Les Trois Hiérarques ou Trois Saints Docteurs
Commémoration le 30 janvier/ 12 février + PHOTOS

Les Trois Hiérarques sont Basile le Grand (329-379), Grégoire de Nazianze (329-390), Jean Chrysostome (349-407)

Nés en Cappadoce, (la Turquie actuelle), ils sont entrés dans l’histoire sous le nom des «Trois Saints Hiérarques». De pieux savants au 12ème siècle, se disputant pour savoir lequel des trois était le plus grand, on eut recours au saint et docte évêque Jean, métropolite des Euchaïtes, pour résoudre la question. Celui-ci pria et, la nuit suivante, au cours d’une vision des trois saints, ceux-ci lui enjoignirent d’arrêter la dispute : « Nous sommes égaux devant Dieu, il n’y a pas de dispute entre nous ! ». Pour leur fête commune, Jean choisit le 30 janvier. Qui sont ces trois saints hiérarques ?

Saint Basile le Grand

Il naquit en 329 à Césarée, capitale de la Cappadoce. Frère de Sainte Macrine, celle-ci lui fera des remontrances à propos de sa vie mondaine à Césarée, Constantinople et Athènes où, pendant ses études, il se lie d’amitié avec Grégoire de Nazianze. Il s’établit à Annesi avec Grégoire pour mener une vie cénobitique. Dans sa grande règle, il énonce : « Dieu veut que nous ayons besoin les uns des autres ». Après son ordination comme évêque, il s’engage dans la lutte contre l’Arianisme qui s’attaquait aux relations des personnes de la Sainte Trinité (1). Il y trouve l’essence même de la foi chrétienne. Dans sa prédication, il met en lumière les grands thèmes sociaux de l’égalité foncière des hommes, de la dignité de la condition humaine, de la légitimité mais aussi des limites de la propriété. Sa doctrine est équilibrée, mais condamne la passion de posséder : « Posséder plus que nécessaire, c’est frustrer les pauvres, c’est voler ».

Pendant la famine de 368, il vend ses terres et inaugure le quartier épiscopal de la charité appelé la Basiliade. Tout cela lui valut pas mal d’opposition. Affrontant un jour le délégué de l’empereur Valens qui s’indignait de son franc parler, il lui répliqua : Tu n’as sans doute jamais rencontré d’évêque. Voilà, un petit échantillon de sa personnalité.

Saint Grégoire de Nazianze ˝le Théologien˝.

Son père était évêque lorsqu’il naquit à Nazianze en 329 ou 330. Sa mère, Nonna, était très chrétienne. Il étudia jusqu’à l’âge de trente ans dans toutes les capitales des lettres et de la pensée. En 361, il fut ordonné prêtre par son vieux père évêque pour le seconder. Effrayé par sa charge, il s’enfuit chez Basile, qui, devenu évêque, créa un nouvel évêché à Sasines et y nomma Grégoire, ordonné évêque malgré lui. Prêtre contre son gré, le voici également évêque contre son gré.

Après la mort de l’empereur Valens, Constantinople (378) est aux mains des Ariens. Mais l'empereur Théodose enjoint de suivre la foi de Nicée et installe Saint Grégoire comme unique évêque de Constantinople (novembre 380). Il sera ensuite investi de la présidence au deuxième Concile Œcuménique (Constantinople I, 381). Devant les intrigues ecclésiastiques, il se retire en 381, mais continue de diriger l’Eglise de Nazianze. Son retrait sera définitif en 383, mais jusqu’à sa mort, en 390, il s’empresse à répondre à tous les appels.

