Les relations entre le Saint patriarche Tikhon et le patriarcat de Constantinople
Nos lecteurs seront surpris d’apprendre que Constantinople a collaboré avec le régime soviétique dès son instauration, quitte à sacrifier le saint patriarche Tikhon. Les relations entre les deux patriarcats sont jusqu’à présent restées difficiles.

Le patriarche Meletios IV est le premier à avoir pratiqué la politique destructrice inhérente au Phanar. Un mois après son sacre, le 1 mars 1922 , il a abrogé le Tomos accordé aux paroisses grecques des Etats-Unis. Il a ainsi rétabli pour ces paroisses la juridiction de Constantinople. Cette décision a été désapprouvée par l’Eglise de Grèce. Ces dissensions persistent jusqu’à aujourd’hui.

En mars 1922 Meletios IV élabore, sans se concerter avec qui que ce soit, un autre Tomos « Sur le droit de Constantinople de superviser directement et de gérer l’ensemble des paroisses orthodoxes d’Eurоpe, d’Amérique, etc. En 1923 un autre Tomos annonce que le diocèse de Revel relevant de l’Eglise orthodoxe russe appartient désormais à sa juridiction sous le nom de Métropole orthodoxe d’Estonie. Un troisième Tomos annonce la création de l’Eglise orthodoxe de Finlande relevant du patriarcat de Constantinople.

***
Par Dimitri Safonov

Le patriarche Tikhon a dû, en juin 1924, faire face à des dangers suscités par la politique du patriarcat de Constantinople.

Le patriarche de Constantinople est traditionnellement considéré comme étant le primus inter pares. Il n’en découle cependant pas qu’il dispose de droits particuliers en ce qui concerne les Eglises orthodoxes locales. Au début des années 1920 la politique conduite par les patriarches de Constantinople a changé du tout au tout s’écartant de plus en plus de la tradition orthodoxe. [

Les relations entre le Saint patriarche Tikhon et le patriarcat de Constantinople
Cela s’est manifesté d’une manière évidente sous le règne du patriarche Meletios IV (Metaxakis), 1921-1924. Son objectif était d’introduire des changements radicaux, similaires à ceux que préconisaient les « rénovationnistes » en Russie soviétique dans la vie de l’Eglise.. Meletios IV s’ingérait d’une manière brutale dans la juridiction du patriarcat de Moscou. En violation des canons il octroya l’autocéphalie à des parties constituantes de l’Eglise russe se situant en Finlande, en Pologne et en Estonie.

En mai-juillet 1923 le patriarche Meletios a réuni à Constantinople son « Concile panorthodoxe ». A peine une dizaine de personnes y assistaient. Aucune d’entre eux ne représentait d’une manière officielle quelque patriarcat que ce soit. « Le Concile » introduisit le calendrier grégorien et abrogea le calendrier julien. Il y fut décidé d’amender le calendrier pascal établi d’une manière immuable par une décision du Premier Concile œcuménique. Les clercs se virent autorisé à arborer une coupe de cheveux, le port obligatoire de la soutane passa aux oubliettes, les mariages non canoniques autorisés ainsi que le deuxième mariage des prêtres. Le « Concile » a par ces décisions enfreint l’ordre et l’unité qui prévalaient au sein des Eglises autocéphales.

Le renforcement en Russie de l’église rénovationniste dite « vivante » a grandement contribué au succès de la politique conduite par Meletios. Les réformes modernistes des rénovationnistes étaient similaires à tout ce que préconisait Meletios. Lorsqu’il devint patriarche d’Alexandrie (1926) le synode de « l’église vivante » écrivit à Meletios : « Notre saint synode vous adresse ses vœux les plus sincères et se souvient avec reconnaissance du soutien moral que Votre Béatitude nous a accordé lorsque vous étiez patriarche de Constantinople nous reconnaissant en tant que seul et unique organe dirigeant légitime de l’Eglise orthodoxe russe ». Les successeurs de Meletios, Grégoire VII et Constantin VI, restèrent en communion avec « l’église vivante » Grégoire VII alla jusqu’à appeler le patriarche Tikhon à abdiquer.

