HISTOIRE DE L'ICÔNE NOTRE DAME DE KAZAN
La toute sainte Mère de Dieu est représentée sur l’icône de Kazan avec l’enfant sur son côté gauche. C’est la seule icône, parmi les icônes miraculeuses, sur laquelle il n’y a qu’une seule main : La main du Christ qui bénit; les autres mains ne sont pas visibles, elles sont sous les vêtements. L’Enfant Jésus est représenté debout face à celui qui regarde l’icône, à l’opposé des diverses autres positions qu’Il a sur d’autres icônes.


Sans nul doute, c’était la volonté de Dieu que la foi orthodoxe resplendisse sur la Russie après plusieurs siècles de sévices exercés par les Tatares sur les âmes de son peuple. Voilà pourquoi la campagne du Tsar Ivan le Terrible contre le royaume de Kazan fut bien moins une conquête territoriale qu’un triomphe religieux.
Dans l’église de campagne, pendant la liturgie, à l’instant même où le diacre prononça les paroles : «Que soit soumis sous ses pieds tout ennemi et tout adversaire», la terre trembla et les bannières de l’église vacillèrent : les guerriers russes avaient fait exploser les murs de Kazan et pénétraient dans la ville.

Ils se battirent comme des lions et le jour même ils prirent Kazan, capitale et rempart du royaume tatare. C’était la fête de la protection de la toute sainte Mère de Dieu. Ainsi se confirmait la foi inébranlable du peuple russe dans notre Mère céleste, la Mère de Dieu .
Le Tsar Ivan considéra cette victoire comme un don de Dieu. Immédiatement après la prise de Kazan, il donna l’ordre de poser les fondations de la cathédrale principale, dédiée à la fête de l’Annonciation, pour la gloire de la Reine des cieux. Il précisa ensuite l’emplacement d’autres églises en divers endroits de la ville. Cela se passait en 1552.
Pendant toute la durée de la libération du joug tatare dans le sud de la Russie, Dieu ne cessa d’apporter son aide. Le royaume tatare d’Astrakhan fut soumis peu de temps après.
A son retour à Moscou, pour fêter la victoire définitive sur les tatares, Ivan le Terrible fit construire une cathédrale magnifique à la gloire de la toute sainte Mère de Dieu, dédiée à sa Protection pendant le siège de Kazan.
Les fondations furent posées en 1555 et les travaux étaient terminés cinq ans plus tard. Elle se trouve sur la place rouge à Moscou et on l’a longtemps appelée «Cathédrale de la Protection sur le fossé». Sa fameuse architecture traduit magnifiquement le génie artistique russe. Elle est composée d’une église centrale dédiée à la Protection de la Toute Sainte et de huit églises latérales plus petites qui, vues d’en-haut, représentent une étoile, symbole de virginité.
Cette cathédrale fut rapidement surnommée par le peuple «Eglise de saint Basile le bienheureux», du nom d’un fol-en-Christ mort en 1552 pendant le siège de Kazan et enterré dans la crypte qui sert de fondation à la cathédrale. Ce saint était vénéré par toute la ville de Moscou.
Pendant les premières années de l’occupation, Kazan dépendait directement du métropolite de Moscou mais déjà en 1555, un archevêque indépendant fut intronisé à Kazan. L’archevêque Goury sut s’entourer d’hommes spirituels de premier plan, comme l’higoumène Germain qui devint son successeur.
Après la mort de saint Germain en 1567, les musulmans résistèrent farouchement et menèrent une lutte acharnée contre l’orthodoxie. Mais la Toute Pure défendit la foi et glorifia Kazan par l’apparition de son icône.
En 1579 Kazan fut dévastée par un incendie. Les musulmans en profitèrent pour répandre l’idée qu’il s’agissait là d’un jugement de Dieu contre les orthodoxes. Une petite fille de neuf ans, Matrona, eut alors une vision de la Mère de Dieu qui lui indiquait un endroit dans la ville où il fallait creuser pour trouver son icône. Les parents de l’enfant crurent à une fable mais la vision se répéta de manière terrifiante. «Après cela, la petite fille dormant au milieu de la journée, elle se retrouva au milieu de la cour; l’icône lui apparut en émettant des rayons menaçants, comme si elle allait la brûler. Une voix terrible en sortit et dit : si mes paroles ne sont pas rapportées, afin que mon icône soit sortie de terre, j’ai l’intention d’apparaître ailleurs».

