Cyrille PRIVALOV

La Russie a acheté un morceau de la capitale française.
Au centre de Paris va bientôt pousser la plus importante cathédrale du Patriarcat de Moscou en Europe . La Russie vient de signer les actes d’achat du terrain correspondant dans la capitale française. La transaction fut formalisée dans les locaux du Ministère français du Budget. C’est Vladimir Kojine, chargé d’affaire à l’Administration du Président de la Fédération qui signa pour la Russie . Du côté français ont apposé leurs signatures Eric Woerth Ministre du Budget et le Trésorier de la Région Ile de France Jean Pierre Conru.
Une cathédrale orthodoxe et des bâtiments à usage culturel et spirituel – dont les locaux du séminaire orthodoxe russe - seront édifiés sur un espace, de 4249 m2 , situé au centre de la capitale française.
Est donc enfin arrivé ce qui devait arriver tôt ou tard.. C’est encore en 2007 qu’au cours de la rencontre, au Palais de l’Elysée, entre Nicolas Sarkozy et le défunt Patriarche Alexis II que fut évoqué ce chantier. Le Président Sarkozy s’était alors engagé à contribuer à sa mise en œuvre.

C’est pour aider à résoudre le problème du déficit budgétaire, creusé par la crise financière mondiale que le gouvernement français commence à vendre des propriétés de l’Etat. Entre les vieilles casernes, les tribunaux vêtustes se sont trouvés des terrains bâtis dans des quartiers prestigieux de la capitale. Ce fut le cas du complexe des trois bâtiments en brique de la Société Nationale de Météorologie « Météo France » édifiés en 1948 Quai Branly près du pont de l’Alma. Il séduisit, les Canadiens qui projetaient d’y construire leur ambassade , les Saoudiens qui voulurent y faire bâtir une mosquée et les Russes qui y virent un centre religieux et culturel.
A la fin de l’année dernière des journalistes de l’Agence France Presse pariaient sur le succès des Saoudiens dans cette compétition. Comme quoi dans de telles « négociations » les « Princes du désert » mettraient plus d’argent sur la table . Mais ce ne furent pas eux mais les Russes qui l’emportèrent. Comme l’affirme « Le Figaro » les Russes ne proposèrent pas moins de 60 millions d’euros ( près de 2,5 milliards de roubles ).

La situation de la future église est idéale !

Sur les berges de la Seine , juste entre la Tour Eiffel et l’Esplanade des Invalides. Il y a beaucoup d’espace autour et l’ accès en est commode.
On dit que la cathédrale sera construite dans le style high tech avec, obligatoirement, des coupoles dorées qui seront visibles aux nombreux touristes effectuant des croisières sur la Seine.
Comme l’a annoncé Alexandre Orlov ambassadeur de Russie en France ce projet répondra à un cahier des charges. Il donnera lieu à un Concours International et une Commission Internationale compétente comportant des représentants russes et français sélectionnera le meilleur projet.

Quels seront les délais ? 430 collaborateurs de Météo France doivent déménager , avant la fin de l’année prochaine dans de nouveaux locaux dans la banlieue parisienne de Saint Mandé. Aussi les travaux de construction du Centre cultuel russe pourront commencer avant 2012. Bien sûr on souhaiterait aller plus rapidement . Mais après tant d’années d’attente un tel résultat est plutôt satisfaisant. Le problème est que l’archevêché de Chersonèse (Patriarcat de Moscou) réunissant près de quelques dizaines de paroisses en Europe ne dispose à Paris, son siège, d’aucune église capable d’accueillir tous les fidèles dont le nombre s’accroît de jour en jour. Cela grâce à ceux que l’on appelle « les nouveaux russes français » Il y à Paris deux églises du Patriarcat de Moscou. Celles des Trois Saints Docteurs et de la Vierge de la joie de tous les affligés.

Quelques précisions sur les particularités de l’orthodoxie russe dans le cadre spécifique de la géographie parisienne.

