Le philosophe orthodoxe Arkady Mahler: " Une Eglise sous protection ? "
Traduction Dmitriy Garmonov

Est-il dangereux que l’Eglise soit considérée comme une Eglise d’Etat ? Au début du XXIe siècle, cette question a été posée lors d’une conférence au métropolite Antoine de Souroge. Aujourd’hui , le philosophe orthodoxe Arkady Mahler donne sa réponse à la même question.

Le métropolite Antoine de Souroge a clairement exprimé ses craintes à propos de la domination de l’Eglise par l’Etat. L’Eglise orthodoxe est en effet une entité autonome qui a sa conception du monde et qui poursuit sa mission historique. Elle n’a besoin d’aucune tutelle. Malgré la disparition de différents pays ou nations, l’Eglise orthodoxe existera toujours. Comme ce fut le cas dans tous les empires anciens et modernes à partir du Babylone jusqu’à l’URSS et les Etats-Unis, même s’ils semblent être éternels, l’Eglise ne doit donc pas se mettre en dépendance de facteurs sociaux passagers et fluctuants.
Dans la chrétienté, il n’y a qu’un point de vue qui est celui du renforcement de la communauté, conception chrétienne du rôle historique de l’Eglise en tant qu’Arche du salut universel.

Autre question : quelle conclusion pourrait en tirer ?

Tout dépend des buts que nous nous fixons : soit garder l’Eglise orthodoxe comme une subculture qui se reproduit d’une manière, pour ainsi dire, héréditaire, devenant une « ethnie » menacée, soit, selon le dernier commandement du Christ (Mt. 28,19) « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ».

Ces buts sont divergents et l’Eglise orthodoxe s’en tient au deuxième. Ainsi, quelle que soit l’attitude de l’Eglise orthodoxe envers le monde déchu qu’on ne doit pas aimer :

« N'aimez ni le monde ni ce qui est dans le monde » (2 Jn,15). L’Eglise n’a qu’un seul chemin à suivre pour convertir le monde au Christ, c’est notamment de profiter des moyens inhérents à ce monde, et l’Etat en est l’un des plus efficaces.
L’attitude du christianisme orthodoxe à l’égard de l’institution même de l’Etat a une importance clé dans toutes les discussions sur la politique chrétienne. Il est vraiment étrange que certains auteurs qui se présentent en chrétiens ignorent cette attitude comme s’ils l’ ignoraient délibérément . La parole du saint apôtre Pierre révèle cette attitude : « Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute institution humaine : soit au roi, comme souverain, soit aux gouverneurs, comme envoyés par lui pour punir ceux qui font le mal et féliciter ceux qui font le bien. Car c'est la volonté de Dieu qu'en faisant le bien vous fermiez la bouche à l'ignorance des insensés. Agissez en hommes libres, non pas en hommes qui font de la liberté un voile sur leur malice, mais en serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi. »
(1P 2 :13-17)

Dans son épître aux Romains, l’apôtre Paul s’exprime de la même manière :

« Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. En effet, les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal. Veux-tu n'avoir pas à craindre l'autorité ? Fais le bien et tu en recevras des éloges ; car elle est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal ; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le glaive : elle est un instrument de Dieu pour faire justice et châtier qui fait le mal. Aussi doit-on se soumettre non seulement par crainte du châtiment, mais par motif de conscience. N'est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts ? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent de par Dieu à cet office. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à qui l'impôt, l'impôt ; à qui les taxes, les taxes ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l'honneur, l'honneur. » (Rm 13,1-7)

Ces mots semblent justifier tout tyrannie. Mais Saint Jean Chrysostome explique qu’il ne s’agit pas de toutes les autorités, mais du principe même du pouvoir étatique établi par Dieu.

