Père Serge Model: l'archevêque Basile Krivochéine et la redécouverte de Grégoire Palamas
IRENIKON/ № 2 - Revue des Moines de Chevetogne

Pionnier du renouveau patristique orthodoxe, l’archevêque russe Basile Krivocheine (1900-1985) est surtout connu en tant que spécialiste de Syméon le Nouveau Théologien. Mais son « premier amour » fut Grégoire Palamas. Dès 1936, Krivocheine publiera une étude remarquée sur le docteur de l’hésychasme byzantin.

S’efforçant de répondre aux critiques modernes du « palamisme », Krivocheine explique que la distinction palamite entre l’essence et les énergies divines doit être « comprise comme ayant un caractère ontologique, objectif », mais sans introduire de complexité en Dieu, les énergies « n’étant pas des réalités hypostatiques » mais Dieu « dans son activité et sa révélation au monde ».

Considérant Palamas comme l’expression la plus aboutie de la spiritualité orthodoxe, le futur Mgr Basile affirme que sa pensée peut fonder théologiquement l’expérience spirituelle, « puisque ce n’est qu’en partant de cette doctrine que l’on peut affirmer de façon cohérente la réalité de la communion entre Dieu et l’homme et de la déification, sans tomber dans une confusion panthéiste entre le Créateur et la créature ». S. Model synthétise l’approche de Palamas par Krivocheinе, avant de répondre à la question : « Y a-t-il un palamisme Кrivochéiniene ? ».

A pioneer of the Orthodox patristic revival, Russian archbishop Basil Krivosheine (1900-1985) is best known as a specialist on Symeon the New Theologian. But his 'first love' was Gregory Palamas. As early as 1936, Krivoshein published a well-received study of the doctor of Byzantine hesychasm.

Striving to respond to modern criticism of 'Palamism', Krivoshein explains that the Palamite distinction between the divine essence and the divine energies must be 'understood as having an ontological, objective character', but without introducing complexity into God, the energies 'not being hypostatic realities' but God 'in his activity in and his revelation to the world'. Considering Palamas as the most perfect expression of Orthodox spirituality, the future Bishop Basil affirms that his thought can provide theological grounding to the spiritual experience, 'since it is only on the basis of this doctrine that one can coherently affirm the reality of the communion between God and man and of deification without falling into a pantheistic confusion between the Creator and the creature'. S. Model synthesizes Krivochein's approach to Palamas, before answering the question: 'Is there a speficially Krivosheinian Palamism?'
Père Serge Model: l'archevêque Basile Krivochéine et la redécouverte de Grégoire Palamas

IRENIKON

Irénikon, revue œcuménique trimestrielle des moines de Chevetogne intimement liée à la fondation et à l’histoire du monastère.

Depuis presque huit décennies, elle offre des études historiques, théologiques, spirituelles ou monastiques afin de mettre en commun les richesses de la Tradition dont vivent toutes les églises d’Orient et d’Occident et de promouvoir ainsi une estime réciproque, premier pas vers un dialogue sérieux entre églises. Dans une chronique unique en son genre, Irénikon informe également chaque trimestre ses lecteurs des événements qui ont marqué la vie des différentes églises et des dialogues ou rencontres officielles entre églises. En outre, un éditorial et des recensions d’ouvrages récemment parus rendent compte de l’actualité œcuménique et théologique.

Irénikon paraît tous les trois mois. L’abonnement annuel donne donc droit à quatre numéros.

Le montant de l’abonnement est le suivant:
pour la Belgique et tout pays en Europe: € 53,00
autres pays: € 58, 50
numéros séparés: € 13, 25

Lire Le monastère de Chevetogne est unique en son genre: un pont entre l’Orient et l’Occident
Père Serge Model: l'archevêque Basile Krivochéine et la redécouverte de Grégoire Palamas

• L'archevêoe Basile Krivochéine et la redécouverte de Grégoire Palamas.
Serge Model
163-193
• Les pentecôtistes et l'oecuménisme que viendra.
Carmine Napolitano
194-214
• Déclaration commune du pape François et du patriarche Tawadros II (Le Caire, 28 avril 2017).
215-219
• Declaration de foi de l'Église protestante unie de France (lille, 25-28 mai 2017)



Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 4 Mars 2018 à 12:22 | 5 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par père Joachim le 15/12/2017 20:33
merci c'est commendé !
Mémoire éternelle saint Archevêque BASILE. ton départ a laissé un très grand vide !

2.Posté par Vladimir.G: UN PONT SPIRITUEL ENTRE ORTHODOXES ET CATHOLIQUES ? le 04/03/2018 18:52
SAINT GRÉGOIRE PALAMAS : UN PONT SPIRITUEL ENTRE ORTHODOXES ET CATHOLIQUES ?

Ce deuxième dimanche du Grand Carême est consacré à St Grégoire Palamas, dont l’importance pour la théologie orthodoxe n’est pas à démontrer. Mais je voudrais souligner qu’il est aussi l'un des rares saints orthodoxes postérieurs au schisme qui soit aussi reconnu dans l'Eglise romaine. Après des siècles d'hostilité affichée, des théologiens catholiques de premier plan viennent chercher chez St Grégoire de nouvelles ressources spirituelles et de nombreux fidèles catholiques trouvent les réponses à leur quête de spiritualité dans "l'hésychasme" (1) développé par saint Grégoire.