La fillette resta comme morte pendant des heures. Une fois l’enfant réanimée, la mère crut au récit et alerta les autorités qui ne prêtèrent aucune attention et renvoyèrent la femme. Cette dernière se rendit alors chez l’archevêque Jérémie qui ne l’écouta pas davantage. Désespérée, la mère de Matrona entreprit de creuser la terre elle-même avec l’aide de plusieurs voisins. C’est seulement quand Matrona prit une pioche et creusa près de l’ancien four à pain qu’on trouva l’icône, enveloppée dans un paquet recouvert d’un linge mauve foncé. C’était une très belle icône de la Mère de Dieu de laquelle émanait une lumière indescriptible. La foule se signa et se mit à genoux; la présence de la Mère de Dieu se sentait dans tous les coeurs. Cela se passait le 8 Juillet 1579.
La nouvelle concernant l’icône nouvellement apparue se propagea dans toute la ville. Des foules entières se précipitèrent vers la maison de l’archer. L’icône était là, par terre et tous se prosternaient devant elle. Enfin arrivèrent les autorités de la ville et l’archevêque de Kazan Jérémie avec le clergé. Le «Prologue» dit : «L’archevêque et le voyvode (chef de l’armée) priaient en pleurant, demandant à la très sainte Mère de Dieu de leur pardonner leur manque de foi».
Une action de grâce fut dite sur place, ensuite l’icône fut transportée en l’église de Nicolas de Toula qui se trouvait à proximité et qui avait été épargnée par le feu.
Le recteur de cette église était à l’époque le prêtre Germain, plus tard Métropolite de Kazan, ensuite Patriarche de toutes les Russies et qui périt pour l’Orthodoxie en 1612, lors de l’époque trouble. De l’église de Nicolas de Toula, l’icône fut transportée dans la cathédrale de l’Annonciation. C’était une procession tout à fait triomphale. Il était très difficile de protéger la sainte icône de la pression de la foule.
Un aveugle, du nom de Joseph, s’arrêtant devant l’icône, stoppa la procession. En pleurant, il pria la Mère de Dieu et, instantanément, sur place, il recouvra la vue. Lorsque l’icône fut rentrée dans la cathédrale de l’Annonciation, le «Prologue» raconte : «Les uns poussaient les autres, certains marchaient sur la tête des autres afin de toucher l’icône miraculeuse». A nouveau un autre aveugle, Nikita, recouvra la vue instantanément et pour toujours.
Bientôt le récit détaillé de ce qui était arrivé fut envoyé à Moscou, au Tzar Ivan le Terrible. L’icône apparue de la Mère de Dieu fut également envoyée à Moscou. Le Tzar fut frappé par la grandeur spirituelle de l’icône et ordonna immédiatement ceci : «A l’endroit où fut trouvée l’icône, il faudra ériger une église en bois, dédiée à la toute sainte Mère de Dieu et fonder un monastère de jeunes filles et distribuer de larges aumônes de sa trésorerie royale. Il ordonna aussi d’attribuer les récoltes de l’été à ce couvent, ce qui fut fait.
Le Tzar Ivan le Terrible envoya à nouveau la sainte icône, richement ornée à Kazan dans le couvent nouvellement fondé. L’adolescente Matrona et sa mère devinrent les premières moniales de ce couvent. Matrona reçut le nom de Mavra; plus tard elle devint l’higoumène de ce couvent. Peu de temps après, l’église en bois du couvent, où se trouvait l’icône, fut remplacée par une autre en pierre. Ensuite, 100 paysans furent donnés pour l’entretien du couvent . En 1594, les fondements d’une nouvelle et vaste cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu furent jetés. L’année suivante, elle fut consacrée par le Métropolite Germain. Le nombre de moniales fut augmenté jusqu’à 60. Le couvent commença à recevoir des dons en objets du culte, en icônes, en chasubles, etc. Grâce aux dons du Tzar, l’icône miraculeuse fut recouverte d’or, de pierres précieuses et de perles. Plus tard, de nouveaux revêtements furent faits par l’impératrice Catherine.
Avec les 25000 roubles attribués par cette même impératrice, en 1798, les fondements d’une nouvelle cathédrale furent jetés pour remplacer l’ancienne qui, après 200 ans était devenue vétuste. La cathédrale fut consacrée en 1808. La Reine des cieux, la Mère de Dieu, distribuait généreusement son aide et elle continue à le faire à tous ceux qui ont recours à son icône miraculeuse de Kazan. L’apparition de cette icône miraculeuse était non seulement un signe de la victoire de notre foi orthodoxe sur les autres religions qui abondaient en Russie, mais aussi de la protection par la Mère de Dieu de notre Orient russe.
Tant que la présence de la Reine des cieux se manifestait à Kazan par son icône, tout fut calme dans cette partie de l’Orient. La malheureuse guerre de 1904 eu lieu après la catastrophe morale, lorsque dans la nuit du 29 Juin 1904, quelques bandits pénétrèrent dans la cathédrale du couvent à Kazan et, après l’avoir pillé, emportèrent l’icône miraculeuse. Toute la Russie fut plongée dans l’affliction. Les pillards furent retrouvés mais l’icône disparut. C'est le 28 août où elle fut remise par le Vatican à la Russie.
***


Traduit du livre : «Histoire de l’icône de Kazan de la toute sainte Mère de Dieu». A. MERSLUKINE. Paris 1964.

Rédigé par l'équipe de rédaction le 4 Novembre 2010 à 08:00 | 9 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par vladimir le 21/07/2009 19:15
D'après ce que j'ai lu, l'icône remise par le Vatican est une copie du XVIII siècle. L'original n'a pas été retrouvé.


2.Posté par Artdelicone le 04/09/2009 13:35
Si vous désirez vous procurer une icône de Notre Dame de Kazan ou en savoir plus sur l'iconographie des icônes, venez faire une tour sur "L'Art de l'Icône". Ils y proposent des Icônes religieuses bulgares d'une beauté sans pareil !

3.Posté par Daniel le 22/07/2010 14:13
Effectivement ce que le Vatican a remis est une copie, l'original demeure perdu...

4.Posté par Cathortho le 22/07/2010 21:54
Par delà le fait - légitime - de savoir si l'icône de Kazan, qui se trouvait dans la chapelle privée du Pape Jean-Paul II de bienheureuse mémoire rendue par ce Pape slave à la Russie était l'original ou -plus probablement - une copie, le plus important et le plus significatif n'est-il pas le geste d'évidente bonne voloné du Vatican exprimé envers l'Eglise orthodoxe russe par la restitution de cette icône ?

5.Posté par vladimir le 23/07/2010 09:18
Je voudrais souligner:
- Le geste évident de bonne volonté du Pape, qui a d'ailleurs été reçu comme tel, l'icône étant accueillie comme une vénérable relique à Kazan.
- Le fait que, pour les Orthodoxes, des copies peuvent recevoir la même vénération que des originaux. Il suffit de voir les copies des cônes de ND d'Ivérie, dont l'original reste à l'Athos. Et cette icône-ci, en particulier, semble avoir été vénérée depuis le XVIIIe siècle. Elle retrouve donc sa place et la vénération qui lui revient grâce à ce beau geste du Pape

6.Posté par vladimir le 05/11/2010 14:54

7.Posté par Vladimir le 05/11/2010 15:11
N'est-ce pas un signe évident de la protection particulière de la Sainte Vierge que le jour de la fête de Notre Dame de Kazan soit l'un des deux jours de fête religieuse chômé en Russie? En effet, ce 4 novembre dénommé "fête de l'unité" est censé commémorer la libération de Moscou en 1612 mais, si elle eut bien lieu le jour de la fête de Notre dame de Kazan, ce n'était pas le 4 novembre: c'était le 22 octobre pour les Russes (calendrier julien) ou le 1 octobre pour les Polonais (calendrier grégorien). Et c'est bien le 22 octobre (julien), qui a été instaurée fête nationale par décret de l'empereur Alexis 1 (1649) et qui fut fêté jusqu'en 1917.

Bien entendu, c'est en toute connaissance de cause que la date du 4 novembre, fête de Notre Dame de Kazan, fut proposée: c'est en effet par une adresse du "Conseil inter-religieux de Russie", où l'Église russe joue un rôle déterminant, que fut proposée cette date là au président de la Douma (23 novembre 2004)... Et la proposition fut acceptée malgré de nombreuses oppositions!

