Dimitri Stelletsky:" J'ai commencé à peindre l'église Saint Serge le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927"
"Le 30 janvier 1947 selon l'ancien style s'éteignait à la Maison de retraite russe de Sainte-Geneviève des Bois le peintre russe Dimitri Semionovitch Stelletski âgé de 73 ans ,après une brève maladie . Il est mort entouré des soins et de l'amour de ses voisins et amis de la maison de retraite qui s'étaient réunis pour soulager ses souffrances. Une angine de poitrine l'a terrassé mais depuis quelques années il était devenu presque aveugle et c'était pour lui une grande souffrance. Tous les pensionnaires de la maison, les étudiants et la paroissiens de Saint-Serge l'accompagnèrent lors de ses funérailles célébrées par le père Basile Zenkovsky. Le choeur de Saint Serge chantait l'office des funérailles. Des couronnes de lauriers furent déposées par l'Institut et la paroisse : "Mémoire reconnaissante" et "A l'illustre artiste".

Réunis autour du Métropolite Euloge devant l'église Saint Serge de la rue de Crimée à Paris, le père Serge Boulgakov, Léon Zander, Jean Lagovsky et tant d'autres prêtres et laics. Derrière eux, l'on distingue la première esquisse dessinée au fusain par Dimitri Stelletsky qui décora l'église (extérieur et intérieur) en deux ans seulement entre 1926 et 1927.

Dimitri Stelletsky:" J'ai commencé à peindre l'église Saint Serge le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927"
Le quarantième jour après sa mort, l'Institut de théologie, l'association l'Icône et la Société de sauvegarde des valeurs culturelles russes organiseront, rue de Crimée, une soirée solennelle en sa mémoire.

A cette occasion seront soulignés les multiples facettes de son art et l'apport irremplaçable de D.Stelletsky à l'art russe. Il est difficile d'appréhender l'héritage artistique de D.S, les spécialistes le font et le feront encore dans le futur. Mais mon propos n'est pas là. J'aimerais dire avant tout que Dimitri était un artiste profondément russe et orthodoxe. Son talent, il le mettait au service de l'Eglise orthodoxe. En Russie il avait en son temps entièrement décoré l'intérieur d'une église construite à Borodino à l'occasion du centenaire de la célèbre bataille. Ici, hors de Russie, il a créé sous nos yeux l’œuvre de sa vie. Mis à part des icônes et des iconostases mobiles créés pour les églises de toiles des camps de jeunesse russes, il s'est construit ici un mémorial inoubliable ; l’œuvre de sa vie ; les décorations intérieures et extérieures de l'Eglise Saint Serge. Il m'a été donné d'y participer activement, et j'aimerais y revenir plus en détail.

Si ma mémoire est bonne, deux mois après l'achat de l'Eglise Saint-Serge aux enchères au Palais de Justice, les 5-18 juillet 1924, la question de la décoration intérieure et de la peinture de l'iconostase par un iconographe compétent s'est posée. Par hasard, en devisant avec mon oncle Nicolas Victorovitch Gagarine, grand connaisseur dans le domaine de l'art aujourd'hui défunt, j'appris que Dimitri Stelletsky, habitant à Cannes, était le seul à même de mener à bien un projet si ambitieux. Selon mon oncle, personne d'autre que lui ne pouvait convenir à un tel projet. Je ne le connaissais pas et décidais de lui écrire pour lui demander comment il réagirait à une proposition officielle. J'ai joint à ma lettre trois photos allemandes de l'église (qui fut un temple protestant avant 1914), que j'avais trouvées dans le grenier de Saint-Serge, elle représentaient l'église de l'extérieur mais également l'intérieur avec des enfants allemands autour d'un sapin de Noël et le portrait de l'empereur Wilhelm dans l'abside du temple. Je voulais donner à Dimitri Stelletsky une idée du travail à accomplir.
Cinq ou six jours plus tard je recevais un paquet et une lettre enthousiaste de D.S. Il acceptait de prendre en charge la décoration de l'église sans conditions et totalement gratuitement. Dans le paquet il avait joint des esquisses de l'iconostase et de la décoration des murs intérieurs de l'église faites d'après les photos allemandes, il y avait aussi une esquisse de l'extérieur du bâtiment à l'aspect "orthodoxisé" ("оправославленный вид") comme il l'écrivait lui-même.