Ainsi "Nominis", "Site Hébergé Par Eglise Catholique en France " (2) écrit à son sujet « il découvre la contemplation fondée sur la paix du cœur et la répétition du nom de Jésus Sauveur. Ce courant mystique est attaqué par un philosophe calabrais qui veut le faire déclarer hérétique. Saint Grégoire lui tient tête et il prend la défense des moines qu'on appelle "hésychastes" en fondant cette expérience spirituelle sur une théologie fondamentale distinguant en Dieu l'inaccessible (l'essence) et le participable (les énergies). Une grande controverse s'ensuivit, mais après plusieurs années de luttes, la doctrine de Palamas fut officiellement adoptée par l’Église byzantine. Saint Grégoire devient même évêque de Thessalonique. Même si la théologie est encore discutée entre l'Orient et l'Occident, la spiritualité hésychaste est adoptée actuellement par de nombreux fidèles de l’Église d'Occident. »

La "redécouverte" de sa théologie par Mgr Basile Krivocheine, comme le souligne le P, Serge, et aussi les P. Georges Florovsky et Jean Meyendorff au milieu du XXe siècle, a permis le développement des études patristiques que nous voyons toujours en cours dans la théologie contemporaine, comme le montre le colloque à Saint Serge en 2012, dont la première partie était consacrée à cette "synthèse néo-patristique" (3). Et des auteurs catholiques ne sont pas en reste : il faut ainsi citer les approches des regrettés cardinal Charles Journet (4) et père André de Halleux (5), cités par JC Larchet (6) et le père Jacques Lison (5) dont le livre "L'Esprit répandu - La pneumatologie de Grégoire Palamas", " rompt avec la tonalité hostile qui, jusqu’à une date récente, a souvent marqué les études consacrées à saint Grégoire Palamas par les théologiens catholiques" (7).

Notes:
(1) https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/L-hesychasme-est-a-la-base-de-la-spiritualite-orthodoxe-Partie-1-l-hesychasme-et-la-Philocalie-des-Peres-Neptiques_a2761.html
(2) http://nominis.cef.fr/contenus/saints_9094.html
(3) cf. http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Compte-rendu-du-colloque-international-sur-l-heritage-du-Pere-Jean-Meyendorff-erudit-et-homme-d-Eglise-1926-1992-a-l_a2242.html
(4) Le cardinal Charles Journet (1891-1975) fut un théologien catholique suisse d'expression francophone. Créé cardinal par le pape Paul VI en 1965, il a joué un rôle considérable au concile de Vatican II. Auteurs de plusieurs publications dont « Palamisme et thomisme », Revue thomiste, t. 60, 1960, p. 42,9 452
(5) Père André De Halleux, o.f.m., docteur et maître en théologie (Louvain), licencié en philologie et histoire orientales (Louvain), professeur à l'université catholique de Louvain (faculté de théologie), consulteur au Secrétariat romain pour l'unité des chrétiens, éditeur scientifique des Pères orientaux, auteur de nombreux ouvrages de patristique. (http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/ficheauteur.asp?n_aut=2879 ). En particulier « Palamisme et Scolastique. Exclusivisme dogmatique ou pluriformité théologique? », Revue théologique de Louvain, 4, 1973, pp. 409 442; (« Palamisme et tradition », Irénikon, 48, 1975, pp. 479 493.
(6) http://www.orthodoxie.com/2007/05/recension_jacqu.html
(7) le père Jacques Lison (http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/ficheauteur.asp?n_aut=2960) dominicain, est directeur de la revue Prions en Église (http://www.prionseneglise.ca/index.php)

3.Posté par Vladimir.G: L'Esprit répandu- La pneumatologie de Grégoire Palamas le 07/03/2018 18:11
L'Esprit répandu- La pneumatologie de Grégoire Palamas
de Jacques Lison, Cerf, Paris, janv. 1994

Je parle de cet ouvrage dans mon commentaire précédent. En voici la présentation par les Édition Cerf:

"Grégoire Palamas († 1359) est plus que jamais vénéré par l'Église orthodoxe comme le théologien de l'expérience hésychaste, comme le saint Père qui sauva et acheva la grande synthèse byzantine sur la déification. Ce livre, d'un auteur catholique, étudie Palamas avec le respect et la sympathie qui lui reviennent. À cet égard, le thème de la manifestation pentecostale de l'Esprit s'est révélé privilégié. Il permet une synthèse exhaustive de la pneumatologie qui est le cœur même de la théologie palamite. D'une analyse de tous les écrits connus de Palamas se dégage ainsi un très riche développement sur l'économie, le don et l'expérience de l'Esprit. On vérifie alors que la doctrine palamite des énergies incréées, malheureusement encore parfois jugée avec sévérité en Occident, s'intègre harmonieusement dans les grands thèmes ascétiques, théologiques et mystiques qu'elle voulait défendre."