Il faut maintenant ajouter que, malheureusement, à peine 6% des Russes savent que ce jour férié est la fête de Notre Dame de Kazan (sondage effectué en 2009) et cette journée est surtout marquée par des défilés nationalistes (cf. lien ci-dessous). Il est donc particulièrement heureux que les autorités civiles et religieuses tentent de mettre en avant son caractère historique (le président Medvedev a déposé une gerbe au monument des libérateurs de Moscou, Minine et le prince Pojarsky, sur la place Rouge ) et religieux (le patriarche Cyrille a béni l'icône murale de Saint Nicolas sur la même place Rouge: 2ème lien).

8.Posté par Vladimir le 05/11/2010 16:03
Il faut maintenant ajouter que, malheureusement, à peine 6% des Russes savent que ce jour férié est la fête de Notre Dame de Kazan (sondage effectué en 2009) et cette journée est surtout marquée par des défilés nationalistes (cf. lien ci-dessous).

9.Posté par vladimir le 05/11/2010 17:01

10.Posté par Daniel le 05/11/2010 18:06
Regrettable pratique que de bénir les icônes qui n'en ont guère besoin, comme le dit bien le Père Stéphane Bigham dans son étude sur la question :

http://www.orthodoxie.com/2008/06/recension-stpha.html

11.Posté par BORIS Larin le 05/11/2010 18:55
@Daniel
Autant il est compréhensible qu'il aie fallu sanctifier à nouveau les églises qui avaient été en déshérence et souvent bafouées pendant plus de 70 ans, autant il me parait étrange de bénir ou de sanctifier une icône, car c'est l'icône qui prie pour nous autant que nous prions devant elle. On ne rebaptise pas un baptisé!

12.Posté par Bogdane le 21/07/2019 01:12 (depuis mobile)
Je possède une icône représentant la vierge de kazan que je vénère.elle m''a été offerte c''est une copie certes mais magnifique il y a 50 ans maintenant que mon amie russe me l''a offerte. Et je l''en remercie infiniment.

13.Posté par Vladimir G: bénédiction des icônes le 21/07/2019 09:29
Au départ, nous avons un objet, "une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées" (comme aurait dit Maurice Denis...) Selon la tradition orthodoxe, il est nécessaire de bénir cet objet pour qu'il devienne icône et, à ma connaissance, cette règle ne soufre pas d'exception.

14.Posté par Daniel le 22/07/2019 10:32
@ Vladimir (13)

Non, une icône est uen icône non par la bénédiction mais par ce qu'elle représente. La bénédiction des icône n'apparaît que vers le 17e - 18e siècle suite à des influences catholiques... Les débats du 7e concile indiquent que les icônes n'étaient pas bénies à l'époque.

Les iconoclates argumentérent que les icônes ne pouvaient êtrre saintes car elles n'étaient pas bénies, les orthodoxes répondirent qu'elles étaient saintes par la représentation elle-même. Le pére Stephan Bigham a écrit à ce sujet dans un de ses livres. Je ne l'ai pas en tête.

15.Posté par Daniel le 22/07/2019 14:57
Voici l'article du Père Stephan Bigham qui montre que la bénédiction des icônes n'est pas conforme à la théologie de l'icône:

https://www.orthodoxartsjournal.org/does-the-blessing-of-icons-agree-with-or-contradict-the-tradition-of-the-orthodox-church/

16.Posté par Vladimir G: la vénération des se place icônes à l’intérieur de toute l’activité liturgique de l’Église, le 24/07/2019 17:34
Merci, bien cher Daniel, pour ce texte intéressant et détaillé. C'est une études historique érudite; on la trouve en français ici: https://www.academia.edu/38053225/B%C3%A9nir_les_ic%C3%B4nes_Conforme_%C3%A0_la_Tradition_de_l%C3%89glise_orthodoxe_oui_ou_non et la question demande une analyse détaillée.

Le père Stéphane (1) constate effectivement que ce rite est apparu tardivement; sans remonter au 1er millénaire (l'absence de rite de consécration servit d'argument aux iconoclastes pour nier la sainteté des icônes), cette pratique n'avait certainement pas cours en Russie avant les réformes Nikonniennes (1653-1656) puisque les Vieux-Croyants n'y ont pas recours (le père Stéphane ne mentionne pas cet élément). Le rite orthodoxe de bénédiction des icônes est néanmoins écrit pour la première fois peu avant ces réformes, dans le Trebnik (2) slavon du métropolite de Kiev Pierre Moghila (1646)(3), qui suit de prés le "Rituale Romanum" (1614), qui contient aussi un rite de bénédiction, puis dans un Euchologe Grec publié en 1730. Le père Stéphane s'attarde sur les débats que l'introduction de ces prières a provoqués aux XVIII-XIXe siècles, les opposants revenant essentiellement aux arguments produits au VIII-IXe siècles contre les iconoclaste et accusant cet usage de copier les Latins... Mais cette il devint tradition et le rite de bénédiction fait maintenant partie des Euchologes et Trebniks.

Le père Stéphane cite en particulier une petite brochure de Mère Thekla, l'une des premières moniales orthodoxes d’Angleterre (4), qui a traduit les prières de bénédiction des icônes du métropolite Pierre Moghila, en y ajoutant une petite préface intéressante mais que le père Stéphane n'apprécie pas beaucoup. Pour Mère Thekla, écrit-il, "une icône, avant les prières de bénédiction, n’est pas vraiment une icône, et elle ne le devient véritablement qu’après ces prières.. Et le père Stéphane de conclure: "il faut constater un phénomène bien bizarre: une pratique et une théologie qui la justifie, lesquelles sont très largement répandues parmi les fidèles orthodoxes et qui se trouvent "officialisées" par des offices dans les Euchologes, sont contraires à la tradition de l’Église orthodoxe telle qu’elle se trouve exprimée par le VIIe concile œcuménique de Nicée (787), ainsi que la pratique universelle de l’Église jusqu’en 1649." (Erreur de date? Le Trebnik du métropolite Pierre Moghila date de 1646...)

"Une pratique et une théologie qui la justifie" n'a en fait rien de surprenant dans la doctrine orthodoxe: "chez nous, le gardien de la foi {uperaspistis tis thriskias) est le corps de l'Eglise, c'est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères," écrivent les Patriarches orientaux en 1848 (5). Les évêques reconnaissent la vérité et la proclament et le peuple doit encore la "recevoir", précise le métropolite de Dickeia Kalistos (Ware) (6).