Dimitri Stelletsky:" J'ai commencé à peindre l'église Saint Serge le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927"
Dimitri Stelletsky s'est révélé dans cet enthousiasme, cette volonté de se donner tout entier et gratuitement à ce travail au profit de l'Eglise.... Mais combien de difficultés restaient à vaincre jusqu'à ce qu'il fut officiellement invité à effectuer ce travail de façon officielle!

La question de la décoration de l'église Saint-Serge était de plus en plus débattue. De nombreux membres de notre "Comité pour la construction de Saint-Serge" avaient leurs propres candidats. Finalement un concours officiel pour la peinture de l'iconostase et des murs intérieurs fut ouvert. Dimitri Stelletsky a failli compromettre ses chances de concourir par le refus catégorique d'envoyer un projet. Il estimait m'avoir envoyé l'essentiel de son projet (mais ce n'était qu'une esquisse, faite à grands traits). Il refusa d'envoyer un projet détaillé, affirmant qu'en tant qu'artiste il savait ce qu'il avait à faire, ou bien on lui faisait confiance ou il se retirait du projet. Les autres candidats et en particulier le Prince M.C Poutiatine avaient présenté un projet très détaillé de l'iconostase. Le projet du prince Poutiatine plaisait à beaucoup et le ton brusque de la réponse de D. Stelletsky avait heurté les membres de notre Comité qui ne le connaissaient pas.

L'obstacle majeur pour une prise de décision définitive était l'absence de moyens financiers et cela, curieusement, favorisa la candidature de D.S. J'avais appris que la grande duchesse Maria Pavlovna possédait une émeraude précieuse qu'elle tenait de sa défunte tante, la grande duchesse Elisaveta Fédorovna qui voulait que cette pierre soit utilisée pour décorer une église. Lorsque je demandais à la grande duchesse de nous offrir la pierre pour notre église elle n'accepta qu'à la condition que le peintre choisi soit Dimitri Stelletsky et personne d'autre. Si cette condition était remplie, elle acceptait de présider le Comité artistique chargé de collecter les fonds pour les travaux futurs. Finalement notre Comité confirma la candidature de Stelletsky et la grande duchesse commença la collecte qui rapporta en deux ans plus de 400 000 francs. D.S arriva à Paris, s'installa à Saint-Serge et commença à travailler. Sur la face interne des portes nord figure une inscription manuscrite de Stelletsky -" J'ai commencé à peindre l'église le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927 - Dimitri Semenovitch Stelletsky"

Dimitri Stelletsky:" J'ai commencé à peindre l'église Saint Serge le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927"
Cette rapidité d'exécution pour un si vaste chantier artistique caractérise une fois de plus l'immense talent du peintre. Il travaille sans la moindre hésitation, ayant par avance dans sa tête la globalité de la composition dans ses moindres détails. Photo: Crucifix de l'église Saint-Serge

Je me souviens avec quelle virtuosité et rapidité (dix jours), toutes les planches blanches de l'iconostase, enduites de livkas (apprêt), préparées selon ses plans, furent dessinées par lui au fusain noir. Les contours des saints étaint précis et les aides de D.S (ils étaient entre deux et trois) n'avaient plus qu'à passer les contours à la pointe. Et je ne parte pas des peintures du plafons, des anges et des représentations symboliques des Evangélistes! Stelletsky avait les exactes mesures de la partie à dessiner, D.S étalait par terre du papier à la taille correspondante, fixait un fusain sut un bâton et traçait les dessins avec d'une main sûre et ferme les représentations souhaitées. Les aides du peintres n'avaient plus qu'à découper les silhouettes, à monter les patrons jusqu'au plafond et à les peindre selon les indication de Stelletsky qui contrôlait d'en bas leur travail. La fidéle collaboratrice de Stelletky, la princesse Elena Lvova, avec son imense talent peignait les visages des saints sur toutes les icônes, D.S ne terminait jamais ce travail lui faisant entièrement confiance pour cette tâche. (Верная сотрудница Д.С по росписи храма княжна Елена Львова со свойственным ей талантом выписывала все лики святых на всех иконах, которые сам Стеллецкий никогда не дописывал, всецело доверяя эту работу ей.)