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/3651/esprit-repandu-l


4.Posté par Vladimir.G: GRACE / SOTERIOLOGIE ET SAINT GREGOIRE PALAMAS le 10/03/2018 17:36
GRACE / SOTERIOLOGIE ET SAINT GREGOIRE PALAMAS

De: Huw Raphael | 2006.07.26:2125 (@142)
http://raphael.doxos.com/comments.php?id=3635_0_1_0_C

J'ai reçu le courriel suivant de mon ami le p. Nicholas, qui m'a autorisé à le republier : ---

S'il vous plaît, prenez conscience que j'essaie ici d'expliquer plusieurs siècles de théologie et de n'égarer personne.

Pour le dire simplement, saint Grégoire et ses enseignements font maintenant partie de ce qu'est être Orthodoxe. Ils ne sont en rien optionnels. Ayant dit cela, je dois confesser qu'il resta pour moi juste un saint mentionné le 2ème dimanche du Grand Carême, jusqu'à ce que je me retrouve dans le monastère portant son nom et que j'y vive 13 ans.

Palamas n'était PAS un scolastique.. en fait, tout le problème fut son opposition à toute la méthode médiévale occidentale scolastique de "faire" de la théologie, basée sur la métaphysique aristotélicienne (catégories) qui avait été synthétisée par Thomas d'Aquin. L'enseignement de saint Grégoire est très étroitement associée au concept de déification (theosis), un autre concept qui fut (et est toujours) difficile à comprendre pour la théologie occidentale contemporaine (quoique ce ne fut pas le cas pour l'ère patristique occidentale). Bien que Thomas enseignait qu'il y avait une sorte de connaissance "infuse" (par le Saint Esprit), bien plus fiable et dès lors préférable est la connaissance "matérielle" acquise par l'utilisation de la raison humaine, faisant appel aux catégories aristotéliciennes de pensée telles que la distinction entre substance/caractéristique physique. Ceux d'entre nous qui ont vécu un certain nombre d'années dans le catholicisme-romain se souviendront que la "transsubstantiation" était définie comme un changement dans la "substance" du pain et du vin qui devenait le vrai Corps et Sang du Christ, alors que seules les caractéristiques physiques restent, à savoir l'apparence de pain et de vin.

Le combat que saint Augustin d'Hippone a mené contre le pélagianisme a laissé plaie béante ouverte influençant la théologie mystique occidentale postérieure et la majeure partie de l'expérience des mystiques et moines de l'Église antique finirent par être regardé avec réserve et même suspicion.. même de nos jours, vous trouverez des auteurs qui classent des saints tels que saint Benoît de Nursie, saint Léon le Grand (pape de Rome) et saint Grégoire le Grand (pape de Rome) comme "semi pélagiens"... une opposition inconsidérée à la déification, l'hésychasme et la distinction entre essence et énergie par la plupart des gens qui sont imprégnés de l'anthropologie catholique-romaine ou protestante du bas Moyen-Âge et des débuts de l'ère moderne. C'est véritablement une manière différente de comprendre l'humanité en son noyau. Ce fut le pivot de mon propre parcours vers l'Orthodoxie.

En tout cas, l'idée centrale de l'enseignement de saint Grégoire, c'est que Dieu EST directement connaissable, en contradiction avec les scolastiques qui enseignaient que Créateur et créature sont éternellement séparés et ne savent communiquer qu'à travers quelque sorte de médiation.. La dispute principale éclata lorsque Barlaam de Calabre, un moine Grec d'Italie formé à la scolastique, se moqua des "Latins" qui tentaient de "connaître Dieu" par l'utilisation de la raison humaine, car disait-il, c'était "impossible à réaliser." Il se moqua aussi d'un groupe de moines Grecs qui pratiquaient l'antique tradition de l'hésychasme (silence et paix intérieure), qui disaient contempler la "lumière de Dieu." Il les taxa de "contemplateur de leurs nombrils" (omphaloscopoi) et les classa parmi les hérétiques messaliens. (Les messaliens enseignaient que les sacrements sont essentiellement inefficaces, mais que par la prière dans l'église, les démons sont exorcisés et que l'ont pouvait expérimenter le Saint Esprit en eux à travers l'expression corporelle). Barlaam était la coqueluche du courant anti-occidental dans l'intelligentsia grecque, et il avait les faveurs de la court impériale et du patriarche Akyndinos à Constantinople.

Saint Grégoire était un des plus cultivés parmi les hommes de son époque, ayant été élevé à la court et eu le même tuteur que les enfants impériaux, Theodore Metochites; il était considéré comme le plus érudit de son temps. Lorsque Barlaam commença à écrire, Grégoire était devenu moine au Mont Athos. Les enseignements de Barlaam le laissèrent perplexe, et il commença à correspondre avec lui, demandant des éclaircissements. Ca dégénéra en une guerre de théologies, et pour cela, saint Grégoire fut traîné devant le patriarche et la court impériale et condamné. Mais tout l'Athos le soutint, de même que nombre de laïcs cultivés. Un concile réuni ultérieurement reconnu ses écrits et déclara qu'ils faisaient autorité, condamnant Barlaam. Ce concile fut accepté par toutes les autres Églises Orthodoxes et devint dès lors normatif. Il influença grandement l'iconographie de saint André Roubleev et saint Théophane le Grec.