Par conséquent, le chrétien pourrait s’opposer à tel ou tel régime politique s’il le perçoit hostile par rapport au christianisme, mais en aucun cas il ne peut être l’adversaire du pouvoir étatique en tant que tel. Le fait que tous les hommes sont portés au péché et ont besoin d’un contrôle extérieur fait justifier cette attitude par les apôtres et les Pères de l’Eglise. L’Etat est le seul institut social possédant le monopole du maintien de l’ordre et il est donc la dernière frontière entre l’anarchie et la paix. Dans son commentaire de la Deuxième épître du saint apôtre Paul aux Thessaloniciens (2 Th 2 :7), saint Jean Chrysostome écrit que, l’unique force ajournant l’arrivée de l’Antéchrist est le pouvoir de Rome qui par sa force et ses lois interdit l’arbitraire. L’Etat nous protège également contre toute sorte de criminalité, d’extrémisme politique, des dangers provenant d’autres pays. Ainsi l’Eglise éprouve toujours du respect à l’égard de l’Etat et de ses lois. Le vrai chrétien doit donc soutenir l’Etat et ne peut aucunement être anarchiste.

Cette position a été exprimée dans le document du Concile local de 2000 intitulé « Les fondements de la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe » : « L’anarchie, c’est-à-dire l’absence d’organisation étatique et sociale dans les formes convenables, ainsi que l’appel à l’anarchie et les tentatives pour l’établir, sont contraires à la vision chrétienne du monde ». (III : 2, Eglise et Etat)
Le chrétien doit toujours réfléchir s’il veut participer à des mouvements visant à changer le pouvoir en place quelles seraient les conséquences de son action : il est bien probable que ces changements puissent complètement détruire l’Etat comme ce fut le cas plusieurs fois dans l’histoire à commencer par 1917 en Russie.


Le philosophe orthodoxe Arkady Mahler: " Une Eglise sous protection ? "

Le régime actuel en Russie est bienveillant envers l’Eglise orthodoxe.

Le chrétien qui néglige cette bienveillance et préfère la lutte pour une démocratie ou même une révolution rompt avec toute la tradition biblique et patristique. Là, il faut faire un choix : soit l’apôtre Paul, Pierre ou saint Jean le Chrysostome, soit Rousseau, Foucault et Popper. Le chrétien est certes en droit de lutter pour la démocratie, les droits de l’homme, mais toutes ces valeurs ne peuvent pas dépasser la force de l’ordre étatique, surtout si cet Etat est bienveillant envers l’Eglise.

On revient à la réponse du métropolite Antoine. Il dit, pour l’essentiel : « L’expérience de l’Eglise montre qu’il n’est pas avantageux d’être sous la protection de l’Etat. Par gratitude ou de nécessité, le fait d’être protégé contraint l’Eglise à prendre telle ou telle position ».
Si nous acceptons cette idée, alors il faut reconnaître que l’Eglise s’est trompé au IV siècle quand les empereurs Constantin et Théodore ont porté le christianisme au rang de religion officielle de l’Empire. Aurait-elle du refuser ?

Aux trois premiers siècles, dans des conditions de persécutions incessantes, les évêques ne pouvaient même pas se réunir pour un Concile afin d’élaborer un Symbole de foi commun. C’est à l’initiative de l’empereur Constantin que le Premier Concile œcuménique s’est réuni en 325. Il a payé tous les frais de voyage et de séjour des évêques. Tous les autres Conciles œcuméniques furent réunis de la même manière.
Outre le travail dogmatique, l’empire Romain contribuait à la mission chrétienne accomplissant ainsi le dernier commandement du Christ. En Russie également, si le prince Vladimir n’avait pas fait du christianisme une religion officielle, nous n’aurions pas pu nous considérer chrétiens. Ainsi ne pas apprécier le rôle important de l’Etat, surtout impérial, dans la mission chrétienne est, à mon avis, antihistorique.