Je propose personnellement une hypothèse expliquant l'introduction de ce rite chez les Orthodoxes comme chez les Latins; elle serait la conséquence de la multiplication des images pieuses grâce à l'imprimerie. Les premières typographies du "Monde russe" sont installées à la fin du XVIe siècle (Moscou, 1550-60, Lvov/Lviv vers 1570) et on peut penser que les premières images commencèrent alors à être diffusées. Devant cette diffusion qu'elle ne contrôle pas, l'Église introduit ce rite de bénédiction comme moyen de trier ce qui est icône et ce qui ne l'est pas...C'est une hypothèse qui demande a être vérifiées et documentée.

Et pour conclure voici la première partie de la préface de mère Thècle, que même le père Stéphane juge "pas mal": "les prières /de la bénédiction/ placent clairement la vénération des icônes à
l’intérieur de toute l’activité liturgique de l’Église, afin qu’il soit établi que cette vénération forme une partie intégrante de l’orthodoxie: une confession de foi. La plénitude de la vénération rendue aux icônes, que ce soit dans la production des icônes ou dans la prière devant elles, ne peut pas être isolée de la totalité de la foi parce que, comme l’indiquent les prières de bénédiction, cette vénération puise essentiellement à la même source théologique que tout notre culte d’adoration. Il se peut qu’elle ne soit qu’un ruisseau parmi tant d’autres, mais l’eau est la même, laquelle monte de l’unique source de la seule Église." (ibid.)

Amen


(1) Le père Stéphane Bigham est prêtre au Québec. Il a soutenu son doctorat dans le domaine de l'art chrétien à l'Université de Montréal en 1989 et publié plusieurs recherches sur l'art de l'icône. Il est chargé de cours à la Faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke, en théologie orthodoxe.
(2) Euchologe (grec) ou Trebnik (russe): livre liturgique contenant tous les rites accomplis par les prêtres et les évêques, les bénédictions et offices spéciaux pour la sanctification de toute la vie, jusque dans ses aspects les plus modernes (https://www.pagesorthodoxes.net/ressources2/livres-liturgiques.htm).
(3) Pierre Moghila (1597-1647, métropolite de Kiev et de Halych de 1633 à sa mort) fut un personnalité orthodoxe de premier plan. Il rebâtit la métropole de Kiev, dévastée après l'Union de Brest (1595-1596, la majorité des évêques de la Métropole de Kiev décident de rompre avec Constantinople pour rejoindre Rome. La métropole appartenait alors à la "République des Deux Nations" /Pologne-Lituanie catholique/. Le métropolite Pierre parvint à reconstituer une hiérarchie orthodoxe) fonda à Kiev la première Académie en pays orthodoxe, combattit par ses écrits l'Uniatisme et le Protestantisme...
(4) Mother Thekla, "The blessing of Ikons", Minneapolis MN, Light and Life Publishing company, aucune date" p. 1. Fille d'un avocat, Mère Thekla (1918-2011) est née à Kilslovodsk dans le Caucase au milieu de la clameur de la Révolution russe. Peu après, ils ont déménagé en Angleterre et elle a grandi à Richmond, dans le Surrey, avant de déménager à Chelsea. Avec une autre religieuse, Mère Maria, Mère Thekla a fondé la première communauté orthodoxe en Angleterre, se déplaçant d'un monastère qu'elles avaient fondé en 1966 à Filgrave, Buckinghamshire, dans une ferme délabrée à Higher Normanby, en dehors de Whitby, en 1971. Elle y vécut jusqu’à sa mort (https://orthodoxe-ordinaire.blogspot.com/2016/05/mere-thecle-john-tavener-2.html) .
(5) http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=592#p2730
(6) Mgr Kallistos Ware "L'Orthodoxie : L'Eglise des sept Conciles", Editions du Cerf, Paris, 2002, p.325-326


17.Posté par Vladimir G: ce rite est apparu tardivement le 24/07/2019 17:55
Merci, bien cher Daniel, pour ce texte intéressant et détaillé. C'est une études historique érudite; on la trouve en français ici: https://www.academia.edu/38053225/B%C3%A9nir_les_ic%C3%B4nes_Conforme_%C3%A0_la_Tradition_de_l%C3%89glise_orthodoxe_oui_ou_non et la question demande une analyse détaillée.

Le père Stéphane (1) constate effectivement que ce rite est apparu tardivement; sans remonter au 1er millénaire (l'absence de rite de consécration servit d'argument aux iconoclastes pour nier la sainteté des icônes), cette pratique n'avait certainement pas cours en Russie avant les réformes Nikonniennes (1653-1656) puisque les Vieux-Croyants n'y ont pas recours (le père Stéphane ne mentionne pas cet élément). Le rite orthodoxe de bénédiction des icônes est néanmoins écrit pour la première fois peu avant ces réformes, dans le Trebnik (2) slavon du métropolite de Kiev Pierre Moghila (1646)(3), qui suit de prés le "Rituale Romanum" (1614), qui contient aussi un rite de bénédiction, puis dans un Euchologe Grec publié en 1730. Le père Stéphane s'attarde sur les débats que l'introduction de ces prières a provoqués aux XVIII-XIXe siècles, les opposants revenant essentiellement aux arguments produits au VIII-IXe siècles contre les iconoclaste et accusant cet usage de copier les Latins... Mais cet usage devint tradition et le rite de bénédiction fait maintenant partie des Euchologes et Trebniks.

Le père Stéphane cite en particulier une petite brochure de Mère Thekla, l'une des premières moniales orthodoxes d’Angleterre (4), qui a traduit les prières de bénédiction des icônes du métropolite Pierre Moghila, en y ajoutant une petite préface intéressante mais que le père Stéphane n'apprécie pas beaucoup. Pour Mère Thekla, écrit-il, "une icône, avant les prières de bénédiction, n’est pas vraiment une icône, et elle ne le devient véritablement qu’après ces prières.. Et le père Stéphane de conclure: "il faut constater un phénomène bien bizarre: une pratique et une théologie qui la justifie, lesquelles sont très largement répandues parmi les fidèles orthodoxes et qui se trouvent "officialisées" par des offices dans les Euchologes, sont contraires à la tradition de l’Église orthodoxe telle qu’elle se trouve exprimée par le VIIe concile œcuménique de Nicée (787), ainsi que la pratique universelle de l’Église jusqu’en 1649." (Erreur de date? Le Trebnik du métropolite Pierre Moghila date de 1646...)

"Une pratique et une théologie qui la justifie" n'a en fait rien de surprenant dans la doctrine orthodoxe: "chez nous, le gardien de la foi {uperaspistis tis thriskias) est le corps de l'Eglise, c'est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères," écrivent les Patriarches orientaux en 1848 (5). Les évêques reconnaissent la vérité et la proclament et le peuple doit encore la "recevoir", précise le métropolite de Dickeia Kalistos (Ware) (6).