Il écrivit beaucoup de discours, sur la Trinité, ce qui lui valut le nom de Théologien. Le théologien est celui qui proclame la divinité d’un être. Avec clarté et sérénité, il proclama la divinité du Père, du Fils et de l’Esprit: "Il faut honorer en silence la génération de Dieu". (Disc. 29, 8). Selon lui, les enfants qui, le jour des Rameaux, acclament la divinité du Christ, sont théologiens. Sa théologie témoigne de sa contemplation, issue du silence, qui s’exprime surtout en louange et par des hymnes. Il peut être bon de signaler qu’il fut également le défenseur des droits de la femme : Il peut arriver que la femme ait à faire l’éducation de son mari (Lettre à Olympias).

En guise de conclusion nous pouvons dire que Grégoire était théologien de la divinisation, amant de la Sainte Trinité et mystique.
Les Trois Hiérarques ou Trois Saints Docteurs

Saint Jean Chrysostome

Né vers 349 à Antioche, il fut éduqué par sa mère restée veuve à 20 ans. Il assista aux cours du plus célèbre des professeurs : Libanius. Il s’enfuit au désert pour ne pas être ordonné avec son ami Basile. Sa santé ne résista pas à une vie d’ascèse trop dure aussi il revint. Ordonné diacre, puis prêtre, sa mission consistait en la prédication de la parole, il lui arrivait de prêcher pendant deux heures. On l’appela « chrysostome » c.-à-d. « bouche d’or ». Il dénonçait tous les excès politiques, économiques et religieux. Quant aux belles parures des femmes, il fulminait disant qu’à cause d’elles des milliers de pauvres avaient faim. Lors de la mort de l’évêque de Constantinople, l’empereur Arcadius imposa Jean pour lui succéder, à l’encontre de l’évêque d’Alexandrie Théophile, qui vit son candidat évincé. Jean ne tarda pas à dénoncer les désordres de la cour et de l’église. Objet de violentes oppositions, il finit par être envoyé en exil, puis rappelé par l’impératrice qui attribua sa fausse couche à cette mise à l’écart. Les intrigues reprirent. L’impératrice, comparée par Jean à Hérodiade, voulut en finir une bonne fois pour toutes avec lui, soutenue par les évêques opposés à Jean, elle lui interdit d’exercer sa fonction épiscopale et l’envoya en exil à l’extrémité orientale de la Mer Noire de façon à ce qu’il ne puisse plus en revenir. La troupe impériale fut sans pitié pour lui et il mourut d’épuisement en route, à Comane, le 14 septembre 407, en disant : « Gloire à Dieu pour tout ».

Jean était avant tout un pasteur, un homme pratique qui voulait appliquer sa connaissance à tous. Il était un familier de la pensée de Saint Paul. Il développa une théologie de la sainte Trinité à la portée de tous. Au sujet plus concret du mariage, après l’avoir déprécié, il en fit l’éloge en des paroles admirables (1).

Les trois hiérarques eurent ceci en commun: leur lutte contre l’Arianisme, qui les obligea à développer une théologie claire du Mystère de la Sainte Trinité. Ils appuyèrent de tout leurs poids de pasteurs une doctrine sociale en faveur des pauvres, donnant eux-mêmes l’exemple. Tout en critiquant sévèrement les excès des puissants, ils manifestèrent une grande tendresse à l’égard des petites gens du peuple.

V.Golovanow
D'après Archiprêtre Michel Seliniotakis


Notes du rédacteur:

Les Trois Hiérarques sont Docteurs de l'Église pour l'Église romaine mais seul Saint Grégoire le Théologien (ne pas confondre avec le Pape Saint Grégoire le Grand, 540-604) fait partie des quatre Pères de l'Église d'Occident, avec saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme.
(1) L'arianisme (de Arius, 256-336, théologien et ascète à l'origine de cette doctrine) défend la position selon laquelle la divinité du Très-Haut est supérieure à celle de son fils fait homme. L'arianisme est condamné aux conciles de Nicée I (325) et Constantinople II (553).
(2) ICI
Les Trois Hiérarques ou Trois Saints Docteurs

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 12 Février 2018 à 20:36 | 6 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Daniel le 12/02/2017 09:38
Peut-etre serait-il bon d'appeler les saint en qustion par leur appellation orthodoxe, à savoir saint Grégoire le Théologien.Le titre de théologien est donné à peu de personnes saintes, alors autant le leur conserver. On pourrait de surcroît indiquer que Saint Gréroire le Théologien est connu sous le nom de saint Grégoire de Naziance en occident, et qu'il est aussi le fils d'un autre saint Grégroire, lui de Naziance, car le père et le fils ont occupé la même chaire épiscopale.