Ce patriarche insistait auprès des archevêques russes Anastase et Alexandre séjournant alors à Constantinople pour qu’ils cessent d’intervenir contre le pouvoir des soviets en Russie et de commémorer le patriarche Tikhon. Il les exhortait à reconnaître la légitimité du pouvoir bolchevik. N’ayant pas été suivi il ordonna une enquête, puis interdit les deux archevêques a divinis. Grégoire VII s’adressa au patriarche Dimitri de Serbie le priant d’interdire le Synode des évêques russes à Sremski Karlovici. Il se heurta à un refus du patriarche serbe.

Les relations entre le Saint patriarche Tikhon et le patriarcat de Constantinople
Photo: Alexandre Ivanovitch Vvedenski /russe : Александр Иванович Введенский/ /Vitebsk, 30 août 1889 Moscou, 26 juillet 1946/ était un leader religieux orthodoxe et l un des principaux artisans de l Église vivante et du courant rénovationiste

En été 1924 le synode rénovationniste dit « Evdokimov » soutenu par la GPU faisait courir la rumeur que le patriarche de Constantinople avait démis le patriarche Tikhon et l’avait même interdit a divinis (Izvestia, N° 124, 1 juin 1924).

La GPU souhaitait faire valoir le prestige dont bénéficiait le patriarche de Constantinople pour renforcer les rénovationnistes et en faire le foyer de l’église russe. Et, en même temps, persuader le patriarche Tikhon de se retirer. La police politique mettait en œuvre tous ses moyens pour que ce soient précisément les rénovationnistes qui apparaissent être l’église légitime aux yeux du patriarche de Constantinople.

Il convient cependant de rappeler que le patriarche de Constantinople, certes premier dans les dyptiques, ne dispose d’aucun pouvoir sur le patriarche de Russie. La 2e Règle du II Concile œcuménique interdit aux évêques de s’ingérer dans la vie des autres diocèses. Quoi qu’il en soit la GPU, de concert avec les rénovationnistes, comptait se servir du patriarche de Constantinople pour se débarrasser du patriarche Tikhon.

Le 17 avril 1924 le synode du patriarcat de Constantinople décida d’envoyer une mission en Russie afin qu’elle y étudie la situation de l’Eglise. Il découlait du texte de la décision que Constantinople considérait « l’église vivante » comme seule légitime. La GPU soutenait au sein de l’église son agent, le prêtre Krasnitzky et, en même temps s’efforçait de discréditer le patriarche Tikhon.

La commission du patriarcat de Constantinople fut installée le 30 avril. Le 6 mai 1924 Grégoire VII intervenant à une réunion du synode appela le patriarche Tikhon à renoncer à ses fonctions et à ne plus gouverner l’Eglise russe. Le Synode chargea la commission « de s’appuyer dans son travail sur les tendances au sein de l’église qui sont fidèles au gouvernement de l’URSS », c’est-à-dire sur les rénovationnistes. Le Synode de Constantinople se prononça en même temps pour l’abrogation du patriarcat en Russie.

Cependant, les Eglises orthodoxes locales n’accordèrent pas toutes leur soutien aux rénovationnistes. Une délégation du patriarcat de Jérusalem se rendit en Russie en février 1924. Elle était conduite par Constantin Grigoriardi qui se fit une idée objective de la situation en Russie soviétique et qui se prononça sans réserve en faveur du patriarche Tikhon, légitimement élu. Il condamne le rénovationnisme en tant que tel.

Les documents cités sont conservés dans les archives d’Emelian Yaroslavsky (Mineï Goubelman de son vrai nom), président de la commission antireligieuse du Comité Central. Le pouvoir soviétique œuvrait à renforcer le prestige des rénovationnistes aux yeux de l’opinion mondiale et voulait faire croire qu’ils bénéficiaient du soutien de l’orthodoxie universelle.