Je propose personnellement une hypothèse expliquant l'introduction de ce rite chez les Orthodoxes comme chez les Latins; elle serait la conséquence de la multiplication des images pieuses grâce à l'imprimerie. Les premières typographies du "Monde russe" sont installées à la fin du XVIe siècle (Moscou, 1550-60, Lvov/Lviv vers 1570) et on peut penser que les premières images commencèrent alors à être diffusées. Devant cette diffusion qu'elle ne contrôle pas, l'Église introduit ce rite de bénédiction comme moyen de trier ce qui est icône et ce qui ne l'est pas...C'est une hypothèse qui demande a être vérifiées et documentée.

Et pour conclure voici la première partie de la préface de mère Thècle, que même le père Stéphane juge "pas mal": "les prières /de la bénédiction/ placent clairement la vénération des icônes à
l’intérieur de toute l’activité liturgique de l’Église, afin qu’il soit établi que cette vénération forme une partie intégrante de l’orthodoxie: une confession de foi. La plénitude de la vénération rendue aux icônes, que ce soit dans la production des icônes ou dans la prière devant elles, ne peut pas être isolée de la totalité de la foi parce que, comme l’indiquent les prières de bénédiction, cette vénération puise essentiellement à la même source théologique que tout notre culte d’adoration. Il se peut qu’elle ne soit qu’un ruisseau parmi tant d’autres, mais l’eau est la même, laquelle monte de l’unique source de la seule Église." (ibid.)

Amen


(1) Le père Stéphane Bigham est prêtre au Québec. Il a soutenu son doctorat dans le domaine de l'art chrétien à l'Université de Montréal en 1989 et publié plusieurs recherches sur l'art de l'icône. Il est chargé de cours à la Faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke, en théologie orthodoxe.
(2) Euchologe (grec) ou Trebnik (russe): livre liturgique contenant tous les rites accomplis par les prêtres et les évêques, les bénédictions et offices spéciaux pour la sanctification de toute la vie, jusque dans ses aspects les plus modernes (https://www.pagesorthodoxes.net/ressources2/livres-liturgiques.htm).
(3) Pierre Moghila (1597-1647, métropolite de Kiev et de Halych de 1633 à sa mort) fut un personnalité orthodoxe de premier plan. Il rebâtit la métropole de Kiev, dévastée après l'Union de Brest (1595-1596, la majorité des évêques de la Métropole de Kiev décident de rompre avec Constantinople pour rejoindre Rome. La métropole appartenait alors à la "République des Deux Nations" /Pologne-Lituanie catholique/. Le métropolite Pierre parvint à reconstituer une hiérarchie orthodoxe) fonda à Kiev la première Académie en pays orthodoxe, combattit par ses écrits l'Uniatisme et le Protestantisme...
(4) Mother Thekla, "The blessing of Ikons", Minneapolis MN, Light and Life Publishing company, aucune date" p. 1. Fille d'un avocat, Mère Thekla (1918-2011) est née à Kilslovodsk dans le Caucase au milieu de la clameur de la Révolution russe. Peu après, ils ont déménagé en Angleterre et elle a grandi à Richmond, dans le Surrey, avant de déménager à Chelsea. Avec une autre religieuse, Mère Maria, Mère Thekla a fondé la première communauté orthodoxe en Angleterre, se déplaçant d'un monastère qu'elles avaient fondé en 1966 à Filgrave, Buckinghamshire, dans une ferme délabrée à Higher Normanby, en dehors de Whitby, en 1971. Elle y vécut jusqu’à sa mort (https://orthodoxe-ordinaire.blogspot.com/2016/05/mere-thecle-john-tavener-2.html) .
(5) http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=592#p2730
(6) Mgr Kallistos Ware "L'Orthodoxie : L'Eglise des sept Conciles", Editions du Cerf, Paris, 2002, p.325-326

18.Posté par Vladimir G: les prières de la bénédiction placent clairement la vénération des icônes à dans l’activité liturgique le 25/07/2019 12:00
Merci, bien cher Daniel, pour ce texte intéressant et détaillé. C'est une études historique érudite; on la trouve en français ici: https://www.academia.edu/38053225/B%C3%A9nir_les_ic%C3%B4nes_Conforme_%C3%A0_la_Tradition_de_l%C3%89glise_orthodoxe_oui_ou_non, et la question demande une analyse détaillée.

Le père Stéphane (1) constate effectivement que ce rite est apparu tardivement; sans remonter au 1er millénaire (l'absence de rite de consécration servit d'argument aux iconoclastes pour nier la sainteté des icônes), cette pratique n'avait certainement pas cours en Russie avant les réformes Nikonniennes (1653-1656) puisque les Vieux-Croyants n'y ont pas recours (le père Stéphane ne mentionne pas cet élément). Le rite orthodoxe de bénédiction des icônes est néanmoins écrit pour la première fois peu avant ces réformes, dans le Trebnik (2) slavon du métropolite de Kiev Pierre Moghila (1646)(3), qui suit de prés le "Rituale Romanum" (1614), qui contient aussi un rite de bénédiction, puis dans un Euchologe Grec publié en 1730. Le père Stéphane s'attarde sur les débats que l'introduction de ces prières a provoqués aux XVIII-XIXe siècles, les opposants revenant essentiellement aux arguments produits au VIII-IXe siècles contre les iconoclaste et accusant cet usage de copier les Latins... Mais cet usage devint tradition et le rite de bénédiction fait maintenant partie des Euchologes et Trebniks.

Le père Stéphane cite en particulier une petite brochure de Mère Thekla, l'une des premières moniales orthodoxes d’Angleterre (4), qui a traduit les prières de bénédiction des icônes du métropolite Pierre Moghila, en y ajoutant une petite préface intéressante mais que le père Stéphane n'apprécie pas beaucoup. Pour Mère Thekla, écrit-il, "une icône, avant les prières de bénédiction, n’est pas vraiment une icône, et elle ne le devient véritablement qu’après ces prières.. Et le père Stéphane de conclure: "il faut constater un phénomène bien bizarre: une pratique et une théologie qui la justifie, lesquelles sont très largement répandues parmi les fidèles orthodoxes et qui se trouvent "officialisées" par des offices dans les Euchologes, sont contraires à la tradition de l’Église orthodoxe telle qu’elle se trouve exprimée par le VIIe concile œcuménique de Nicée (787), ainsi que la pratique universelle de l’Église jusqu’en 1649." (Erreur de date? Le Trebnik du métropolite Pierre Moghila date de 1646...)

