Noël Ruffieux: Quand j’étais petit enfant catholique, nous attendions le matin du 6 janvier pour placer les trois mages
« La fête de l’Epiphanie (révélation) est fêtée selon deux modalités soit l’adoration des mages (dans l’Eglise catholique latine) soit le baptême du Christ (dans les autres Eglises). »

Epiphanie : Quand j’étais petit enfant catholique, nous attendions le matin du 6 janvier pour placer les trois mages, leurs cadeaux et leurs chameaux dans la crèche. Théophanie : Devenu orthodoxe, j’ai dû m’habituer à placer mes mages à Noël et à contempler l’icône du Baptême du Christ le 6 janvier, sans oser cependant plonger dans la rivière pour récupérer la croix !

Epiphanie, Théophanie : Probablement que dans les premiers siècles de l’Eglise la Manifestation du Verbe de Dieu - son Incarnation - était célébrée comme un tout.

Très solennellement à Jérusalem, aussi solennellement que Pâques, selon le témoignage d’Egérie au IVe siècle. Mais comme une seule et même Manifestation, que l’on a par la suite dissociée.

Noël Ruffieux: Quand j’étais petit enfant catholique, nous attendions le matin du 6 janvier pour placer les trois mages
Théophanie, Epiphanie.

Le sens des deux mots est proche : une manifestation. Alors que le calendrier orthodoxe parle de la « Théophanie de notre Seigneur », dans le rite romain, le 6 janvier est appelé « Epiphanie du Seigneur ». On y fait mémoire surtout de l’adoration des mages et de la manifestation du Seigneur aux nations.

Pourtant, dans la liturgie latine, le sens de la fête est plus riche que ses usages actuels, comme en témoignent deux chants de la Liturgia horarum. L’antienne du Cantique de Zacharie (Benedictus) aux Laudes de la fête : « Aujourd’hui, l’Eglise s’unit à son Epoux céleste, puisque, dans le Jourdain, le Christ lave les griefs portés contre elle. Les Mages accourent avec des présents aux Noces royales, et l’eau changée en vin réjouit les convives. » De même, aux Vêpres du jour, l’antienne du Cantique de Marie (Magnificat) chante : « Nous fêtons ce jour saint orné de trois signes : Aujourd’hui l’étoile conduit les Mages à la crèche ; aujourd’hui pour les noces l’eau a été changée en vin ; aujourd’hui dans le Jourdain le Christ a voulu être baptisé par Jean, pour nous sauver. »

Ces chants, qui se trouvent toujours dans l’actuelle Liturgie des heures, évoquent donc la Manifestation de Dieu en trois événements : l’adoration des Mages, le Baptême du Christ par Jean et le premier miracle aux noces de Cana. Tout cela placé sous l’union conjugale du Christ et de l’Eglise. C’est probablement le témoignage d’une tradition ancienne.

Avec une intention pédagogique et pastorale, la liturgie actuelle de l’Eglise de Rome a dissocié ces trois événements : à l’Epiphanie, l’adoration des Mages, au premier dimanche suivant, le Baptême du Christ et au deuxième dimanche, dans l’Année C (puisque l’actuel lectionnaire romain se déroule sur trois ans), le récit de Cana dans l’Evangile de Jean. Ce que la Manifestation du Seigneur gagne en clarté (analytique), elle le perd peut-être en richesse symbolique (synthétique).

La liturgie orthodoxe évoque les Mages à la Liturgie du jour de Noël, le Baptême du Christ à la Théophanie. L’évangile de Cana est lu le lundi de la 2e semaine de Pâques, et bien sûr au couronnement des époux.

Noël Ruffieux: Quand j’étais petit enfant catholique, nous attendions le matin du 6 janvier pour placer les trois mages
Quand j’étais responsable laïc de ma paroisse...

...Je regrettais que les fidèles présents à la Liturgie du jour de Noël n’entendissent point le récit de la naissance de Jésus par Luc, lu aux Vêpres de la Paramonie de la veille, office magnifique et long auquel malheureusement peu de fidèles prenaient part.

Dans un coin de ma mémoire, j’ai le souvenirs de textes byzantins - liturgiques, patristiques - qui évoquent la même unité « théophanique » : Mages, Baptême, Cana. Comme je n’ai pas le temps de chercher plus, si quelqu’un d’entre vous a des références, je lui en serai reconnaissant.

La diversité de nos manières de « manifester » ce moment extraordinaire où le Verbe plante sa tente parmi nous, les accents différents mis dans nos célébration ne devraient avoir aucun pouvoir « diviseur », si on les voit comme une richesse commune, comme une manière « apophatique » de nous approcher d’un mystère qui nous dépasse les uns et les autres.

A ceux qui sont encore avant Noël, ou juste avant la Théophanie, je souhaite des fêtes lumineuses et une nouvelle année sereine et paisible.

Merci pour ce blog, même si, comme tous les autres, il a parfois tendance à dérailler !

* Noël Ruffieux, président de la Commission œcuménique de la région de Fribourg, laïc orthodoxe suisse et président de la Commission œcuménique de la région de Fribourg

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 4 Janvier 2017 à 05:18 | 2 commentaires | Permalien