Basile de Tiesenhausen: Dix ans de travail d’Eglise avec Mgr Serge (Konovaloff)
OLTR "SOIREE A LA MEMOIRE DE MGR SERGE (KONOVALOFF) 1941-2003 " - Pour le 10ème anniversaire de sa mort

"Parlons d’orthodoxie" a publié les interventions de Mgr Nestor de Chersonèse et du père Nicolas Rehbinder à la Table ronde de l’OLTR consacrée au dixième anniversaire du rappel à Dieu de Monseigneur Serge (Konovaloff).

Ce n’est que récemment que Monsieur Basile de Tiesenhausen nous a fait parvenir par courrier les textes sur lesquels il s’est fondé dans son intervention et qu’il a exposés dans leur intégralité. Il a fallu soumettre ces pages à un logiciel de reconnaissance de texte : nous prions les lecteurs d’excuser les inévitables bugs. Nous ne disposons pas encore de l’intervention émouvante de Vladimir Konovaloff, le fils du défunt archevêque.

Le Survol du début à nos jours

Surtout et après le XIX° siècle les émigrants d’origine russe qui sont venus en Europe Occidentale et plus particulièrement en France ont éprouvé le besoin de ne pas rompre le lien spirituel et affectif avec l’Eglise dans laquelle ils avaient été baptisés et de pouvoir vivre dans la communion de la foi et des traditions selon lesquelles ils avaient été élevés.Ils ont organisé la pratique de leur foi, construits des églises, réunis des communautés, formé des paroisses et enfin continué d’éduquer leur descendance dans ce qui était leur religion et leurs traditions.

Les lieux de culte, dont ils avaient été à l’origine (ne serait-ce que par leur présence ) et plus que souvent réalisateurs avec la contribution de compatriotes de Russie, plus ou moins haut placés, étaient vécus comme les leurs et les témoins de leur foi et de leurs traditions . Les leurs qu’ils transmettaient à leur descendance avec l’objectif que cette foi et ces traditions , qui devaient y être célébrées , ne soient pas dévoyées et dispersées.

Les événements historiques (la révolution russe, le pouvoir athée) ont fait que cet ensemble homogène, à l’origine, sur le plan de la religion a réagi différemment et cherché des solutions qui se sont révélées ni homogènes ni identiques.
- les uns sous l’impulsion du Métropolite Euloge ont cherché « une liberté provisoire » dans la juridiction du Patriarcat de Constantinople tout en proclamant que le départ de l’Eglise Russe n’était que momentané et que leur solution leur conservait une canonicité ainsi non contestée.
- d’autres tels l’EORHF se sont constitués en ensemble autonome et indépendant drapés dans leur conviction de détenir la vérité. Ils ne furent pas reconnus par les autres Eglises.
- d’autres enfin sont resté dans le cadre où ils étaient en priant pour que le temps leur permette de revivre normalement, (paroisses du Patriarcat de Moscou)
Le temps a passé pour tous avec ses événements, ses hauts et ses bas.

- avant de mourir le Métropolite Euloge et ses évêques ont voulu mettre un terme au mot « provisoire », qui avait été la clé de voûte de leur existence avec Constantinople, et sont revenus dans le Patriarcat de Moscou. Mgr Euloge faisait la paix de son âme avec l’Eglise russe.
- Au décès du Métropolite Euloge l’Archevêque Vladimir(Tichonitsky ), pour des raisons diverses et des justifications discutées par certains, s’est rétracté et a maintenu l’Archevêché dans la juridiction de Constantinople. Décision dans laquelle il a été suivi par l’Assemblée Générale convoquée pour l’occasion et qui a estimé « que l’Eglise russe n'était pas encore libérée du pouvoir athée. » (c’était trop tôt)
- Quelques années plus tard en 1965 le Patriarche Œcuménique Athënagoras, après avoir soupesé le vrai et le faux, le mauvais et le bon pour le futur a unilatéralement décrété que « son provisoire » avec l’Archevêché avait atteint son terme et justifiant ainsi à posteriori la décision du Métropolite Euloge de revenir dans le Patriarcat de Moscou, annonçait que le temps était venu pour l’Archevêché de revenir au sein de son Eglise Mère ( ainsi clairement désignée ). L’Archevêché, qui n’avait pas été consulté, ne l’entendit pas de cette oreille, et pour la deuxième fois, plutôt que de reconnaître de près ou de loin une subordination réelle ou présumée au pouvoir athée à la tête de l’Union soviétique refusa d’obéir à Constantinople et de revenir au sein de l’Eglise Russe accusée de vivre au gré du pouvoir rouge et s'auto proclama indépendant.
- Le temps passant, en 1971, l’Archevêché constatant que l’indépendance unilatéralement autoproclamée était difficile à vivre dans l’Eglise orthodoxe et tel les bourgeois de Calais a demandé que Constantinople le reprenne acceptant au passage une position de vicariat, de fait, de la Métropole grecque de France.
Le temps continuant de passer le régime politique soviétique s’effondrait et l'Eglise russe retrouvait son indépendance (que ses ennemis contestent parfois), son autorité et peut être son pouvoir.

Cela dura jusqu’en 1995 avec l’élection de l’Archevêque Serge. Avec une réussite (il était à moitié belge ) et simplicité chevillées au corps l’Archevêque Serge :
- remis de l’ordre, après des compromis avec Constantinople, dans les statuts de l’Archevêché datant de l’époque de Mgr Euloge et devenus obsolètes
- rétabli la communion eucharistique avec le Patriarcat de Moscou
- obtint le rétablissement de la position d’origine de l’Archevêché auprès de Constantinople (exarchat)
-travailla au retour de l’unité au sein des orthodoxes en Europe Occidentale.Ces orthodoxes vivant toujours en trois entités séparées et s'ignorant plus ou moins les unes les autres. Mgr Serge poussa son action jusqu’au projet d’une Métropole auto -administrée dont le projet de statuts , apparemment accepté par le Patriarcat de Moscou, était une mine de concessions, de celui-ci, calquées sur les nouveaux statuts de l’Archevêché. L’Archevêque Serge fut emporté par le destin avant de finaliser son rêve.

En 2003, après le décès de l’Archevêque Serge, le Patriarche de toutes les Russies Alexis II qui avait été convaincu par les idées de Mgr Serge essaya de poursuivre et de concrétiser le rêve de Mgr Serge en y apportant le poids de sa propre position et en reprenant nombre des objectifs :

- ’Archevêché de Mgr Gabriel ( archevêque nouvellement élu ) repoussa de toutes ses forces l’appel du Patriarche Alexis II au risque, qui se réalisa, de créer la division en son sein .
- l’EORHF elle, si dogmatique et rigoriste dans le temps, prêta une oreille réaliste et pragmatique ( bien que parfois source de divisions en son propre sein ) entamant un processus de discussions avec le PM. Discussions qui aboutirent à un acte d’UNION qui a été signé le 17 mai 2007.
L’Archevêché entraîné, par Mgr Gabriel, dans son opposition renoua avec des méthodes que certains dirent issues des pratiques soviétiques dans la gestion de sa population dite de « fidèles » restant sourd et aveugle aux appels de beaucoup.

Cette population c’est quoi aujourd'hui ?

Ce sont les descendants de l’Archevêché de 1927 puis de 1939 globalement assimilés dans leurs pays d’adoption ( via des études locales, des mariages mixtes ....). Ils se divisent un peu schématiquement en :
• ceux qui sont restés fidèles aux principes de leurs ascendants, leur foi et leurs traditions
• ceux qui s'estimant plus nationaux que les nationaux de leurs nouveaux pays et qui éprouvent le besoin de donner des gages à leur nouvelle appartenance. Qui en bons occidentaux veulent créer, à l’image de Vatican 2, une nouvelle orthodoxie plus moderne plus ancrée dans leur pays et en un mot différente de la vieille orthodoxie pratiquée encore dans la Russie « profonde »
• les convertis qui se partagent entre les deux précédents
• les nouveaux arrivés, de plus en plus nombreux, des pays de l’est habitués et fidèles à la tradition russe
Les premiers estiment que les lieux de culte crées par leurs ancêtres doivent correspondre aux habitudes et traditions de ces ancêtres et sont leur « propriété ».
Les autres ne veulent pas (ou ne peuvent pas) créer des lieux de cultes pour développer leurs religion « modernisée » et estiment que leur position d’aujourd’hui leur donne le droit d'arracher aux précédents les lieux de culte et de les adapter à leurs nouvelles conceptions de culte et de célébrations.(vieille loi du coucou qui fait ses œufs dans le nid du voisin en vue de chasser les oisillons d'origine, légitimes )

C’est dans ce contexte, qui ne date pas d’aujourd’hui, que Mgr Serge a su maintenir la paix, les équilibres et la juste expression de chacun.
C'est dans ce même contexte que son successeur solidement tenu par « qui t’a fait roi » n’a pas pu ( ou voulu ) respecter les engagements pris lors de son élection et qui a fait ( ou fait faire ) le « ménage » pour éliminer toute opposition dans les instances dirigeantes ou influentes de l’Archevêché. Des homélies émouvantes exprimant son amour de la Russie du slavon et du Patriarcat de Moscou étaient suivies de mesures discriminatoires à l’égard de tous ceux soupçonnés de sympathie envers le « russe ».

Cela a créé un climat délétère où les croyants ne se retrouvent plus et où nombre de fidèles pensent qu’il est (peut-être) temps d’oublier les querelles et autres ambitions personnelles pour retrouver les chemins enseignés par l’Eglise Orthodoxe. Mais pour ce faire peut-être faut-il revoir plus en détail les différentes périodes de cette histoire.