Le 6 juin 1924 Basile Dimopoulo, représentant du patriarcat de Constantinople en URSS, fit parvenir au patriarche Tikhon des extraits du procès-verbal de la réunion du synode de Constantinople. Ce texte appelait le patriarche Tikhon à renoncer à ses fonctions. Le 18 juin, comme il s’en suit des messages des métropolites Pierre et Séra phin, le patriarche Tikhon adresse une lettre à Grégoire VII. Il y souligne la non canonicité de l’ingérence du patriarcat de Constantinople dans la vie de l’Eglise russe. Il est dit dans cette lettre : «Le peuple n’est pas avec les schismatiques mais avec son patriarche orthodoxe légitime. Le renoncement au patriarcat ne ferait que le jeu des rénovationnistes schismatiques ».

Après la réception de cette lettre Grégoire VII rompt tout contact avec le saint patriarche Tikhon et ne communique qu’avec les rénovationnistes. Sous l’influence des représentants des soviets à l’étranger d’autres patriarches orientaux suivent l’exemple donné par Grégoire VII. Les soviets réussissent donc à isoler du monde extérieur l’Eglise russe canonique ce qui représente une menace pour l’orthodoxie universelle. Le patriarcat de Constantinople projette la tenue en 1925 d’un Concile panorthodoxe. Ce devait être une assemblée rénovationniste illégitime. Le 10 juin 1924 une assemblée préconciliaire rénovationniste se réunit à Moscou et décide d’abroger le patriarcat en tant que tel. Un compte-rendu consacré à cette assemblée est établi par le pouvoir. Il y est dit : « 156 popes, 83 évêques, 84 laïcs ont pris part à cette assemblée. 126 agents secrets de la GPU ont été missionnés pour prendre part à l’assemblée » C’est-à-dire près de 40% des participants.

Traduction Nikita Krivochéine
Lien Pravoslavie.ru

Les relations entre le Saint patriarche Tikhon et le patriarcat de Constantinople

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 22 Novembre 2018 à 10:05 | 21 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Laurence Guillon le 07/10/2018 14:52
Le patriarche Bartholomée sacrifiera de même le lumineux métropolite Onuphre, ses fidèles fervents et courageux. Le métropolite est placé sur liste noire ainsi que ses principaux hiérarques. Le patriarche sait forcément ce qui se passe vraiment, qui sont vraiment les personnalités en jeu, et les enjeux de cette histoire. Il sait ce qu'il fait et je le tiens pour responsable des futurs martyrs, avec ceux qui le soutiennent. Je suis heureuse d'être désormais en Russie et de ne pas avoir à entendre commémorer un tel homme.

2.Posté par Irénée le 07/10/2018 17:07
Il me semble que nous sommes un certain nombre à avoir ce matin prié "Pour la paix du monde entier, la stabilité des saintes Eglises de Dieu et l'union de tous".
Cette prière liturgique transparait bien peu dans l'article ci dessus et dans le commentaire de Laurence Guillon.
Cette volonté manifeste de jeter de l'huile sur le feu est dévastatrice et choquante.

3.Posté par Laurence Guillon le 07/10/2018 20:04
C'est pourtant la vérité, si elle vous choque tant pis. Je n'ai aucune envie de jeter de l'huile sur le feu, la patriarche Bartholomée s'en est déjà chargé, j'aurais du mal à faire mieux dans le genre. Pour ce qui est de la paix, votre aveuglement ne fera rien pour la ramener.

4.Posté par NB le 07/10/2018 22:01
@ Irènee - Une Vérité qui dérange???

5.Posté par Vladimir.G: attitude irénique le 07/10/2018 22:03
Je partage assez votre position, bien cher Irénée; elle est tout à fait adaptée à votre pseudo.

J'espère seulement qu'elle n'est pas à sens unique et que vous dénoncez de la même façon certains articles qui paraissent, par exemple, sur orthodoxie.com ou risu.org.ua.

