Mgr Nestor : Homélie le jour de la fête de Sainte Marie l’Égyptienne
Enregistrement audio transcrit 2010

Chers frères, chères sœurs,

Nous avons prié avec une ferveur particulière le mercredi de la semaine qui s’achève ainsi que le samedi lors de la lecture du Grand canon pénitentiel de saint André de Crète. Plus nous nous approchons de la fin du Grand Carême, plus nous trouvons dans les saints offices une nourriture consistante pour nos âmes et pour nos cœurs. Le Seigneur frappe à nos cœurs, nous indique les voies du salut, nous donne des exemples. Il s’efforce d’être entendu par nous afin que lors de cette dernière semaine de carême nous puissions ne fût-ce qu’un peu régénérer nos âmes.

Nous commémorons aujourd’hui sainte Marie l’Egyptienne, une grande sainte qui a réussi à expier ses péchés et à manifester un immense amour du Seigneur. Nous allons continuer cette commémoration pendant toute la semaine qui suit. Les commandements nous prescrivent d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos aspirations. Chacun de nous éprouve cet amour de Dieu car c’est ainsi que nous avons été créées, Dieu nous a donné à tous sans exception ce don d’amour.

Mais lorsque nous errons, que nous nous laissons aller à pécher, notre conscience étant muette, comme si nous étions plongés dans un profond sommeil, il nous est difficile de manifester ce sentiment d’amour, d’en prendre vraiment conscience. Ce n’est que lorsque l’amour se manifeste en nous que toute chose se remet en place dans nos vies qui acquièrent alors sens et valeur.

Nous sommes ainsi faits que, constamment, nous nous interrogeons sur le sens de notre existence. Réussissons-nous à accomplir nos projets ? Répondons-nous attentes des autres ? C’est une recherche permanente de soi, une lutte avec nous-mêmes qui n’a pas de cesse. Nous sommes dans une époque où, comme jamais, cette quête de soi prend des formes absolument altérées. Avant la société était plus structurée, la place de chacun était bien définie, de même que le sens de sa vie et cela de génération en génération. La tradition était maintenue, les métiers se transmettaient de père en fils, les familles étaient nombreuses et stables. Nos ancêtres commençaient la journée par des prières, puis ils travaillaient. Chaque dimanche était consacré à l’église.

De nos jours c’est la confusion qui règne dans nos esprits. Nous ne sommes plus à même de savoir si nous avons réussi nos vies. On entend souvent dire « c’est une vie ratée » ou « un » vie réussie ». Souvent nous souhaitons « nous mettre en conformité » avec des notions plus qu’étranges puisées dans « le monde virtuel ». Au vu des richesses et des paillettes que l’on nous y montre l’homme se dit qu’il n’a réussi en rien… Il est difficile de dissuader une telle personne, il lui est encore plus difficile de savoir elle-même si sa vie a été une réussite ou non.

Si peu d’hommes heureux, qui respirent librement, qui rendent gloire à Dieu pour les nombreuses grâces qu’il nous a données. Cela se rapporte aux croyants, cela nous concerne tous. Nous ne comprenons pas qu’il nous faut contenter de peu, remercier Dieu pour les petites joies qu’il nous accorde, ne pas murmurer, ne pas demander toujours plus.

La vie de sainte Marie l’Egyptienne en est un exemple : c’est subitement, sans s’ y attendre, qu’elle a éprouvé cet état d’amour sans réserves. Le Seigneur le lui a donné alors qu’elle priait la Vierge. Une force mystérieuse ne la laissait pas pénétrer dans l’église : l’icône de la Vierge fixée au portail ne la laissait pas avancer plus loin. La Vierge avait pris Marie l’Egyptienne sous sa sainte protection, avait réveillé en elle ce sentiment d’amour. Sainte Marie prit la résolution de franchir le Jourdain et pour aller vivre dans le désert, où elle séjourna 47 ans. Pendant tout ce temps elle ne se nourrissait pas et ne prenait aucun aliment. Elle a erré tout ce temps dans les sables, elle risquait à tout instant d’y périr. Elle se roulait à terre en proie au souvenir de ses péchés, à des pensées inutiles. Elle aspirait à se purifier, à se reconstruire, à trouver un sens nouveau à sa vie. Or, ce n’est pas spontanément, ce n’est pas d’un moment à l’autre que l’on peut se laver de ses mauvaises actions, commencer une vie nouvelle.

Pour sainte Marie il fallut les premiers dix sept ans qu’elle passa dans le désert de lutte implacable, de recherches et ce n’est qu’après qu’elle reçut l’amour et la grâce de Dieu. Ce n’est qu’après ce labeur qu’elle devint un être harmonieux, ce à quoi nous aspirons tous. Elle a séjourné dans un mystérieux état dont on peut dire qu’il était surnaturel. La prière l’a conduit vers des découvertes spirituelles qui firent aller à sa recherche le starets Zossima, moine depuis son adolescence et homme de très sainte vie. La profondeur du repentir ressenti par Marie l’impressionna profondément, il devint le témoin de l’immense contrition, de l’immense amour envers Dieu qui animaient la forte personnalité de Marie

Quoi d’étonnant à ce qu’elle s’élevait au dessus du sol lorsqu’elle priait. Elle bénit le Jourdain et le franchit en marchant sur ses eaux. En une nuit elle franchit une distance que Zossima mit vingt jours à franchir. Quoi d’étonnant à ce qu’un lion vint creuser sa sépulture, les bêtes la servaient : c’est ainsi que Dieu nous a crée afin que nous vivions en harmonie avec toute la nature. S’étant purifié de ses pêchés Marie l’Egyptienne est devenue l’égale de la nature. Dieu a conçu l’homme de sorte à ce que si l’homme vit en Lui, une grande harmonie, la lumière et la chaleur l’environnent. L’homme partage tous ces biens avec les autres, il doit demeurer le maillon qui relie le Créateur au monde crée. Si nous nous détournons de cette voie nous risquons d’être gagné par l’amertume qui accompagne le péché.

Celui qui n’est pas conscient de ses défauts, de ses mauvais aspects, qui pense qu’il demeure sans péché est comme enlisé jusqu’au cou dans une tourbière et qui est satisfait de son état.
C’est parfois un entretien avec une bonne personne, la rencontre avec Dieu, la prière en église qui nous aident à nous réhabiliter.

Le repentir est une force divine qui nous délivre de l’amertume du péché, c’est une force qui nous aide à surmonter le vide et la mélancolie qui nous gagnent.

Le repentir attire la miséricorde divine et le pardon. Nous pouvons devenir semblables au fils prodigue accueilli et fêté par le Père.

De nombreux saints, et non seulement Marie l’Egyptienne, ont été sujets à la tentation, ont commis de lourds péchés.

Mgr Nestor : Homélie le jour de la fête de Sainte Marie l’Égyptienne

Rédigé par l'équipe de rédaction le 14 Avril 2019 à 10:03 | 0 commentaire | Permalien


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