Espagne : Onze lieux saints où il faut se rendre
L’Espagne que nous ne connaissons pas. L’archiprêtre André Kordotchkine, recteur de la paroisse Sainte-Marie-Madeleine de Madrid partage ici avec nous son amour pour les reliques de saint Jacques le Majeur, le Suaire de notre Seigneur, une parcelle de la Sainte Croix et la geôle de la sainte martyre Léocadia.

Parfois on nous demande en quoi la vie orthodoxe à l’étranger diffère-t-elle de celle de la Russie. Il me semble qu’il y a une différence, importante, peut-être pas pour tous, mais pour beaucoup. Quand on vit à Moscou, par exemple, ou à Saint-Pétersbourg, si on a le cafard, on peut aller au monastère du Don ou sur les bords de la Smolenka, et alors ça va mieux, ou ça passe totalement. Si on est à Madrid, on n’a nulle part où aller, nulle part où recharger ses batteries.

C’est ce que je pensais quand je suis arrivé à Madrid, il y a douze ans, quand nous avons commencé à officier là où avant nous venaient des immigrés latino-américains ou marocains pour téléphoner chez eux ou vendre des pêches et des tomates. Ce n’est pas facile de commencer quelque chose, d’essuyer les plâtres, pensai-je. Mais petit à petit nous avons appris que nous n’étions pas les premiers. L’histoire passée de notre paroisse nous est apparue, elle remonte jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, nous avons découvert un prêtre remarquable : le père Constantin Koustodiev qui officiait à Madrid dans les années 1860, nous avons feuilleté les pages de l’histoire de l’Église indivise en Espagne.

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Photo - Le chemin de Saint Jacques

En Angleterre, tous les orthodoxes savent qui est le premier martyr d’Albanie, quels sont les saints celtes anciens, ils font des pèlerinages à Walsingham et autres lieux saints. En Espagne, rien ! Nous avons commencé à explorer « la géographie orthodoxe » de la péninsule ibérique. Et nous avons visité certains lieux, pas une fois unique, mais à plusieurs reprises, en famille, avec la paroisse.

1. Santiago de Compostella

Saint-Jacques de Compostelle est la capitale de la Galice. Cette région s’étend au nord-est de l’Espagne. En y venant, ceux qui connaissent les côtes méditerranéennes seront surpris : des champs verdoyants, des bouleaux, les vagues de l’océan et des gens différents : les Galiciens sont les descendants d’anciennes tribus celtes, ils ont gardé le souvenir de leur passé. Arrêtez-vous au bar « Casa das Crechas » où aiment se retrouver les nationalistes locaux ou tout simplement allez écouter la cornemuse galicienne sur la place Obradoiro, près de la cathédrale, vous comprendrez où vous êtes tombé.

Selon la légende, on a trouvé ici, au IXe siècle, les reliques de saint Jacques le Majeur (de Zébédée). Les Espagnols croient que c’est lui qui a introduit la nouvelle du Christ dans leur pays, les spécialistes aujourd’hui sont sceptiques sur cette question. On se demande comment saint Jacques aurait pu venir en Espagne avant de finir en martyr, comme décrit dans les Actes des Apôtres (Ap 12, 12), comment ses restes ont pu se retrouver en Espagne, pourquoi est-ce que les anciens chroniqueurs et historiens ne disent rien de son évangélisation. Quoi qu’il en soit, la légende de saint Jacques est profondément ancrée dans la culture espagnole.

Le Chemin de Compostelle, cette toile de voies qui réunit différentes villes européennes a créé au Moyen-âge un espace européen uni bien avant l’Union européenne. Au cours des dernières décennies, ces chemins ont été empruntés par un nombre toujours croissant de pèlerins. Les voyageurs russes ont formé un groupe sur Facebook. En outre, un petit nombre d’orthodoxes habitent Saint-Jacques de Compostelle et aux alentours ; régulièrement nous célébrons pour eux des offices dans la cathédrale.

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Photo- Une parcelle du Saint Suaire de Turin, cathédrale Saint Sauveur, Oviedo

2. Oviedo

Les habitants des Asturies sont fiers d’être d’authentiques Espagnols, et non des Maures métissés de Cordoue ou Grenade. Quand les Arabes musulmans ont envahi la péninsule ibérique beaucoup de reliques chrétiennes ont été évacuées à Oviedo, la capitale de « l’Espagne libre ». La plus importante de ces reliques est le saint Suaire (Pañolón) qui reposait sur le visage du Christ lors de son ensevelissement, l’apôtre Jean en fait mention : « Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre ; il vit les bandes qui étaient à terre, et le linge qu'on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part. » (Jn 20, 6-7)

Les savants ont prouvé la similitude entre le suaire de Turin et celui d’Oviedo, il faut toutefois souligner que celui-ci n’a pas bougé de place depuis le milieu du IXe siècle. Dans cette même cathédrale se trouvent les reliques de la sainte martyre Eulalie de Mérida, du saint martyr Euloge de Cordoue, etc.