* * *

1995-2003: LA VIE de TOUS les JOURS

Le décès imprévu et soudain de SEm l’Archevêque Georges (Wagner) trouva une situation où aucune succession n’avait été préparée. Devant la vacuité l’Archimandrite Serge (Konovaloff) enseignant en Belgique et peu connu dans l’Archevêché fut sollicité pour présenter sa candidature. Il se fit prier, ne se sentant aucunement préparé à une telle tâche, puis accepta et fut élu par l’Assemblée Générale Extraordinaire de l’Archevêché du 31 mai 1999. Il fut confirmé par Constantinople au siège d’Eucarpie

Bien que n’ayant pas eu un parcours, comparable à celui de Mgr Georges, qui l’aurait préparé à diriger et gérer une entité aussi diversifiée et étendue que l’Archevêché le nouvel Archevêque SEm l’Archevêque Serge a :

- après son élection, énormément travaillé la théologie. Domaine où il ne voulait pas devenir le « prisonnier » tant de ses collaborateurs ( clercs ou laïcs ) que de ses interlocuteurs extérieurs
- fait confiance à son bon sens, aux sentiments que lui inspirait sa conscience et à ses collaborateurs et conseillers dont il s’était entouré et qu’il n’hésitait pas à consulter (sans suivre obligatoirement leurs avis ou suggestions)
Dans ce cadre :
- il était profondément pénétré de son origine russe et des aspirations de son âme. Cette origine et son attachement à celle-ci avaient été un élément déterminant pour le décider à accepter de présenter sa candidature, à la fonction d’Archevêque dirigeant, lorsqu’il avait reçu, au décès de Mgr Georges, la vague d’appels.
- L’Eglise russe représentait pour lui, par son histoire, sa dimension géographique et démographique une base que les avatars de la révolution russe ne pouvaient effacer d'un trait de plume.
- Il souffrait des divisions déchirant les fidèles orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale. Ceux de l’Eglise Orthodoxe Russe Hors Frontières, du Patriarcat de Moscou et de l’Archevêché
- Il fut rapidement troublé par ce qui lui apparut comme une insuffisance d’organisation, de logique et de clarté dans le fonctionnement de l’Archevêché
SEm l’Archevêque Serge craignant de s’embrouiller, dans des opérations trop nombreuses soumises à trop d’interlocuteurs, voulu faire preuve de :
- simplicité
- bon sens
- détermination dans un nombre limité de démarches et de décisions prises, en totale concertation avec les instances élues de l’Archevêché ( le Conseil de l’Archevêché et l’Assemblée Générale ) et en pratiquant la délégation notamment à l’Administration Diocésaine statutairement chargée d’être le bras séculier de ses décisions.

Très rapidement il fixa quatre objectifs prioritaires :
- Pouvoir s’appuyer sur des outils de travail pratiques, logiques et en conformité aux lois des pays où se situait l’Archevêché. Le premier d’entre eux devait être les « statuts de l’archevêché »
- Rétablir la situation vis-à-vis du Patriarcat Œcuménique. La subordination crée en 1971 via la « réacceptation » de l’Archevêché dans la juridiction de Constantinople ne lui apparaissait ni historiquement ni objectivement acceptables.
- Surmonter « l'anomalie » des « non relations » de l’Archevêché avec l’Eglise de Russie. Anomalie accentuée par les changements politiques intervenus en Russie avec leurs conséquences sur l’indépendance du patriarcat de Moscou.
- Maintenir la paix et l’unité au sein de l’Archevêché

Les étapes dans la réalisation de ces objectifs furent :

1) La refonte des statuts et la restauration de la position d’Exarque. SEm l’Archevêque Serge nomma une commission chargée d’étudier et de présenter un projet de nouveaux statuts. Dans le cahier des charges que Mgr Serge fixait pour ce projet il y avait :

- coordonner les obligations et contraintes légales des pays où l’Archevêché était présent avec les obligations et contraintes de l’orthodoxie de tradition russe et les recommandations du Concile de Moscou de 1917-18
- répondre aux demandes spécifiques du Patriarcat de Constantinople

Dans cette commission Mgr Serge souhaita des représentants des diverses sensibilités existant dans l’Archevêché dont celle du père Jean Gueit le très actif secrétaire général de la « Fraternité », et celle d’Antoine Nivière futur rédacteur du SOP.
Les projets qui se succédèrent furent soumis à un juriste spécialisé du droit des associations cultuelles et aux débats du Conseil de l’Archevêché avant d’aborder les discussions avec la pointilleuse Commission des Eparchies du Saint Synode du Patriarcat de Œcuménique.
Après l'approbation de tous, y compris du Patriarche Bartholomée lui-même le projet fut soumis à l’Assemblée Générale Extraordinaire de l’Archevêché qui l’approuva à une très large majorité le 7 février 1998.(compte rendu en annexe 35)
Les discussions, ci-dessus, à Constantinople avaient mis en évidence les frustrations résultant du changement de positionnement de l’Archevêché au sein du Patriarcat de Œcuménique survenus en 1965 - 1971. C’est en réunion, dans son bureau, que le Patriarche Bartholomée demanda à Mgr Serge de lui proposer un nouveau texte de «Tomos» redéfinissant la position de l’Archevêché.
De retour à Paris Mgr Serge désigna une commission spéciale qui fut chargée de travailler sur un tel projet et de proposer un texte au Conseil. Après débats dans les différentes instances de l’Archevêché, des discussions délicates avec SEm le Métropolite de France Jérémie, directement concerné par l’évolution proposée, un projet fut adressé au Patriarche Bartholomée. Ce projet donna lieu, à nouveau, à de nombreux débats avec la Commission des Eparchies au cours des voyages de la délégation de l’Archevêché accompagnant à Constantinople Mgr Serge et Mgr Jérémie.

Le texte finalement accepté fut conditionné par Constantinople à une nouvelle modification des statuts de l’Archevêché, qui venaient juste d’être acceptés par le Patriarche Œcuménique. Cette nouvelle modification fut soumise à une Assemblée Générale Extraordinaire de l’Archevêché qui la vota le 1° mai 1999.

La voie était enfin libre à la « Promulgation » officielle du « Tomos » (en annexe 36 ) rétablissant l’Exarchat. Elle eu lieu le 20 juin 1999 ( voir ci-dessous le chapitre « TOMOS » en présence du représentant du Patriarche Œcuménique, le Métropolite de Philadelphie Méliton secrétaire du Saint Synode de Constantinople, et du Métropolite Jérémie des Gaules.

2) Surmonter « l’anomalie » des non relations avec le Patriarcat de Moscou. Pour cela SEm l’Archevêque Serge prit, dès 1995, contact ( en accord avec le Patriarche Bartholomée) avec le Patriarche de Moscou. Une délégation comprenant entre autres les pères Boris Bobrinskoy et Jean Gueit prit le chemin de Moscou. La diligence de cette délégation aboutit à une invitation du Patriarche de Moscou pour une visite officielle de l’Archevêque des Eglises Orthodoxes Russes en Europe Occidentale à Moscou. SEm l’Archevêque Serge y fut accompagné, entre autre, par les pères Boris Bobrinskoy et Eugène Czapiuk.
Le rétablissement de la communion eucharistique qui fut alors proclamée, ouvrait la voie à des relations ecclésiales normales dont le développement ne pouvait se faire que dans un cadre correspondant à un consensus général au sein de l’Archevêché.
C’est ainsi qu’après débats au sein du Conseil de l’Archevêché l’Archevêque Serge créait une commission spéciale « Avenir de l’Archevêché » dont déjà seul le nom était évocateur. Il y réunissait les représentants de tous les courants de pensées de l’Archevêché. Cette commission travailla pendant plusieurs années et nourrit le Conseil et l’ordonnancement des pensées de Mgr Serge ; avec entre autres, un document résumant en dix points les commandements estimés fondamentaux pour l’Archevêché et pour son avenir. Ce document allait servir les entretiens qui ponctuèrent la politique et l'action de communication menées par l’Archevêque Serge tant à Constantinople qu’à Moscou.

L’Archevêque Serge ayant rétabli la situation de l’Archevêché tant à l’égard du Patriarcat de Constantinople qu’à celui de Moscou avait ouvert la voie aux grands règlements futurs de l’orthodoxie en Europe Occidentale

3) Sur le plan intérieur la situation trouvée par Mgr Serge présentait d’autres formes de difficultés.

- La population du clergé se décomposait en :
Origines russes, fidèle à la tradition russe et souhaitant la conserver. Cette fraction vieillissante avait un renouvellement insuffisant qui ne pouvait être compensé que par une arrivée de sang neuf venant de Russie et ne pouvait être réalisée uniquement par les transfuges fuyant leur pays et parfois de qualité douteuse.
• origines russes, partisane d’une « orthodoxie occidentalisée et modernisée ». Dans cette fraction se retrouvaient différentes tranches d’âge dont les plus jeunes nourris dès leur jeunesse et études locales par leurs relations dans toutes les couches de la société « moderne ». Ils avaient un grand besoin de d’affirmer une personnalité nouvelle avec une tradition « orthodoxe occidentalisée » et le mythe volontairement imprécis et porteur de I’ « Eglise locale ». Ils assuraient ainsi une liaison quasi naturelle avec toutes les tendances comme celles de l'ECOF ou des uniates.
• origines nationales, soit de convertis du catholicisme soit de mouvances non canoniques
• C’est ce clergé qui avait la charge de gérer, les fidèles historiques de l’Archevêché et les flux migratoires venant de l’est, avec parmi les problèmes celui des langues. Non seulement pour les célébrations mais aussi pour les confessions et la simple communication, si importantes pour les déracinés.

La population des fidèles, comme indiqué ci-dessus subissait des évolutions importantes. Les changements politiques à l’est avaient provoqué un afflux totalement imprévu de fidèles slaves en provenance de Russie, Moldavie, Ukraine .... Ces fidèles plutôt réfugiés économiques que politiques ne disposaient souvent d’aucune formation spirituelle et ecclésiastique et surtout pas de situation légale et se trouvaient sans travail, ni logement, ni argent. Même si les paroisses de l’Archevêché ne pouvaient faire face à tous les besoins matériels leur devoir était de manifester à l’égard de la misère de leurs frères un accueil fraternel avec le maximum de chaleur humaine et spirituelle. Les paroisses et les prêtres se devaient d’accueillir cette population et lui donner une éducation spirituelle élémentaire et de base. L’Archevêque Serge y était d’autant plus sensible que nombre de paroisses furent remplies jusqu’à représenter une majorité des présents lors des célébrations des fêtes dans des églises comme la Cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris,celle de Liège, Marseille, Stockholm Population, ne parlant pas ou mal le français ou le suédois ou..., et pour laquelle l’accueil de base consistait dans la communication spirituelle et laïque dans leur langue natale le « russe ». Il faut noter que ces fidèles s’ils remplissaient les lieux de cultes, n’en assuraient pas la gestion qui restait aux mains des « locaux »

Le maintien de l’unité et de la cohésion au sein de l’Archevêché fut réussi dans ce contexte difficile par Mgr Serge.

Il le fut grâce à :
- sa grande sensibilité et sa bonté qui dans certains cas , disaient ses détracteurs, s’assimilait à de la faiblesse. Mgr Serge cherchait à comprendre ses interlocuteurs et savait les écouter et entendre. Ses qualités de polyglotte étaient un atout supplémentaire.

