Baptême des enfants
V. Golovanow

"Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde". Мt 28,19-20


J'ai constaté une très grande méconnaissance des rites du baptême parmi les croyants, voire même des principes de base (il en est d'ailleurs de même en Russie!) J'en propose donc une description synthétique basée sur la pratique de l'Eglise russe et particulièrement consacré aux baptêmes des enfants, car cela reste le cas le plus fréquent (et il va de soi que le baptême des adultes suit les mêmes rites.) Ce texte ne se veut pas un manuel exhaustif, mais un résumé ouvrant à commentaires et compléments de la part des érudits contributeurs de PO.

Baptême des enfants
Le baptême

Le baptême se donne par immersion aux petits enfants dès leur 8ème jour, voir avant en cas de péril mortel. Ce sacrement primordial est normalement administré par un évêque ou un prêtre, mais il peut aussi l'être par tout Chrétien en cas de péril mortel ; dans ce cas, si le baptême a été fait dans les règles, c'est-à-dire par triple immersion (ou aspersion générale en cas d'impossibilité – j'ai vu un baptême en couveuse fermée à l'aide d'une seringue…) et au nom du Père, du Fils du Saint Esprit, il n'est pas renouvelé mais le baptisé doit ensuite être confirmé dans les règles.

La cérémonie du baptême reprend celle décrite dans le Traité du Saint Esprit de saint Basile de Césarée (329-379) Elle comprend plusieurs rites très symboliques:

· Prières préliminaires: prière du 1er jour, marquant la naissance au monde du nouvel être humain, et prière du 8ème jour au cours de laquelle le nouveau-né reçoit un nom chrétien. On range aussi là la prière de purification de la mère traditionnellement prononcée au 40éme jour après la naissance; si le baptême a lieu avant le 40éme jour, comme c'était de tradition, la mère n'y assiste pas ou reste à l'écart.

· Rites du catéchuménat avec les trois exorcismes par le prêtre, le triple renoncement à Satan par les parrains au nom du baptisé tourné vers l'ouest et la lecture du Crédo signifiant la conversion du catéchumène.

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Le baptême proprement dit:

o Sanctification des eaux avec la même prière de Saint Sophrone que pour la Théophanie (baptême du Christ, 6 janvier) rappelant que nous devenons aussi Fils de Dieu par le baptême.

o Onction du catéchumène pour renforcer sa lute contre le Mal; elle se fait avec de l'huile bénie et ne doit pas être confondue avec la chrismation (voir plus loin).

o Triple immersion au nom du Père, du Fils du Saint Esprit du baptisé nu, symbolisant la participation à la mort et à la résurrection du Christ et la purification.

o Tunique de clarté et croix de baptême: «vous avez revêtu le Christ» (Galates, 3:27).

· Chrismation: elle fait partie intégrante de l'office du baptême orthodoxe et consiste à oindre le baptisé par un signe de croix sur son front, ses yeux, ses narines, ses lèvres, ses oreilles, sa poitrine, ses mains et ses pieds avec le Saint Chrême (ou myron) (*) en disant « Le sceau du don de l'Esprit Saint ».

(*) mélange d'huiles essentielles et d'huile d'olive consacré par l'évêque.
"Rites du 8ème jour": le myron est enlevé avec une éponge et on coupe un peu de cheveux du nouveau baptisé, symbole de la soumission à la volonté de Dieu. Ces deux rites sont maintenant célébrés immédiatement après la lecture de l'Evangile.


· Triple procession autour des fonds baptismaux, symbolisant l'éternité, suivie des lectures de l'Apôtre (Rom. 6, 3-11) et de l'Evangile (Мt 28,16-20).

Baptême des enfants
Parrains et marraines jouent un rôle particulièrement important.

Dans le cadre du rituel décrit, ce sont eux qui s'engagent pour leur filleul. Ils le tiennent dans leurs bras avant la triple immersion, le reprennent après (le parrain prend le garçon et la marraine la fille), le revêtent de la tunique de clarté puis le portent pendant la procession et les rites "du 8ème jour".