Il est bien difficile de ne pas prendre parti dans une crise aussi violente et le Christ Lui même dit «Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui ne rassemble pas avec moi disperse» (Mt 12:30) ...
07/10/2018 22:08
PS: Dimitri Safonov est docteur en histoire et docteur en théologie, professeur à l'académie de théologie de Moscou et au séminaire de la Sainte Rencontre (Moscou)

6.Posté par Vladimir.G: basses polémiques et diffamation le 07/10/2018 23:20
PPS: ce n'est pas la vérité qui dérange, mais les basses polémiques entres frères. Une phrase comme "Le patriarche Meletios IV est le premier à avoir pratiqué la politique destructrice inhérente au Phanar" n'est pas de l'information mais de la diffamation...

7.Posté par Guillaume le 08/10/2018 11:19
Ce n'est malheureusement pas une découverte et 'actuel patriarche est dans les pas de son prédécesseur. .

8.Posté par Михаил le 08/10/2018 12:38 (depuis mobile)
Force est de constaterl que les récentes décisions de Constantinople (ma juridiction !) sont destructrices. Ce sont elles qui mettent le feu aux saintes huilles...

9.Posté par Guillaume le 08/10/2018 14:12
Aventurisme stanbouliote.

10.Posté par Affeninsel le 08/10/2018 22:53
Sans que cela préjuge de la question à l'époque et encore moins de la question ukrainienne aujourd'hui : peut-on s'arrêter un instant sur l'expression que je trouve dans cet article : "des parties constituantes de l’Eglise russe se situant en Finlande, en Pologne et en Estonie" ?

Peut-on savoir comment une église qui a reçu l'autocéphalie pour un territoire donné peut établir des "parties consituantes" en dehors de ces territoires ?

Cette expansion qui s'est faite au mépris des règles établies par l'Eglise orthodoxe est tout de même surprenante, et bat en brèche l'axiome sur lequel repose cet article, à savoir l'idée que l'ecclésiologie orthodoxe aurait été parfaitement respectée pendant deux millénaires avant Mélétios IV. Les actes de plusieurs patriarches œcuméniques au XXe siècle ont été et restent déplorables : c'est un fait.

Seulement, il y aurait beaucoup à dire pour montrer que ces dérives ne sont pas apparues d'elles-mêmes, mais qu'elles sont plutôt le résultat de dérives précédentes, qui se firent jour tout au long de l'histoire de l'orthodoxie, notamment au cours du IIe millénaire. Le "synode résidant" de Constantinople, qui n'était au départ qu'une institution informelle, a pris une place démesurée durant la décadence byzantine ; au lieu d'être envoyé aux oubliettes de l'histoire, il a été repris, amplifié et inscrit dans le marbre pour l'église façonnée par Pierre Ier de Russie dans sa criminelle entreprise d'occidentalisation de la Russie. Cette confusion mortifère entre l'Eglise et l'état est notamment à l'origine de ces "expansions territoriales" dont les canons ne font mention nulle part, et qui permet à des églises territoriales de s'étendre librement sans aucune concertation ni considération missionnaire.

Ces problèmes n'ont jamais empêché la sainte Eglise orthodoxe de fonctionner et de poursuivre sa tâche de sanctification de l'humanité toute entière (témoin la mission de saint Germain d'Alaska, un grand saint pour notre temps) : néanmoins, déviation après déviation, nous en sommes arrivés à un point où l'ecclésiologie pure et sainte que les apôtres nous ont livrée est presque entièrement dissimulée sous des couches de vernis historique qui ont peu ou rien à voir avec les canons.

Ce devrait, ce me semble, être la mission principale que se fixeraient nos hiérarques contemporains : clarifier ce qui est et ce qui doit être dans la pratique ecclésiale, notamment en rapport avec la question territoriale (mais pas seulement) qui a à voir avec la vision anthropologique que doit avoir l'Eglise, à la suite des enseignements du Christ. Il est dommage que chacun préfère s'accrocher à toute force à des privilèges et des pratiques rentrées par la force des choses dans les habitudes, au lieu de remettre tout à plat pour ne poursuivre que la volonté de Dieu.