Dans ses écrits, saint Grégoire commença à explorer à la fois les Écritures et l'expérience de ce qui est appelé "Prière du coeur." Cette spiritualité n'était en rien nouvelle, ayant été pratiquée sous diverses formes depuis saint Maxime le Confesseur, saint Nil le Sinaïte et d'autres Pères qui seront par la suite repris dans la Philocalie, et avant eux dans nombre de traditions de prière monastique orale égyptiennes et palestiniennes. Le corps humain était important, et certains moines utilisaient des positions corporelles afin d'aider à la concentration dans la prière privée, agenouillés et la tête courbée, respirant lentement – d'où le quolibet dont Barlaam les avait affublés.

Saint Grégoire sentit que "connaître Dieu" était une partie du coeur même de l'anthropologie humaine. La distinction qu'il faisait entre "essence" et "énergies" de Dieu n'avait rien à voir avec les "catégories" dans la manière scolastique, mais était une manière d'expliquer que Dieu reste Dieu et "au delà" de l'expérience et du raisonnement humains, et cependant, à travers l'Incarnation, est capable de communion réelle et vraiment directement avec l'humanité. Il utilisa l'exemple suivant : regarder directement vers le soleil (essence) causera l'aveuglement, mais sans la lumière solaire (énergies) (qui est le soleil en action), toute vie cesserait. Cela tourne autour de la compréhension de ce que signifie la "grâce." Pour la théologie latine médiévale, la "grâce" était une "chose" (res) crée par Dieu et accordée à l'humain à travers le baptême et les sacrements. Pour la théologie patristique tant de l'Orient que de l'Occident, et pour saint Grégoire, la "Grâce" est "incréée." Ce n'est pas une "chose" mais en fait une extension directe de Dieu Lui-même, et elle est occasionnellement manifestée physiquement par la lumière (comme dans la Transfiguration ou à la Résurrection, ou dans l'Ancien Testament, la Shekinah – gloire dans le Tabernacle, ou l'effet sur la face de Moïse lorsqu'il eut "contemplé la face arrière de Dieu.") Les Pères la virent comme la présence littérale de Dieu qui transforme la Création. Et saint Grégoire enseigna que cette interaction directe avec Dieu n'était pas un fait spécial ou rare et confiné à quelque personnes dans l'histoire, mais que c'était ouvert à tout Chrétien baptisé.

Comme je l'ai dit, ce n'est pas un problème entre Orient et Occident, mais un problème de scolastique médiévale latine contre la compréhension antique occidentale et continuelle orientale. L'on pourrait affirmer que le changement en Occident était survenu à l'époque de Bernard de Clairvaux, qui est toujours discuté dans les livres d'histoire comme étant un moine frénétique et étroit d'esprit, qui s'opposait à la "raison humaine" et le persécuteur des bien-aimés Abelard et Héloïse. En fait, il s'opposait au changement de modèle (paradigme) de l'antique tradition patristique qui estimait impossible de voir l'homme comme vraiment homme si vu à part de Dieu, vers le concept ultérieur qui se déploiera en toute puissance à la Renaissance, qui voudra voir "l'homme" séparément de Dieu avec la spiritualité optionnellement ajoutée après coup. Pour l'antique monde Chrétien, il n'existait rien de tel que cet "homme naturel" avec une "couche de grâce sanctifiante" qu'il aurait subséquemment soit entièrement perdue (protestants), soit temporairement (catholiques-romains) lors de la Chute.

L'essentiel de tout cela, c'est que saint Grégoire a établit une "clarification" dans la dispute, qui sera utilisée pour comprendre ce qu'est la voie "Orthodoxe." Il cita et appliqua en fait les enseignements de saint Basile le Grand. Et après que ses enseignements aient été acceptés par l'Église comme faisant autorité, ils se fondirent tout simplement dans le paysage théologique. Comme la réintégration des Icônes dans la vie de l'Église après l'iconoclasme ou la théologie des Pères Cappadociens.

Contrairement à la théologie catholique-romaine (et son droit canon), la théologie Orthodoxe n'est pas prophylactique, c-à-d qu'elle n'établit pas des définitions tentant d'anticiper de futurs problèmes, et puis suit ces définitions. C'est plutôt comme un "centre d'intervention pour catastrophes," une fois qu'une discussion dégénère en controverse ayant un impact négatif sur les fidèles. La controverse, permise par Dieu, devient un moyen de clarification lorsqu'une erreur (ou peut-être qu'une meilleure description pourrait être un "malentendu") ou confusion surgit à propos de ce qu'est la Foi. C'est basé sur les faits, les clarifications dogmatiques le sont sur ce qui pose quelque problème. Ce n'est pas une définition "nette." Intentionnellement, cela n'intervient que sur là où il y a des problèmes perturbants. Ce que les catholiques-romains appellent "magesterium" (magistère) n'arrive que dans les controverses. En fait, le "code" de droit canon, même occidental, n'a été réalisé sous sa forme présente qu'au début du 20ème siècle. Jusqu'alors, il était comme c'est le cas pour nous, non pas un livre de règles, mais une collection d'éclaircissements sur la Foi et de précédents, principalement afin de guider les évêques à discerner comment diriger l'Église. Les enseignements de saint Grégoire tels qu'approuvés par le Concile de Constantinople sont entrés dans cette vaste collection de décrets, règles et lois (Canons).

