LA SAINTE RENCONTRE
Prêtre Vladimir Zielinsky

Il y a une capacité merveilleuse propre à tous les personnages de l’Evangile : l’élévation des circonstances concrètes de la vie, d’histoires lointaines vécues par d’autres, à un moment de l’avenir qui sera vécu par chacun de nous.

Comme si le récit du Christ passait à travers chaque existence humaine et que chacune, scrutée en profondeur, nous dévoilait les mages suivant l’étoile qui les mena vers la grotte de Bethléem, ou l’annonce faite à Marie résonnant dans le message de salut apporté en secret a tout chacun par l’Ange gardien, ce message qui retentit d’inexpugnable espoir.

Le vieux juste, nommé Syméon, reçoit Jésus, âgé de quarante jours, bénit Dieu et part … vers la mort. Sa mission s’est accomplie, sa prière a recueilli toute sa vie-attente.

« Et l’Esprit Saint était sur lui », dit l’Evangile.

Après avoir conçu Jésus dans les entrailles de Marie, l’Esprit L’a amené au Temple dans les bras de sa Mère et a conduit Syméon en ce lieu de rencontre pour se manifester, pour laisser son empreinte au seuil de la mort de l’un et de la vie de l’Autre. L’Esprit « va où Il veut », mais partout où Il passe, Il y fait son habitation, temporaire ou permanente. Ses demeures construites en Evangiles sont dispersées dans les innombrables croisées des contacts et des destins scellées par l’image du Christ qui se forme en eux et par le « passage » de l’Esprit qui les a touchées. Quand nous parlons de l’Eglise invisible, je pense à ces demeures cachées où l’homme consciemment, mais aussi à son insu, vient à la rencontre de Dieu

« L’homme sort pour son ouvrage, faire son travail jusqu’au le soir » (Ps.104, 23).

Au soir avancé de la vie l’ouvrage principal de l’homme est celui du vieux Syméon : la rencontre et la mort.

Plus précisément : la mort inévitable qui passe par la rencontre sur la terre qui en annonce une autre, celle de la promesse, du jugement, de l’Amour révélé. Cette rencontre, la plus importante de notre vie, est parfois renvoyée au dernier moment. Nous ne savons pas où Dieu nous a fixé le rendez-vous le plus important. Souvent il arrive à la fin de notre vie d’ici-bas. Pour cette raison, entre autres, l’Eglise Orthodoxe n’accepte pas la « mort douce », choisie par le mourrant : c’est Dieu qui fait le choix décisif. Il faut respecter son choix et libre laisser espace à la dernière rencontre qui sur le plan humain peut être très amère.

Mais si nous n’avons pas eu de temps pour cette entrevue toute notre vie durant, pendant que Dieu nous attendait avec patience, nous devons savoir L’accueillir en ce moment, préparé Lui. Cet accueil est toujours un signe de la bénédiction divine qui ne laisse personne aux mains vides, le cœur angoissant. Il la remplit par la présence ineffable, par l’Esprit Consolateur. Finalement, « c’est en paix… Tu envoies Ton serviteur… », dit Syméon, quand la mort terrestre, notre sœur, comme dit St François, est la mort déjà bénie. C’est la mort rencontre. Car mes yeux ont vu Ton salut et le verront encore.

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 14 Février 2021 à 14:18 | 0 commentaire | Permalien



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