-Sa volonté de sélectionner un nombre d’objectifs limités et de focaliser ses forces sur ceux-ci quitte à laisser faire un certain de choses qu'il réprouvait comme les «expériences novatrices » ponctuelles et personnelles de certains. La lutte contre cela lui paraissait secondaire face au besoin des démunis.
- Sa décision de répondre à l’appel de fidèles orthodoxes désespérés même si les solutions apportées n'étaient pas totalement bordées ( économiquement ou administrativement ). Comme par exemple l’ouverture de plusieurs paroisses en Espagne . L’expérience montra que des débuts acrobatiques se régularisèrent dans un sens positif dans une spiritualité générale.
Dans cette démarche, parfois artisanale, parfois chaotique mais toujours avec amour et dans la même direction Mgr Serge :
-fit construire des églises ( Belfort, Saint Louis, Bussy en Othe ,.... ) et même s’il n’eut pas le temps de les consacrer toutes lui-même il en fut à la base et l’animateur des promoteurs et réalisateurs matériels.
- contrôla l’essentiel de la qualité des ordinations résistant aux pressions qui ne manquaient pas pour accélérer le mouvement des ordinations de non russes d’origine.

Et s’il ne pu récolter tous les fruits de son action de fond, suite à son décès brutal le 22 janvier 2003 il n’en laissa pas moins à son successeur, un archevêché dont la paix, l’unité et la cohésion étaient indiscutables et indiscutées.

* * *
LA COMMISSION « AVENIR de l’ARCHEVÊCHE »

Cette Commission initialement chargée du concept de l’Eglise Locale s’est vue confier par le Conseil de l’Archevêché du 5 mars 2001 (annexe37) la réflexion sur l’Avenir de l’Archevêché. Cette commission composée initialement des pères Wladimir Yagello (rapporteur), Jean Gueit, Nicolas Rehbinder, Nicolas Ozoline, Alexis Struve, Jivko Panev, et de Michel et Pierre Sollogoub, Michel Milkovitch, Joss van Rossum, et Nikita Struve s’est vue renforcée plus tard des pères Gabriel ( le futur archevêque), Théodore van der Voort, Matias, et de Vadim Tichonicky, et Daniel Vilanova. (on y voyait le futur noyau dur de l’équipe proche du futur Archevêque. Équipe qui allait récuser plus tard les conclusions auxquelles ils avaient contribues)

Cette commission a activement travaillé en de nombreuses réunions et au Conseil de l’Archevêché du 13 novembre 2002 ( annexe 38 ) le rapporteur le père Wladimir Yagello annonçait que le document final était quasiment terminé et le père Jean Gueit tenait à rajouter que « au lieu d’un document présentant des positions opposées la commission avait évolué vers un document consensuel » Au Conseil du 8 janvier 2003 ( annexe 39 ) , le dernier Conseil de Mgr Serge , le rapporteur informait les membres du Conseil qu’ils devaient être en possession du Compte Rendu final de la Commission. Ce dernier avait fait l’objet d’un envoi spécial à tous les membres du Conseil de l’Archevêché. Ce compte rendu fut l'objet d’une discussion approfondie notée dans le compte rendu de ce Conseil.
Dans ses conclusions la Commission avait entre autre élaboré les « Fondamentaux de l’Archevêché» Ces Fondamentaux dans leur rédaction précisaient pour l’Archevêché :

• Ses bases canoniques et historiques .

A l’origine sous l’autorité de l’Eglise Russe l’Archevêché a été successivement :
- à la demande de SEm le Métropolite Euloge accepté provisoirement (1931 ) dans le Patriarcat de Constantinople sous la forme d’un Exarchat.

- à la suite ( 1965 ) de la fermeture de l’Exarchat par le Patriarche Œcuménique Athënagoras et sa recommandation ( refusée par l’Archevêché ) à l’Archevêché de rejoindre le Patriarcat de Moscou, l’Archevêché s’est proclamé « Archevêché des Eglises Orthodoxes Russes de France et d’Europe Occidentale indépendant de toute juridiction ».

- réintégré 1971 ) sous la juridiction de Constantinople en qualité « d’organisme ecclésial unifié » sous l’autorité de fait de la Métropole Grecque de France
-depuis 1999 l’Archevêché a de nouveau retrouvé son statut d’Exarchat du Patriarche Œcuménique et est administré par ses statuts, votés par l'Assemblée Générale de l’Archevêché en 1998 / 99 et reconnus comme la seule référence administrative par le Patriarche Œcuménique.


Sa réalité d’être le successeur légal et le continuateur direct de « l’Administration provisoire des paroisses russes en Europe Occidentales » fondée par le Saint
Patriarche Tikhon de Moscou et confiée à l’Archevêque Euloge ( décret du 8-4- 1921 ) avec l’accord du Saint Métropolite Benjamin de Pétrograd.
Sa volonté de préserver l’héritage légué par ses fondateurs en particulier sur les plans de :
respect de la doctrine et du droit canon de l’Eglise Orthodoxe
respect des règles de l’Eglise Orthodoxe dans la vie liturgique, pastorale, canonique, et spirituelle en suivant la tradition russe. Règles telles qu’elles sont contenues dans le recueil des Saints Apôtres, Saints Conciles locaux et des Pères de l’Eglise ainsi que des actes et décisions du Concile de Moscou de 1917-18

sa vocation géographique et européenne
la pluriethnicité et de l’usage des langues locales dans ses paroisses
de son autonomie d’administration, de gestion et d’élection de son primat
Sa volonté de respecter les juridictions orthodoxes apparues postérieurement sur les mêmes territoires que ceux sur lesquels s’était créé et développée en premier l’Archevêché et de coopérer avec les Instances locales notamment l’AEOF.

Sa volonté de se voir reconnue l’existence d’une structure avec son statut propre et un Archevêque élu par l’Assemblée Générale de l’Archevêché et confirmé ensuite par le Saint Synode du Patriarcat. Cet Archevêque, dirigeant l’Archevêché composé de Diocèses avec leurs Evêques Diocésains (élus par l‘Assemblée Générale de l'Archevêché ) et qui constituent le Synode de l’Archevêché.

C’est sur la base de ces fondamentaux, qui avaient obtenus l’accord des instances dirigeantes de l’Archevêché de l’époque, des résultats des discussions de l’Archevêque Serge avec le Patriarcat de Moscou que fut travaillé le projet de statut de Métropole rassemblant les paroisses du Patriarcat de Moscou, en Europe Occidentale avec l'Archevêché.

Ce projet fut mis à la disposition de tous lors de l’interview accordé le 24 octobre 2004 par le Métropolite Cyrille de Smolensk à un journaliste ( Victor Loupan ). Ce projet ( en annexe 40 ): ne représente pas un document finalisé mais un projet tendant à préciser les contours et le fonctionnement d’un objectif
• a été un travail commun entre l’Archevêque Serge et le Patriarcat de Moscou. Il montre les points de convergence et d’accord entre les deux parties.
• ne concerne que la discussion entre deux parties alors qu’aujourd’hui les discussions entre le Patriarcat de Moscou et l’EORHF ont fait rentrer un troisième interlocuteur. L’Acte de Communion Eucharistique et d’Union qui fut signé le 17 mai 2007 a repris bien des points du document travaillé entre Mgr Serge et le Patriarcat de Moscou.
• la lettre du 1-4-2003 du Patriarche de Moscou Alexis II y reprenait et étendait les grands objectifs et tendances qui apparaissaient dans le cadre de ce projet de Métropole. Elle montre que nombre d’idées de la Commission « Avenir de l’Archevêché »et de Mgr Serge ont été acceptées, sinon adoptées, par l’Eglise Russe.
• ne représente pas un statut terminé mais l’étape d’un travail qui a été interrompu par le décès prématuré de l’Archevêque Serge prouvait la faisabilité de la chose qui dépassait largement le cadre de la simple fusion des paroisses de l’Archevêché avec celles du Patriarcat de Moscou en Europe Occidentale.

Il est en quelque sorte le testament qui n’a pas fini d’être rédigé par l’archevêque Serge

* * *

LES RELATIONS avec CONSTANTINOPLE

Les débuts.

Dès son élection le 31-5-1993, son intronisation (27-6-1993 ) et la constitution de son équipe les relations directes ou indirectes avec Constantinople ont pris une place considérable.

Dès le Conseil du 20-9-1994 il fut question :
- du voyage du Patriarche Œcuménique Bartholomée prévu en France en novembre 1995
- du projet de Mgr Serge d’avoir des évêques auxiliaires ( en Norvège, Belgique et en France ) et de la demande qu’en ferait Mgr Serge au Patriarche Œcuménique
- de la lettre reçue de Constantinople disant : on vous accorde une grande autonomie, mais vous devez commémorer dans l’ordre le Patriarche Bartholomée, le Métropolite Jérémie et enfin l’Archevêque Serge et les relations avec Constantinople passeront par le Métropolite Jérémie.
-après de nombreux débats l’Archevêque Serge délégua le 21 mars 1995 deux de ses collaborateurs auprès du Métropolite Jérémie pour préciser un certains nombre de points ( compte rendu de la réunion du 21-3-1995 en annexe 41). Parmi les sujets abordés il y eu :
- la demande faite pour que Mgr Serge puisse avoir le titre de Métropolite . La réponse fut que cela n’était plus possible car il ne peut y avoir qu'un seul Métropolite sur le même territoire. Et lui il y était déjà.
- la « prééminence » du Métropolite grec sur l’Archevêché dans chaque pays où était présent l’Archevêché fut précisée par Mgr Jérémie.
- pour l’élection d’évêques auxiliaires pour l’Archevêché Mgr Jérémie déclara que pour la France ( candidature du protodiacre Michel ) il ne s’y opposerait pas, mais pour la Belgique et la Norvège ( candidatures des archimandrites Gabriel et Johan ) cela serait aux métropolites Pantéléimon et Paul de faire part au Patriarche de leur avis. Pour ces deux pays l’avis personnel de Mgr Jérémie serait défavorable pour ne pas compliquer inutilement les futures organisations locales. En fait les deux Métropolites émirent un véto.