Je me souviens d'un ami qui était prêtre catholique-romain et qui cherchait (en vain) quelque chose ressemblant à "l'instruction sur la sainte liturgie" qui préface le missel romain. Il n'y en a pas. Chaque prêtre apprend d'un autre "comment accomplir" la Liturgie. Les paroles sont les mêmes, mais le vaste corpus d'action liturgique n'a pas de véritable manuel de "savoir faire." Et cependant, chacun d'entre nous, "Grecs," "Russes,", etc, tenons le linge de communion, nous tournons dans la même direction, encensons, etc, virtuellement de la même manière. Cela laissa mon ami pantois. Et il est extraordinaire que le rituel de tout ce monde de l'Église que nous tenons tous pour acquis nous est transmis de la sorte. Cela explique certaines des différences d'un endroit à l'autre, qui semble être source de confusion (voire de scandale) pour les nouveaux convertis. Mais cela montre aussi à quel point c'est bien vivant.

C'est pour cela que non, nul ne pourrait écarter la théologie palamite, pas plus qu'on ne saurait le faire pour la vénération des Icônes, ou le titre de "Théotokos." C'est devenu une part du tissus de la compréhension que l'Église a de la Voie Orthodoxe.

Saint Grégoire Palamas ne fut pas seulement un moine, mais devint archevêque de Thessalonique et thaumaturge. Et l'hésychasme est fondamental pour les pratiques populaires de la prière et même de l'iconographie. Les "grands mots" tels que "déification," "synergie," et même "incarnation," sont comme "hésychasme," inconnus de la plupart des grands-mères Orthodoxes, cependant elles vivent malgré tout au sein de la spiritualité formés par eux. L'affligeant schisme interne qui a eu lieu dans l'Église de Russie au 17ème siècle avait son coeur partagé entre ritualistes et hésychastes, jusqu'alors combinés. Saint Nil Sorsky et tout le parti des non-possesseurs perdit la faveur royale et partit, non pas exactement au loin, mais vers l'existence cachée. S. Joseph de Volokolomsk fut préféré, et sa théologie de la "3ème Rome" couplée avec une grandiose liturgie se transforma pour finir en Vieux Croyants après Pierre le Grand.

Le bouleversement causé par les Turcs infligea aussi des dégâts et même l'Athos avait quasiment oublié cette profonde forme de prière, lorsqu'au 18ème siècle, saint Nicodème l'Hagiorite, et saint Macaire de Corinthe, "déterrèrent" les livres patristiques et les traduisirent en grec moderne, de sorte que les gens puissent les comprendre. Saint Païssios Velichkovsky, un moine Ukrainien, passa du temps sur l'Athos, apprit le grec, collationna des livres, et ensuite partit pour la Moldavie où il traduisit ces même livres en Slavon, ce qui leur permit de trouver le chemin de la Russie. C'est ce qui amena à la floraison spirituelle dont saint Séraphim de Sarov est l'exemple le plus célèbre. Le "Récit du Pèlerin Russe" est une forme populaire de prière hésychaste de base.

Vous trouverez probablement plus que vous ne voulez en savoir à propos de saint Grégoire et de ses enseignements sur (en anglais) :

http://www.monachos.net/patristics/palamas_theology.shtml

Espérant vous avoir été de quelque secours,
p. Nicholas

5.Posté par Vladimir.G: GRACE / SOTERIOLOGIE ET SAINT GREGOIRE PALAMAS le 11/03/2018 18:30
GRACE / SOTERIOLOGIE ET SAINT GREGOIRE PALAMAS

Sur la théologie de saint Grégoire Palamas

De: Huw Raphael | 2006.07.26:2125 (@142)
http://raphael.doxos.com/comments.php?id=3635_0_1_0_C
J'ai reçu le courriel suivant de mon ami le p. Nicholas, qui m'a autorisé à le republier : ---

S'il vous plaît, prenez conscience que j'essaie ici d'expliquer plusieurs siècles de théologie et de n'égarer personne.

Pour le dire simplement, saint Grégoire et ses enseignements font maintenant partie de ce qu'est être Orthodoxe. Ils ne sont en rien optionnels. Ayant dit cela, je dois confesser qu'il resta pour moi juste un saint mentionné le 2ème dimanche du Grand Carême, jusqu'à ce que je me retrouve dans le monastère portant son nom et que j'y vive 13 ans.

Palamas n'était PAS un scolastique.. en fait, tout le problème fut son opposition à toute la méthode médiévale occidentale scolastique de "faire" de la théologie, basée sur la métaphysique aristotélicienne (catégories) qui avait été synthétisée par Thomas d'Aquin. L'enseignement de saint Grégoire est très étroitement associée au concept de déification (theosis), un autre concept qui fut (et est toujours) difficile à comprendre pour la théologie occidentale contemporaine (quoique ce ne fut pas le cas pour l'ère patristique occidentale). Bien que Thomas enseignait qu'il y avait une sorte de connaissance "infuse" (par le Saint Esprit), bien plus fiable et dès lors préférable est la connaissance "matérielle" acquise par l'utilisation de la raison humaine, faisant appel aux catégories aristotéliciennes de pensée telles que la distinction entre substance/caractéristique physique. Ceux d'entre nous qui ont vécu un certain nombre d'années dans le catholicisme-romain se souviendront que la "transsubstantiation" était définie comme un changement dans la "substance" du pain et du vin qui devenait le vrai Corps et Sang du Christ, alors que seules les caractéristiques physiques restent, à savoir l'apparence de pain et de vin.