"Une pratique et une théologie qui la justifie" n'a en fait rien de surprenant dans la doctrine orthodoxe: "chez nous, le gardien de la foi {uperaspistis tis thriskias) est le corps de l'Eglise, c'est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères," écrivent les Patriarches orientaux en 1848 (5). Les évêques reconnaissent la vérité et la proclament et le peuple doit encore la "recevoir", précise le métropolite de Dickeia Kalistos (Ware) (6).

Je propose personnellement une hypothèse expliquant l'introduction de ce rite chez les Orthodoxes comme chez les Latins; elle serait la conséquence de la multiplication des images pieuses grâce à l'imprimerie. Les premières typographies du "Monde russe" sont installées à la fin du XVIe siècle (Moscou, 1550-60, Lvov/Lviv vers 1570) et on peut penser que les premières images commencèrent alors à être diffusées. Devant cette diffusion qu'elle ne contrôle pas, l'Église introduit ce rite de bénédiction comme moyen de trier ce qui est icône et ce qui ne l'est pas...C'est une hypothèse qui demande a être vérifiées et documentée.

Et pour conclure voici la première partie de la préface de mère Thècle, que même le père Stéphane juge "pas mal": "les prières /de la bénédiction/ placent clairement la vénération des icônes à
l’intérieur de toute l’activité liturgique de l’Église, afin qu’il soit établi que cette vénération forme une partie intégrante de l’orthodoxie: une confession de foi. La plénitude de la vénération rendue aux icônes, que ce soit dans la production des icônes ou dans la prière devant elles, ne peut pas être isolée de la totalité de la foi parce que, comme l’indiquent les prières de bénédiction, cette vénération puise essentiellement à la même source théologique que tout notre culte d’adoration. Il se peut qu’elle ne soit qu’un ruisseau parmi tant d’autres, mais l’eau est la même, laquelle monte de l’unique source de la seule Église." (ibid.)

Amen


(1) Le père Stéphane Bigham est prêtre au Québec. Il a soutenu son doctorat dans le domaine de l'art chrétien à l'Université de Montréal en 1989 et publié plusieurs recherches sur l'art de l'icône. Il est chargé de cours à la Faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke, en théologie orthodoxe.
(2) Euchologe (grec) ou Trebnik (russe): livre liturgique contenant tous les rites accomplis par les prêtres et les évêques, les bénédictions et offices spéciaux pour la sanctification de toute la vie, jusque dans ses aspects les plus modernes (https://www.pagesorthodoxes.net/ressources2/livres-liturgiques.htm).
(3) Pierre Moghila (1597-1647, métropolite de Kiev et de Halych de 1633 à sa mort) fut un personnalité orthodoxe de premier plan. Il rebâtit la métropole de Kiev, dévastée après l'Union de Brest (1595-1596, la majorité des évêques de la Métropole de Kiev décident de rompre avec Constantinople pour rejoindre Rome. La métropole appartenait alors à la "République des Deux Nations" /Pologne-Lituanie catholique/. Le métropolite Pierre parvint à reconstituer une hiérarchie orthodoxe) fonda à Kiev la première Académie en pays orthodoxe, combattit par ses écrits l'Uniatisme et le Protestantisme...
(4) Mother Thekla, "The blessing of Ikons", Minneapolis MN, Light and Life Publishing company, aucune date" p. 1. Fille d'un avocat, Mère Thekla (1918-2011) est née à Kilslovodsk dans le Caucase au milieu de la clameur de la Révolution russe. Peu après, ils ont déménagé en Angleterre et elle a grandi à Richmond, dans le Surrey, avant de déménager à Chelsea. Avec une autre religieuse, Mère Maria, Mère Thekla a fondé la première communauté orthodoxe en Angleterre, se déplaçant d'un monastère qu'elles avaient fondé en 1966 à Filgrave, Buckinghamshire, dans une ferme délabrée à Higher Normanby, en dehors de Whitby, en 1971. Elle y vécut jusqu’à sa mort (https://orthodoxe-ordinaire.blogspot.com/2016/05/mere-thecle-john-tavener-2.html) .
(5) http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=592#p2730
(6) Mgr Kallistos Ware "L'Orthodoxie : L'Eglise des sept Conciles", Editions du Cerf, Paris, 2002, p.325-326

19.Posté par Daniel le 25/07/2019 15:15
@ Vladimir

L'hypothèse de l'imprimerie est possible mais me semble douteuse sur certains plans:

- l'Empire ottoman n'avait pas d'imprimerie car les musulmans la considérèrent comme péché au début, donc toutes les impressions orthodoxes ou presaue se faisaient à Venise. Dans un tel cas, y avait-il abondance d'impression d'images pieuses

- même sans imprimerie, les icônes douteuses existaient. L'icône de Dieu le Père en vieux barbu se retrouveu dès le 13e siècle, et on ne bénissait pas les icônes

- le processus de bénédiction n'a pas empêché l'explosion d'icônes d'un goût douteux


Il y a aussi cet argument très contestable dans votre phrase:

"Une pratique et une théologie qui la justifie" n'a en fait rien de surprenant dans la doctrine orthodoxe: "chez nous, le gardien de la foi {uperaspistis tis thriskias) est le corps de l'Eglise, c'est-à-dire le peuple lui-même, qui vient préserver sa foi immuable et conforme à celle de ses Pères,"

Préserver veut dire garder immuable: Si un moment, on bénit et ensuite on ne bénit plus, il n'y a pas préservation.

L'opinion majoritaire des orthodoxes n'est pas un argument car la majorité peut se tromper ou tomber dans des erreurs de praxis, ce qui fut notamment dénoncé par les Kollyavades dont Saint Nicodème l'Hagiorithe cité dans cette étude. Saint Nicodème te les autres Kollyvades ont dénoncé des pratiques qui étaient devenues courantes et majoritaires et ont pu obtenir un retour sur certains points à la pratiques orthodoxe claissique. Cela concerne notamment:

- le fait de ne pas célébrer les pannychides le dimanche, jour e la Résurrection
- le fait de communier plus souvent
- le fait de se confesser plus souvent

Et ce ne fut pas un combat simple car ils eurent à subir une opposition farouche.

De même en Russie, avant que saint Paissy Velichkovsky ne réintroduisent la Philocale, la prière du coeur était totalement disparue ou presque, et ce à tous les niveaux.