La venue du Patriarche Bartholomée en France 1° - 9 novembre 1995

Après le départ du Patriarche Mgr Serge réunit ses proches collaborateurs pour que soit établi une espèce de compte rendu de l’événement. Les points notés dans ce papier tenu par Mgr Serge furent :
■ La visite n’a pas été un grand événement « populaire »
■ La partie « Archevêché » s’est plutôt bien passée sans maladresses majeures à déplorer
■ Constantinople a semblé vouloir donner satisfactions aux demandes de l’Archevêché (place de l’Archevêque dans les célébrations, propos tenus par le Patriarche ...)
■ Cette visite a servi de révélateur éclatant à la considération accordée extérieurement à l’Archevêché

■ La Métropole grecque a eu le monopole des relations avec les médias et a refusé d’y associer l’Archevêché
■ Une discrimination nette dans les invitations et traitements aux différentes cérémonies et manifestations ( a titre d’exemple à la cérémonie du Louvre le nombre d’invitations réservées à l’Archevêché s’est révélé extrêmement limité en comparaison avec d’autres - Fraternité - par exemple )
■ Mgr Serge et Michel ont été écartés de la visite à Lourdes

Dans ses quelques 40 allocutions prononcées au cours de son voyage Le Patriarche Bartholomée a qualifié avec sa rigueur habituelle « son admiration et exprimé ses éloges » mérités a-t-il dit pour l’Archevêché pour ne pas avoir oublié les racines russes, la spiritualité russe et conservé l’héritage des pères . Cela tout en offrant la possibilité d’une « insertion » locale « en elle » ( elle l’Eglise de l’Archevêché.). Le Patriarche Œcuménique a conclu « votre présence au sein du Patriarcat de Constantinople lui offre des éléments fondamentaux bien plus importants que ce qui apparaît à première vue » et « nous remercions Dieu d’avoir accordé au Trône Œcuménique la grâce de compter en son sein cette précieuse part d’héritage »

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Le « TOMOS »

Après les, laborieuses, discussions pour l’acceptation par Constantinople, des nouveaux statuts de l’Archevêché, l’accord final pour ces statuts fut fêté le 3 décembre 1997 dans le bureau même du Patriarche. C’est dans ce climat d’euphorie que fut soulevé par un des membres de la délégation de l’Archevêché le problème de la « dépendance » de fait de l’Archevêché vis-à-vis de la Métropole de France ( Mgr Jérémie était présent ). Le Patriarche accepta les remarques faites et dit même « je suis au courant » et il dit à Mgr Serge « proposez moi quelque chose . Je suis d’accord pour que vous soyez associés à la rédaction du texte qui définira votre large autonomie » Un compte rendu de ce voyage fut rédigé et un exemplaire remis à Mgr Jérémie.

C’est ainsi que le 16 décembre 1997 le Conseil de l’Archevêché créait un groupe de travail pour élaborer une proposition pour le Conseil. Furent désignés pour participer à ce Groupe de Travail : les pères Boris Bobrinskoy, Nicolas Ozoline, Nicolas Rehbinder et Michel Milkovitch, Antoine Nivière, Serge Obolensky, Vadim Tichonicky, Basile de Tiesenhausen.

Le 26 février 1998 le groupe présentait au Conseil un texte ayant obtenu le consensus de tous ses membres. Les points qui - de l’avis du groupe - devaient, d’après eux, figurer obligatoirement dans le texte final qui serait élaboré à Constantinople étaient :

• maintien de l’unité de l'Archevêché avec à sa tête un Archevêque dirigeant portant le nom de sa charge
• maintien de l’organisation ecclésiastique ( Concile de Moscou de 1917-18)
• conservation de nos traditions
• élection par une Assemblée Générale de l’Archevêché de son Archevêque dirigeant et de ses Evêques
• dépendance directe du Trône Œcuménique
• relation privilégiée avec le Patriarcat de Moscou
• relation privilégiée avec le Métropolite Grec de France
• relations paritaires avec les autres Métropolites Grecs en Europe Occidentale
• que les textes officiels qui nous sont adressés de Constantinople, le soient en français.

Les points clés furent longuement débattus aux Conseils et celui du 10 mars 1998, après approbation chargea une délégation composée du père Boris Bobrinskoy, et de B. de Tiesenhausen de présenter au Métropolite Jérémie et discuter avec lui le document de synthèse élaboré par le Conseil et intitulé « Situation de l’Archevêché dans l’obédience de Constantinople ».
Le document fut présenté au Métropolite Jérémie le 24 mars 1998 et lu ligne par ligne par le père Boris et chaque mot commenté.
Le Compte Rendu de cette entrevue, établi pour Mgr Serge mentionne les réactions de Mgr Jérémie :
• le Patriarche Œcuménique attend la démarche que vous commencez aujourd’hui. Mgr Méliton me l’a rappelé
• Votre nouveau statut de l’Archevêché a été le premier pas
• ( Votre idée a été annoncée au Patriarche lors de votre venue en
décembre 1997 et elle a été acceptée. Cela a été un geste de la part du Patriarche Œcuménique
• Depuis longtemps j’ai cherché à vous faire donner une dépendance directe du Saint Trône
• Votre document est un bon travail.
• Je pense que nous avons abouti.

En conclusion Mgr Jérémie s’est engagé à traduire le texte remis, en grec, le faire parvenir au Patriarche et de demander à Constantinople que tous les textes officiels ( ceux qui font foi ) soient écrits, aussi ,en français. Et finalement de demander des dates possibles pour des rencontres au Phanar.
Une date fut donnée pour le 30 juillet 1998. Date qui fut reportée le 28-7-1998 au 2-8-1998 puis aux 10-13 octobre 1998. L’Archevêché ayant rappelé que le Patriarche Œcuménique avait accepté que l’Archevêché soit associé à la rédaction du texte proposa qu’il y ait le déplacement de une ou deux personnes avant la séance plénière pour préparer le travail. Cette proposition fut déclinée à la raison que cela n’était pas en usage à Constantinople., tout comme fut repoussée la demande de communiquer à l’Archevêché, avant la réunion plénière, le texte, en français, préparé par la Commission des Eparchies à partir de la note envoyée par l’Archevêché ( via Mgr Jérémie ).

La date du 10 octobre fut reportée aux 19-20 octobre 1998.
Le 5 octobre Mgr Jérémie convoquait Mgr Serge et le secrétaire de l’Archevêché pour leur faire part que le texte de « Tomos » préparé présenté au Saint Synode avait suscité des « incompréhensions » et que c’était cela qui avait provoqué les reports précédents. Que Mgr Jérémie avait du se rendre à Constantinople pour faire du « lobying » et que maintenant les principaux problèmes étaient réglés. Mgr Serge n’a pas su lesquels mais a reinsisté sur le problème de langue et de traduction lors des prochaines réunions au Phanar.
Les réunions se succédèrent les 19 et 20 octobre avec des discussions où le problème de langue devint aigu. (le diacre traducteur désigné par le Phanar s’étant révélé insuffisant ce fut le Métropolite Jérémie qui assura - fort bien - le rôle de traducteur - interprète.). Cela ne régla pas complètement la difficulté de discuter sur des textes écrits en grec et de plus modifiés d’heure en heure.
La délégation de l’Archevêché quitta Constantinople à charge pour celui-ci d’adresser par courrier le projet censé être la synthèse des discussions. Cette synthèse arriva à l’Archevêché le 23 novembre 1998 en grec. Après traduction par Mgr Jérémie et discussions internes le secrétaire de l’Archevêché adressait par courrier recommandé avec accusé réception une lettre au Président de la Commission Synodale des Eparchies le Métropolite Joachim de Chalcédoine pour lui :
• communiquer la dernière version du texte en grec et en français traduite et revue par le Métropolite Jérémie
• rappeler l’engagement pris par le secrétaire Synodal le Métropolite Méliton de proposer des dates (proches ) à l’Archevêché pour la fixation définitive de ces deux textes
• confirmer que, à l’une des dates à proposer par Mgr Méliton, Mgr Serge, Mgr Jérémie et le secrétaire de l’Archevêché se rendront à Constantinople pour signer conjointement ( Mgr Méliton et Mgr Serge ) les deux textes.
• confirmer que dès que l’Archevêché sera en possession de ces deux textes signés il aura à convoquer une Assemblée Générale Extraordinaire.Celle-ci devant prendre connaissance du texte du projet de « Tomos » et aura à procéder aux adaptations correspondantes des statuts de l’Archevêché Parmi ces adaptations il y aura les modifications demandées par Constantinople des articles 33 et 44 de ces statuts.
• Rappeler qu'à l’issue de l’Assemblée Générale l’Archevêché l’informera de l’adoption des points ci-dessus afin que SS le Patriarche puisse comme convenu en octobre envoyer à l’Archevêché le « Tomos » officialisant la nouvelle position de notre Archevêché au sein du Patriarcat Œcuménique.
La date de finalisation du texte fut fixée aux 8 et 9 février 1999 et les documents « finaux » du projet de « Tomos » furent signés au Phanar le 9 février 1999 par l’Archevêque Serge et le Métropolite Méliton en présence du Métropolite Jérémie et du secrétaire de l’Archevêché.

L’Assemblée Générale Extraordinaire, de modifications des statuts, (compte rendu en lieu le 1° mai 1999 et le 3 mai l’Archevêque Serge en rendait compte ( annexe 48 ) au Patriarche Bortholomée en lui demandant la confirmation de la date retenue pour la proclamation officielle à Paris de ce « Tomos ». Cette date - le 20 juin 1999 - fut confirmée et le Métropolite Méliton désigné, par Constantinople, pour effectuer au nom du Patriarche Œcuménique la lecture du « Tomos » du haut de l’Ambon de la Cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris.
Le 19 juin 1999 Mgr Serge, Mgr Jérémie et le secrétaire de l’Archevêché accueillirent Mgr Méliton à l’aéroport de Paris . Au cours du déjeuner qui suivi Mgr Méliton remit au secrétaire une enveloppe en disant « c’est le texte de la proclamation que je vais lire demain ». Après déjeuner le secrétaire ouvrit l’enveloppe et y trouva un texte seulement . La comparaison visuelle entre ce texte et celui signé le 9 février 1999 au Phanar par Mgr Serge et Mgr Méliton montrait beaucoup de différences évidentes. Mgr Jérémie alerté constatait des différences graves et nombreuses inacceptables par l’Archevêché. Mgr Serge alerté appelait au téléphone tous les membres du Conseil de l’Archevêché et leur demandait de donner au secrétaire le pouvoir de rediscuter le texte, accepter éventuellement un compromis, et au pire annuler toutes les cérémonies de proclamation du lendemain. Tous les membres du Conseil donnèrent verbalement ce pouvoir à Mgr Serge et à partir de 22 heures du samedi 19 juin le secrétaire, Mgr Jérémie et Mgr Méliton « négocièrent » à l’hôtel Médéric ( à coté de Daru ) où était descendu Mgr Méliton. Vers 2 heures du matin, après de nombreux appels téléphoniques de Mgr Méliton, à quelqu’un, un compromis fut accepté et signé entre le secrétaire et Mgr Méliton et la proclamation ne fut pas annulée.

Le 20 juin 1999 vers le milieu de la Liturgie précédant la proclamation le secrétaire de Mgr Jérémie apportait le texte - au propre - du compromis qui devait être lu par Mgr Méliton.