Le combat que saint Augustin d'Hippone a mené contre le pélagianisme a laissé plaie béante ouverte influençant la théologie mystique occidentale postérieure et la majeure partie de l'expérience des mystiques et moines de l'Église antique finirent par être regardé avec réserve et même suspicion.. même de nos jours, vous trouverez des auteurs qui classent des saints tels que saint Benoît de Nursie, saint Léon le Grand (pape de Rome) et saint Grégoire le Grand (pape de Rome) comme "semi pélagiens"... une opposition inconsidérée à la déification, l'hésychasme et la distinction entre essence et énergie par la plupart des gens qui sont imprégnés de l'anthropologie catholique-romaine ou protestante du bas Moyen-Âge et des débuts de l'ère moderne. C'est véritablement une manière différente de comprendre l'humanité en son noyau. Ce fut le pivot de mon propre parcours vers l'Orthodoxie.

En tout cas, l'idée centrale de l'enseignement de saint Grégoire, c'est que Dieu EST directement connaissable, en contradiction avec les scolastiques qui enseignaient que Créateur et créature sont éternellement séparés et ne savent communiquer qu'à travers quelque sorte de médiation.. La dispute principale éclata lorsque Barlaam de Calabre, un moine Grec d'Italie formé à la scolastique, se moqua des "Latins" qui tentaient de "connaître Dieu" par l'utilisation de la raison humaine, car disait-il, c'était "impossible à réaliser." Il se moqua aussi d'un groupe de moines Grecs qui pratiquaient l'antique tradition de l'hésychasme (silence et paix intérieure), qui disaient contempler la "lumière de Dieu." Il les taxa de "contemplateur de leurs nombrils" (omphaloscopoi) et les classa parmi les hérétiques messaliens. (Les messaliens enseignaient que les sacrements sont essentiellement inefficaces, mais que par la prière dans l'église, les démons sont exorcisés et que l'ont pouvait expérimenter le Saint Esprit en eux à travers l'expression corporelle). Barlaam était la coqueluche du courant anti-occidental dans l'intelligentsia grecque, et il avait les faveurs de la court impériale et du patriarche Akyndinos à Constantinople.

Saint Grégoire était un des plus cultivés parmi les hommes de son époque, ayant été élevé à la court et eu le même tuteur que les enfants impériaux, Theodore Metochites; il était considéré comme le plus érudit de son temps. Lorsque Barlaam commença à écrire, Grégoire était devenu moine au Mont Athos. Les enseignements de Barlaam le laissèrent perplexe, et il commença à correspondre avec lui, demandant des éclaircissements. Ca dégénéra en une guerre de théologies, et pour cela, saint Grégoire fut traîné devant le patriarche et la court impériale et condamné. Mais tout l'Athos le soutint, de même que nombre de laïcs cultivés. Un concile réuni ultérieurement reconnu ses écrits et déclara qu'ils faisaient autorité, condamnant Barlaam. Ce concile fut accepté par toutes les autres Églises Orthodoxes et devint dès lors normatif. Il influença grandement l'iconographie de saint André Roubleev et saint Théophane le Grec.

Dans ses écrits, saint Grégoire commença à explorer à la fois les Écritures et l'expérience de ce qui est appelé "Prière du coeur." Cette spiritualité n'était en rien nouvelle, ayant été pratiquée sous diverses formes depuis saint Maxime le Confesseur, saint Nil le Sinaïte et d'autres Pères qui seront par la suite repris dans la Philocalie, et avant eux dans nombre de traditions de prière monastique orale égyptiennes et palestiniennes. Le corps humain était important, et certains moines utilisaient des positions corporelles afin d'aider à la concentration dans la prière privée, agenouillés et la tête courbée, respirant lentement – d'où le quolibet dont Barlaam les avait affublés.

Saint Grégoire sentit que "connaître Dieu" était une partie du coeur même de l'anthropologie humaine. La distinction qu'il faisait entre "essence" et "énergies" de Dieu n'avait rien à voir avec les "catégories" dans la manière scolastique, mais était une manière d'expliquer que Dieu reste Dieu et "au delà" de l'expérience et du raisonnement humains, et cependant, à travers l'Incarnation, est capable de communion réelle et vraiment directement avec l'humanité. Il utilisa l'exemple suivant : regarder directement vers le soleil (essence) causera l'aveuglement, mais sans la lumière solaire (énergies) (qui est le soleil en action), toute vie cesserait. Cela tourne autour de la compréhension de ce que signifie la "grâce." Pour la théologie latine médiévale, la "grâce" était une "chose" (res) crée par Dieu et accordée à l'humain à travers le baptême et les sacrements. Pour la théologie patristique tant de l'Orient que de l'Occident, et pour saint Grégoire, la "Grâce" est "incréée." Ce n'est pas une "chose" mais en fait une extension directe de Dieu Lui-même, et elle est occasionnellement manifestée physiquement par la lumière (comme dans la Transfiguration ou à la Résurrection, ou dans l'Ancien Testament, la Shekinah – gloire dans le Tabernacle, ou l'effet sur la face de Moïse lorsqu'il eut "contemplé la face arrière de Dieu.") Les Pères la virent comme la présence littérale de Dieu qui transforme la Création. Et saint Grégoire enseigna que cette interaction directe avec Dieu n'était pas un fait spécial ou rare et confiné à quelque personnes dans l'histoire, mais que c'était ouvert à tout Chrétien baptisé.