2.Posté par Vladimir G: Saint Grégoire de Nazianze ˝le Théologien˝. le 12/02/2017 11:36
Saint Grégoire de Nazianze ˝le Théologien˝ me semble donc le titre le plus approprié puisqu'il s'agit bien d'un évêque de Naziance et qu'il faut le différencier de son père qui porte le même titre...

Saint Grégoire ˝le Théologien˝ de Nazianze me semblerait clairement moins heureux!

3.Posté par justine le 12/02/2017 18:19
St Grégoire le Théologien n'a jamais été évêque de Naziance. C'est son père qui le fut, et St Grégoire lui- même ne faisait qu'aider son père agé et malade dans ses taches épiscopales, et après le décès du père, St Grégoire assuma pour une période, jusqu'à élection d'un nouvel évêque; la charge de lieu-tenant (locum tenens) de Naziance, ce qui évidemment est tout à fait autre chose que d'être l'évêque du lieu. C'est donc à tort qu'on le nomme en Occident "Grégoire de Naziance". Son titre épiscopal correct est "Archévêque de Constantinople".

4.Posté par Daniel le 13/02/2017 07:31
@ Justine

Merci pour l'indication... Je l'ignorais.

5.Posté par Noël Ruffieux le 13/02/2017 11:12
Noël Ruffieux, Grégoire le fugueur de Dieu
Article publié dans l’hebdomadaire de Genève ECHO MAGAZINE le 4 avril 2013

«Prélats, que Dieu a rassemblés ici pour prendre des décisions qui lui soient agréables, chers amis, vous ne touchez point au but, vous vous en écartez par des discours longs et superflus. Il est temps de mettre un terme à cette agitation. Ayons pitié de ceux qui ont été si malheureusement divisés, de ceux qui le sont encore ou qui le seront demain.»
C’est la fin du printemps 381 à Constantinople. Cent-cinquante évêques sont réunis pour ce qui sera reconnu comme 2e Concile œcuménique. Depuis peu évêque de la ville impériale, Grégoire fustige les factions, les luttes et les ambitions personnelles qui agitent l’assemblée. L’enjeu ? Sans doute la doctrine théologique, mais aussi le pouvoir dans l’Eglise. «Jusqu’à quand nos divisions feront-elles de nous la risée du public ? On dirait que toute votre science se résume à l’art de la guerre !»
Grégoire déplore l’incapacité des évêques à dépasser les intérêts particuliers pour témoigner de l’unité de l’Eglise. «Animés, irrités les uns contre les autres, accusés accusateurs, cherchant partout des partisans, usurpateurs des places de leurs collègues, avides de pouvoir et d’autorité, ils déchirent l’univers entier.»

