"La NEF"- DOSSIER : LA RÉVOLUTION RUSSE DE 1917
"1917 est l’année des révolutions russes de février et d’octobre qui ont mené les communistes au pouvoir, instituant le plus long régime totalitaire de l’histoire.
L’événement est d’importance, aussi lui avons-nous consacré notre dossier du mois. Mars marque également l’entrée en carême et pour ceux qui chercheraient une œuvre à soutenir, nous proposons un grand entretien avec Dom Jean-Charles Nault, Père Abbé de Saint-Wandrille, dont l’abbaye a besoin d’aide pour de nécessaires travaux.

Signalons enfin la question du sort des enfants morts sans baptême auquel Dom Jean Pateau, Père Abbé de Fontgombault, consacre un livre essentiel".

Christophe Geffroy
Directeur de La Nef

DOSSIER : LA RÉVOLUTION RUSSE DE 1917

La chute du tsarisme, par Michel Toda
Le rôle du Père Gapone, par Victor Loupan
La révolution d’Octobre, par l’abbé Hervé Benoît
Entre négationnisme et repentance, par Nikita Krivochéine
L’Église et la révolution, par Yves Chiron
De l’anarchisme russe, par Jacques de Guillebon


Entre négationnisme et repentance
Nikita Krivochéine

L’un des paramètres essentiels et indispensables de survie du totalitarisme est l’appropriation du passé. Le premier à l’avoir montré est le génial Orwell qui n’est jamais allé en URSS, il lui a suffi de côtoyer en Espagne les apparatchiks soviétiques pour faire cette constatation. Appropriation telle que dans le monde de 1984 il fallait remettre au facteur le quotidien de la veille pour recevoir celui du jour (disant le contraire de ce qui était dans l’exemplaire restitué).

Or, quatre générations successives ont été en ex-URSS objet d’une anti-sélection fanatique menée selon des critères, d’une part de caste (paysannerie, noblesse, clergé, marchands), de l’autre en fonction de l’évaluation du potentiel de résistance des individus annihilés. Ceux qui ont échappé à ce génocide bolchevique (les statistiques montrent que Lénine et Staline ont fait bien mieux que les nazis) ont vécu immergés du matin au soir, du jardin d’enfants à l’Académie des sciences, dans le lavage de cerveaux prodigué par « le Ministère de la vérité » (toujours Orwell).

« L’homo sovieticus », génialement autopsié par Alexandre Zinoviev dans Les hauteurs béantes, a mis les dix années qui ont précédé la perestroïka à se défaire pour être remplacé par « l’homme postsoviétique », mélange de nostalgie du « socialisme réel » brejnevien et de survie effrénée. Je ne parle pas de l’intelligentsia et, plus encore, de l’intelligentsia orthodoxe (bien que s’est récemment développé le phénomène « de l’orthodoxie stalinienne » faisant du camarade Staline un dévot secret, sauveur de l’Empire, candidat à une rapide canonisation).

L’édition est aujourd’hui entièrement libre, les réseaux sociaux abondent et il existe de nombreux sites et publications d’une grande clairvoyance et d’un niveau intellectuel enviable. La vie privée existe à nouveau.
Comment sera célébré le centenaire du putsch bolchevique (la « Grande Révolution Socialiste d’Octobre ») ?
D’abord dans un contexte de non décommunisation persistante : le mausolée de Lénine – jouxtant, immense blasphème, la cathédrale Basile le Bienheureux et les basiliques du Kremlin – est bien là, son entretien est financé par l’administration présidentielle, avec en retrait la sépulture de Staline régulièrement fleurie par les « vétérans ».

Même le haut clergé se montre plus que timoré à prendre position en ce qui concerne le devenir de « l’empaillé », comme les touristes français désignaient le locataire du mausolée. Début janvier un prélat très écouté déclarait que l’Église ne peut, certes, cautionner l’exposition au public d’un corps humain momifié mais, la paix sociale n’ayant pas de prix, l’Église ne pouvait que s’en remettre au Kremlin, à lui de définir les délais dans lesquels l’évacuation de Lénine serait envisageable.