Comme je l'ai dit, ce n'est pas un problème entre Orient et Occident, mais un problème de scolastique médiévale latine contre la compréhension antique occidentale et continuelle orientale. L'on pourrait affirmer que le changement en Occident était survenu à l'époque de Bernard de Clairvaux, qui est toujours discuté dans les livres d'histoire comme étant un moine frénétique et étroit d'esprit, qui s'opposait à la "raison humaine" et le persécuteur des bien-aimés Abelard et Héloïse. En fait, il s'opposait au changement de modèle (paradigme) de l'antique tradition patristique qui estimait impossible de voir l'homme comme vraiment homme si vu à part de Dieu, vers le concept ultérieur qui se déploiera en toute puissance à la Renaissance, qui voudra voir "l'homme" séparément de Dieu avec la spiritualité optionnellement ajoutée après coup. Pour l'antique monde Chrétien, il n'existait rien de tel que cet "homme naturel" avec une "couche de grâce sanctifiante" qu'il aurait subséquemment soit entièrement perdue (protestants), soit temporairement (catholiques-romains) lors de la Chute.

L'essentiel de tout cela, c'est que saint Grégoire a établit une "clarification" dans la dispute, qui sera utilisée pour comprendre ce qu'est la voie "Orthodoxe." Il cita et appliqua en fait les enseignements de saint Basile le Grand. Et après que ses enseignements aient été acceptés par l'Église comme faisant autorité, ils se fondirent tout simplement dans le paysage théologique. Comme la réintégration des Icônes dans la vie de l'Église après l'iconoclasme ou la théologie des Pères Cappadociens.

Contrairement à la théologie catholique-romaine (et son droit canon), la théologie Orthodoxe n'est pas prophylactique, c-à-d qu'elle n'établit pas des définitions tentant d'anticiper de futurs problèmes, et puis suit ces définitions. C'est plutôt comme un "centre d'intervention pour catastrophes," une fois qu'une discussion dégénère en controverse ayant un impact négatif sur les fidèles. La controverse, permise par Dieu, devient un moyen de clarification lorsqu'une erreur (ou peut-être qu'une meilleure description pourrait être un "malentendu") ou confusion surgit à propos de ce qu'est la Foi. C'est basé sur les faits, les clarifications dogmatiques le sont sur ce qui pose quelque problème. Ce n'est pas une définition "nette." Intentionnellement, cela n'intervient que sur là où il y a des problèmes perturbants. Ce que les catholiques-romains appellent "magesterium" (magistère) n'arrive que dans les controverses. En fait, le "code" de droit canon, même occidental, n'a été réalisé sous sa forme présente qu'au début du 20ème siècle. Jusqu'alors, il était comme c'est le cas pour nous, non pas un livre de règles, mais une collection d'éclaircissements sur la Foi et de précédents, principalement afin de guider les évêques à discerner comment diriger l'Église. Les enseignements de saint Grégoire tels qu'approuvés par le Concile de Constantinople sont entrés dans cette vaste collection de décrets, règles et lois (Canons).

Je me souviens d'un ami qui était prêtre catholique-romain et qui cherchait (en vain) quelque chose ressemblant à "l'instruction sur la sainte liturgie" qui préface le missel romain. Il n'y en a pas. Chaque prêtre apprend d'un autre "comment accomplir" la Liturgie. Les paroles sont les mêmes, mais le vaste corpus d'action liturgique n'a pas de véritable manuel de "savoir faire." Et cependant, chacun d'entre nous, "Grecs," "Russes,", etc, tenons le linge de communion, nous tournons dans la même direction, encensons, etc, virtuellement de la même manière. Cela laissa mon ami pantois. Et il est extraordinaire que le rituel de tout ce monde de l'Église que nous tenons tous pour acquis nous est transmis de la sorte. Cela explique certaines des différences d'un endroit à l'autre, qui semble être source de confusion (voire de scandale) pour les nouveaux convertis. Mais cela montre aussi à quel point c'est bien vivant.

C'est pour cela que non, nul ne pourrait écarter la théologie palamite, pas plus qu'on ne saurait le faire pour la vénération des Icônes, ou le titre de "Théotokos." C'est devenu une part du tissus de la compréhension que l'Église a de la Voie Orthodoxe.