Il y a à Oviedo et dans ses environs de nombreuses églises préromanes du IXe siècle situées dans des endroits très pittoresques, qui a vu Santa Cristina de Léna ne manquera pas de se souvenir de l’église Pokrov sur la Nerl. Les paysages sont ici différents des autres paysages d’Espagne : ils sont dramatiques, montagneux. Dans les Picos de Europa, on se croirait dans les Alpes. Les habitants des Asturies disent que leur pays est « Paraiso natural (un Paradis naturel) ».

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Photo - Chasse contenant les reliques de la martyre Eulalie de Barcelone

3. Barcelone

Barcelone, ce n’est pas que l’architecture de Gaudi ou les chants interprétés par Freddy Mercuri ou Montserrat Caballe. Dans la cathédrale de Barcelone, l’une des plus belles villes d’Espagne, reposent les reliques de sainte Eulalie de Barcelone, patronne du lieu, qui, selon la tradition, a connu le martyre au IVe siècle. Les reliques de la sainte ont été miraculeusement inventées le 23 octobre 877 par l’évêque Frodoi à l’endroit où se dresse aujourd’hui l’église Santa Maria del Mar.

Comme le culte de cette sainte a débuté plusieurs siècles après la mort de sainte Eulalie de Mérida et que par beaucoup de détails leur martyre se confond, de nombreux savants pensent qu’Eulalie de Barcelone n’a pas existé et que son culte n’est que la répétition de celui de la sainte de Mérida. Mais les Catalans considèrent ces allégations comme « impériales » et défendent leur sainte. Son introduction au Martyrologe de notre Église est due aux travaux de Dimitri de Rostov, elle est célébrée le 12 février en Occident et le 22 août/4 septembre selon le calendrier de l’Église orthodoxe russe.

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Photo - Une parcelle de la Sainte Croix

4. Santo Toribio de Liebana

Le monastère de Santo Toribio de Liébana, en Cantabrie, abrite le Lignum Crucis, la plus grande parcelle de la Sainte Croix connue hors du Vatican. Selon la tradition, elle a été transmise au monastère en même temps que les reliques de saint Thuribe (Toribio) au VIIIe siècle. Tous les ans la Croix est sortie de la chapelle où elle est conservée pour la vénération de pèlerins. Les enfants chahutent quelque peu, mais les plus âgés s’en approchent avec ferveur. Depuis plusieurs années que nous venons au monastère, c’est toujours le même moine qui présente la Croix, calme et bienveillant pour tous ceux qui viennent recevoir la bénédiction la Croix sans bien comprendre l’importance de l’événement. Les montagnes de Cantabrie se dressent autour du monastère et au-dessus se trouve la caverne où, au VIe siècle, vivait saint Thuribe, son fondateur.

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5. San Millán de la Cogolla

Le monastère a été fondé par saint Æmilianus (Millán) Cuccullatus (474–574) dont la vie a été écrite par l’évêque Braulion de Saragosse (Caesaraugusta) aux environs de 640.


Millán a été ordonné prêtre et affecté une paroisse après quarante ans de vie en ermite, certainement pas en reconnaissance de ses vertus, car dans l’Église wisigothe on se méfiait des moines-ermites et l’on s’efforçait de contrôler.

Il ne resta pas longtemps dans sa paroisse, grâce aux râleurs et aux envieux, il put retourner à sa vie d’ermite et fut de son vivant reconnu thaumaturge.

Dans la bibliothèque du monastère sont conservés les plus anciens codex comportant des notes en castillan, en Espagne ce monastère est considéré comme le berceau de la langue espagnole.

La partie supérieure du monastère (Suso) est un complexe de grottes creusées du VIe au XIe siècle.

Ensuite plus bas, lorsque le monastère s’est agrandi, au XIe siècle, on a construit des nouveaux bâtiments (Yuso) où aujourd’hui reposent les reliques du saint, la châsse (exécutée au XIe siècle) est constituée de plaques d’ivoire enluminées.


Certaines se trouvent dans différents musées, dont l’Ermitage. Non loin du monastère se trouve la grotte de l’ermite Émilien. C’est un de mes endroits préférés en Espagne.