Autrement appelée « la symphonie », cette union avec l’Etat était avantageuse pour l’Eglise lui permettait d’accomplir sa mission dans la paix.
Dans toute son histoire, l’Eglise orthodoxe n’a jamais mis sa doctrine en dépendance ou au service des autorités. Si le pouvoir se mettait à soutenir une hérésie, l’Eglise en la personne de ses meilleurs représentants réagissait immédiatement en critiquant les tyrans, même si cela provoquait des nouvelles persécutions. Chrysostome lui-même exprimait ses dissensions avec le couple impérial. Cela lui valu d’être exilé dans le Caucase. Mais cela n’est pas un argument contre l’union de l’Eglise avec l’Etat. Il ne s’agit en l’occurrence que des errements du pouvoir.

On avance souvent un autre argument : les relations « symphoniques » de l’Eglise avec l’Etat sont une caractéristique proprement orthodoxe.

Elles se développaient en Byzance et en Russie bien qu’en Occident le catholicisme et le protestantisme menaient leur mission d’une façon indépendante. Mais cette opinion est également antihistorique. En réalité, l’Eglise catholique romaine ayant transgressé plusieurs canons ecclésiaux est devenue elle-même un Etat théocratique avec son territoire, son armée et sa monnaie. L’Eglise orthodoxe ne l’a jamais fait. La propagation du catholicisme dans le monde a été rendue possible grâce au soutien dont il a bénéficié de la part des Empires espagnol et portugais entre lesquels le pape Alexandre VI a, en 1494, divisé la planète. En Europe la prépondérance du catholicisme est due à la puissance du Saint Empire Romain, des Habsbourg et du Royaume de Pologne qui se considéraient eux même comme étant le bard armé du Vatican. En France le catholicisme a résisté aux huguenots exclusivement grâce à l’Etat, auteur de la Saint Barthélemy (1572) et au siège de La Rochelle (1627).
Pour ce qui est du luthéranisme, il a vaincu en Europe du Nord exclusivement grâce au soutien des princes allemands et des rois scandinaves dont les objectifs n’étaient en rien religieux mais exclusivement de nature politique. Les calvinistes ont, pour leur part, mis en place à Genève leur propre théocratie, avec même une inquisition « maison ». On pourrait citer en exemple les innombrables les sectes protestantes qui ont envahi les Etats-Unis et qui envoient leurs prédicateurs de par le monde entier. Mais est-ce que l’Orthodoxie aurait quelque chose à envier à ces entités ? Aux Etats-Unis ainsi qu’en Angleterre où a vécu le métropolite Antoine l’orthodoxie a une position marginale comparable à celle de plusieurs entités protestantes.

L’Eglise orthodoxe considère que la mission est sa tâche première et, par conséquent, le maintien de la position dominante de l’orthodoxie sur le territoire de Russie ainsi que la bienveillance de l’Etat lui sont nécessaires. Sinon, les orthodoxes devraient accepter, selon l’expression du métropolite Antoine, le statut d’ « émigrants libres » qui signifie que la paroisse la plus proche se situe à des centaines de kilomètres, que chaque église peut devenir l’objet d’un procès judiciaire ou d’une adjudication à l’égal des autres communautés religieuses sans aucune garantie de succès. Ce sont des paroisses où les fidèles se connaissent depuis 20 ans et où il n’y aura pas de nouveaux paroissiens dans les 20 ans qui suivent. Le patriarcat de Constantinople, par exemple, est actuellement dans une situation beaucoup plus difficile : il est protégé par une enceinte de barbelés, un drapeau avec le Croissant y flotte. Cela a été rendu possible par qui la défaite de l’Empire orthodoxe par les tenants d’une autre religion. Près de cinq siècles plus tard, en 1917, un autre Empire orthodoxe, le seul qui restait dans le monde, a été détruit. Son Eglise a vécu une véritable catastrophe.

Si nous ne sommes pas prêts à devenir une institution marginale sur le territoire de notre pays, nous devons refuser l’idée du vice de la « symphonie » de l’Eglise avec la Fédération de Russie. Il est impossible de revendiquer la réprobation du régime communiste, l’interdiction des avortements, l’introduction des « Fondements de la culture orthodoxe » dans l’école, la construction de nouvelles églises et, en même temps, de mépriser cet Etat et de se rappeler des liturgies clandestines. Il faut apprécier ce moment où nous avons la possibilité de la construction de nouvelles églises sur des lieux où pourraient se situer un centre commercial ou un hôtel, bien que célébrer la liturgie clandestine soit toujours possible.