Saint Grégoire Palamas ne fut pas seulement un moine, mais devint archevêque de Thessalonique et thaumaturge. Et l'hésychasme est fondamental pour les pratiques populaires de la prière et même de l'iconographie. Les "grands mots" tels que "déification," "synergie," et même "incarnation," sont comme "hésychasme," inconnus de la plupart des grands-mères Orthodoxes, cependant elles vivent malgré tout au sein de la spiritualité formés par eux. L'affligeant schisme interne qui a eu lieu dans l'Église de Russie au 17ème siècle avait son coeur partagé entre ritualistes et hésychastes, jusqu'alors combinés. Saint Nil Sorsky et tout le parti des non-possesseurs perdit la faveur royale et partit, non pas exactement au loin, mais vers l'existence cachée. S. Joseph de Volokolomsk fut préféré, et sa théologie de la "3ème Rome" couplée avec une grandiose liturgie se transforma pour finir en Vieux Croyants après Pierre le Grand.

Le bouleversement causé par les Turcs infligea aussi des dégâts et même l'Athos avait quasiment oublié cette profonde forme de prière, lorsqu'au 18ème siècle, saint Nicodème l'Hagiorite, et saint Macaire de Corinthe, "déterrèrent" les livres patristiques et les traduisirent en grec moderne, de sorte que les gens puissent les comprendre. Saint Païssios Velichkovsky, un moine Ukrainien, passa du temps sur l'Athos, apprit le grec, collationna des livres, et ensuite partit pour la Moldavie où il traduisit ces même livres en Slavon, ce qui leur permit de trouver le chemin de la Russie. C'est ce qui amena à la floraison spirituelle dont saint Séraphim de Sarov est l'exemple le plus célèbre. Le "Récit du Pèlerin Russe" est une forme populaire de prière hésychaste de base.

Vous trouverez probablement plus que vous ne voulez en savoir à propos de saint Grégoire et de ses enseignements sur (en anglais) :

http://www.monachos.net/patristics/palamas_theology.shtml

Espérant vous avoir été de quelque secours,
p. Nicholas

http://www.crypte.fr/homelies/palamas-materne.html

6.Posté par Vladimir.G: relancer le dialogue sur des bases nouvelles et plus iréniques le 11/03/2018 19:06
Mes commentaires 1 et 2 risquent d'induire le lecteur en erreur s'ils lui font penser que la doctrine de saint Grégoire est complètement acceptée par les Catholiques. La réalité est à l'opposé: la majorité des théologiens catholiques s'opposent toujours aux développements de St Grégoire sur la procession du Saint Esprit et surtout sa conception de la distinction de l’essence et des énergies divines, à partir des intuitions de saint Grégoire de Chypre. Ainsi dans sa Recension* du livre de Jacques Lison, dont je parle en 2 et 3, JC. Larchet écrit: "Dans le détail, on se montrera réservé sur l’affirmation de l’auteur, répétée de multiples fois, que Grégoire admet l’éventualité d’une « grâce créée » (pp. 117 121, 131 132, 199, 276): cette affirmation risque de prêter à confusion et de donner l’illusion d’une convergence entre les positions des uns et des autres, alors que ce que Grégoire a en vue dans les passages cités en référence concerne des sens particuliers et marginaux du mot « grâce » (qu’il prend justement bien soin de distinguer de la « grâce incréée et déificatrice »), et est très différent de ce que la doctrine thomiste a mis sous cette expression (le thomiste excluant d’ailleurs de son côté radicalement, il ne faudrait pas l’oublier, la conception orthodoxe de la déification de l’homme par la grâce incréée)

...
Après avoir lu ce livre, on espère que les théologiens catholiques qui en doutaient encore seront convaincus que la pensée de Grégoire Palamas se situe dans la ligne de celle des Pères grecs qui l’ont précédé, et que sa conception des énergies incréées en particulier « semble s’intégrer naturellement dans les grands thèmes théologiques, sotériologiques et mystiques qui l’avaient suscitée et qu’elle voulait défendre » (p. 279), J. Lison, s’étant largement attaché à le montrer. Mais on admettra sans doute plus difficilement de part et d’autre la conclusion, un peu légère, de l’auteur qu’entre la conception occidentale de la grâce créée et celle orientale de la grâce incréée, il n’y a qu’une différence de « sensibilité » (pp. 16, 96), ou que sur la question de la procession du Saint-Esprit on a affaire à la même foi selon des visions et des traditions théologiques dont la différence contribue à la catholicité (p. 279), même s’il est vrai, comme le souligne l’auteur à la suite de son maître le Père A. de Halleux dont il partage ici les perspectives, que « les principes de la scolastique occidentale [ne sauraient être] confondus avec le dogme catholique » (p. 11)."

On voit ainsi que, malgré la sympathie incontestable que J. Lison réussira éprouve à l'égard de St Grégoire, et qu'il cherche à faire partager à ses lecteurs catholiques, ses positions sont loin de s'accorder avec celles des théologiens orthodoxes. Il reste à espérer, avec JC. Larchet que, grâce à ce livre "le dialogue entre les théologies occidentale et orientale s’en trouvera, sur les questions abordées, relancé sur des bases nouvelles et plus iréniques."

* https://orthodoxie.com/recension_jacqu/

Nouveau commentaire :



Recherche



Derniers commentaires


RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile