose de "trouver une façon d'exercer le ministère de l'évêque de Rome qui, en restant fidèle à sa mission, peut être ouvert à une nouvelle situation et peut, dans le contexte actuel, être un service d'amour et de communion reconnu par tous." Pour le commentateur du jeournal italien "La Stampa" Giacomo Galeazzi, le Pape aurait ainsi exprimé une ouverture à discuter de la primauté pétrinienne, qui est le sujet de désaccord théologique fondamental entre nos deux Eglises d'où on ensuite découlé tous les autres. Il se trouve malheureusement que ce thème est aussi un sujet de fracture à l'intérieur de l'Orthodoxie et qu'il faudra donc d'abord se mettre d'accord entre nous.

Interrogatins des Orthodoxes" il apparait ainsi clairement que le Pape propose aux Orthodoxes d'approfondir le dialogue et la démarche vers l'Unité entamés il y a cinquante en soumettant tout au débat sans conditions préalables. Mais côté Orthodoxes la situation est moins simple et la proposition de rencontre transmise par le Pape au patriarche de Moscou montre qu'il en est bien conscient: l'Egalise russe est la plus importante Eglise orthodoxe, regroupant à elle seule près des deux tiers des fidèles, et son désaccord avec Constantinople, en particulier sur la primauté, est un obstacle majeur au dialogue théologique avec Rome. La question du dialogue œcuménique est d'ailleurs à l'ordre du jour du prochain Concile panorthodoxe et les résultats de la rencontre de Jérusalem y seront certainement analysés…

***
(1) "Ut Unum Sint" (Qu'ils soient un), encyclique du pape Jean-Paul II publiée le 25 mai 1995 est la première encyclique consacrée aux relations de l'Église catholique avec l'Église orthodoxe et les autres communautés. Cf. texte ici.
(2) Entretien à l’agence catholique missionnaire italienne AsiaNews; cf. http://www.zenit.org/fr/articles/bartholomaios-et-francois-marchent-vers-nicee-2025.



Rédigé par Vladimir Golovanow le 23 Juin 2014 à 13:58 | 11 commentaires | Permalien



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