Les symboles et les mots ayant une action forte sur notre conscient-inconscient, il suffit de consulter les plans de quelque localité que ce soit, de Moscou aux chefs-lieux de canton, pour voir que la toponymie reste profondément contaminée par le panthéon communiste. Omniprésence de places et de rues Lénine, Sverdlov (bourreau de la famille impériale), Rosalie Zalkind, commissaire de la Tcheka ayant de sa main massacré en Crimée des milliers de victimes, sans parler des noms glorifiant les stakhanovistes ou Pavlik Morozov, dont la renommée est due à ce que cet ado de 12 ans avait dénoncé son papa, fusillé séance tenante. Une grande partie de la mythologie soviétique est considérée comme intégrée au patrimoine national ; il arrive au jeune ministre de la Culture d’intervenir en personne à seule fin de défendre telle ou telle sornette.
"La NEF"- DOSSIER : LA RÉVOLUTION RUSSE DE 1917

Tout ceci coexiste avec un esprit de lucre et une soif d’enrichissement sans bornes avec maintenant des écarts de revenus de 1 à 12, sinon plus. Et se conjugue curieusement avec un taux de popularité du pouvoir de l’ordre de 85 %, nonobstant la paupérisation des deux dernières années.

Quel est le discours tenu par les dirigeants russes en ces mois de préparatifs à la commémoration du centenaire du putsch bolchevique ? SUITE

SOMMAIRE DU N°290 DE MARS 2017

Lire aussi "LA NEF" de juillet-août 2015 : L’ORTHODOXIE RUSSE

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 23 Août 2017 à 06:15 | 0 commentaire | Permalien



1.Posté par Vladimir G: Cent ans après la révolution d''''Octobre, que faire du mausolée de Lénine ? le 23/08/2017 11:39
Cent ans après la révolution d'Octobre, que faire du mausolée de Lénine ?

Alors que Moscou fête le centenaire de la Révolution, Vladimir Poutine a assuré aux communistes que Lénine resterait dans son mausolée de la Place Rouge. Des sondages montrent pourtant qu'une majorité de Russes souhaiterait qu'il soit déplacé.

Le chef du Parti communiste russe Valeri Ziouganov a déclaré le 1er août que Vladimir Poutine lui avait promis que, tant qu'il resterait président, le corps de Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, resterait dans son mausolée de la Place Rouge de Moscou.

Le locataire du Kremlin a été clair : personne ne touchera au corps du leader révolutionnaire, dont le mausolée attire chaque année des millions de visiteurs. «Tant que je serai là, il n'y aura aucune barbarie de ce genre sur la Place Rouge», a assuré le président russe au chef du parti communiste, qui a rapporté ces propos lors d'une conférence où plusieurs dirigeants de partis russes étaient réunis.

Selon Valeri Ziouganov, Vladimir Poutine a également rejeté les allégations selon lesquelles Lénine n'était pas enterré conformément aux rites orthodoxes. «En ce qui concerne la façon dont il a été enterré, le corps de Lénine repose, comme l'exige la tradition de l'Eglise chrétienne orthodoxe, à un mètre et demi au-dessous du niveau du sol», a fait savoir Vladimir Poutine au chef du parti communiste, toujours selon les dires de ce dernier.

L'héritage soviétique, un casse-tête ?

Le chef de la révolution bolchevique d'Octobre 1917, dont les communistes fêtent le centenaire cette année, a été enterré dans le mausolée de la Place Rouge à Moscou peu de temps après sa mort en 1924, bien que le tombeau de pierre actuel n'ait été érigé qu'en 1930. Durant des décennies, le mausolée et le culte de la personnalité de Lénine ont joué un rôle primordial dans l'idéologie communiste soviétique.