Essayez d’y venir en automne, vous traverserez les vignobles de Rioja et ferez l’ascension jusqu’à la grotte du saint qui, sans aucun doute, deviendra votre ami.

Une icône peinte par Eugène Maliaguine

6. Monastères rupestres

En Espagne septentrionale, entre le Pays basque, Burgos et Palencia, sont conservés de nombreux ensembles de monastères rupestres dont certains remontent au VIe siècle. Vous penserez ici, bien sûr, aux monastères de Crimée. Cette région est appelée, non sans une certaine exagération, la « Cappadoce espagnole ».

Photo - Une église dans les grottes « Cappadoce espagnole ».
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7. La vallée du Silence

La « vallée du Silence » ou « Thébaïde de Bierzo » se trouve non loin de Ponferrada. C’est un lieu où le monachisme s’est installé très tôt. L’église Santiago de Peñalba date du Xe siècle. C’est ici qu’est enterré le saint évêque d’Astorga Guennadij. À une demi-heure de marche, on atteint la grotte où le saint a vécu en ermite et où, devenu évêque, il aimait à se retirer.

On peut continuer sur ce chemin de montagne pour atteindre les ruines du monastère San Pedro de Montes, fondé par saint Fructueux de Braga au VIIe siècle. Ici, il n’y a pas d’hôtels, mais des « casas rurales » que les habitants louent aux touristes et voyageurs. À Santiago de Peñalba, on peut descendre chez Desiderio qui vous régalera pour le dîner d’un bon « botillo », ce plat traditionnel des montagnards du León.
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8. Les églises wisigothes de Castille-León

À 23 km de Samora se trouve l’exceptionnelle église San Pedro de la Nave qui aurait dû être ensevelie lors de la construction d’un barrage, mais grâce aux efforts de l’architecte et historien Manuel Gomes-Moreno elle a été déplacée en 1930–1932.

Ses chapiteaux sont ornés de sculptures représentant le sacrifice d’Abraham, Daniel dans la fosse aux lions et autres. Selon la tradition, cette église date du VIIIe siècle, mais on a aussi avancé une datation plus récente (IXe – XIe siècles). Le merveilleux recteur de cette église est le père Luís Santamaria qui aime à dire qu’il est le plus jeune curé dans la plus vieille église du diocèse.

On trouve une autre église unique à Venta de Baños : San Juan de Baños, construite en 661 sur ordre du roi wisigoth Réceswinthe qui avait été sauvé par les eaux d’une source coulant à proximité de l’église. N’oubliez pas de prendre avec vous une bouteille vide !

Photo - Chapitre de l’église San Pedro
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9. León

Dans la province de León, il faut absolument visiter la Colegiata de los Reyes, admirer ses fresques romanes, en particulier celle où les mois sont personnifiés chacun avec ses travaux et occupations. À côté, se trouve la basilique où en 1063 ont été accueillies les reliques de saint Isidore de Séville.

Le saint évêque Isidore est, sans conteste ,la figure la plus marquante de la patristique espagnole. Après la mort de son frère aîné Léandre, Isidore lui a succédé sur la chaire d’Hispalis (Séville). Isidore et son frère aîné sont entrés dans l’histoire comme combattants inflexibles de l’arianisme. Isidore a présidé le IIe concile de Séville qui, en 619 [IVe concile de Tolède qui, en 633], a condamné l’hérésie des « acéphalites », puis le IVe concile de Tolède en 633 [Ve en 636]. Le saint évêque est décédé le 4 avril 636, selon le calendrier mozarabe de Récémunde, c’est aussi le jour où il est commémoré.

La vénération de saint Isidore, du temps de l’Église indivise, a largement dépassé les frontières de l’Espagne. Outre deux calendriers mozarabes du Xe siècle, son nom est mentionné dans le Martyrologe d’Usuard, codex français du milieu du Xe siècle, dans les litanies du Psautier de Charlemagne et dans d’autres textes liturgiques français et allemands des IXe–XIe siècles. Dante place Isidore dans l’Empyrée, au dixième ciel.

Isidore est l’un des nombreux saints de l’Église indivise à qui est consacré un chapitre du Synaxaire rédigé par Macaire, hiéromoine du monastère athonite Saint-Simon-Pierre édité en 2011 à Moscou par le monastère Srétensky. Isidore est également mentionné par l’Église orthodoxe en Amérique.
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Photo - Chasse contenant les reliques de Saint Isidore

10. Toledo

La grande majorité des touristes qui se rendent à Madrid essaie d’aller à Tolède, ancienne capitale espagnole située à une heure de route de l’actuelle. Peu savent que la Toletum romaine est le lieu du martyre de sainte Léocadie, morte dans une geôle au début du IVe siècle.

