Le 5 février 2015

Lettre ouverte à Son Éminence l’Archevêque Job de Telmessos Exarque des Églises orthodoxes russes
en Europe occidentale et aux Membres du Conseil de l’Archevêché 12, rue Daru 75 008 Paris
Copie au Secrétariat Général du
Saint Synode Patriarcal de Constantinople

« Chaque personne a le droit d’avoir ses opinions et de les exprimer (…) chaque opinion, chaque expression de l’opinion, pour autant que nous essayons de nous écouter les uns les autres et, d’autre part, que nous recherchons ensemble un consensus, chaque opinion n’est autre chose que l’enrichissement du corps du Christ. La pluralité des charismes dans l’Église enrichit le corps ecclésial. Autour du Christ, autour de l’autel, nous gardons donc la sérénité. Et je crois que, si nous avons la bonne volonté, si chacun a la bonne volonté de collaborer l’un avec l’autre, nous pouvons nous entendre et faire beaucoup de choses, en maintenant un esprit évangélique et non pas un esprit mondain, un esprit de parti ou un esprit de clivage. »

Extrait du discours de présentation de l’archimandrite Job (Getcha), peu avant les « élections » à l’Assemblée diocésaine du 1er novembre 2013

Éminence,
Révérends Pères,
Frères et Sœurs,


Le 23 janvier 2015, un « Communiqué du 22 janvier 2015 » a été posté sur le site internet officiel de l’Archevêché des Églises Orthodoxes Russes en Europe Occidentale, faisant état de plusieurs décisions de l’Archevêque Job de Telmessos, Exarque du Patriarche Œcuménique.

Ces derniers mois, d’autres communiqués du même ordre relataient des décisions, d’apparence neutre, du nouvel Archevêque. En fait, sous couvert d’actes exécutifs de l’Administration diocésaine, se cachent parfois des sanctions. Double peine : sanctions injustifiées pour leurs destinataires et non-reconnaissance de leur statut de victimes.

En effet, dans un communiqué du 2e trimestre 2014 de l’Administration diocésaine (non daté), on lit que « Son Éminence l’Archevêque Job de Telmessos a libéré l’Archimandrite Johannes (Johansen) de sa fonction de Doyen de Scandinavie à compter du 1er mai 2014 ».

L’Archimandrite Johannes (Johansen), doyen depuis de très nombreuses années, a appris cette "libération" à la lecture du communiqué. Ayant reçu quelques semaines plus tard un décret archiépiscopal pièce jointe 1 qui ne lui fournissait aucune explication, le P. Johannes a écrit une lettre à l’Archevêque Job pour lui demander les raisons de cette décision pièce jointe 2

Quelques mois après, c’est à la paroisse Saint-Serge de Paris qu’est apparue une autre sanction cachée sous les traits d’une décision administrative. À la fin de la liturgie du 18 juillet 2014, fête paroissiale de Saint-Serge de Radonège, l’Archevêque Job, depuis l’ambon, a annoncé aux fidèles que leur « prêtre préféré », selon ses mots, était relevé de sa fonction de recteur et que lui-même se chargerait du rectorat de la paroisse désormais, transgressant ainsi l’article 48 des statuts de l’Archevêché. Ni l’Archiprêtre Vladislav Trembovelski, ni la communauté paroissiale n’avaient eu connaissance de cette décision auparavant. Le choc a été grand. Les protestations, que les paroissiens ont aussitôt exprimées à l'Archevêque, n’ont pas suffi à l'émouvoir. Il faut noter que, ce même jour, un paroissien de l’église Saint-Serge a été ordonné diacre et affecté à la paroisse, sans que cela n’ait fait l’objet d’aucune concertation. La communauté paroissiale a donc été mise, là encore, devant le fait accompli.

Au début du mois d’octobre 2014, ce fut au tour de la paroisse Saint-Nicolas de Toulouse de subir une nouvelle « décision » de l’Archevêque. Un jeune prêtre, le P. Alexis (Milyutin), ordonné depuis quelques semaines seulement, était nommé aux côtés du recteur en titre, le hiéromoine Serge (Pescay), depuis 20 ans prêtre de la paroisse de Toulouse. Les initiatives prises par ce jeune prêtre ont amené le P. Serge (Pescay) à demander son congé canonique pour quitter l’Archevêché. Aujourd’hui, selon des membres du Conseil paroissial, la communauté est proche de l’implosion. La décision de l’Archevêque Job, là aussi, n’avait que l’apparence d’une décision administrative.

Enfin, le 22 janvier 2015, une sanction grave est prononcée à l’encontre du Protopresbytre Jean Gueit, Recteur des paroisses de Nice, Marseille, Toulon et Saint-Raphaël, ainsi que Doyen du Sud-Est de la France depuis de longues années. En effet, le texte du communiqué dit : "Le Protopresbytre Jean Gueit est libéré de sa responsabilité de Recteur des paroisses Saint-Nicolas-Sainte-Alexandra à Nice, de la Résurrection à Toulon et du Saint-Archange-Raphaël à Saint-Raphaël, ainsi que de Doyen du Sud-Est. Il demeure Recteur de la paroisse Saint-Hermogène à Marseille." C’est par un appel téléphonique d'un paroissien que le P. Jean Gueit a appris cette décision, qui n’a fait, encore une fois, l’objet d’aucune concertation ni avec lui, ni avec les communautés paroissiales concernées.