En outre, il faut jeter un coup d’œil sur la carte du monde orthodoxe pour bien valoriser cette coopération.

Depuis des centenaires, tous les patriarcats anciens se situent sur le territoire de civilisations hétérodoxes en pleine dépendance de ces Etats. En Europe, tous les Etats orthodoxes sont entre l’Orient hétérodoxe et l’Occident sécularisé. Dans une telle situation, il n’y a qu’un Etat, la Fédération de Russie, où aucune intervention de l’extérieur n’est possible dans l’avenir.
A apprécier que, dans la ville, on peut choisir librement une église parmi d’autres, parler de la portée définitive de l’orthodoxie dans son pays, participer librement dans des projets communs de l’Eglise et de l’Etat et savoir que personne ne tient à y faire une « république Kosovo ». Tout cela n’est possible que grâce à l’Etat qui reconnaît l’orthodoxie comme une de ses valeurs essentielles.

Ainsi, toutes les craintes à propos de la domination de l’Eglise par l’Etat n’ont aucun fondement. S’il existe des gens qui estiment voir les paroisses de l’Eglise orthodoxe russe comme cellules du Parti au pouvoir, cela s’explique par leur vision du monde. De même que chaque personne qui vient à l’Eglise en l’imaginant comme soit une secte totalitaire soit un Parti politique, commet une grande erreur.
En recourant à l’Etat, l’Eglise ne vise pas à construire un utopique Royaume de Dieu sur terre, mais tente de résoudre des tâches assez pragmatiques – garantir à chaque fidèle la possibilité de se sentir plus à l’aise et à déclarer sa foi. Si un recteur de paroisse estime qu’il n’a vraiment pas besoin de l’aide de l’Etat, qu’il se pose une question : pourquoi l’Etat permet-il que cette paroisse existe au lieu de transmettre ce territoire à d’autres personnes afin de l’utiliser plus « productivement » ?

Аркадий Малер: "Церковь под защитой" Православие и мир
Un livre d'Arkady Mahler " Constant le Grand"



Le philosophe orthodoxe Arkady Mahler: " Une Eglise sous protection ? "

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 29 Novembre 2012 à 18:41 | 14 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Marie Genko le 26/09/2012 23:21

Un immense MERCI à Dimitry Garmonov pour la magnifique traduction de ce texte passionnant!

Quel bonheur de lire Arkadiy Maler!
Enfin quelqu'un qui sait de quoi il parle et qui en parle avec clarté et bon sens!

Quel dommage que nos cervaux occidentaux soient si embrumés par Rousseau, Foucault et Popper, qu'ils nous empêchent de réagir aux errements de nos gouvernements occidentaux!


2.Posté par Volkoff le 27/09/2012 19:06
@Madame Genko,

Réalisme socialiste dans les relations Etat-Eglise ? Cet hymne, si j’ose dire, à la Symphonie est tempéré par de bruyants silences : l’entente cordiale Haut-Procureur du Saint Synode (ministre du culte) et les diocèses n’a-t—elle pas été idéalement harmonieuse depuis Pierre I et jusqu’en février 1917 ? A telle enseigne que l’état-civil n’était qu’ecclésial.

Lénine et Staline sont allés chez Monsieur le curé pour officialiser leur union ! Officiers et fonctionnaires étaient tenus de communier une fois par an minimum ( ?) et de produire des attestations adéquates à leurs supérieurs. Propriétés foncières, catéchisation obligatoire, etc. Nous connaissons l’ampleur de la réaction déicide et du (provisoire) triomphe athée.

