Fête de l’Ascension : le chemin extraordinaire d’une icône rare par son nom et exceptionnelle par son histoire
Anne Khoudokormoff-Kotschoubey

Bientôt nous serons dans la joie extrême d’une fête qui, à part son icône spécifique et traditionnelle de ce jour de l’Ascension, en a une autre, encore peu connue, dont l’appellation porte le nom du Kondakion du jour: « «Аз есть с вами и никто же на вы» (« Je suis toujours avec vous et personne à jamais ne peut rien contre vous »).

Quelle est cette icône ? D’où vient-elle ? Quelle est son histoire ?

Cette icône, un peu « fade » par sa représentation et couleurs, a vu le jour en Russie, dans un célèbre monastère appelé saint Jean-Baptiste, situé à Leouchino, près du village de Miaksa, au nord de Moscou. A l’heure actuelle ce monastère n’existe plus. Il se trouve sous eau ayant été totalement submergé, comme tant d’autres, par la construction d’un gigantesque barrage sur la Volga, construit dans les années 1940, ayant provoqué des inondations impitoyables pour l’homme, son habitat, ses œuvres (monastères, églises) et la nature environnante. Cet endroit devenu un immense lac artificiel (connu sous le nom de lac de Rybinsk) est visité sans cesse à présent par des descendants de cette contrée qui viennent sur les bords de cette vaste étendue d’eau se rappeler leurs parents disparus et/ou leurs domaines noyés.

L’icône dont nous parlons ici exalte la dernière phrase prononcée par le Christ au moment de son Ascension, rapportée par l’évangéliste Matthieu : «Je suis toujours avec vous et personne à jamais ne peut rien contre vous » (28,20).

C’est le père Jean de Constradt, qui a permis à sa fille spirituelle, l’higoumène du monastère saint-Jean Baptiste de Leouchino, Taïssia, de faire écrire dans les années 90 du 19ième siècle cette icône sous cette appellation dans ce monastère dont il était le père spirituel.

Sentant sa fin prochaine, le père Jean de Cronstadt, prévoyant aussi que des temps troubles agiteraient le pays et ne voulant pas que l’icône tombe dans des mains hostiles, la confie à une connaissance du nom de Mouraviev, connu en son temps à la fois pour sa richesse et sa probité. Ce Mouraviev devint moine et cent ans plus tard fut canonisé sous le nom bien connu de saint Séraphim Viritski !, celui-là même qui répéta l’exploit de saint Séraphim de Sarov, celle de prier 1000 jours et nuits sur un rocher.

En-effet, Séraphim Viritsky pria intensément durant la blocade de Léningrad avec devant lui l’icône « «Аз есть с вами и никто же на вы» que lui avait confié le père Jean de Constradt. Cette icône resta chez lui jusque fin 1930.
Fête de l’Ascension : le chemin extraordinaire d’une icône rare par son nom et exceptionnelle par son histoire

Par la suite, lorsqu’il fut évident que des temps de cruauté et de terreur s’amplifiaient et que les dangers accrurent que l’icône pût tomber dans les mains de l’ennemi, le moine Séraphim transmit la précieuse icône à sa fille spirituelle, Lidia, qui par la suite, devint moniale sous le nom de Varsonofia.

Celle-ci, peu avant la fin de son père spirituel Séraphim, lui demanda à qui elle devrait confier l’icône. Le moine lui répondit : « Chérubin » !!!

Vorsonofia fut songeuse. Comment verrait-elle un ange, un chérubin ? Elle resta pourtant confiante et avec foi attendit que s’accomplisse les mots du starets. De longues années plus tard Varsonofia rencontra un archimandrite du nom de Chérubin, en 1962, et lui raconta toute l’histoire de l’icône et la lui confia en espérant qu’un jour elle puisse revenir en son lieu d’origine.

Tandis que la Russie subissait encore et encore des années de persécution, et un collapse total du pays, un temps béni de renaissance spirituelle pointait cependant à l’horizon à l’approche du millénaire du Baptême de la Russie, et l’icône « Az iest s Vami i nie kto je na Vi» arriva finalement dans le pays où naquit la foi ancestrale de notre mère patrie, c.à.d. en Ukraine! En-effet, l’archimandrite Chérubin eut l’occasion de visiter le monastère Saint Georges à Kozel, et par une prescience intime donna en 1997 sa bénédiction pour qu’elle puisse y trouver refuge. Voilà donc notre icône voyageuse saine et sauve en Ukraine.

Fin des péripéties. Depuis l’icône accomplit maints miracles et fut reconnue officiellement par l’Eglise orthodoxe d’Ukraine (patriarcat de Moscou) en 2002.
Fête de l’Ascension : le chemin extraordinaire d’une icône rare par son nom et exceptionnelle par son histoire

Réjouissons-nous donc et abreuvons-nous de son magnifique message, car en vérité, son nom même est tout un programme : l’extraordinaire phrase, la dernière sur terre du Christ n’est-elle pas LE baume suprême que l’on puisse rêver, bouée de sauvetage permanente, assurance divine de Sa présence éternelle, ce dont nous avant tant besoin pour accomplir le mieux possible notre but sur terre, avec foi, confiance et gratitude, et dont le Kondakion sera chanté bientôt pour nous.

Anne K-K
Bruxelles 19 mai 2015, jour de fête de « saint Job qui a beaucoup souffert… ».


PS : ce texte est mon remerciement pour une amie russe qui m’a offert une icône de ce nom il y a 10 ans dans un train de banlieue bruyant, cahotant et bondé. Je peux affirmer qu’elle a grandement accompli son « rôle », parfois à mon insu, parfois et le plus souvent avec conscience de son travail d’intermédiaire. Dieu soit loué pour tout.

Lire aussi Anne Khoudokormoff: Baptême de Russie 1025 et ÉLISABETH DE RUSSIE, moniale, martyre et sainte
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Rédigé par Anne Khoudokormoff-Kotschoubey le 17 Mai 2018 à 09:36 | 13 commentaires | Permalien



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