Faut-il sanctifier des pratiques parce qu'elle sont majoritaires ?

Moralité, mes icônes ne sont pas bénies...

20.Posté par Vladimir G: "Cette image est rendue sacrée par la grâce du très-saint Esprit ..." le 26/07/2019 12:40
Il ne s'agit pas "d'opinion majoritaire", mais bien de la doctrine orthodoxe concernant la manifestation de la Vérité : gardée par le Peuple de Dieu, elle est proclamée par les évêques (Trebnik) et reçue par le Peuple qui pratique systématiquement ce rite...Vous préférer vous retrouver avec les Vieux-Croyants mais à l'écart des autres Orthodoxes... Superbe isolement?

L'idée de l'explication par le développement de l'imprimerie et juste une hypothèse personnelle basée sur une concordance de dates et la multiplication des reproductions dont la qualité laisse à désirer, mais rien ne vient la confirmer plus que cela... Je n'ai rien trouvé non plus qui rende obligatoire la bénédiction des icônes et Léonide Ouspensky, le grand iconographe de l'émigration russe et fondateur de la théologie de l'icône, avait répondu sur ce sujet que l'essentiel était que l'icône soit peinte dans les règles, mentionnant en particulier le nom du saint représenté. En revanche il rejetait toute reproduction, "les couleurs doivent être vivantes!" disait-il et toutes les icônes qu'il a produites ont toujours été bénies. La bénédiction est-elle censée garantir le respect des canons ... ou en palier par la grâce spéciale du rite célébré par un clerc ordonné? Je trouve très important, comme l'écrit mère Thècle, que "les prières /de la bénédiction/ placent clairement la vénération des icônes à l’intérieur de toute l’activité liturgique de l’Église, afin qu’il soit établi que cette vénération forme une partie intégrante de l’orthodoxie: une confession de foi."

21.Posté par Daniel le 26/07/2019 22:05
@ Vladimir

La vérité est proclamée par les conciles oecuméniques, qui est le plus haut niveau de décision. Et le 7e concile oecuménique est absolument clair sur la question. Un texte liturgique qui d'ailleurs peut être erroné est inférieur à un concile oecuménique.

D'ailleurs votre argumentation contredit la notion de vérité. Une vérité théologique est immuable. Donc si la vérité a changé à partir du 17e siècle, c'est qu'elle n'est pas une vérité...

22.Posté par Daniel le 26/07/2019 22:09
Je suis avec le 7e concile oecuménique, saint Niocodème l'Hagiorithe, saint Athanase de Paros... donc en excellente compagnie... Au passage, certains orthodoxes et prêtres orthodoxes ne bénissent pas les icônes pour cette même raison... On ne suit pas les ignorants car ils sont nombreux. Saint Nicodème l'Hagiorithe a bien expliqué la chose dans le livre en anglais "Christian Morality" (titre anglais).

Si une pratique erronnée est majoritaire, il ne faut cependant pas la suivre. En l'espèce elle est erronée car elle contredit un concile oecuménique. Or rien n'est au-dessus d'un concile oecuménique.

23.Posté par Daniel le 27/07/2019 08:46
Je suis désolé de fractionner mes messages, mais les idées viennent au fur et à mesure...

Vladimir dit : "Vous préférez vous retrouver avec les Vieux-Croyants mais à l'écart des autres Orthodoxes... "

Pas de chance pour lui car l'intégralité des sages des Vieux Croyants est acceptée par le Patriarcat de Moscou lui-même qui a des paroisses utilisant l'ancien rite...

Je me demande aussi comment font les tenants de la bénédiction obligatoire quand ils visitent des monastères avec de très vieilles icônes qui n'ont jamais été bénies. Ils ne les vénèrent pas? Ils viennent discrètement avec leur goupillon d'eau bénite?

Que répondent-ils face aux cas d'icônes en papier qui ne furent jamais bénies qui exsudent de la myrrhe?

L'euchologe de Pierre Moghila n'est qu'un des nombreux euchologes existant. Il a connu un grand succès du fait de son impression massive mais il est connu pour ses influences latines:

- formule d'absolution du prêtre en son nom directement copiée chez les catholiques (on ne la trouve ni en grec ni en géorgien)
- interrogation des fiancées lors du mariage
- bénédiction des icônes

Ce sont les cas que je connais.

24.Posté par Vladimir G: L'Orthodoxie n'est pas une connaissance intellectuelle savante le 02/08/2019 13:03
Bien cher Daniel,

1. J'ai évidemment le plus grand respect pour les Vieux-Croyants, dont mes aïeux ont été des piliers (cf. https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/LE-SCHISME-SECULAIRE-DES-VIEUX-CROYANTS-VA-T-IL-SE-RESOUDRE_a5086.html) mais il faut choisir avec qui être en communion: les Vieux-Croyant, les Vieux-ritualistes (quelques paroisses pratiquant le vieux-rite dans l'Église russe), ou le plérôme de l'Orthodoxie?

2. Vous dénaturez mes propos; vous écrivez: "Je me demande aussi comment font les tenants de la bénédiction obligatoire" alors que j'ai écrit (30): "Je n'ai rien trouvé non plus qui rende obligatoire la bénédiction des icônes" Qui sont don ces "tenants de la bénédiction obligatoire" ?

La relation des Orthodoxes aux représentations iconographiques n'est pas aussi primaire que vous semblez le croire: ils respectent généralement toute représentation (icône) du Christ, de la Vierge ou d'un saint et auront, par exemple, du mal à jeter même les reproductions les plus médiocres, même dans une revue ou un journal ou sur des objets hétéroclites (œufs de Pâques, vaisselle, bougeoirs et autres souvenirs qui pullulent spécialement en Russie...) En revanche, lorsqu'il s'agit d'une icône devant laquelle on va prier, la bénédiction conformément au rite est de règle et, bien évidement, les icônes placées dans les églises sont bénies par des rites spécifiques (https://www.pagesorthodoxes.net/eikona/icones-benediction.htm)

3. Vous avez une approche "consumériste" et "intelo-occidentale" de l'Orthodoxie ("je pense donc je suis..."): vous prenez ce qui vous convient et refusez ce qui ne vous convient pas, vous avez appris l'Orthodoxie dans les livres et pensez la connaitre mieux que ceux qui la vivent depuis leur naissance comme l'ont vécue leurs parents, les parents de leurs parents et leurs aïeux sur plusieurs siècles. "L'Orthodoxie n'est pas une connaissance intellectuelle savante, mais un mode de vie basé sur l'expérience d'un être transcendant (Dieu), avec lequel il est possible d'entretenir une relation vivante," écrit l'Archimandrite Élie (*) Et "un Chrétien orthodoxe est toujours conscient d'appartenir à une communauté" écrit le métropolite de Diocléia Kalistos, qui continue: "contrairement au protestantisme, l'Orthodoxie insiste sur la structure historique de l'Église, sur la succession apostolique, l'épiscopat et la prêtrise..." (**) Vous me semblez avoir tendance à vous en affranchir bien facilement!