Le samedi 24 janvier 2015, les membres élus du Conseil paroissial de Nice, à l’unanimité, ont signé une lettre à l’Archevêque Job pièce jointe 3.1 et 3.2 dans laquelle ils expriment leur consternation devant cette décision concernant la paroisse et son avenir.

Le dimanche 25 janvier 2015, un grand nombre de paroissiens de Nice, plus de 100, ont signé une lettre collective appelant l’Archevêque Job à surseoir à sa décision et à réintégrer le P. Jean Gueit dans ses fonctions pièce jointe 4

Le 30 janvier, le P. Jean Gueit a reçu une lettre recommandée (AR) de l’Archevêque Job qui formule l’interdiction suivante : le P. Jean Gueit ne peut plus célébrer la liturgie ailleurs que dans l’unique paroisse dont il a encore la charge, Marseille, sauf sur accord explicite de l’Archevêque.

Beaucoup de fidèles partagent la consternation des paroissiens de Nice, qui savent combien la sagesse et l’expérience pastorale du P. Jean Gueit ont été déterminantes pour maintenir l’unité de la communauté niçoise, malgré les attaques de l’Ambassade de Russie, lors des procès judiciaires successifs qui ont vu l’Archevêché se faire déposséder de la cathédrale Saint-Nicolas de Nice, monument majeur de la mémoire de l’émigration russe en France.

Malgré la perte de la cathédrale Saint-Nicolas, le P. Jean Gueit a su éviter la dispersion de la communauté paroissiale. Pasteur expérimenté et apprécié des fidèles, ordonné depuis plus de 30 années, le P. Jean Gueit est aujourd’hui victime d’une décision qui ne relève pas de la gestion exécutive ordinaire d’un archevêché, mais d’une sanction personnelle, destinée à le frapper pour les opinions qu’il a exprimées dans les mois passés.

En effet, le P. Jean Gueit, membre élu du Conseil de l’Archevêché, s’était enquis, en session du Conseil de l’Archevêché du 20 juin 2014, de la « libération » de l’Archimandrite Johannes (Johansen) de sa fonction de Doyen de Scandinavie, dénonçant le procédé mis en œuvre pour démettre arbitrairement un doyen. Lors de cette session du Conseil de l’Archevêché, Monseigneur Job a revendiqué le droit d’agir comme bon lui semble ; d’ailleurs, avait-t-il déclaré, il comptait bien répéter cela à l’encontre d’autres personnes. Devant ces abus à répétition, le P. Jean Gueit, ainsi que plusieurs membres du Conseil de l’Archevêché, s’apprêtaient à interpeller l’Archevêque Job lors de la session du 11 décembre 2014. Mais l’Archevêque, qui avait présidé le début de la réunion, s’est subitement levé, a invectivé les membres du Conseil, puis a quitté la pièce. Le P. Jean Gueit a alors écrit une lettre à l’Archevêque Job pièce jointe 5 qui est restée sans réponse... Jusqu’au 22 janvier 2015, date à laquelle l’Archevêque relève un prêtre aimé de ses fidèles, en plein travail pastoral dans sa paroisse de naissance (le P. Jean Gueit est, en effet, natif de Nice et a grandi dans la paroisse, en particulier aux côtés de l’Évêque Sylvestre Haruns).

Devant ces actes passionnels, nous appelons la convocation urgente d’une Assemblée générale de l’Archevêché, pour délibérer, selon des principes ecclésiaux, au sujet des litiges apparus depuis l’arrivée de l’Archevêque Job.

En attendant l’Assemblée générale, nous appelons les membres du Conseil de l’Archevêché à demander à Monseigneur Job de surseoir aux sanctions concernant les Pères Johannes Johansen, Vladislav Trembovelski et Jean Gueit.

Puissent les paroles du P. Job citées en haut de cette lettre être assumées par lui devant une nouvelle Assemblée générale, dont la tenue contribuerait à exorciser le traumatisme de l’Assemblée du 1er novembre 2013. Cela permettra d’espérer que la Paix revienne dans les cœurs meurtris.

Respectueusement en Christ,

Jean-Claude Polet, Professeur d’Université et secrétaire de Fabrique d’église à Bruxelles,
Cyrille Sollogoub, président de l’Acer-MJO,
Michel Sollogoub, membre du Conseil de l’Archevêché, ancien Secrétaire de l’Archevêché,
Sophie Stavrou, Secrétaire générale de la Fraternité orthodoxe en Europe occidentale,
Nikita Struve, membre du Conseil de l’Archevêché, directeur des éditions Ymca-Press et de la revue Le Messager Orthodoxe

Lien Lettre ouverte à l'Archevêque Job et au Conseil de l'Archevêché

Lire aussi Retour sur la situation de la diaspora orthodoxe: Le cas de "l'Archevêché de la rue Daru"

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 7 Février 2015 à 08:57 | 86 commentaires | Permalien



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