11.Posté par Tchetnik le 09/10/2018 08:04
Le soutien claire et net de Cple envers l'"église vivante" reste pourtant très emblématique.

12.Posté par Vladimir.G: faire des Églises "nationales" au mépris de la règle canonique de la territorialité le 09/10/2018 09:52
La diatribe d'Affeninsel (10) est vraiment étrange tant la réponse est évidente: la juridiction du patriarche de Moscou s'étendait à "toute la Russie", comme le dit d'ailleurs son titre officiel; le territoire de la Russie s'étendant, ce sont les membres de cette Église qui ont naturellement porté l'Orthodoxie dans de nouveaux territoires, et ce à partir du Xe siècle pour les territoires mentionnés. C'est donc évidement cette l'Église qui y fondait paroisses et diocèses qui se retrouvèrent à l'étranger du fait du découpage politique des frontières. Les exigences d'en faire des Églises "nationales", au mépris de la règle canonique de la territorialité, furent alors soutenues par Constantinople, déjà soucieux d'affaiblir l'Église russe, au lieu d'être qualifiées de "phylétisme"... Et cela continu de nos jours!

13.Posté par Marie Genko le 09/10/2018 11:16
Lorsque l'évangélisation est faite sur un territoire donné par des moines russes par exemple comme cela a été le cas aux USA ou en Chine, cela explique que les convertis à l'Orthodoxie de ces territoires se veuillent fidèles au patriarcat de Russie au moins dans un premier temps.

Que des considérations politiques ou nationales poussent les générations suivantes, vivant sur ces territoires à rester fidèles, ou au contraire à s'émanciper, mérite effectivement que l'Eglise orthodoxe toute entière se penche sur ce problème.

L'exemple de l'OCA est apparemment resté mal accepté par Constantinople.

En définitive, en ces temps modernes si perturbés, nous en revenons toujours au même problème:

UN CONCILE TENU POUR REDEFINIR LES PREROGATIVES DE CONSTANTINOPLE SERAIT SALUTAIRE POUR TOUTE L'ORTHODOXIE.

14.Posté par Affeninsel le 09/10/2018 18:40
La réponse n'est évidente qu'à vos yeux, Vladimir, car vous oubliez commodément que l'association automatique que vous faites entre "entité politique" et "ensemble de métropoles unies autour d'un primat" n'est strictement rien d'évident.
Le mot "ethnè", dans Mathieu 28, désigne "les nations" au sens de peuple, et l'on sait qu'un peuple est uni autour de sa langue, comme le kondakion de la Pentecôte le rappelle. Lorsque le tomos d'autocéphalie est donné à une église locale pour unir un peuple autour d'un primat, c'est le territoire de ce peuple qui est concerné, PAS CELUI DES AUTRES. Le "droit" d'établir en-dehors de son propre territoire des diocèses rattachés à sa propre juridiction est donc inexistant. Surtout quand, en fait de "porter l'orthodoxie dans de nouveaux territoires", il s'est bien plus agi d'exporter sa juridiction sur des personnes quittant leur pays, sans le moindre souci missionnaire dans la plupart des cas (saint Germain d'Alaska est une exception, et se fit le défenseur des Aléoutes soumis par les colons russes qui les maltraitaient). Ou encore de suivre l'état dans ses conquêtes des territoires voisins (mais il est vrai, comme le disait le patriarche Cyrille récemment, que la Russie n'a jamais combattu pour s'accaparer des terres), ce qui est à l'opposé du devoir des chrétiens, qui ne doivent entretenir une armée que pour se défendre, et tout faire pour garantir la concorde entre tous.

Le saut logique que vous faites entre "le territoire de l'église du peuple russe" et "le territoire attaché à l'entité politique nommée Russie" n'est pas justifié, il relève du syllogisme. Ce syllogisme n'est pas anodin, il est la partie émergée d'une confusion nationaliste qui infecte l'ecclésiologie de trop nombreux fidèles et hiérarques du monde orthodoxe contemporain. L'évidence que vous voyez dans votre raisonnement, sachez-le, est précisément l'un des problèmes qui grèvent les relations panorthodoxes. Je souhaite de tout cœur que ce modèle égoïste et totalement empreint de l'esprit de domination ne profite pas de la crise ukrainienne pour triompher.