Dans l’église orthodoxe, le parrain/la marraine n’assiste pas au baptême en qualité de simple « témoin »; en recevant son/sa filleul/e des fonts baptismaux, il/elle crée avec celui-ci/celle-ci des liens de parenté spirituelle. Il/elle assume vis-à-vis de lui/elle la fonction « de père/mère spirituel/le » et doit assumer le Commandement Divin qui est lu dans l'Evangile à l'office du Baptême: "enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit." (Мt 28,20).

Le lien de filiation spirituelle ainsi crée explique les règles qui président au choix des parrains et marraines: ce ne peut être les parents (père ou mère) du baptisé et ils ne peuvent être mariés en entre eux ni avoir prononcé de vœux monastiques. Ils doivent évidement être Orthodoxes. Soulignons toutefois que le rituel ne prévoit comme obligatoire que la présence d'un seul des parrain ou marraine ce qui permet dans la pratique une certaine souplesse pour le second…

Baptême des enfants
Eucharistie et ecclésiation" (Воцерковле́ние )

Le nouveau baptisé doit communier dès la première Liturgie suivant le baptême et, juste avant la communion, le prêtre va "l'ecclésialiser": la mère présente le nouveau baptisé à l'entrée de l'église. Le prêtre vient le chercher et, après avoir lu les prières de purification de la mère (si elles ne l'ont pas été au début du baptême) puis il prend l'enfant dans les bras et l'élève par trois fois en signe de croix à l'entrée, au milieu de l'église et devant les portes saintes en disant "le serviteur de Dieu … est ecclésialisé au nom du Père, du fils et du Saint Esprit". S'il s'agit d'un garçon, le prêtre entre avec lui dans le sanctuaire, passe derrière l'autel et ressort par la porte latérale, l'approche des icônes de l'iconostase et le remet à sa mère sur l'ambon. S'il s'agit d'une fille, le prêtre ne la fait pas entrer dans le sanctuaire. Le rite se clos par la lecture de la prière de St Siméon " Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s'en aller…" ("Nunc dimittis") et une bénédiction, puis le nouveau baptisé est normalement le premier à communier.

De nombreux prêtres conseillent de faire communier les petits enfants le plus souvent possible, précisant qu'ils sont dispensés de jeune eucharistique jusqu'à leur première confession. Certains conseillent de ne pas amener les petits enfants au début de la Liturgie, pour qu'ils ne se fatiguent pas et ne perturbent pas l'office, et acceptent de faire communier les mères qui viennent en retard avec leurs enfant; d'autres se montrent plus strictes tant sur le jeune de l'enfant (dès le sevrage) que sur la communion en cas d'arrivée tardive.

Et si l'enfant refuse?

Un problème important en Russie eu égard à la place qui lui est accordée dans les blogs orthodoxes c'est la question de la conduite à tenir si les parents décident de baptiser un enfant assez grand, trois, quatre voire cinq ans et celui-ci refuse, et ce carrément devant les fonds baptismaux. Le prêtre doit-il le baptiser de force? La plupart des prêtres répondent que cela est hors de question, même si chaque cas doit être considéré individuellement. Une réponse particulièrement circonstanciée est donnée par le père diacre André Kouraev il explique que tout vient de la famille. Si l'enfant n'avais jamais mis les pieds à l'église auparavant, il n'est pas étonnant que le baptême l'inquiète; mais cela démontre surtout que la famille n'est probablement pas pratiquante et le baptême est pour elle une formalité mondaine… dans ce cas le prêtre ne doit pas baptiser.

Et comme ce cas se pose visiblement souvent, nous en revenons à la question de cette appartenance "culturelle" à l'Orthodoxie que les sondages mettent en évidence et dont PO a traité sur plusieurs fils …

Baptême des enfants
Différentes approches en quelques mots

Le baptême catholique présente une version très simplifiée du baptême orthodoxe. Les différences essentielles portent sur la triple aspersion (quelques gouttes d’eau versées sur la tête du baptisé de manière symbolique) au lieu de l'immersion, le Crédo et remplacé par le Pater et surtout la confirmation est reportée de plusieurs années, ce qui rend impossible la communion des petits enfants.