Chez les Hellènes il y a encore peu l’orthodoxie était la religion officielle et il a fallu toute l’insistance du Conseil de l’Europe pour que la mention « appartenance religieuse » disparaisse des pièces d’identité. La minorité grecque catholique reste brimée. Idem qu’en Russie synodale richissimes propriétés de l’Eglise avec les malversations qui s’en suivent. La crise aidant la population amorce une puissante réaction anticléricale.

Ne serait-il pas plus simple de dire « Mon Royaume n’est pas de ce monde » et de rendre à César ce qui est censé lui appartenir ?


3.Posté par Marie Genko le 27/09/2012 20:24
@Volkoff,

Cher Monsieur,

1/ Rien n'est parfait en ce bas monde et il me semble tout à fait inutile de nous référer à la situation de l'Eglise orthodoxe russe aux XVII, XVIII et XIXèmes siècles comme si la situation était semblable aujourd'hui!
La situation de l'Eglise russe n'est en rien semblable à ce qu'elle était sous l'ancien régime.
Si vous n'avez pas lu "les fondements de la doctrine sociale de l'Eglise russe" précipitez vous pour le faire, vous changerez certainement radicalement votre point de vue.

J'ajouterai encore que le triomphe de l'athéisme en Russie n'est certainement pas une réaction contre tout ce que vous citez dans votre message!
La situation de l'Eglise était infiniment moins libre qu'elle ne l'est aujourd'hui, mais elle avait aussi sa mission et le peuple russe était véritablement orthodoxe et cathéchisé dans sa grande majorité, ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui!

Enfin, de tout temps les moines ont été des propriétaires fonciers, ce qui leur a permis de se nourrir et de venir en aide à beaucoup de démunis

Croyez-vous vraiment que les moines arpentaient leurs hectares avec un sentiment de jouissance de leurs possessions?
Je crois plutôt que, comme tout croyant qui a renoncé au monde, ils étaient, et sont jusqu'aujourd'hui, bien trop conscients d'être les éphémères dépositaires d'un bien que leur a confié le Seigneur afin qu'ils le fassent fructifier au mieux des intérets des âmes dont ils se sont chargés....

2/ C'est bien dommage que les Grecs aient cédé aux insistances du Conseil de l'Europe et aient accepté de tomber, par ce biais, dans la terrible laïcité qui étouffe à petit feu notre christianisme au sein de l'UE!

Ou est notre témoignage si nous devons cacher notre appartenance religieuse!


4.Posté par Tchetnik le 27/09/2012 20:30
Les relations Église État engendreront toujours des comportements négatifs et contraires à l'Évangile, mais ces derniers resteront marginaux. Il est nécessaire de les ramener à leur juste proportion, dans leur juste contexte.

Il ne s'agit pas de confondre ou de fusionner Église et État, mais il existe de nombreux domaines éducation, social...) où ils peuvent collaborer de manière fructueuse. L'État peut de plus assurer à l'Église et aux Chrétiens un cadre de vie qui soit paisible et tranquille, et l'Église peut aider l'État à créer une société qui sera d,avantage inspirée par les valeurs Chrétiennes.

Un tel modèle ne sera sans doute jamais parfait, mais dans l'Histoire de notre civilisation, il reste quand même bien plus producteur de fruits positifs que négatifs.

Je remarque que ceux qui sont choqués par la mention de la religion sur la carte nationale ne s'offusquent guère du poids démesuré de certaines officines philosophiques dans une vie publique et dans un pays qu'elles n'ont pourtant pas fondé ni construit, ce à la différence de l'Église, justement.

5.Posté par Daniel le 27/09/2012 22:35
@ Volkoff (message 2)

Je dois apporter une correction historique. A partir de Pierre le Grand, il n'y a plus de symphonie entre l'Eglise et l'Etat mais prise de contrôle de l'Eglise par l'Etat selon un modèle protestant, avec un procureur, parfois non orthodoxe, sorte de fonctionnaire à la tête de l'église. Vers cet époque, les seuls exemples de symphonie existant dans le monde orthodoxe se trouvent dans les états géorgiens encore indépendants...mais certainement pas en Russie.