Sur le lieu de l’inhumation de la sainte, le roi wisigoth Sisebut fit construire, en 618, une église où se tinrent les IVe, Ve, VIe et XVIIe conciles de Tolède ; c’est ici que se trouvent les tombeaux des évêques de Tolède Eugène, Ildefonse et Julien. Dans la Vie d’Ildefonse est précisément décrite l’invention des reliques de sainte Léocadie au VIIe siècle. L’église fut détruite durant l’invasion arabe, mais jusqu’à ce jour le lieu d’inhumation de la sainte est conservé dans l’église Cristo de la Vega. À Tolède se trouve également l’église Sainte-Léocadie élevée, selon la tradition, à l’emplacement de la maison natale de la sainte.

Au VIIIe siècle, les reliques de la sainte furent translatées à Oviedo, et aujourd’hui les pèlerins, venus vénérer le suaire de notre Seigneur qui est gardé dans la « Cámara santa » de la cathédrale, peuvent accéder à l’étage inférieur de la chapelle, dans la crypte sainte Léocadie où étaient conservées ses reliques.

Au XIe siècle, à l’époque d’Alfonse VI, les reliques de sainte Léocadie se trouvaient dans l’abbaye flamande Saint-Gilles (à Bruges) d’où elles sont revenues le 26 avril 1587. Aujourd’hui, elles sont dans la cathédrale de Tolède, dans « el Ochavo », une chapelle habituellement fermée au public. Une châsse contenant une partie du chef de la sainte est conservée dans l’église orthodoxe Sainte-Marie-Madeleine de Madrid.
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Photo - Cathédrale de Tolède, icône de la Sainte martyre Lèocadie (peinte par Eugène Maliaguine) , don offert par des fidèles de l’Eglise orthodoxe russe

11. Jaca et ses environs

Cette ville du nord de l’Aragon garde la mémoire de la sainte Eurosie (Orosia) martyrisée à l’époque des invasions arabo-musulmanes. Ses reliques ont été déposées dans la cathédrale de Jaca au XIe siècle. Les premières mentions de sa mort et de son culte remontent au XIIIe siècle. Selon la tradition, établie en 1493 par le moine tchèque Juan du monastère Monte Oliveti, elle serait originaire de Bohème. Mais dès le début du XVIIe siècle, cette version a été contestée.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas faux de dire que dans le culte que lui accorde l’Église, elle représente un lien vivant entre l’antique Espagne et le monde chrétien orthodoxe. Son chef repose dans l’église du village de Yebra de Basa, d’où un sentier pittoresque mène à travers la montagne à une église construite sur le lieu de son martyre.
Pèlerins venus de Madrid, nous avons emprunté ce sentier, mais nous devions redescendre pour rejoindre notre autocar par un autre chemin, indiqué sur la carte.

Nous l’avons cherché, mais en vain. Un orage s’annonçait, venu non d’en haut, mais de côté, il avançait droit sur nous, comme ça arrive en montagne. Il n’y avait âme qui vive. Il aurait été dangereux de descendre. Tout à coup, nous avons aperçu un berger, son accent aragonais m’a paru bizarre, mais bientôt l’explication vint. Basile était originaire de Tchernivtsi, et plus de la moitié de notre groupe était ukrainienne. Difficile de dire qui fut le plus heureux de cette rencontre, lui, nous ou son chien Trotski. Nous sommes descendus de la montagne dans des jeeps de la Garde civile et je me suis promis de ne plus JAMAIS faire confiance aux cartes et emmener quelqu’un sur un chemin que je n’ai emprunté moi-même au moins une fois.

Malgré tout le voyage a été merveilleux. Nous avons encore devant les yeux les pics des Pyrénées, les prés, le berger, son chien Trotski et l’image de sainte Eurosie protectrice de ceux que surprend l’orage.

En octobre 2016, nous organisons pour les Russes orthodoxes un pèlerinage, que j’espère conduire, sur les lieux saints d’Espagne. Venez, nous serons heureux de vous accueillir.

Photo Lieu du martyr de sainte Eurosie Orosia , Nord de la province d’Aragon
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TRADUCTION " PO"
Испания: 11 святых мест, которые нужно посетить Протоиерей Андрей Кордочкин

Испания, которую мы не знаем. Мощи апостола Иакова Зеведеева, плат Спасителя, часть Креста Господня и темница мученицы Леокадии. Своей любовью к испанским святыням делится настоятель прихода в честь Марии Магдалины в Мадриде протоиерей Андрей Кордочкин.
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Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 8 Août 2018 à 15:12 | 19 commentaires | Permalien



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