Plus de 25 années après la chute de l'URSS, le débat public sur l'exhumation du corps du chef de la révolution d'Octobre est plus que jamais d'actualité. Chaque année, à l'occasion de l'anniversaire de la Révolution, il est remis sur la table et divise toujours autant l'opinion. Faut-il en finir une bonne fois pour toute avec la symbolique soviétique ou, au contraire, considérer qu'elle fait partie intégrante de l'histoire du pays et que la supprimer serait une insulte à son passé, ses valeurs, sa culture ?

Le débat a commencé dès le milieu des années 1980. L'URSS était alors en pleine période de la perestroïka, système de réformes économiques et sociales mises en place par le dirigeant de l'époque, Mikhaïl Gorbatchev, qui visaient à libéraliser progressivement le système bureaucratique vieillissant. En 2017, le mausolée et le corps embaumé de Lénine sont toujours là.

Les mentalités évoluent

En avril dernier, un sondage d'Etat réalisé auprès de 1 600 personnes dans 130 villes russes révélait que près de 60% des Russes étaient favorables à ce que le corps de Lénine soit retiré du mausolée, afin d'être enterré au pied du mur du Kremlin où gisent près de 400 personnalités soviétiques, tels que des généraux, responsables politiques ou hommes et femmes ayant contribué au rayonnement de l'URSS, tels que Youri Gagarine, premier homme à s'être rendu dans l'espace.

La révolution bolchevique était un crime contre l'Etat

Par ailleurs, le 13 mars dernier, un député du parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), Ivan Soukharev, avait demandé à la Douma de se pencher sérieusement sur le cas du mausolée de Lénine, estimant qu'en cette année du centenaire de la révolution bolchevique, il était temps pour la Russie de «clore définitivement le chapitre soviétique de son Histoire et cesser de vénérer la personnalité de son fondateur».

«La révolution bolchevique était, de fait, un crime contre l'Etat», avait affirmé le député. Et de poursuivre : «Aujourd'hui, nous vivons dans un pays complètement différent, mais les personnages du passé continuent d'être exhibés au centre de la capitale. Nous nous devons une bonne fois pour toutes de mettre fin à cette contradiction, c'est à dire, exhumer les dirigeants soviétiques pour les enterrer en conformité avec le rite orthodoxe. D'autant plus que l'Eglise partage entièrement cette position.»

Position de l'Eglise et désoviétisation

Il est vrai que cela était initialement le cas. En 2013, les représentants de l'Eglise orthodoxe russe avaient suggéré que le corps de Lénine soit retiré de la place centrale de la capitale, estimant que son exhibition était démesurée et n'avait plus rien à voir avec les traditions orthodoxes que valorise aujourd'hui Moscou. Mais ces dernières années, en raison notamment de la politique de désoviétisation menée par la Pologne et le gouvernement ukrainien issu de la Révolution Maïdan, la question du devenir de l'héritage soviétique a pris une autre résonance en Russie.

Le processus de désoviétisation se transforme peu à peu en dérussification. Nous ne pouvons pas nous permettre de contribuer à ce genre d'idéologie

Dans ce contexte, le 16 mars dernier, le porte-parole principal de l'Eglise orthodoxe russe, Alexandre Chipkov, a publié une déclaration, expliquant qu'avant de déplacer le corps de la principale figure du communisme, la Russie et les pays de l'ex-URSS devaient se «désoviétiser», c'est à dire, en finir avec l'héritage soviétique et communiste, mais avait ajouté : «Or, nous constatons que chez nos voisins ukrainiens, le processus de désoviétisation se transforme peu à peu en dérussification. Nous ne pouvons pas nous permettre de contribuer à ce genre d'idéologie.»

Le responsable religieux était même allé plus loin, suggérant que le gouvernement russe devait mettre en place «un moratoire sur la guerre contre les symboles politiques en Russie», qui est selon lui «source de destruction et de désunion» du pays.

En tout état de cause, le 1er août, Vladimir Poutine semble avoir tranché : tant qu'il sera au pouvoir en Russie, Lénine ne quittera pas son tombeau exceptionnel de la Place Rouge.

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