Concernant le mariage dans la Russie tsariste, le mariage civil n'existait pas et était obligatoirement religieux selon la relion du ou des époux. Il pouvait donc être orthodoxe, catholique, juif, musulman, païen etc. Mais c'était à une époque où chacun avait une religion, a priori.

6.Posté par Mischa le 28/09/2012 12:52
@Marie Genko
Может Вас удивит, но я согласен с Volkoff по многим аспектам. Церковь не может быть в полном слиянии с властью. Она должна быть свободной и не угождать Правительству. В России, на протяжении 75 лет Церковь была угнетена и обескровлена. Сталин просто подчинил себе церковь. Если сейчас в России президент, который сам верующий и церквный ( а я кстати верю в то что Путин совершенно искрене верующий!) и Церковь нашла в его лице огромную поддержку. Слава Богу! Но представим, что завтра придёт диктатор и совершеннейший агностик...ведь такое может произойти? Что будет делать Церковь? Если она уже слилась с прежней властью, то это будет означать, что она ДОЛЖНА будет подпиниться безбожнику и тирану? Именно так было при Иване Грозном и об этом замечательно показано в фильме Павла Лунгина "Царь"

Вот что говорит сам Лунгин" Après Ivan, qui a éliminé le métropolite et les grands hiérarques, l’Église est tombée sous la tutelle de l’État. Ensuite, avec Pierre le Grand, elle est devenue une sorte de ministère de l’idéologie. Le roi étant comme à Byzance le prêtre suprême. Il n’y a que depuis deux décennies que l’Église orthodoxe est enfin indépendante et fait ses premiers pas dans la vie nouvelle… "

Почитайте его интервью ЗДЕСЬ

7.Posté par Marie Genko le 28/09/2012 15:03
Cher Misha,

Pavel Lounguin écrit bien:

"Il n’y a que depuis deux décennies que l’Église orthodoxe est enfin indépendante et fait ses premiers pas dans la vie nouvelle… "

Même Pavel Lounguin, qui vit et travaille en Russie, admet que l'Eglise orthodoxe est enfin indépendante!!!

Donc, je ne vois vraiment pas pourquoi une loi contre les outrages aux croyants et aux lieux de culte, asservirait l'Eglise???

Si jamais, à Dieu ne plaise, un tyran venait au pouvoir comme vous semblez le craindre, toutes les lois seraient caduques de toutes façons.....

La loi a cette particularité, que même si un jour elle est abrogée, il est possible de la citer en référence!

Enfin, ce type de loi n'est mis en place que pour protéger les lieux de culte du vandalisme et empêcher les journalistes de se moquer du sacré et des croyances d'autrui.

Cela me semble une excellente chose pour protéger l'ordre public et assurer la tranquillité des citoyens.

Avec toute mon amitié Marie

8.Posté par Dimitri Garmonov le 29/09/2012 11:16
Hier, le 28 septembre, le patriarche Cyrille a prononcé une conférence à l'université de Moscou notamment sur ce thème - les relations entre l'Eglise et l'Etat. La position exprimée par le patriarche, j'estime, peut être interprétée comme la position officielle de l'Eglise russe. Dans ce texte magnifique, il a répété "Les fondements de la conception sociale" et les bases de la pensée chrétienne sur l'attitude de l'Eglise à l'égard de l'Etat. Je le conseille à tous (toutes) ceux (celles) qui ne l'ont pas lu encore.

Dimitri

9.Posté par Marie Genko le 29/09/2012 22:19

Merci beaucoup pour cette conférence de Sa Sainteté le Patriarche Cyrille.
La pensée du Patriarche est comme toujours lumineuse et accessible à tous.
Tout ce texte, ou au moins certains passages, mériteraient vraiment d'être traduits sur ce forum!

Je suis désolée de ne pas avoir la disponilbilté pour le faire actuellement...

