Qui sont ces Russes qui ont rejoint la Résistance française ?
Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux citoyens russes et soviétiques ont rejoint les rangs de la Résistance pour lutter contre l'occupation nazie côte à côte avec le peuple français. Aujourd'hui, nous revenons sur leur histoire.

Si la Résistance française a joué un rôle clé dans le combat contre l’occupation allemande, on aborde rarement la question de la participation étrangère, et notamment l’engagement des personnes d’origine russe, dans la lutte contre l’Allemagne nazie. Et pourtant, ils furent nombreux à combattre avec les Français contre l'ennemi commun. En cette période historique tragique, les destins des Russes et des Français se sont croisés.

Selon le dernier recensement réalisé avant la guerre en 1936, la France comptait près de 80 000 Russes ou naturalisés d’origine russe. Beaucoup d’entre eux sont venus en Europe à la suite de la révolution de 1917. Certains exilés, tantôt appelés Russes blancs, tantôt émigrés de la première vague, ont après le drame du déracinement rejoint la Résistance dès la première année de l’occupation pour défendre la France et ses valeurs.

Le phénomène de la participation russe dans la Résistance comprend deux aspects : d’un côté on retrouve les émigrés russes révoltés par l’offensive allemande contre l’URSS, et de l’autre côté des prisonniers de guerre soviétiques envoyés par les Allemands pour réaliser des travaux forcés en France. Après leur évasion, ces soldats soviétiques rejoignaient souvent les groupes de la Résistance.

Voici ce qu'écrivait après la guerre Godefroy Louis, colonel de la Résistance, dans une lettre adressée au général de Gaulle (selon les propos publiés dans la Revue Russe en 2005) : «Monsieur le président, mon Général ! (…) Après la libération de notre patrie, les ressortissants de multiples pays qui combattirent courageusement dans les rangs de la Résistance française regagnèrent leurs pays. (…) C’était notamment le cas d’un groupe de combattants soviétiques, évadés de la captivité hitlérienne, qui complétèrent l’un de nos glorieux détachements… Leur départ empêcha de leur témoigner la reconnaissance bien méritée de notre patrie.»

Les partisans russes combattaient courageusement dans toute la France : près de Nancy, dans les monts de Dordogne, dans la région du Pas-de-Calais, sur le front de Normandie, dans le sud de la France, près de Lyon. Ils ont participé à la libération de Bordeaux, Toulouse, Limoges, Nîmes, Clermont-Ferrand, Paris et d’autres villes. Coude à coude avec des résistants français, ils affrontaient les Allemands, organisaient des évasions des camps, et faisaient de la propagande antinazie. En 1960, un groupe de citoyens soviétiques, membres de la Résistance, ont été récompensés par la France pour leur courage dans les batailles pour la libération du pays.

«Les Russes résidant en France se mettent en 1942 à réfléchir à la mise en place de leurs propres réseaux de Résistance. Pour de nombreuses raisons, des cellules de résistants russes ne pouvaient fonctionner seules, des liens avec les organisations françaises étaient indispensables. Aussi, les Russes s’intégrèrent au mouvement français de la Résistance. Boris Vildé, chercheur d’origine russe, émigré, travaillait au Musée de l’Homme. Il fonda en 1940 le journal clandestin Résistance», explique Xénia Krivochéine, artiste peintre, essayiste, auteur de nombreux ouvrages sur la vie de la mère Marie Skobtsova, qui a étudié en profondeur les archives de l’émigration russe, et a publié, en Russie comme en France, des textes littéraires et historiques.

«Le premier article qu’il publia dans ce journal commençait par la phrase : Le général de Gaulle nous appelle à résister. Résister signifie ne pas capituler, ni dans son esprit, ni dans son cœur. L’essentiel est d’agir !»
Qui sont ces Russes qui ont rejoint la Résistance française ?

Cependant, les évadés soviétiques pouvaient compter non seulement sur le soutien des partisans français, mais aussi sur de nombreuses organisations clandestines fondées dès le début de la guerre au sein de l’émigration russe. L’une d’entre elles, «L’Action orthodoxe», fondée avant la guerre rue de Lournel à Paris par la religieuse russe mère Marie (émigrée russe) a été rebaptisée dès l’occupation «Centre de Lournel». Elle devient très vite l’un des principaux centres de la résistance russe. Cette organisation a caché des gens traqués par la Gestapo et fourni de faux papiers d’identité aux membres de la Résistance ou des faux certificats de baptême aux juifs afin de dissimuler leur origine et de les sauver de la déportation. La courageuse mère Marie a réussi à sauver trois enfants juifs du Vélodrome d'hiver à Paris. Dénoncée, elle a été déportée à Ravensbrück où elle a trouvé la mort quelques semaines avant la fin de la guerre.

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Mais il est impossible d'énumérer tous les Russes qui, au cours de cette époque effroyable, ont fait preuve de leur immense courage.

Xénia Krivochéine revient néanmoins sur quelques noms : «Anatole Levitzky, Vicky-Véra Obolensky, Tamara Volkonskaïa, Igor Krivochéine, Cyrille Krivochéine, Ariadna Skriabine, Zinaïde Chakhovskaïa, D.Amilakhvari, C. Radichtchev, G. Rabinovitch, A.Ougrimov, mère Marie Skobtzov, père Dimitri Klepinine… Ce n’est qu’une partie des chercheurs, des fidèles orthodoxes, des intellectuels qui étant émigrés ont su s’intégrer à la vie française. Ils appartenaient aux couches sociales les plus diverses, simples ouvriers comme représentants de familles nobles. Mais lorsque la guerre commença, ils décidèrent de défendre la France ainsi que la Russie. Nombreux parmi eux périrent en martyrs, plusieurs furent décorés par le général de Gaulle de la Médaille de la Résistance et de la Croix de guerre.» Elle cite également l'histoire de Igor Krivochéine, le père de son mari Nikita Krivochéine, qui ayant survécu aux camps de Buchenwald et Dachau réussit à faire paraître en 1947 deux cahiers du «Messager des volontaires russes, partisans et résistants en France». Ces recueils exceptionnels relatent les exploits accomplis par les Russes sous l’occupation et pendant la résistance.

Aujourd'hui, nous avons la responsabilité devant le courage et l'abnégation de ces gens de préserver leur mémoire, de nous souvenir de leurs destins tragiques, de valoriser cet héritage commun franco-russe. «Les noms de ces résistants sont bien connus en France comme en Russie. Il y a au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois, non loin de Paris, un monument avec des plaques mentionnant les noms de ces Russes. Nombre d’entre eux n’ont pas de sépulture. L’une de ces plaques mentionne la princesse Vicky Obolensky, guillotinée par les nazis à Berlin. Il est prévu de graver sur l’une de ces plaques le nom de la moniale Marie Skobtsov, résistante active ayant péri dans le camp de Ravensbrück en 1945. L’une des rues de Paris porte son nom», ajoute Xénia Krivochéine.

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Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 19 Mai 2020 à 18:34 | 0 commentaire | Permalien


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