Voilà pourquoi, comme le dit Marie Genko, il est aujourd'hui plus que jamais nécessaire qu'un concile permette avec clarté de trancher sur ces questions que tant de choses obscurcissent. Et, il faut le noter, la tentative d'organiser un concile en Crête allait dans ce sens. Les quelques problèmes qui restaient dans les travaux préparatoires ont été saisis par certains comme prétexte pour ne pas s'y rendre, c'est absolument déplorable et indigne de la mission d'unité que le Christ nous a donnée.

15.Posté par Marie Genko le 09/10/2018 22:22
Il me semble que nous ne devons pas mélanger deux aspects différents des problèmes actuels.

Vladimir parle de l'empire russe éclaté, et Affeninsel semble plutôt faire référence aux problèmes des Orthodoxes en dehors des territoires traditionnellement orthodoxes.

Si ma mémoire ne m'induit pas en erreur, il n'y a pas si longtemps, il y a eu des réunions à Chambésy en Suisse, où des évêques se sont réunis pour préparer le concile de Crête et débattre des questions touchant à la diaspora.

Les conclusions ont été la création d'assemblées épiscopales orthodoxes dans chaque pays en dehors des territoires canoniques orthodoxes. Ces assemblées épiscopales ont accepté que chaque évêque de chaque juridiction reporte à son Eglise. Ils ont accepté aussi que ces assemblées soient toujours présidées par un évêque représentant Constantinople.

Les travaux préparatoires du Concile n'ont pas pu être menés à terme car un consensus n'a pas pu être trouvé sur certaines questions.
Dans ces conditions, il était évident que le Concile ne pourrait pas réunir la totalité des patriarcats.
Et il aurait certainement été sage de repousser la date de ce concile en Crête afin d'assurer la réunion de la totalité des représentants du monde orthodoxe.

Mais dans la situation présente, nous sommes face à la menace d'un schisme à cause de la Tradition bien ancrée dans le conscient des Orthodoxes qu'aucun patriarche n'a le droit de s'immiscer dans les affaires d'un autre patriarcat.

Pourtant le Patriarche de Constantinople semble convaincu qu'il a le droit, et le devoir, de prendre des décisions sur les territoires du Patriarcat de Moscou situés en Ukraine.

Cette situation est extrêmement grave dans la mesure où elle crée un précédent dans la vie de l'Eglise orthodoxe.

Voilà pourquoi, je pense comme Affeninsel, que ces questions devraient être examinées par tous les patriarches orthodoxes.
Et c'est à l'unanimité des Patriarcats orthodoxes que les attributions du Patriarche de Constantinople devraient être examinées et approuvées.

Que nos prières quotidiennes s'élèvent vers le Seigneur et lui demandent de nous emplir tous, tous c'est à dire chaque fidèle, chaque moine et chaque évêque, de l'esprit d'humilité et de repentir.

L'Orthodoxie a su préserver la Lumière de la Foi, le respect du Sacré dans ses églises, que Dieu nous prenne en pitié afin que nous ne soyons pas un objet de scandale et de contre témoignage.

16.Posté par Daniel le 10/10/2018 09:40
Il y a un côté papiste:

"Voilà pourquoi, je pense comme Affeninsel, que ces questions devraient être examinées par tous les patriarches orthodoxes. Et c'est à l'unanimité des Patriarcats orthodoxes que les attributions du Patriarche de Constantinople devraient être examinées et approuvées."

Les autres évêques ne sont pas mentionnés, belle illustration de la dérive papiste de l'orthodoxie où les patriarches sont des petits papes.