10.Posté par Vladimir le 30/09/2012 22:24
http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Le-philosophe-orthodoxe-Arkadiy-Maler-Une-Eglise-sous-protection_a2669.html?com#com_3287738

On ne peut évidement contester la compétence et l'érudition d'Arkadiy Maler, mais sa présentation historique des relations entre l'Eglise orthodoxe et le pouvoir me semble exagérément simplificatrice et unilatérale; son analyse de la situation actuelle ne voit que la Russie et, surtout, elle passe sous silence un phénomène qui me parait essentiellement important: pour la première fois depuis Constantin l'Eglise orthodoxe est indépendante du pouvoir. Que faire dans cette situation inédite?

UNE EGLISE SOUMISE PENDANT 1500 ANS

A partir du 1er concile, décidé comme le rappelle Arkadiy Maler par l'empereur Constantin, et durant toute la période byzantine, l'Eglise était de fait totalement soumise à l'empereur: il convoque les conciles, comme l'écrit Arkadiy Maler, et y impose souvent ses décisions, nomme et dépose les patriarches, contrôle et confirme l'élection des évêques. "Malheur à qui essayait de se soustraire à ce contrôle" écrit le byzantiniste Amédée Gasquet (1) "L'empereur voyait dans de semblables initiatives un acte de rébellion. Zénon (2) condamna à mort un certain Moggus qui s'était laissé porter au siège d'Alexandrie sans demander l'approbation impériale".

Après la conquête turque la convocation des conciles revient au patriarche de Constantinople, mais lui-même était totalement soumis au pouvoir turc: "L'Eglise devint une institution civile, en même temps que religieuse… La structure ecclésiastique fut prise dans son ensemble comme instrument d'administration séculière… la haute administration de l'Eglise fut entrainée dans un système dégradant de corruption et de simonie…" Le patriarche devait payer sa charge et exigeait des honoraires des évêques qu'il instituait, eux-mêmes pris dans les questions politiques, les ambitions et les cupidités… (3).

De la même façon en Russie l'Eglise est soumise au pouvoir. Je n'ai pas d'information précise sur la période kiévienne, où le patriarche de Constantinople joue certainement un rôle, mais dès que le siège métropolitain passe à Vladimir (1299) puis à Moscou, c'est le Grand prince qui décide. Ainsi le prince Vassili III destitue le métropolite Isidore qui avait adhéré à l’union de Florence au nom de l’Église russe (1441), le saint métropolite Philippe tenta de s'opposer à Ivan le terrible mais fut déposé et exécuté (1473), le tsar Alexis I convoqua les concile de 1660 et 1666 et déposa le patriarche Nikon, etc. Pour finir Pierre le Grand supprima le patriarcat (1721) et le remplaça par un Saint-Synode avec à sa tête le "haut-procureur", laïc nommé par l'empereur, l'Église se trouvant sous la tutelle du ministre des cultes. Le patriarcat fut rétabli par le Concile local de 1917 pour retomber sous le joug bolchévique jusqu'en 1991...

L'EGLISE LIBEREE

Ce n'est qu'a partir du XIXe siècle que les premières Eglises se libérèrent: ce fut d'abord l'Eglise de Grèce qui participa activement à la libération du pays et devint effectivement autocéphale et indépendante (1830), même si le clergé est rémunéré par l'état. Il en fut progressivement de même pour les Eglises slaves des Balkans et l'Eglise d'Albanie… jusqu'à ce qu'elles tombent sous le joug communiste à l'issue de la deuxième guerre mondiale. Les Eglises de la diaspora, apparues au XXe siècle, sont effectivement restées indépendante du pouvoir local et gardèrent pour la plupart leur indépendance par rapport au pouvoir communiste dans leurs pays d'origine.