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Chez les protestants : Le baptême est considéré comme l’un des deux sacrements que reconnaissent les principales branches du protestantisme (l’autre étant la cène - communion) mais les enfants sont baptisés plus tard que dans les Eglises orthodoxe et catholique. Dans les traditions luthérienne et réformée, le baptême peut se faire selon les trois modes suivants : soit par immersion, soit par effusion (le fait de verser de l’eau sur la tête du croyant), soit par aspersion. Mais, en général, ces deux traditions privilégient le baptême par aspersion. Tandis que dans la tradition évangélique, le baptême se fait exclusivement par immersion. Le parrain et la marraine prennent l'engagement de l'élever dans la foi chrétienne. Les luthériens et les réformés ne remettent pas en cause les baptêmes catholiques ou orthodoxes - ils ont toujours reconnu un seul baptême qui est le "oui que Dieu dit à son peuple".

Les baptistes et les pentecôtistes ne reconnaissent que le baptême des adultes. Ils rebaptisent donc à l'âge adulte ceux qui ont été baptisés enfant dans les autres confessions chrétiennes

Baptême des enfants
« Je confesse un unique baptême »

Le texte "Baptême, Eucharistie, Ministère" BEM ou "Accord de Lima" adopté par la "Commission plénière Foi et constitution" lors de sa réunion de Lima (Pérou) en 1982, fait le point sur les domaines fondamentaux de la foi et de la vie des Eglises et en particulier le baptême. Les Églises orthodoxes, catholique et protestantes reconnaissent en principe qu'ils ont un seul et même baptême, conformément au credo récité à chaque liturgie orthodoxe, et ce même si les rites et la théologie en sont différents, mais les pratiques varient d'une Eglise à l'autre.

Voici un extrait des "Principes fondamentaux régissant les relations de l'Eglise orthodoxe russe avec l'hétérodoxie" qui fixent les règles pour l'Eglise russe:

"1.15. L'Église orthodoxe affirme par la bouche des saints Pères, que le salut ne peut être atteint que dans l'Église du Christ. Mais en même temps, les communautés déchues de l'unité avec l'Orthodoxie, n'ont jamais été considérées comme totalement privées de la grâce divine. La rupture de la communion ecclésiale conduit inéluctablement à la dégradation de la vie de la grâce, mais pas toujours à sa complète disparition dans les communautés séparées. Ainsi s'explique que la réception dans l'Église orthodoxe de personnes venant de communautés hétérodoxes ne s'opère pas uniquement par le sacrement du baptême. Malgré la rupture de l'unité, il demeure une communion, certes incomplète, agissant comme gage de la possibilité du retour à l'unité dans l'Église, à la plénitude catholique et à l'unité.

1.16. La situation ecclésiale des séparés ne se prête pas à une définition univoque. Un certain nombre de signes unissent le monde chrétien divisé: ce sont la Parole de Dieu, la foi au Christ, Dieu et Sauveur venu dans la chair (1 Jn 1, 1-2; 4, 2, 9) et une piété sincère.

1.17. L'existence de divers modes de réception (par le Baptême, par la Chrismation, par la Pénitence) montre que l'Église orthodoxe a une approche différenciée des autres confessions. Le critère est la mesure dans laquelle ont été conservées la foi et les institutions ecclésiastiques, ainsi que les normes de la vie spirituelle chrétienne. Mais en établissant divers modes de réception, l'Église orthodoxe ne porte pas de jugement sur le degré de conservation ou d'altération de la vie de grâce dans l'hétérodoxie, estimant que c'est le secret de la Providence et du jugement divin."

Et concrètement la décision de rebaptiser ou non varie selon les circonstances et la personnalité de l'évêque ou du prêtre concerné.


Rédigé par Vladimir Golovanow le 18 Janvier 2015 à 12:00 | 11 commentaires | Permalien



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