Ce texte fut lu à la Cathédrale Saint Alexandre Nevsky de Paris en présence d’une foule de fidèles très nombreuse et de nombreux médias, radios et télévisions. Ce texte, signé uniquement du secrétaire de l’Archevêché et du Métropolite Méliton, fut lu et proclamé sans modification .Après un discours ( annexe 51 )prononcé par le Métropolite Méliton, délégué du Patriarche Œcuménique Mgr Serge y répondit par une courte déclaration. Dès la fin de la cérémonie Mgr Méliton promis à Mgr Serge de lui faire parvenir, dans les jours qui viennent, un exemplaire signé de tous les membres du Saint Synode et du Patriarche Œcuménique.
Le 18 octobre 1999 une enveloppe froissée du Patriarcat arriva en courrier simple à l’Archevêché. Mais....le texte, en grec exclusivement contenu dans l'enveloppe n’était pas celui proclamé, ni sur les dix points essentiels ni sur le préambule, mais à quelques détails près un nouveau texte très proche de celui qui avait été apporté de Constantinople, par le Métropolite Méliton, le 19 juin 1999.Des remarques sur ce texte furent rédigées avec Mgr Serge.

De nouveau il y eu des rencontres avec Mgr Jérémie, très gêné, des appels téléphoniques directs au Patriarche Bartholomée. Le 11 novembre 1999 Mgr Serge, Mgr Jérémie et le secrétaire de l’Archevêché se retrouvaient à Constantinople dans le bureau du Patriarche Œcuménique en sa présence et celle de Mgr Méliton. Entrevue orageuse au cours de laquelle Constantinople défendait « sa version » et l’Archevêché défendait d’abord le premier texte signé par Mgr Serge et Mgr Méliton puis le compromis signé à Paris. Entrevue au cours de laquelle était mise sur la sellette la méthode employée par Constantinople. Finalement l’argument décisif fut que le texte proclamé avait été enregistré par tous les médias, radios et autres télévisions. Le Patriarche trancha.. Le texte définitif sera le texte enregistré au moment de la proclamation. Le Patriarche s’engagea à le faire parvenir, rapidement, avec toutes les signatures à l’Archevêché.
Le 27 décembre 1999 n’ayant rien vu venir Mgr Serge osait une relance timide.
Le texte définitivement signé et correspondant à celui proclamé arriva début 2000, toujours seulement en grec, clôturant dans l’aigreur cette affaire qui publiquement était traitée comme un triomphe. Mais à l’horizon débutait l’affaire de Rome.

Après la proclamation de l’Exarchat Mgr Serge demanda une entrevue au Patriarche et revint à la charge pour insister auprès du Patriarche Bartholomée afin d’obtenir l’autorisation d'élever son ami l’archimandrite Gabriel au rang d’évêque. S’appuyant sur les termes du « Tomos » Mgr Serge obtint satisfaction et le 9 janvier 2001 un fax de Constantinople informait l’Archevêque Serge de l’élection par le Saint Synode du nouvel évêque de Comane Gabriel. Ce fax, provoquait l’irritation de l’Archevêché surpris que les procédures prévues par les statuts n’aient pas été observées et amenait le Conseil de l’Archevêché du 5 février 2001 à en débattre. Le compte Rendu de ce Conseil mentionne :

« Cette information a été diffusée par Constantinople à d'autres personnes et a suscité des critiques sur l’inobservation par Constantinople des règles qu’ils avaient eux-mêmes approuvées et auxquelles nous sommes attachés.
Afin de rétablir tant que cela se peut les règles de nos statuts et faire participer notre Assemblée Générale Mgr Serge propose de :
• porter le sujet à l'ordre du jour de l’Assemblée Générale
• joindre une note explicative à la convocation lancée pour /’Assemblée.
Dans sa lettre de « remerciements » adressée au Patriarche Œcuménique Mgr Serge a rappelé « les Contraintes imposées par nos statuts bénis par le Saint Trône Œcuménique
»

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LES RELATIONS CONSTANTINOPLE / ARCHEVÊCHE / MOSCOU

le Tribunal du Phanar

Aux cérémonies du 70° anniversaire le 12 février le Métropolite Cyrille exprima le souhait de rencontrer les membres du Conseil de l’Archevêché pour un échange de points de vue. Le principe en fut accepté par Mgr Serge et la rencontre eu lieu le 13 février 2001 dans les locaux de l’Archevêché 12 rue Daru. Elle eu lieu entre le Métropolite Cyrille accompagné de l’évêque Innokenti et Mgr Serge entouré de l’évêque Paul, des pères Boris Bobrinskoy,Anatole Rakovitch, Nicolas Cernokrak, Nicolas Rehbinder, Vladimir Yagello et des laïcs Marie Milkovitch, Oleg Lavroff, Serge Obolensky.Nikita Struve, Vadim Tichonicky, et B. de Tiesenhausen

Le compte rendu du Conseii de l’Archevêché du 5 mars 2001 ( annexe 37 )relate cette rencontre de la manière suivante : Cette réunion a eu lieu en présence de tous les membres du Conseil à l’exclusion de SExc. Michel et du père Gabriel qui n’ont pu être contactés le 12 février 2001 lorsque cette réunion a été convoquée. Au cours de cette réunion : SEm Mgr Serge a fait l’historique des relations de l’Archevêché avec le patriarcat de Moscou et constaté le pas en arrière qui a été accompli par l’action du père Michel Ossorguine et ses conséquences. Il avait semblé à l’archevêché que la réunion du 6 décembre 2000 à Genève avait permis de guérir les plaies trop apparentes.

Les réactions ultérieures tant du père Michel que celles de Sem le Métropolite Cyrille à notre note d'information ont montré qu’il n’en était rien.
SEm Mgr Cyrille a rappelé la position du Patriarcat de Moscou (Il a demandé que cette appellation soit remplacée par celle de l’Eglise de Russie ) vis-à-vis de ce qu’il considère la position canonique de /’,Archevêché qu’il estime devoir retourner dans le giron de l’Eglise Mère ( c'est-à-dire l’Eglise de Russie ). Ceci étant dit Mgr Cyrille estime que l‘Archevêché doit choisir entre deux alternatives : l’autocéphalie par le biais d’une Eglise Locale englobant tous les orthodoxes de la zone géographique de l’Archevêché. SEm Mgr Cyrille s’empresse de penser qu’il s’agit d’une vision illusoire si l’on tient compte des politiques actuelles des autres Patriarcats sur ces territoires. Une autonomie au sein d’une entité ayant à sa tête SEm Mgr Serge et formée par la réunion de l’Archevêché et Diocèses russes sur le même territoire, autonomie que l’Eglise de Russie est prête à reconnaître et accorder. Et propose que tous ces problèmes soient étudiés par des rencontres de Commissions à créer. SEm Mgr Cyrille qui avait été « froissé » par la publication du communiqué de I’Archevêché sur la réunion du 6 décembre 2000 émet la demande que celle du 13 février fasse l’objet d’un accord réciproque préalable à toute diffusion

Quelques jours plus tard Mgr Serge reçu un appel téléphonique comminatoire le convoquant toutes affaires cessantes à Constantinople.
Le compte rendu du Conseil Extraordinaire de l'Archevêché du 2 avril 2001 qui suivit relate ainsi cette affaire :SEm Mgr Serge rend compte du voyage qu’il a effectué à Constantinople des 25 au 28 mars 2001, accompagné du père Gabriel et du secrétaire de l’Archevêché. SEm Mgr Jérémie qui avait transmis l’invitation du Patriarcat Œcuménique, participait au voyage. Les rencontres, toutes en présence de SEm Mgr Jérémie et qui ont eu lieu au Phanar, ont été :- d’abord une audience chez SS le Patriarche Œcuménique ensuite une comparution devant la commission des Eparchies présidée par SEm le Métropolite de Chalcédoine Mgr Joachim. a) le sujet et le débat « Nous avons des informations du Patriarcat de Moscou sur le passage de l’Archevêché sous l'omophore du Patriarcat de Moscou. Le premier pas a été le passage de la paroisse de Saint Nicolas à Rome. Passage qui a été fait avec l’approbation de Mgr Serge »
Cette information - a dit SEm Mgr Joachim - nous a été donnée par SEm Mgr Cyrille lors de notre rencontre bilatérale à Berlin.

a) SEm Mgr Serge invité à s’expliquer a fait un exposé chronologique détaillé de tous~ les événements pour lesquels des courriers avaient, régulièrement et avec précision, informé le Patriarche Œcuménique

• S’en est suivi un très long débat qui a surtout été une interrogation sur :
le pourquoi et le comment des diverses relations et dispositions prises à l’égard du père Michel Ossorguine, la primauté ou non des lois canoniques et ecclésiastiques sur les lois et jurisprudences en vigueur dans les pays d’Europe Occidentale et l’intérêt d’introduire ces notions dans les statuts des paroisses, la nécessité de maintenir des sanctions à l’égard du père Michel
• pourquoi SEm Mgr Serge a-t-il accepté de concélébrer avec SEm Mgr Cyrille à Pétel
• les thèmes de I’Assemblée Générale Ordinaire du 1° mai 2001
........
b) Les demandes de certains membres de la Commission des Eparchies.
• qu’une lettre soit écrite au Patriarche Alexis II pour lui signifier que l‘Archevêché n’accepte pas ce qui s’est passé et qu’il refuse toute répétition de cas semblables et plus particulièrement pour des cas comme celui du père Michel. SEm Mgr Serge demande à SEm Mgr Méliton à l’origine de cette demande de lui proposer un projet de texte.
• Qu’aucune communication à /',Assemblée Générale (de I’Archevêché ) du 1° mai n’ait lieu sur ce sujet sans échange préalable avec Constantinople et son accord.
......
c) Les conclusions de SEm Mgr Serge à la Commission :
• les propos cités comme ayant été ceux de SEm Mgr Cyrille à Berlin sont inexacts et tous les participants à la réunion du 13 février 2001 peuvent en témoigner
• la proposition faite par SEm Mgr Cyrille était de donner à l’Archevêché une réelle autonomie avec un statut identique à celui de l’Ukraine,
• l’objectif de l’Archevêché, et donc de lui-même est de , conserver la plus grande unité possible de l’Archevêché, de conserver et respecter l’héritage qui nous a été transmis, tout cela dans le respect de l’Orthodoxie et de la loyauté.
• Une partie des demandes de la Commission des Eparchies et des remarques de Sa Sainteté témoignent d’une grande méconnaissance des réalités et sont impossibles à réaliser dans la forme demandée.
......
d) Remarques de Sa Sainteté le patriarche Œcuménique.
• Aujourd’hui l’impression a été crée au Patriarcat Œcuménique que l’Exarchat veut partir à Moscou
• Je ne sais pas quelle sera la suite mais l’avis du Saint Synode est que la situation avec l’Exarchat n'est pas brillante. J’ai des informations ( il montre le SOP )
• Une demande de la paroisse de Florence est parvenue à SEm Mgr Guennadios pour accueillir cette paroisse dans le diocèse grec - pour la sauver de Moscou !
• Il faut trancher avec la plus grande fermeté
• Dites à SEm Mgr Cyrille que vous n’avez rien à discuter avec lui et qu’il ne revienne plus à Daru
• La proposition de SEm Mgr Cyrille ne sert pas l’Orthodoxie comme elle est conçue à Constantinople. C’est une volonté de nuire à Constantinople en renforçant la puissance de Moscou.
• Moscou conteste tous les canons
• C’est Constantinople qui a donné les Tomos d’autocéphalie aux Eglises autocéphales. Ces Tomos définissent les limites territoriales de ces Eglises autocéphales.
..........
e) Débat du Conseil.
Après un débat intense le Conseil estime que :
• les propos qu’aurait tenu SEm Mgr Cyrille sont inexacts et ne peuvent être qu’une provocation destinée à semer le trouble dans la situation et dans les relations de !'Archevêché et de Constantinople.
L’organisation de « l’invitation » de SEm Mgr Serge à Constantinople et des entrevues imposées ne correspond pas :
au rang, responsabilités et autonomie de l’Exarchat aux formes habituellement en vigueur dans les relations entre nous
• ne nous paraît pas conforme à l’équité et surtout la vérité
• Qu’il est indispensable que Mgr Serge adresse à SS le Patriarche Œcuménique un courrier pour exprimer :
• son trouble et sa tristesse devant des réactions hâtives et prématurées face à des provocations inexactes son impossibilité de répondre positivement et dans la précipitation à toutes les suggestions de certains membres de la Commission des Eparchies. Ne serait ce que vis-à-vis de la prochaine Assemblée Générale et de l’impossibilité de ne pas répondre aux questions qui risquent d’être posées.
• Que la loyauté manifestée par I Archevêché à l’égard du Patriarcat Œcuménique a été irréprochable.

