Le découragement, l’abattement, la paresse et la léthargie spirituels
Extraits du livre de Jean-Claude Larchet "Le Starets Serge"

Le découragement, l’abattement, la paresse et la léthargie spirituels (généralement regroupés par les Pères sous le terme unique d’ « acédie » - sont des passions sur lesquelles le starets Serge insiste beaucoup, car elles guettent tout homme dans sa vie ordinaire. Mais aussi d’une manière particulière, ceux qui entendent mener une vie spirituelle approfondie et à l’écart des « divertissements » (au sens pascalien) de ce monde.

1) Nous rencontrons dans la vie courante de nombreuses sources de découragement, de tristesse et d’abattement, de dégoût.

Il existe une forme de découragement commune, liée à des désagréments qui se répètent. Pour en sortir ou l’éviter, nous devons supporter ces désagréments avec patience, en sachant « que nous sommes en ce monde pour subir des désagréments », autrement dit que cela appartient inévitablement à notre condition.

Il faut avoir conscience qu’il est impossible dans cette vie d’échapper aux tribulations, aux difficultés et aux efforts et que cela fait aussi fait partie de la croix que nous avons à porter. Cette croix, il ne faut pas la porter de manière passive, en cédant au découragement et à l’abattement. Elle ne doit pas être pour nous une source de destruction, d’anéantissement et de mort, mais au contraire une source de vie ; aussi faut-il la porter d’une manière active et vivante.

En tant que chrétien, il n’y a rien d’anormal à ce que nous éprouvions un certain malaise face à cette existence. Ce malaise peut certes revêtir une forme pathologique, liée aux passions précédentes ; mais il peut aussi revêtir une forme normale, liée à notre condition déchue, plus précisément à notre exil loin du Royaume des cieux, de la Maison du Père, que nous ressentons comme étant notre vraie patrie et dont nous éprouvons la nostalgie, tels les jeunes gens qu’évoque le psaume 137 : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions au souvenir de Sion » . Cette tristesse, voire ce mal de vivre que nous éprouvons à notre condition actuelle (et qui témoigne qu’elle n’est pas notre condition normale), fait partie de la croix que nous devons porter en ce monde, mais peut aussi avoir la fonction d’un stimulant spirituel pour nous préparer à retrouver notre vrai patrie.

Il n’ya rien d’anormal non plus, si nous sommes très engagés dans la vie spirituelle, que notre vie professionnelle soit pesante pour nous et que nous n’éprouvions aucun plaisir à en assumer les tâches. Il serait même mauvais d’éprouver du plaisir en accomplissant notre travail, car il risquerait alors de devenir une idole à laquelle nous serions portés à nous consacrer totalement, au détriment de ce qui est plus important. Il faut de plus savoir qu’en ce monde déchu ce n’est pas le plaisir mais la souffrance qui est notre lot. Nous ne devons de plaisir que dans les activités spirituelles. Il faut vivre le travail comme une épreuve, comme une ascèse. C’est comme cela que le vivent les moines qui, au monastère, sont obligés d’accomplir des travaux qui ne les intéressent pas. Il faut le voir comme un exercice qui nous est donné pour nous former à la patience et aussi pour nous rendre plus humbles : nous devons nous dire que nous ne sommes pas dignes d’exercer une activité plus intéressante.

Ce n’est donc pas un péché que d’éprouver du dégoût vis-à-vis de notre travail, à condition que cela ne nous affecte pas intérieurement et ne nous nuise pas spirituellement. Il faut le supporter comme une ascèse pénible et le vivre en Dieu par la prière. Il faut néanmoins le faire consciencieusement et faire en sorte que les autres n’aient aucunement à souffrir de notre manque d’intérêt ; cela doit alors nous inciter à nous montrer plus attentionnés vis-à-vis des autres, plus attentifs à leurs besoins, plus charitables envers eux.


Le découragement, l’abattement, la paresse et la léthargie spirituels

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 14 Septembre 2014 à 11:41 | 0 commentaire | Permalien



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