(*) Archimandrite Élie "L'orthodoxie qu'est-ce que c'est ? La voie, La Vérité, La Vie"; Monastère de la Transfiguration (2014)
(**) Mgr Kallistos Ware, "L'orthodoxie. L'Eglise des sept Conciles", p.309-310


25.Posté par Tchetnik le 02/08/2019 20:14
La naissance comme les "ancêtres" n'ont jamais été une garantie de Foi en Dieu comprise, authentique, sincère et porteuse de bons fruits.
A ce compte-là, Joseph Staline serait plus "orthodoxe" que Seraphim Rose…

L'ignorance et l'exaltation n'ont jamais été considérées comme des vertus au sein de l'Eglise. Bien au contraire, elles sont considérées comme source d'illusion spirituelle. par des "Orthodoxes" ethniques ayant tendance à se formater une "orthodoxie" selon ce qui les arrange...

26.Posté par Daniel le 03/08/2019 08:02
@ Vladimir

Vous êtes plutôt celui qui prend et jette ce qui l'arrange:

- l'oecuménisme: le peuple est est globalement contre mais vous prenez

- le phylétisme: le peuple est pour et vous êtes pour car... le peuple est pour

Un peu de logique. Saint Vincent de Lérins a bien indiqué que la foi était ce qui était avait toujours été cru. Si avant le 17e siècle, on croit que les icônes n'ont pas besoin de bénédiction et si après le 17e siècle on croit le contraire, il y a un problème de taille.

Vous parlez d'orthodoxie vécue sur plusieurs siècles en ignorant délibérément les 17 premiers siècles et en ne retenant que les derniers. C'est intellectuellement douteux.

Vous auriez été de ceux qui auraient persécutés saint Nicodème l'Hagiotithe et les Kollyvades car il prônaient le retour à la communion fréquente et la fin des pannychides le dimanche. Votre argument aurait été : "depuis 3 siècles, nous ne communions plus fréquemment et faisons des pannychides le dimanche. Nos aïeux faisaient comme cela".

27.Posté par Vladimir G: L'œcuménisme divise l'Orthodoxie le 03/08/2019 14:57
À propose de l'œcuménisme, je vous rappelle mon article d'il y a sept ans: https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/L-oecumenisme-divise-l-Orthodoxie_a2353.html

28.Posté par Théophile le 03/08/2019 17:31
@ Daniel et Vladimir
Votre discussion est intéressante. Cette innovation de la bénédiction des icônes personnelles est peut-être plus liée à la multiplication des icônes dans les maisons privée qu'à l'imprimerie, ainsi qu'à la diffusion importante d'images jugées hétérodoxes.
En effet, cher Daniel, tout lieu de culte est béni de façon minutieuse. Les icônes du lieu de culte sont faites à la vue de tous.
Les icônes privées sont peut-être bénies pour qu'elle ne soient pas objet de piété purement individuelle et privée, mais rattachées à la vie de la communauté chrétienne, afin d'en vérifier la conformité à la foi orthodoxe.
C'est une autre hypothèse.
Quant aux Vieux-Croyants russes, il faut les remercier d'avoir conservé l'attachement farouche à l'icône traditionnelle orthodoxe. Sans eux, la tradition et la technique de l'icône ne serait pas parvenue jusqu'à nous de manière vivante.
Les efforts actuels du Patriarcat de Moscou à retrouver la pleine communion avec les Vieux-Croyants montrent que les Vieux-Croyants furent persécutés de façon absurde durant plusieurs siècles et que le Patriarcat a conscience que cela a au final beaucoup affaibli l'Eglise.
Restons modeste devant ces tragédies historiques...

29.Posté par Daniel le 04/08/2019 03:16
Vladimir dit "ceux qui la vivent depuis leur naissance comme l'ont vécue leurs parents, les parents de leurs parents et leurs aïeux sur plusieurs siècles"

Saint Paul répond: "de ne pas s'attacher [...] à des généalogies sans fin, qui produisent des discussions plutôt qu'elles n'avancent l'oeuvre de Dieu dans la foi." 1 Timothée 1:4


30.Posté par Vladimir G: "La véritable fidélité orthodoxe au passé doit être fidélité CRÉATRICE" Mgr Kallistos Ware le 08/08/2019 16:23
Bien cher Daniel,
Je réponds à votre remarque sur l' œcuménisme sur un fil dédié: https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/LES-DIVISIONS-ORTHODOXES-SUR-L-OECUMENISME_a4530.html?com#comments

À propos de la Tradition, le métropolite Kallistos écrit: "Les chrétiens orthodoxes d'aujourd'hui se considèrent comme les héritiers et les gardiens d'un riche héritage du passé, ... La véritable fidélité orthodoxe au passé doit être fidélité CRÉATRICE et l'Orthodoxie ne peut se satisfaire d'une stérile "théologie de répétition, d'une réitération psittacique de formules toutes faites sans essayer de les comprendre en profondeur..."*

L’émergence de ces rites de sanctification des icônes est clairement une manifestation de cette "fidélité créatrice" et j'apprécie bien votre commentaire 28, bien cher Théophile: la multiplication des icônes dans les maisons privée est effectivement concomitante à celle de l'imprimerie,mais celle-ci n'en est pas la cause unique. Il eut à l'époque une prolifération des écoles iconographiques, de qualités très variables, qui finirent par "produire" des icônes en quantité industrielle... Et votre mention de la volonté de "rattachement à la vie de la communauté chrétienne" rejoint bien l’explication de mère Thècle, que "les prières /de la bénédiction/ placent clairement la vénération des icônes à l’intérieur de toute l’activité liturgique de l’Église, afin qu’il soit établi que cette vénération forme une partie intégrante de l’orthodoxie: une confession de foi." (Cf. commentaire 18.)

* Mgr Kallistos Ware "L'Orthodoxie : L'Eglise des sept Conciles", Editions du Cerf, Paris, 2002, p. 253 et 255

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