* * *

En conclusion :

Le Conseil envoya une délégation composée de O. Lavroff, N. Struve et B. de Tiesenhausen pour interroger Mgr Cyrille sur les propos qui lui avaient été prêtés par Mgr Méliton. Mgr Cyrille nia avec énergie avoir tenu de tels propos en argumentant qu’il était facile pour Constantinople d’interroger en direct certains participants ( à la réunion du 13 février ) dont il ( Constantinople ) ne pouvait douter et avec lesquels il était en contact.
Le Conseil mandata le secrétaire de l’Archevêché pour solliciter un rendez vous du Patriarche Œcuménique et de lui « expliquer d’homme à homme » ce qui était en train de se passer. Cette rencontre eu lieu en tête à tête des 5 au 9 juillet 2001 à Constantinople. A l’issue de deux longues entrevues le Patriarche Oecuménique :
• leva toutes ses interdictions de rencontres avec les responsables du Patriarcat de Moscou
• décida de présenter ses « regrets » à Mgr Serge pour l'organisation du « Tribunal » dont il avait été la victime et, pour le faire, de l’inviter à venir passer quelques jours de vacances avec lui en Turquie. Cela fut fait. Mgr Serge en fut ému et reconnaissant. Mais il avait été marqué et des convictions acquises.

Un compte rendu très complet de ces discussions fut remis, à titre personnel, à Mgr Serge
Il restait l’interrogation, qui troubla Mgr Serge jusqu’à son décès. Qui avait été à la base de cette « désinformation et intoxication» manifestement destinée à semer le trouble et la discorde dans les relations entre l’Archevêché , Constantinople et Moscou ? Pourquoi Constantinople avait « profité (ou organisé )» de cela pour dramatiser à ce point ?

LA PROPRIETE de NICE

Lorsque l’Archevêque Serge nomma en 2001 le père Wladimir Yagello recteur de la paroisse de Nice celui-ci fit un inventaire des archives stockées dans l’église de Nice et trouva les documents patrimoniaux définissant le propriétaire des lieux. Le père Wladimir apporta une copie de ces documents à l’Archevêque Serge qui décida de les faire examiner de plus près par un groupe de travail constitué autour du secrétaire de l’Archevêché et comportant le trésorier de l’Archevêché, le père Wladimir, le notaire de l’Archevêché et un avocat. ( le père Wladimir recommanda un avocat apparenté à des familles d’origine russe et fréquentant une paroisse francophone de la banlieue parisienne )

Au bout de plusieurs réunions, recherches de documents complémentaires et divers travaux le groupe de travail remis ses conclusions en 2002 à Mgr Serge. Le point central en était le « bail emphytéotique » - devenu plus tard de notoriété publique - qui fut signé à l’époque dans l’étude d’un notaire niçois. Suivant ce bail l’empereur de Russie Nicolas Il avait donné jusqu’en 2008 à l’Administration Ecclésiastique Diocésaine de Saint Pétersbourg, dont dépendait à l’époque l’entité orthodoxe de Nice, un terrain en vue de la construction d’une église orthodoxe russe à Nice et moyennant des conditions très précises listées dans le texte du bail. Ce bail a paru, aux professionnels du groupe de travail, incontestable et valide. Le propriétaire semblait indiscutablement devoir être à partir de 2008 l’Etat russe.
Ne sachant rien de la connaissance de l’Etat russe sur ce bail et sur ses intentions et ne voulant pas réveiller « le chat qui dort » Mgr Serge classa le dossier - en attendant - et mourut quelques semaines après cette décision.

LA PROPRIETE de BIARRITZ

Au décès du père Jean Baïkov recteur de Biarritz dans les années 80 l’Archevêque Georges ( Wagner ) envoya un de ses « missi dominici » pour faire le point sur la situation de la paroisse. Ce « missi dominici » constata que :
-la paroisse avait vécu dans une osmose totale avec le père Jean. Ses comptes privés et ceux de la paroisse étaient totalement imbriqués et mélangés et le père Jean finançait l’église avec sa retraite.
Sur le plan administratif et patrimonial l’église était ( depuis toujours ) enregistrée auprès de toutes les autorités publiques ( le Trésor public, le Service des Impôts, le Cadastre,les Hypothèques, ...) comme étant la propriété de « l'Ancien Empire Russe ». Les papiers des administrations arrivaient au nom de ce propriétaire qui n’était pas contesté par la paroisse ( l’association cultuelle orthodoxe locale ) et qui payait les impôts fonciers au nom de ce propriétaire.

A l’époque l’Archevêque Georges en pris acte et ne fit rien.
Lorsque son successeur l’Archevêque Serge nomma le père Georges Monjoch à Biarritz il lui demanda une remise en ordre administrative et le sujet revint à la surface. Devant la situation Mgr Serge consulta son Administration Diocésaine et demanda au père Georges de consulter un notaire local pour s’informer de ce qu’il fallait faire. Le notaire recommanda de faire jouer la loi trentenaire pour transcrire la propriété au nom de l’association cultuelle orthodoxe locale. Le notaire se proposa pour mener cette opération qui lui fut confiée. Le notaire fit ce qui lui semblait bon et informa l’association cultuelle que dorénavant elle était « propriétaire des locaux et terrains » ?
Le notaire fit il cette opération suivant toutes les règles ? Personne ne vérifia.

L’ASSEMBLEE des EVÊQUES ORTHODOXES de France


A son arrivée à la tête de l’Archevêché Mgr Serge découvrit le « Comité Inter- épiscopal » qui réunissait les évêques des différentes juridictions orthodoxes en France et qui était présidé par le Métropolite Jérémie Métropolite de la Métropole grecque de France . Organisme informel le Comité , à la fin de 1994, étudiait la possibilité de se donner une « personne morale » et travaillait à la rédaction de statuts.

LA FIN

Le 2 décembre 2002 V. Konovaloff (le fils de Mgr Serge ) appelait le secrétaire de l’Archevêché vers 21 h. pour donner le résultat des examens médicaux passés par son père. Le diagnostic était : « tumeur très importante non opérable. Il faudra faire de la chimiothérapie mais V. Konovaloff précisait que des rencontres étaient prévues tant avec
le chirurgien que le médecin traitant.
Devant l’évolution des choses l'Administration Diocésaine a insisté pour que Mgr Serge signe une délégation de pouvoir1 « en cas de ... ». Cela fut fait le 16 décembre 2002 malgré les réserves de l’Archevêque Serge sur le bénéficiaire, l’évêque Gabriel.
Lorsque ce bulletin fut connu à Saint Serge plusieurs personnes, séparément, informèrent l’Administration Diocésaine que N. Schmémann manifestait à qui voulait l’entendre qu’il fallait exiger de suite la démission de l’Archevêque non seulement de son poste de Recteur de TITO mais aussi d’Archevêque tête de l'Archevêché. Qu’un aussi grand malade ne pouvait être à ces postes importants.

Le 13 janvier 2003 Mgr Serge informa l’Administration que « la pression » de N. Schmémann devenait insupportable et qu’il avait fixé une rencontre , avec elle et le père Boris Bobrinskoy doyen de l’ITO, le 22 janvier matin pour crever l’abcès.( sans autres témoins )
Le 21 janvier au retour de la réunion de l’AEOF Mgr Serge, très nerveux, confiait au secrétaire de l’Archevêché à quel point il appréhendait la rencontre du 22 janvier mais confirmait qu’il ne voulait pas d’autre témoin que le père Boris car il voulait parler « sans détours » En fin d’après midi Mgr Serge appelait le secrétaire, dans son appartement où il se reposait, pour finalement demander au secrétaire d’être présent à la réunion avec N. Schmémann et d’en faire un compte rendu écrit. Le secrétaire trouvait Mgr Serge éprouvé et pessimiste.
Le 22 janvier 2003 le secrétaire arrivé en avance vit successivement arriver dans le bureau de l’Administration Diocésaine N. Schmémann et le père Boris. Un quart d’heure après l’heure fixée Mgr Serge n’était pas là.
Le secrétaire allait voir dans le bureau de Mgr Serge : personne. Il alla donc chercher mère Silouane ( du monastère de Bussy ) qui s’occupait de Mgr Serge , et qui habitait provisoirement dans la maison en face, lui demanda les clés de l’appartement de Mgr Serge et ils s’y rendirent de suite. Ils découvrirent dans l’une des pièces, par terre, le corps de l’Archevêque Serge.

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L’HERITAGE

A son décès imprévu le modeste Archevêque Serge laissait en héritage à son successeur des résultats, de dix ans passés à la tête de l’Archevêché, dont peu de ses prédécesseurs ont pu être comblés. SEm l’Archevêque Serge a :
* pratiqué pour tous ses grands travaux la méthode de la conciliarité et de la participation de tous les courants de pensée existants dans l’Archevêché. Ayant veillé à ce que tous ces courants figurent au Conseil de l’Archevêché il a aussi veillé pour que tous participent aux commissions préparant les grands tournants. Par exemple les statuts de l’Archevêché, le document pré - Tomos réinstaurant l’Exarchat, les orientations souhaitées pour l’Archevêché (par la Commission Avenir de l’Archevêché et précisées par le père Jean Gueit comme un document de consensus ).

