Le père Alexandre Schmemann: Le Jugement Dernier (Dimanche du Carnaval)
J'étais malade, et vous M'avez visité...

Le dimanche qui suit est appelé dimanche de Carnaval /cf. TRIODE/ parce que pendant la semaine qui le suit, un jeûne limité est prescrit par l'Église – abstention de toute viande. Il faut comprendre cette prescription à la lumière de ce qui a été dit auparavant à propos de la signification de la préparation. L'Église commence maintenant à nous "ajuster" pour le grand effort qu'elle attendra de notre part 7 jours plus tard. Elle nous introduit progressivement dans cet effort – connaissant notre fragilité, prévoyant notre faiblesse spirituelle.

La veille de ce jour (Samedi de Carnaval), l'Église nous invite à une commémoration universelle de tous ceux qui "se sont endormis dans l'espoir de la résurrection et de la vie éternelle." C'est en effet le grand jour de prière de l'Église pour ses membres défunts. Pour comprendre la signification de cette relation entre le Grand Carême et la prière pour les défunts, il faut se souvenir que le Christianisme est la religion de l'amour.

Le Christ a laissé Ses disciples non pas avec une doctrine de Salut individuel, mais avec un commandement nouveau : "aimez-vous les uns les autres", et Il avait ajouté : "C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres, que tous vous reconnaîtront pour Mes disciples" (Jn 13,34-35). Dès lors, l'amour est le fondement, la vie même de l'Église qui est, selon les paroles de saint Ignace d'Antioche, "unité de Foi et d'amour."

 Le père Alexandre Schmemann: Le Jugement Dernier (Dimanche du Carnaval)
Le péché est toujours absence d'amour, et dès lors séparation, isolement, guerre de tout contre tout.

La nouvelle vie donnée par le Christ et transmise à nous par l'Église est, en tout premier lieu, une vie de réconciliation, de "rassemblement dans l'unité de ceux qui étaient dispersés", la restauration de l'amour brisé par le péché. Mais alors comment est-ce que nous pourrions seulement entamer notre retour vers Dieu et notre réconciliation avec Lui si en nous-mêmes nous ne retournons pas à l'unique commandement nouveau, celui de l'amour? La prière pour les défunts est l'expression essentielle de l'Église en tant qu'amour.

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Nous demandons à Dieu de Se souvenir de ceux dont nous nous souvenons, et nous nous souvenons d'eux parce que nous les aimons. En priant pour eux, nous les rencontrons en Christ Qui est Amour, et qui, parce qu'Il est Amour, terrasse cette mort qui est l'ultime victoire de la séparation et de l'absence d'amour. En Christ, il n'y a plus ni vivant ni mort car tous sont vivants en Lui. Il est la Vie et la Vie est la Lumière de l'homme. Aimant le Christ, nous aimons tous ceux qui sont en Lui; aimant ceux qui sont en Lui, nous aimons le Christ : telle est la loi de l'Église, et de là découle pour elle la prière pour les défunts. C'est vraiment notre amour en Christ qui les garde vivants parce qu'il les garde "en Christ," et à quel point sont-ils dans l'erreur, désespérément dans l'erreur, tous ces Chrétiens occidentaux qui soit réduisent la prière pour les défunts à une doctrine juridique de "mérites" et de "compensation" ou simplement la rejettent comme inutile [3]. La grande Vigile pour les défunts lors du samedi de Carnaval sert de modèle pour toutes les autres commémorations des défunts et est répétée lors des 2ème, 3ème et 4ème samedis de Grand Carême.

C'est à nouveau l'amour qui constitue le thème du Dimanche de Carnaval.

La leçon de l'Évangile du jour est la parabole du Christ à propos du Jugement Dernier (Matt. 25,31-46). Lorsque le Christ sera venu pour nous juger, quels seront les critères pour Son Jugement? La parabole répond : l'amour – pas un simple souci humanitaire pour une justice abstraite et pour le "pauvre" anonyme, mais l'amour concret et personnel pour la personne humaine, pour toute personne humaine que Dieu me fait rencontrer dans ma vie. Cette distinction est importante parce que de nos jours, de plus en plus de Chrétiens ont tendance à identifier l'amour Chrétien avec les préoccupations politiques, économiques et sociales; en d'autres termes, à effectuer un glissement de la personne, unique, avec sa destinée personnelle, vers des entités anonymes telles que "classe", "race", etc. Non pas que ces préoccupations soient erronées en elles-mêmes. Il est évident que dans leurs parcours de vie personnelle, dans leurs responsabilités en tant que citoyens, professionnels, etc, les Chrétiens sont appelés à veiller, du mieux de leurs possibilités et compréhension, pour une société juste, équitable, et en général plus humaine. Assurément, tout ceci provient du Christianisme et peut être inspiré par l'amour Chrétien. Mais l'amour Chrétien en tant que tel est quelque chose de différent, et cette différence doit être comprise et maintenue si l'Église veut préserver sa mission, qui est unique, et ne pas devenir une "agence sociale" de plus, ce qu'elle n'est définitivement pas. L'amour Chrétien est "l'impossible possibilité" de voir le Christ en autrui, qui qu'il soit, et que Dieu, dans Son plan éternel et mystérieux, a décidé d'introduire dans ma vie, quand bien même seulement pour quelques instants; pour l'introduire non pas en tant qu'occasion pour une "bonne action" ou pour s'exercer à la philanthropie, mais en tant que début d'une relation éternelle avec Dieu Lui-même.

Car en effet, qu'est-ce que l'amour, si ce n'est cette mystérieuse force qui transcende ce qui est secondaire et externe chez "l'autre" – son apparence physique, son rang social, son origine ethnique, sa capacité intellectuelle – et atteint l'âme, l'unique et éminemment personnelle "racine" de l'être humain, la vraie part de Dieu en lui? Si Dieu aime tout être humain, c'est parce que Lui seul connaît l'inestimable et absolument unique trésor, "l'âme" ou "personne" qu'Il donna à tout être humain. L'amour Chrétien est dès lors la participation à cette connaissance Divine et le don de cet amour Divin. Il n'y pas d'amour "impersonnel" parce que l'amour est la merveilleuse découverte de la "personne" dans "l'homme", de ce qui est personnel et unique dans le commun et le général. C'est la découverte en chaque humain de ce qui est "aimable" en lui, de ce qui est de Dieu. Suite

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 3 Mars 2019 à 21:00 | 0 commentaire | Permalien



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