17.Posté par Vladimir.G: un mauvais procès qui ne fait pas avancer le débat le 10/10/2018 13:38
Ce "Il y a un côté papiste" (16) dénature le propos de Marie. S'il est évident qu'un débat entre les patriarches est un préalable incontournable, Marie précise ensuite que ce sont tous les PATRIARCATS qui doivent se prononcer unanimement et fait référence au texte d'Affeninsel, qui parle d'un concile. En précisant "TOUS les patriarches orthodoxes" et "À L'UNANIMITÉ des Patriarcats orthodoxes", Marie fait évidement référence au fiasco du concile de Crête de 2016.

Ce n'est pas faire avancer le débat que de s'accrocher aux détails au lieu de chercher le fond!

18.Posté par Marie Genko le 10/10/2018 14:30
Merci Vladimir.

19.Posté par Affeninsel le 11/10/2018 00:28
Pourtant, Vladimir, Daniel souligne le vrai problème. Au fond, ce n'est pas ce que Marie Genko dit qui importe, mais la réalité que ce qu'elle dit décrit : pour le concile de Crête, il avait été décidé que les évêques voteraient par blocs autour de leur patriarche. Autant dire que dans l'église actuelle, l'évêque comme image du Christ et comme canal de la grâce et bouche de la Sagesse, tout cela a disparu au profit de l'évêque comme député godillot d'un patriarche.

La structure ecclésiale, à peu près partout, reflète cette réalité, en subordonnant totalement l'évêque à son primat qui est une extension de l'état temporel, et en le menaçant d'être déplacé dans un diocèse pourri, voire relégué au monastère, s'il ne suit pas la ligne en vigueur. C'est ce qui se passe, notamment en Russie, comme le dit cet article que j'ai déjà mentionné sur ce blog ( http://gefter.ru/archive/25351 ).

Que vous le vouliez ou non, c'est ce que je dis depuis mon premier commentaire, l'ecclésiologie de l'Eglise est gravement malade. Le règlement de cette crise ne me semble pas prendre le chemin d'une résolution en profondeur. Vous me citez mal, Marie, en disant que vous êtes d'accord avec moi pour dire que les patriarches devraient s'en occuper ensemble. Ce n'est pas en continuant de régler les questions entre champions d'écuries nationales hargneuses que l'on avancera. C'est en faisant venir chaque évêque, et en lui donnant la parole comme représentant (au sens ecclésial et non diplomatique du terme) du plérôme de l'Eglise récapitulée en lieu donné, que l'on peut espérer instaurer une conciliarité réelle. Combattre le papisme de l'un par le papisme de l'autre est vain.

20.Posté par Marie Genko le 11/10/2018 09:46
@Affeninsel,

Merci d'attirer mon attention sur un côté de notre organisation ecclésiale qui m'a échappé jusqu'à présent.
Lorsque vous écrivez :

"Ce n'est pas en continuant de régler les questions entre champions d'écuries nationales hargneuses que l'on avancera."

Je ne peux pas être d'accord avec vous.
Pour moi les patriarches orthodoxes sont tout d'abord des hommes consacrés au Seigneur.
Des hommes de prière d'une hauteur d'esprit au-dessus de celle des simples mortels.
Même s'il entre dans leur fonction de faire respecter le territoire canonique, qui est sous leur responsabilité, ils ne sont certainement pas des papes, certains d'être investis de l'Infaillibilité !

Par contre lorsque vous écrivez:

"C'est en faisant venir chaque évêque, et en lui donnant la parole comme représentant (au sens ecclésial et non diplomatique du terme) du plérôme de l'Eglise récapitulée en lieu donné, que l'on peut espérer instaurer une conciliarité réelle."

Là je suis tout à fait d'accord avec vous.
Je trouve que votre approche, tout à fait juste, permettrait de faire entendre la voix du peuple orthodoxe par celle des évêques.
Amicalement Marie

21.Posté par Hai Lin (Montevideo) le 11/10/2018 10:23
Dear Affeninsel,
Dear and respected Mme Genko,
Dear and respected Monsieur Golovanow,

I am saddened by all of the essentially useless debate concerning the Ukraine situation, in both this forum and other forums on this site.

Try as we must and try as we may, as Shakespeare wrote, the situation is beyond our control and beyond the control of most.

Our energies would be better spent helping the poor of this world, the orphans of this world, the homeless, the needy, the downtrodden and the unfortunate.

For each of your consideration I am enclosing in a certified Russian translation from the Book of Prayer of the Catholic Church of Russia the Serenity Prayer of the great St. Francis of Asisi. While I admit that it is not Orthodox, it nonetheless contains a very poignant message.

With my best wishes to all of you,

Hai Lin

Боже, даруй нам милость: принимать с безмятежностью
то, что не может быть изменено,
Мужество — изменять то,
что до́лжно,
И Мудрость — отличать
одно от другого.
Проживая каждый день с полной отдачей;
Радуясь каждому мгновению;
Принимая трудности как путь, ведущий к покою,
Принимая, подобно тому как Иисус принимал,
Этот греховный мир таким, каков он есть,
А не таким, каким я хотел бы его видеть,
Веря, что Ты устроишь всё наилучшим образом,
Если я препоручу себя Твоей воле:
Так я смогу приобрести, в разумных пределах, счастье в сей жизни,
И превосходящее счастье с Тобою на вечные веки — в жизни грядущей.
Аминь.

22.Posté par Théophile le 11/10/2018 11:40
@ Affeninsel et Marie
Les temps s'annoncent difficiles pour les fidèles... avec pénitence fixer nos yeux sur le Seigneur - seul Sauveur, et demander l'intercession de la Sainte Mère de Dieu.
Et surtout rendre grâces à Dieu pour tout.

23.Posté par Marie Genko le 11/10/2018 21:09
Dear HaiLin, Cher Théophile

You are perfectly right. Our words are useless.

May the Lord hear all the Ukrainian people's prayers and may He save them from being thrown out of their churches and their monasteries.. .

24.Posté par Affeninsel le 12/10/2018 01:16
Le problème, Marie, c'est que vous délimitez le papisme à la question de l'infaillibilité... Que je sache, lorsque Moscou dénonce le papisme de Constantinople, ce n'est pas pour des raisons de prétention à l'infaillibilité, mais pour des enfreintes à l'ordre établi entre les territoires. Ici, c'est la même chose, et de manière beaucoup plus claire : au sein des églises autocéphales, les patriarches se conçoivent comme le centre dont dépendent les autres évêques, à divers degrés. Cela, c'est du papisme, et cela peut souvent aller très loin (notamment avec le déplacement imposé à des évêques qui ne "plaisent" pas. Il faut détruire jusqu'à ses fondements ce système anticanonique et revenir aux bases saines de l'ecclésiologie orthodoxe.
Une très grande partie de nos minables problèmes de juridictions sera réglée.

25.Posté par Guillaume le 12/10/2018 09:09
Ca y est l'irréparable vient d'être commis par Constantinople. Ces hommes en répondront devant la justice divine. Prions la Toute Sainte Vierge, la Mère de Dieu, qu'elle intercède pour la protection du Métropolite Onuphre, du clergé et des fidèles de l'Eglise Orthodoxe d'Ukraine.

26.Posté par Marie Genko le 13/10/2018 10:35
Cher Affeninsel,

Hai Lin, Théophile et Guillaume ont raison.
L'heure n'est plus aux discussions stériles des pécheurs que nous sommes.
L'heure est à la Prière.
Devant le gouffre de misères et de persécutions qui s'annoncent pour le malheureux clergé ukrainien, fidèle à ses racines et à sa Tradition, nous ne pouvons qu'implorer le Seigneur.

Amicalement Marie

27.Posté par Laurence Guillon le 25/11/2018 12:25
En somme, c'est une sale manie, à Constantinople, que de jouer les judas et de venir poignarder dans le dos les saints hommes persécutés. Kiev est dans la droite ligne trotskiste derrière le folklore néonazi, ses soutiens occidentaux de même, et Constantinople continue sur sa lancée. Au fond, tout cela n'était pas terminé, le même sabbat se poursuit sous d'autres oripeaux.

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