- mené à terme et avec succès la refonte des statuts de l’Archevêché qui avait été « essayée » plusieurs fois avant lui et n’avait jamais abouti. Refonte compliquée car devant conjuguer les exigences de l’Eglise, des législations des divers pays où était présent l’Archevêché et aussi celles du Patriarcat de Constantinople. C’est celles-ci qui ont donné lieu au plus grand nombre de réunions et de tractations difficiles pour le groupe emmené pour cela à Istanbul par Mgr Serge
obtenu la réinstauration de la position d’Exarque, du Trône Patriarcal, pour Mgr Serge et par subsidiarité celle d'exarchat pour l’Archevêché. Position non accordée par Constantinople à ses deux prédécesseurs. L’Archevêché ayant été au contraire réduit en 1971 à la position de vicariat de fait de la Métropole grecque de France.
- réalisé le rétablissement des relations et de communion eucharistique avec l’Eglise Orthodoxe russe ouvrant la voie à la pacification et l'unité entre les orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale . Ces orthodoxes divisées par les effets de la révolution russe et le pouvoir athée en Russie. Division qui avait donné lieu, de fait à trois juridictions :

• l’Archevêché des Eglises Orthodoxes Russes en Europe Occidentale dans l’obédience du Patriarcat de Constantinople
• l’Archevêché de Chersonèse faisant partie du Patriarcat de Moscou
• l’Eglise Orthodoxe Russe Hors Frontières autocéphale mais non reconnue par les Eglises canoniques.

L’action de Mgr Serge auprès des deux autres entités ci-dessus devait servir de détonateur à la vision du Patriarcat de Moscou (lettre du 1-4-2003 du Patriarche Alexis II ) et aux discussions entre l’EORHF et le PM, qui ont abouti le 17 mai 2007 à la signature d’un Acte d’Union rétablissant l’union entre ces deux Eglises.

Laissé à son décès imprévu - le 22 janvier 2003 - un Archevêché fonctionnant correctement dans l’unité et en paix avec lui-même malgré l’agitation des modernistes qui lui étaient hostiles et dont le futur montrera qu’ils n’attendaient que sa disparition.
















Rédigé par Parlons d'orthodoxie le 18 Janvier 2013 à 18:23 | 23 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Tchertkoff Alexis le 18/01/2013 14:24
Ce récit est absolument pationnant. Il remet bien les choses en place dans le contexte de l'époque. Un grand merci !

2.Posté par philippe le 19/01/2013 12:20
Merci pour cet intéressant document. Je dois cependant noter que, étant de ces "converti et prêtre", j'ai rencontré à plusieurs reprises Mg Serge, qui m'a toujours reçu avec gentillesse, humour et d'excellents conseils pour la mise en place de ce qui sera en 2003 une paroisse. Cependant, je dois dire à la vérité que ce ne fut pas grâce à M. de Tiesenhausen qui fit tout pour que ce projet n'aboutisse pas, nous prenant probablement pour ces fameux "modernistes", célébrant en français. J'ai rarement rencontré une aussi mauvaise foi et un profond dédain à mon égard. Qu'importe, nous lui pardonnons volontiers, aujourd'hui cette paroisse de Poitiers recevant plus d'une cinquantaine de fidèles, est plutiethnique, avec une iconostase (mais oui), des icônes, des fresques et même un diacre qui est polyglotte. J'ajoute cependant que je désapprouve la sanction disciplinaire à l'encontre de M. de Tiesenhausen, bien que j'estime inacceptable de convoquer son évêque devant un tribunal civil.

3.Posté par Mischa le 19/01/2013 15:11
Спасибо сайту " Поговорим о Православии" за публикацию интересного документа истории Архиепископии за последние 10 лет. В.Н. Тизенгаузен расскрывает нам неизвестные факты. которые важны для понимания отношений между РПЦ и Вселенской ПК. Здесь буквально по месяцам рассказано как действовали клирики и миряне в сложной ситуации. Для меня было полной неожиданностью узнать что те же священники как В.Ягела, о.Гейт и проч. многочисленные миряне - в свое время ездили в Москву и были совсем не против сближения с Москвой.
Сегодняшняя ситуация -ТУПИК, который приведет к расколу Архиепископии, если будет выбран человек. который продолжит линию "партии войны" против МП.

Согласен с Рhilippe (2) J'ajoute cependant que je désapprouve la sanction disciplinaire à l'encontre de M. de Tiesenhausen!!!!

4.Posté par Vladimir le 19/01/2013 16:03
Extraordinaire témoignage pour l'histoire, dont toutes les informations sont étayées par des documents, qui éclaire d'une façon nouvelle les relations avec Moscou et Constantinople et le rôle de la désinformation et des procès d'intention qui ont tellement servi après 2003... Cela permet aussi de mieux comprendre les démarches en cours actuellement: la nomination de Mgr Emmanuel comme "locus tenens" tient-elle aussi de la logique "pour la sauver de Moscou"?

5.Posté par Volkoff le 19/01/2013 17:25
Comment ne pas remercier ce blog de nous avoir permis de lire le riche mémoire de Monsieur Tisenhausein!
Grandeur et décadence...

Remémorons nous un épisode sans doute déterminant dans le déroulement de cette funeste séparation de corps entre deux entités plus que parentes: le défunt Alexis de Moscou a été lors de son mémorable séjour en France le premier primat orthodoxe s'étant rendu à Paris à ne pas avoir été invité à dire la divine liturgie à l'église Daru!!!

Comme disent les Anglais "add insult to injury": le président de la DREE, le métropolite Hillarion a du tourner les talons sur son chemin vers Daru: l'invitation qu'il avait reçue a été annulée par un coup de fil peu avant l’heure convenue...

Ces menus détails complètent utilement, je l'espère, le morne tableau établi dans la publication en question.

Mais l'espoir étant une vertu chrétienne disons nous que l'interègne actuel pourrait déboucher sur un "reset", fin de quasi guerre froide... Et amnistie de Monsieur Tisenhausein


6.Posté par Marie Genko le 19/01/2013 23:29
Je salue le courage de Monsieur Basile de Tiesenhausen pour avoir publié la communication qu'il avait faite lors de la table ronde de l'OLTR.

Chacun d'entre nous peut comprendre combien il a rendu des services précieux à Mgr Serge et combien il lui a été dévoué.

Je m'associe à tous ceux qui souhaitent voir amnistier Basile de Tiesenhausen de l'excommunication qui lui est infligée.

7.Posté par alexis le 20/01/2013 22:25
Passionnant! Merci!
Une question: qui, canoniquement, décrète une excommunication??? celle que vous mentionnez en 6, qui me semble excessive, est-elle canonique? Il me semblait qu'un synode, pas une simple assemblé, pouvait excommunier???

8.Posté par Daniel le 21/01/2013 00:39
@ Alexis

Une excommunication, dans le sens orthodoxe du terme, est simplement une privation de communion qui a souvent pour cause un péché. Le confesseur peut soumettre le pénitent à une excommunication, période pendant laquelle il ne peut communier, ceci étant donné pour la guérison du pécheur. Il ne faut pas confondre excommunication et anathème comme beaucoup le font,

9.Posté par Irénée le 21/01/2013 10:15
Il me semble que parfois nous sortons un peu du cadre de nos échanges ici.
Que la communication de Mr de Tiesenhausen soit très intéressante, et importante pour une meilleure compréhension des différentes rencontres qui ont eu lieu à cette époque, j'en conviens parfaitement. Mais concernant cette décision d'excommunication, nous n'avons pas vraiment à avoir un avis.

10.Posté par Irénée le 22/01/2013 11:57
Il me semble utile de donner ci dessous le lien concernant cette "affaire" :
http://www.exarchat.org/spip.php?article1324

11.Posté par Arthémus le 25/01/2013 00:27

Basile de Tiesenhausen a été un dévoué, désintéressé et compétent serviteur de l'Église pendant les dizaines d'années qui précédèrent l'Archiépiscopat du regretté Vladyka Serge. C'est une des raison pour lesquelles celui-ci lui avait demandé de venir travailler avec lui. Ce que B de T. a continué d'accomplir avec les mêmes talents.

De tous temps des inquisiteurs ont condamné des serviteurs qui les dérangeaient et qu'ils voulaient faire taire, de saint Athanase, saint Maxime le Confesseur, le pape de Rome Martin 1er, parmi les plus prestigieux, jusqu'aux simples paroissiens, comme Basile et les quatre autres condamnés du "deuxième tribunal ecclésiastique"; les conclusions du "premier tribunal ecclésiastique" ne convenant pas aux accusateurs, ces derniers l'ont en effet purement et simplement remplacé ...

On ne peut s'empêcher d'avoir une pensée pour la regrettée Lydia Feodorovna Place qui, presqu'octogénaire elle aussi, avait été excommuniée ex abrupto par les mêmes, avec cette novation créative hors pair : celle d'être excommuniée par correspondance sans jamais avoir été entendue. Elle a quitté notre monde peu après, toujours excommuniée, aucun décret n'étant jamais venu abolir celui de sa condamnation.
Sa dernière paroisse, si elle en fait la démarche ce qui serait tout à son honneur, pourra obtenir un jour cette conclusion légitime.

Basile de Tiesenhausen a interjeté appel auprès du siège Patriarcal. Espérons qu'il sera entendu et écouté, ce qui permettrait sa complète réhabilitation et celles de ses quatre co-accusés.

Mettons aussi tous nos espoirs en l'élection prochaine d'un nouvel Archevêque sur le siège devenu vacant. Qu'il soit un homme de discernement, de justice, un pacificateur courageux qui permettra au vénérable diocèse de la rue Daru de redevenir ce qu'il n'aurait jamais du cesser d'être, et ce pour le plus grand bien du troupeau.

12.Posté par père René BOULET le 25/01/2013 14:42
Amis orthodoxes, lorsque vous vous exprimez sur un site, ayez le courage de ne pas voiler votre identité
avec un nom d'emprunt . Je vous en remercie.
père René BOULET - prêtre.

13.Posté par Daniel le 25/01/2013 15:46
@ Père René Boulet

Peut-être les commissions ad hoc font-elles peur... à cause de leur opacité.
Certains se sont plaints (sans voiler leur identité) que la dite commission ait refusé un enregistrement des débats, ce qui aurait permis une certaine transparence.

14.Posté par Artémus le 25/01/2013 22:40
J'ai peur du knout !!!