La cathédrale Saint Alexandre de la Neva située rue Daru est, à Paris, l’église la plus importante de l’exarchat des paroisses russes (Patriarcat de Constantinople). Sous l’autorité du Patriarcat de Constantinople, se trouve aussi à Paris l’église Saint Serge de Radonège et son Institut de Théologie – qui était il y a encore peu de temps l’unique séminaire de la diaspora russe.
Les bâtiments de la rue de Crimée ( au nord de Paris ) furent achetés à l’église protestante dans les années 20 du siècle précédent. Ils le furent avec l’argent collecté centime par centime par les émigrés russes et furent ultérieurement aménagés.

Je me souviens encore comment, il y a déjà de nombreuses années je fut amené à Saint Serge par le professeur Constantin Andronikof, grand expert du symbolisme pascal et ancien interprète du général Charles de Gaulle. Il était à cette époque le Doyen de l’Institut de Théologie et me parlait, de même que son ami serbe le père Nicolas Cernokrak du séminaire où, à l’époque, travaillaient près d’une demi centaine d’étudiants de différents pays. Il m’ montré les anciens bureaux de l’évêque Cassien, de l’archimandrite Cyprien, du père Serge Boulgakoff. C’est également là qu’ont enseigné les protopresbytres Basile Zenkovsky, Alexandre Schmémann ainsi que Kartachov et Lossky. Tous de grands théologiens et philosophes russes. Les émigrés des différentes générations venaient écouter leurs conférences et homélies.

Après la deuxième guerre mondiale le « Métropolite stalinien » Nicolas ( Iarouchevitch ) venait régulièrement en France et appelait les émigrés à revenir en Russie. Presque tous ceux, qui l’ont écouté et cru , ont fini dans des camps. Ceux restés en France ont fait le choix de ne pas être des paroissiens du Patriarcat de Moscou.
Il n’y a rien à dire, depuis ce temps beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Seine et de la Moskova.
Si le monde a changé, la perception de l’orthodoxie russe aussi. En 2007 a commencé un rapprochement entre le Patriarcat de Moscou et l’indépendante Eglise Orthodoxe russe Hors Frontières dont le siège est situé à Jordanville, en Amérique. En France peu y adhèrent, sinon le grand monastère féminin de Provemont ( Normandie ) et l’église historique de Cannes.
Compte tenu des relations qui se sont établies ces derniers temps ce rapprochement semblerait devoir s’accélérer. Cependant, tout ne s’est pas avéré facile. Le passage des églises de Biarritz et Nice dans l’Eglise russe traîne ce qui montre que le Patriarcat de Moscou ne doit pas compter sur un accueil réellement bienveillant.

D’où est apparu le besoin urgent d’une nouvelle construction.

Au début fut décidée l’ouverture du premier établissement d’études supérieures du Patriarcat de Moscou en Europe – du séminaire orthodoxe russe qui déménagera probablement ensuite dans les locaux du futur centre spirituel orthodoxe du Quai Branly. Ce fut un premier pas, suivi de la décision de construire rapidement la cathédrale.
Les Français pourront ils participer aux choix architecturaux du futur ensemble ? S’interrogent ceux qui sont passionnément soucieux de protéger la cohérence architecturale de leur ville. Deviendra t il, comme l’est Notre Dame de Paris, une nouvelle carte de visite pour la capitale française ?

En tout cas le premier choix a été fait par la France. Celui de préférer une église orthodoxe à une mosquée.

" Vremia novostey"

Cyrill PRIVALOV, journaliste, écrivain, animateur de radio populaire en Russie, il est chevalier des Arts et des lettres depuis 2008 et à été décoré de l'Ordre national du Mérite en décembre 2009

Traduction pour " Parlons d'orthodoxie" : Basile de TIESENHAUSEN





Rédigé par l'équipe rédaction le 15 Mars 2010 à 22:31 | 6 commentaires | Permalien