Comme Stelletky aimait notre église! Combien de fois par la suite il venait à Paris pour admirer son travail qui maintenant avait acquis une notoriété mondiale. Durant les deux dernières années de sa vie passées dans la Maison russe, il répondait par un refus catégorique à mes multiples propositions de nous rendre à Saint-Serge. Il disait qu'il ne voyait rien et qu'il ne pourrait que pleurer.

Maintenant qu'il n'est plus, nous tous, ses amis, nous nous sentons seuls et orphelins. Nous sommes réconforté à l'idée que Dieu a eu pitié de son serviteur Dimitri, qu'il a mis fin a ses souffrances et l'a récompensé pour sa foi pure et enfantine et son service passionné et désintéressé de l’Église orthodoxe.

Mémoire éternelle !
Michel Mikhailovitch Ossorguine Paris les 3-16 mars 1947

Traduction (approximative) du russe :AE Voir Bibliophilierusse

"PO" publie un aperçu de l’œuvre de Dimitri Stelletsky. Il ne se limite pas aux fresques Saint Serge

Dimitri Stelletsky:" J'ai commencé à peindre l'église Saint Serge le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927"

Dimitri Stelletsky:" J'ai commencé à peindre l'église Saint Serge le vendredi 6 novembre 1925. J'ai terminé le jeudi 1 décembre 1927"

Rédigé par Parlons d'orthodoxie le 24 Juillet 2012 à 10:32 | 5 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par "IZVESTIA" - une interview avec le père Nicolas Ozoline à propos de la destruction des fresques à Saint Serge le 24/07/2012 12:37
В Париже разрушен шедевр русской церковной живописи

В Париже на Сергиевом подворье, находящемся в юрисдикции Константинопольского патриархата, разрушен шедевр русской церковной живописи. Нарядная церковь Сергия Радонежского на улице Крыма в 19-м округе французской столицы попала под горячую руку недорогих, но малограмотных горе-реставраторов: образ с ликом Максима Исповедника была буквально счищен со стены храма. Такая экономия средств из очевидно скромного бюджета Русского экзархата может обернуться потерей уникальных произведений православного зарубежья.

Читайте далее:

2.Posté par Vladimir le 25/08/2012 21:17
Un petit sourire pour la fin des vacance: "l’octogénaire qui a défiguré le Christ". Il n'y a pas que chez nous que l'enfer est pavé de bonnes intentions!
(il faut absolument suivre le lien pour voir les photos!!!)

3.Posté par Daniel le 26/08/2012 07:36
@ Vladimir (message 2)

Votre lien ne marche pas. Disons qu'une octogénaire espagnole, avec peut-être quelques soucis psychologiques a voulu restaurer une image du Christ totalement inconnue jusque là dans un village tout aussi anonyme... Depuis, les touristes affluent et, période estivale oblige, même le Financial Times y a consacré un éditorial en affirmant que malgré lees dégradations, le village profiteraient des retombées touristiques...

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/ecce-homo-de-borja-une-121614


4.Posté par Vladimir le 26/08/2012 09:49

5.Posté par Joelle Vurpillot le 17/02/2013 11:21
Passionnée par les églises russes ...je me réjouis d'aller visiter l'église St Serge .....ainsi que l'oeuvre créee par Dimitri Stelletsky ..dont je découvre l'existence et le génie dans l'emission "Orthodoxie" du dimanche matin sur France2.

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