Père Nikolaï Tikhonchuk: Homélie "Notre prière pour les autres..."
Quatrième dimanche après la Pentecôte

Chers frères et sœurs !

Tout à l’heure nous avons entendu l’Evangile selon saint Matthieu où un officier romain est venu pour demander à Jésus de guérir son serviteur malade. Jésus lui dit : « Je vais aller le guérir », mais l’officier lui répond que Jésus n’a pas à venir chez lui, qu’il n’est pas digne de l’accueillir dans sa maison, mais que Jésus a le pouvoir d’ordonner la guérison du serviteur, tout comme lui-même, le centurion, donne des ordres à ses serviteurs, ses subordonnés : « Dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri », - dit-il. Jésus est très étonné de la foi de cet homme et, s’adressant à ses disciples et aux gens autour de Lui, Il dit : « En vérité, je vous le déclare, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi ». Puis Il s’adresse au Centurion : « Rentre chez toi ! Qu’il te soit fait comme tu as cru. » Et sur le chemin le serviteur fut guéri.

Qu’y a-t-il de si étonnant dans les paroles du Centurion que Jésus le félicite pour sa foi en montrant son acte de foi au-delà de tout Israël ?

Le sujet de la guérison du serviteur du centurion est décrit également dans deux autres évangiles, chez saint Luc et chez saint Jean, ce qui nous donne d’autres détails intéressants sur ce miracle. Chez l’évangéliste Luc ce n’est pas le Centurion qui vient chez Jésus mais d’abords les Juifs, parce que cet homme avait construit une synagogue pour une communauté de Capharnaüm, et ensuite l’officier a envoyé ses serviteurs pour ne pas déranger davantage Jésus pour Son déplacement. Cette remarque du récit souligne l’humilité de cet homme : « Seigneur, ne te donne pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit », - dit-il. (Lc. 7,6) D’ailleurs, l’humilité de cet homme qui est décrite chez les trois évangélistes est fascinante : d’un côté, il s’adresse au Christ avec une audace et une insistance remarquables, mais de l’autre côté, il ne se met pas en avant comme quelqu’un d’important.

En effet ici nous voyons les paroles du Christ qui sont mises en pratique : « pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ». (Mt. 6,3) Parce que dans cette démarche cet homme s’efface en quelque sorte. En outre, il peur que son indignité puisse être un obstacle ou un empêchement pour que la miséricorde divine intervienne.

Je pense que ce Centurion nous donne un exemple pour comprendre quelle doit être la nature de notre prière pour les autres.

Premièrement, il faut souligner que cette prière pour les autres, nos proches, nos amis est très importante. Pourquoi ? Souvent les gens nous demandent de prier pour eux, surtout nous, les prêtres, et cette question à nous tous parait évidente. Mais parfois il faut mettre en question nos habitudes et nos pratiques spirituelles. Alors, pourquoi prier pour les autres est-il important ?

Peut-être que je ne peux pas vous donner une réponse complète à cette question. Je pense que dans la prière pour les autres nous ne sommes pas dans une posture indifférente. Si nous prions pour quelqu’un cela veut dire que cette personne est proche et précieuse pour nous. C’est quelqu’un que nous aimons. Et c’est facile de prier pour ceux qui nous aimons et pour ceux qui nous aiment, n’est-ce pas !

Mais combien de fois les gens m’ont demandé de prier pour eux ou pour leurs proches défunts ou vivants (parfois pour des personnes que je ne connais pas) Et parfois en regardant au fond de moi, je ne voyais aucun lien avec ces personnes là pour qui on m’avait demandé de prier. Que faire dans ce cas ? Il me semble qu’à ce moment il nous faut nous souvenir de cet officier romain.

Le centurion était un officier, qui savait parfaitement quel était le rôle de la hiérarchie. D’ailleurs, il le rappelle lui-même : je dis à mes subordonnés « fais ceci », et ils le font. Et pourtant, l’évangéliste Jean nous donne une précision étonnante : le centurion appelle son serviteur malade son fils. Pourtant, comme on le voit grâce aux témoignages de saint Matthieu et de saint Luc, il s’agissait bien seulement d’un serviteur, et non de son fils. Ainsi, le Centurion appelle son esclave comme son propre fils ! Ainsi il se montre un vrai disciple du Christ car, selon les paroles de l’apôtre Paul, il devient un véritable imitateur du Christ dans Son amour désintéressé envers son prochain. Cet amour pour son serviteur est au-delà d’une simple affection spontanée : il révèle un cheminement profond dans la prière, pour être capable de reconnaître son prochain comme un membre d’une même famille, unie. Quand Jésus nous apprend à prier, il nous demande de dire « Notre père » : on ne se sauve pas tout seul.

Chers frères et sœurs, apprenons à prier pour les autres, apprenons à voir les gens autour de nous comme nos frères et nos sœurs, comme nos propres enfants dans le Christ Jésus.
Amen.
Père Nikolaï Tikhonchuk: Homélie "Notre prière pour les autres..."

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 5 Juillet 2020 à 09:14 | 0 commentaire | Permalien



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