Particularités: l'Eglise de Chypre resta longtemps un cas particulier avec son statut d'ethnarchie hérité de l'empire turc. Les patriarcats du Moyen Orient, Constantinople en tête, restent totalement soumis aux pouvoirs musulmans en place…

L'Eglise russe et les autres Eglises soumises aux communistes devinrent réellement indépendantes en 1990-91 et la construction de cette indépendance, ainsi que les relations avec le pouvoir, sont certainement l'un des défis majeurs qu'elles doivent maintenant relever. Le problème ne se pose pas uniquement en Russie et, si « Les fondements de la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe » sont certainement un apport intéressant, il me semble qu'il faudrait les confronter aux réflexions des autres Eglises pour élaborer une doctrine panorthodoxe sur ce thème.


(1) "De l'autorité impériale en matière religieuse à Byzance". Paris 1879 p.187 http://www.archive.org/stream/delautoritimpri00gasqgoog#page/n197/mode/2up
(2) L'empereur Zénon a régné de 474 à 491.
(3) In Mgr Kalistos Ware "L'Orthodoxie, l'Église des sept conciles". P. 118


11.Posté par Michel le 29/11/2012 22:23
Je viens de commencer à lire les premières lignes et au 2ème paragrphe, je lis : "Le métropolite Antoine de Souroge a clairement exprimé ses craintes à propos de la domination de l’Eglise par l’Etat."

Et moi qui pensais, sûrement naïvement, que c'était l'inverse : qu'une Eglise étant Eglise d'Etat fait que c'est l'Etat qui se soumet à l'Eglise...
Remarquez, il me semble me souvenir que des tsars demandaient une bénédiction épiscopale avant leurs grandes oeuvres...

12.Posté par Daniel le 30/11/2012 18:14
@ Michel

Enfin, Pierre le Grand je pense, a supprimé le Patriarcat et s'est inspiré du modèle suédois avec un fonctionnaire, parfois non orthodoxe, présidant le synode. Catherine II a été défavorable au monachisme (y eut-il des destructions de monastères?) Sous les Romanov, il y a bien eu une perte de liberté de l'église en comparaison avec sa situation précédente, ce fut pire avec la révolution.

13.Posté par Vladimir le 30/11/2012 18:46
Le manifeste de Catherine II du 8 mars/26 février 1764 sécularise de nombreux biens d’Église: fermeture de 252 couvents sur 413 et transfère à l’État de un million de paysans appartenant à l’Église. Il assigne aussi à chaque fonction ou office un traitement, d'ailleurs très minime, pour les grades inférieurs; en même temps, la couronne prit à sa charge les invalides et les séminaires.

Notons que Pierre le Grand avait introduit le pluralisme religieux en 1702 en autorisant les cultes catholique et protestant.

14.Posté par Philippe le 03/12/2012 23:06
Remarquable article qui tranche avec la langue de bois habituelle sur ce sujet. Il faut du courage aujourd'hui pour revenir en toute sérénité à l'enseignement constant de l'Église " toute autorité vient de Dieu". Il faut reconnaitre que tout avait été faussé à la fin du XVIIIe siècle et au début de XIXe: le catéchisme de Napoléon faisait apprendre aux petits français que " l'autorité de Napoléon vient de Dieu". Beau retournement de l'enseignement de l'Église qui fait penser à la formule,affichée dans les camps soviétiques " que celui qui ne travaille pas ne mange pas..."
En revanche, les propos de l'auteur sur l'histoire de France montrent plutôt son ignorance sur le sujet. Les Protestants avaient gagné la guerre et c'est sous la pression du peuple qu'Henri IV s'est converti au catholicisme, répudiant ainsi l'iconoclasme qu'il professait jusque là. De même la 'symphonie' a été mise en oeuvre de façon admirable en France lors du baptême de Clovis et pendant l'ère mérovingienne.
Ces remarques n'enlèvent rien à l'intérêt de cet article, qui oblige à un effort de pensée sur ce sujet crucial. N'oublions pas que de toute façon la verite chrétienne réside toujours dans une tension entre deux extrêmes humainement incompatibles, mais divinement reconcillés (le Christ vrai homme ET vrai Dieu, nous sommes du monde ET pas de ce monde, etc etc)

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