15.Posté par Daniel FABRE le 26/01/2013 08:26
" la regrettée Lydia Feodorovna Place qui, presqu'octogénaire elle aussi, avait été excommuniée ex abrupto par les mêmes, avec cette novation créative hors pair : celle d'être excommuniée par correspondance sans jamais avoir été entendue. "
ceci est contraire non seulement au droit canon mais en plus au Saint Evangile; cette excommunication n'a aucune validité, mais par contre cet acte condamne spirituellement les " juges "

16.Posté par T. Schakhovskoy le 26/01/2013 13:51
Rappelons aussi que le courrier d'excommunication visant Madame Lydia Places lui avait été envoyé par Mgr Gabriel pendant la Semaine Sainte, encore une sympathique "innovation" à l'actif des autorités de l'Archevêché.

Les lecteurs qui souhaiteraient des précisions sur ces tristes événements peuvent s'informer en tapant le nom de Madame Places dans l'espace "recherche" de ce blog (voir colonne de droite, juste avant l'espace "sondage").

J'espère surtout que, contrairement à madame Places, Monsieur de Tiesenhausen et ses compagnons d'excommunication n'ont pas le coeur malade.



17.Posté par Irénée le 26/01/2013 17:27
Merci de relire également à ce sujet la mise au point publiée après le décès de Mme Places :
http://www.exarchat.org/spip.php?article1068

18.Posté par Boris le 26/01/2013 20:16
Irénée,
Après le décès de Mme Places: Mise au point de Monseigneur l’Archevêque Gabriel: "J’ajoute également que j’ai été informé par le clergé de la paroisse de Nice, dans la soirée du lundi 1er mars, de la gravité de l’état de santé de Madame Places qui venait d’être hospitalisée et j’ai immédiatement levé la mesure d’interdiction (« épitimia » et non « excommunication »). " http://www.exarchat.org/spip.php?article1068

Le père Jean Gueit, à la suite de cette décision, se serait rendu au chevet de la défunte pour l'absoudre et lui donner l'extrême onction...
Archevêché: garantie faustienne de rajeunissement, l'excommunié ne fait qu'être proche de l'ocotogenariat.

19.Posté par Daniel le 26/01/2013 21:09
Pour reprendre le texte complet que cite Irénée.

"A leur arrivée à 23 h 20, Madame Places était décédée depuis 15 minutes. Père Jean Gueit lui a cependant dit qu’il apportait la réconciliation de l’archevêque et de lui-même, puis il a célébré avec père Michel Philippenko l’office pour l’instant de la séparation de l’âme et du corps."

Le terme extrême-onction me semble incorrect; il n'y a pas eu d'onction. Le terme excommunication est en revanche correct car l'intéressé a été ex (en dehors) communiée (interdite de communion, ce qui ne veut pas dire chassée de l'église, nuance), comme c'est le cas de pécheurs dans certains cas... Notons tout de même que je ne sais pas comment dire quelque chose à quelqu'un décédé depuis 15 minutes.

20.Posté par Nicolas Ross: Il existe dans la pratique de l'Église orthodoxe russe deux types d'excommunication le 27/01/2013 08:39
Il existe dans la pratique de l'Église orthodoxe russe deux types d'excommunication

L'excommunication majeure, appelée également anathème, ne concerne que les cas les plus graves, comme l'hérésie ou le schisme. Elle a un caractère de rejet définitif de la communauté ecclésiale.

L'excommunication mineure concerne des cas moins graves, tels le vol, la luxure ou la simonie. Elle entraîne un rejet provisoire de la communauté, avec exclusion de la communion et interdiction d'occuper des fonctions ecclésiales.

Depuis la création de la paroisse de l'église Saint-Alexandre-Nevski de Paris en 1921, l'excommunication, à ma connaissance, n'a jamais été appliquée à l'un de ses clercs ou de ses laïcs (jusqu'en 2012). Le cas de sanction disciplinaire le plus grave a été l'interdiction a divinis du diacre Vladimir Ouvarov en mars 1945. Accusé de vols importants et répétés dans la caisse de l'administration diocésaine, il a été jugé par un tribunal ecclésial présidé par l'évêque Jean (Leontchoukov), reconnu coupable et interdit de célébration à vie (sans réduction à l'état laïc).

21.Posté par Alexis le 27/01/2013 09:34
@ Nicolas Ross

Merci pour ces précisions concernant les excommunications et anathèmes.
J'ai toujours eu du mal à comprendre comment Mme Places a pu être condamnée de la sorte... par exemple, ses supposées fautes sont-elles plus graves que celles d'un prêtre qui dit clairement dans une conférence disponible sur internet qu'il pratique "l'hospitalité" eucharistique???

22.Posté par Séraphin Rehbinder : Quelques réfléxions sur le tribunal ecclésiastique le 27/01/2013 10:10
Par la nature de ses fonctions et de son charisme dans l’Eglise c’est l’évêque d’une communauté qui veille à la bonne marche de son diocèse. Si des évènements inadéquats se produisent il a toute l’autorité nécessaire pour rétablir le bon ordre des choses et remettre ses ouailles dans le droit chemin. Dès lors pourquoi est apparue l’institution du tribunal ecclésiastique ?

Sa fonction est d’aider l’évêque pour l’instruction des affaires qu’il y a lieu d’examiner. Le tribunal doit accomplir tous les actes de l’enquête sur les cas qui lui sont confiés. Par exemple lors des demandes de divorce religieux, qui occupent du reste l’essentiel du travail d’un tribunal ecclésiastique, il doit se renseigner sur les conditions, les causes du divorce demandé, écouter le ou les demandeurs, éventuellement des témoins, etc. Il doit alors établir ses conclusions sur la recevabilité du cas.

Mais il y a une autre raison. Le tribunal ecclésiastique donne une garantie d’impartialité, pour éviter que quiconque puisse avoir l’impression que le sort qu’il subit a pour origine l’arbitraire éventuel de l’évêque. A cet égard, le règlement qui, semble-t-il a été adopté par le conseil de l’archevêché, et qui ne figure donc pas dans les statuts, est un déni de ce facteur d’impartialité. Si le tribunal constitué n’a pu se mettre d’accord pour condamner quelqu’’un c’est qu’il s’agit d’un cas controversé. Le transmettre à un nouveau tribunal avec des « juges » nommés pour la circonstance c’est décider potentiellement à l’avance, par le choix des nouveaux juges, de l‘issue du cas. Manifestement cela devient un parodie d’impartialité, et la raison même de l’intervention d’un tribunal disparaît.

Ce nouveau tribunal ad hoc ne peut en aucun cas être considéré comme un tribunal de deuxième instance car il juge par délégation du même évêque

Pour rétablir les conditions de l’impartialité il reste la possibilité de faire appel. L’appel ne peut se faire au niveau du même diocèse. Normalement il se fait auprès du tribunal de l’Eglise régionale qui juge par délégation du synode des évêques.

Maintenant intéressons nous aux condamnations proposées par ces tribunaux.

Dans l’histoire de l’Archevêché il semble que le tribunal ecclésiatique ne soit pas beaucoup intervenu en dehors des cas de divorces religieux.
Mais par exemple en 1944/45 il eu une affaire fort désagréable où un diacre détourna à son profit et dilapida complètement une forte somme appartenant à l’administration diocésaine. Le tribunal qui le jugea était présidé par un évêque vicaire et il suggéra de réduire le diacre à l’état de laïc et d’imposer à ceux qui auraient dû gérer plus rigoureusemment la caisse, de rembourser en partie la perte. Mais l’affaire fut tranchée par le comité épiscopal. C’était un organe essentiel de l’exarchat, qui permettait de garder une certaine conciliarité épiscopale en son sein. Malheuresement ce comité n’existe plus car il n’y a plus d’évêques vicaires dans l’Archevêché. Le comité épiscopal décida de seulement interdire de célébration le diacre mais pas de le réduire à l’état de laïc et de réduire les sommes à payer par les responsable du laxisme des contrôles à des montants symboliques.

Bien sûr il n’a jamais été question d’excommunication, même temporaire.

Le Christ a dit « venez mangez, ceci est mon corps… » et « buvez en tous, ceci est mon sang… » Empêcher des chrétiens de répondre à cet appel est très grave. Cela n’est envisagé que dans des cas d’hérésie, quand l’’excommunion ne fait que constater la rupture avec l’Eglise. Cela peut être une réponse lorsque quelqu’un se rebelle contre l’Eglise et adopte. une attitude résolument blasphèmatoire. Les clercs qui estiment pouvoir infliger de telles mesures pour régler des querelles de paroisses, aussi insuportables puissent-elles apparaître à leurs yeux , prennent une lourde responsabilité devant le Seigneur


23.Posté par Daniel le 27/01/2013 13:35
@ Seraphin Rehbinder (message 22)

Vous dites : "Le Christ a dit « venez mangez, ceci est mon corps… » et « buvez en tous, ceci est mon sang… » Empêcher des chrétiens de répondre à cet appel est très grave. Cela n’est envisagé que dans des cas d’hérésie, quand l’’excommunion ne fait que constater la rupture avec l’Eglise"

Votre propos est erroné et témoigne d'une mauvaise compréhension de l'excommunication. A moins que la pratique russe de la confession ne soit devenue laxiste... et ignore complètement les épitimies... Ce n'est pas l'église qui empêche les chrétiens de répondre à l'appel du Christ (vous faites une inversion de responsabilité), mais le chrétien pécheur qui s'interdit lui-même d'y répondre par son comportement.

Nicolas Ross a raison; il faudrait utiliser et distinguer deux termes :

- anathème : constat que telle personne est hors de l'église et logiquement ne peut plus communier, c'est le lot des hérétiques

- excommunication : interdiction de communier qui est en fait une épitimie et une pénitence. La personne demeure membre de l'église

Ce type d'excommunication est absolument normal et la durée est en générale prévue par les canons des Pères ou ceux postérieurs de Saint Jean le Jeûneur qui diminuait la durée de la période sans communion mais introduisait le fait d'accomplir des métanies et de jeûner pendant la période de pénitence. Ces durées étant d'ailleurs aménagées par le confesseur selon les cas.

Après un bref survol des 35 canons de Saint Jean le Jeûneur, commenté par Saint Nicodème dans son Manuel de la Confession, je trouve les circonstances suivantes qui entraînent des excommunications temporaires (j'insiste pour des péchés et non des raisons de foi), ce qui ne veut pas dire que ce soient les uniques cas possibles. On trouve donc les péchés de nature sexuelle : masturbation, adultère, fornication, relations homosexuelles, relations incestueuses, les meurtres, volontaires et involontaires, avortement compris, l'abandon des enfants, la négligence des parents dont l'enfant meurt avant d'être baptisé, les vols, les sacrilèges, le fait de ne pas respecter sa parole (parjure), la magie (et autres choses assimilées)... Mais j'insiste, je ne pense pas que Saint Jean ait prétendu à l'exhaustivité (même si ses canons sont toujours appliqués de nos jours)...

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