Si l’on cherche des pamphlets contre l’ambition, le carriérisme, les procédés tortueux dans la gouvernance de l’Eglise, on en trouvera peu d’aussi lucides et violents que le récit que donne De sa vie Grégoire de Nazianze. «Prélats courtisans, ils étudient les rudiments de la religion au moment qu’on les fait évêques ; maîtres hier, élèves aujourd’hui, ils initient les autres pour être initiés eux-mêmes ; faits pour servir de modèles au peuple, ils ne lui donnent que l’exemple de leurs vices, sans en rougir.»
Au concile de 381, le conflit entre l’Orient et l’Occident, Constantinople et Rome, sous-tendu par la division politique de l’Empire, torpille les débats conciliaires. Les arguments volent bas : «L’Orient est supérieur à l’Occident, disent les uns, puisque Jésus y est né. Oui, rétorquent les autres, mais c’est l’Orient qui l’a tué !»
Ose-t-on dire que Grégoire en a ras-le-bol ? Un jour, devant l’assemblée médusée, il annonce : «Je ne demande point d’autre grâce que la liberté de quitter mon siège, et de passer le reste de mes jours dans mon désert, sans gloire ni péril. Je fus installé malgré moi sur ce siège, je le quitte de mon plein gré.»
Grégoire abandonne sa charge alors que la barque de l’Eglise est chahutée. Prend-il la fuite ? On peut le dire, puisqu’il le dit lui-même : «Je prends la fuite… Semblable à l’oiseau, je suis toujours prêt à m’envoler.»

Une première fois : son père Grégoire, vieil évêque de Nazianze, imagine que son fils pourrait lui succéder et l’ordonne à la prêtrise. «Le taureau piqué par un taon ne fuit pas plus vite. Je gagnai le Pont…» A Césarée, il cherche refuge auprès de son vieil et intime ami, Basile, évêque de la ville. Vient l’épreuve qu’il ne pouvait prévoir : Basile l’installe «de force» sur le trône épiscopal d’un «petit bourg traversé de trois chemins, où tout n’est que poussière et bruits de chariots, où l’on ne voit que voyageurs et vagabonds : telle est Sasimes, telle est mon église !» A Basile, avec qui il ne faisait «qu’une seule âme», Grégoire peut-il pardonner sa «trahison» ? «Nous étions hier des lions ; pour moi, je ne suis plus aujourd’hui qu’un singe ridicule.»

«Où fuir ? où se retirer ? Je ne parus point dans l’église qu’on m’avait donnée, je n’y offris point le sacrifice ni ne présidai la prière du peuple. Je m’enfuis à Séleucie.» Grégoire est atteint d’un mal incurable, une maladie rare : l’épiscopophobie. «Je respectais le trône épiscopal, mais de loin», dit-il joliment.
Alors pourquoi, en 379, se risquer à Constantinople où l’hérésie d’Arius fait tant de ravages que les chrétiens fidèles à la foi de Nicée n’ont qu’une petite église dans une maison privée, l’Anastasia, église de la Résurrection. «J’y vins, non pas de mon plein gré, mais entraîné comme par force pour défendre la vérité. Cette assemblée de prélats m'installa dans la chaire épiscopale sans écouter mes gémissements et mes cris.» Les mois passés dans la capitale, où Grégoire subit insultes, trahisons, attentats, mériteraient un autre récit. On connaît la conclusion. Le peuple l’a compris. Lorsque dans l’Anastasia il annonce aux fidèles son départ, quelqu’un lance un cri qui le «fait frémir» : «O mon père, si tu pars, la Trinité part avec toi !»
Grâce à ses lettres, poèmes et homélies, aux cinq Discours sur Dieu, la Trinité n’a pas quitté Constantinople ni l’Eglise et le 2e Concile œcuménique put se terminer heureusement. Etrange qu’un tel fugueur soit devenu dans le calendrier de l’Eglise Grégoire le Confesseur, Docteur de l’Eglise, Grégoire le Théologien, partageant ce dernier titre avec le seul Jean l’Apôtre. L’essentiel n’est pas d’être évêque, pape ou patriarche, mais de témoigner de la vérité envers et contre beaucoup.
N.B. Les citations sont tirées du poème autobiographique de Grégoire de Nazianze, Sur sa vie.

6.Posté par Nikolas le 14/02/2017 18:59
@ Daniel

Il suffit de lire le synaxaire le 25 janvier par exemple ici
http://calendrier.egliseorthodoxe.com/sts/stsjanvier/janv25.html

7.Posté par Petit Curieux le 18/02/2017 14:24
sans oublier le troisième : Saint Syméon le Nouveau Théologien.

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