V.G.

Les textes de la IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire * (cf 1)

" L’Église orthodoxe a toujours été en faveur du dialogue tant pour des raisons théologiques que pour des raisons pastorales. Au cours de ces dernières années, elle a entamé un dialogue théologique avec un grand nombre d’Églises et de Confessions chrétiennes, dans la conviction qu’à travers ce dialogue elle donne un témoignage dynamique de ses trésors spirituels à tous ceux qui se trouvent en dehors de ses limites, et dans le but de préparer la voie conduisant vers l’unité." Ainsi commencent "les textes de la IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire (Chambésy 1976) sur la participation au Mouvement œcuménique et dialogues théologiques bilatéraux, officiellement engagés avec les autres Églises chrétiennes" (titre officiel), qui ont été signés par tous les chefs des délégations, publiés par le Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique. (Les passages ont été mis en gras par le rédacteur) (…)

"Les dialogues théologiques bilatéraux actuels, annoncés par des Conférences panorthodoxes, sont l’expression de la décision unanime de toutes les très saintes Églises orthodoxes locales qui ont le devoir suprême de participer activement et avec continuité à leur déroulement ; ceci afin de ne pas mettre d’obstacle au témoignage unanime de l’Orthodoxie pour la gloire du Dieu Trinitaire.
(…)
La conclusion de tout dialogue théologique proclamé officiellement correspond à l’achèvement de la tâche de la Commission théologique mixte désignée à cet effet ; c’est alors que le Président de la Commission interorthodoxe soumet un rapport au Patriarche œcuménique, lequel, en accord également avec les Primats des saintes Églises orthodoxes locales, proclame la clôture du dialogue. Aucun dialogue n’est considéré comme achevé avant que sa fin ne soit proclamée par une telle décision panorthodoxe.

La décision panorthodoxe, au cas où un dialogue théologique s’achèverait avec succès, de rétablir la communion ecclésiale doit pouvoir se fonder sur l’unanimité de toutes les Églises orthodoxes locales."
Suit le compte rendu du dialogue avec les différentes confessions hétérodoxes: les Anglicans, les Vieux-Catholiques, Les Anciennes Eglises Orientales, les Catholiques romains, les Luthériens et les Réformés où chaque commission indique les points d'achoppements. Puis vient le compte rendu sur les relations avec le mouvement œcuménique qui commence par: " 1. L’Église orthodoxe, dans sa conviction intime et dans sa conscience ecclésiale d’être la détentrice et le témoin de la foi et de la tradition de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, croit fermement qu’elle occupe une place centrale dans le monde d’aujourd’hui pour ce qui touche au progrès de l’unité des chrétiens."

Points nécessitant une action immédiate

a). La nécessité de trouver au sein du Conseil œcuménique des Églises, de la Conférence des Églises européennes et des autres Organisations interchrétiennes les conditions nécessaires pour permettre aux Églises orthodoxes d’agir à égalité avec les autres membres des Organisations susmentionnées, sur la base de leur propre identité ecclésiologique et selon leur propre mode de pensée ; ce qui souvent n’est pas le cas, vu la structure et les principes de procédure qui régissent le fonctionnement des Organisations interecclésiales précitées.
Il faut en outre que soient élaborées, tant au sein du COE que des autres Organisations, de nouvelles dispositions nécessaires pour que l’Église orthodoxe puisse donner le témoignage et la contribution théologique qu’attendent d’elle ses partenaires du Mouvement œcuménique.
En ce qui concerne particulièrement les relations de l’Église orthodoxe avec le COE, il faut que soient appliqués également les autres points figurant dans les Desiderata de Sofia et dont on ne s’est pas encore soucié.

b) L’Église orthodoxe, dans sa participation au dialogue théologique multilatéral mené dans le cadre de la Commission « Foi et Constitution », doit trouver les moyens de coordonner ses efforts, notamment en ce qui concerne les critères ecclésiologiques de sa participation à ce dialogue multilatéral.
Ces textes donnent donc une position officielle des Églises, mais ils n'ont pas de portée canonique avant leur approbation par le Concile. Ils restent, à mon sens assez vagues, indicatifs et pas du tout contraignants.

Les principes fondamentaux régissant les relations de l’Église orthodoxe russe avec l'hétérodoxie ** (cf 2)

Promulgués par le Concile de l’Église russe (Concile épiscopal en 2000, Concile local en 2008) ces "Principes fondamentaux ont une portée canonique certaine; ils se référent aux textes précédents, mais vont aussi plus loin et sont plus précis. Je ne saurais trop "conseiller de les étudier entièrement et je n'en donne ci-dessous que quelques extraits à titre d'exemple (titres d'origine):

Ils commencent par une affirmation très claire:
"1. L'unité de l'Eglise et le péché des divisions humaines"
" 1.1. L'Église orthodoxe est la véritable Église du Christ, fondée par notre Seigneur et Sauveur Lui-même, l'Église que l'Esprit Saint a établie et qu'Il remplit, l'Église dont le Sauveur lui-même a dit : "Je bâtirai mon Église et les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle " (Mt 16, 18). Elle est l'Église Une, Sainte, Universelle2 et Apostolique, gardienne et dispensatrice des Sacrements saints dans le monde entier, "colonne et fondement de la vérité " (1 Tm 3, 15). Elle porte en plénitude la responsabilité de diffuser la Vérité de l'Évangile du Christ, de même que la plénitude du pouvoir de témoigner de la "foi, transmise aux saints une fois pour toutes" (Jd 3) "

qui est réaffirmée plus loin:

" 1.18. L'Église orthodoxe est la véritable Église, dans laquelle sont conservées inaltérées la Sainte Tradition et la plénitude de la grâce salvatrice de Dieu. Elle a conservé dans leur totalité et dans toute leur pureté l'héritage des Apôtres et des saints Pères. Elle reconnaît l'identité de sa doctrine, de sa structure liturgique et de sa pratique avec la prédication apostolique et la Tradition de l'Église Ancienne. "

Ils comportent des indictions précises, par exemple concernant les excommuniés:

"… Dans la vision de l'Église Ancienne, l'excommunication était l'exclusion de l'assemblée eucharistique. Mais la réception dans la communion ecclésiale d'un excommunié ne s'effectuait jamais par la réitération du baptême. La foi dans le caractère indélébile du baptême est confessée dans le Symbole de foi de Nicée-Constantinople: "Je confesse un seul baptême pour la rémission des péchés". La 47e règle des Apôtres déclare: "L'évêque ou le prêtre qui baptise de nouveau quelqu'un qui est vraiment baptisé... qu'il soit destitué".

1.11. En cela l'Église témoignait que l'excommunié conserve le "sceau" de l'appartenance au peuple de Dieu. Accueillant à nouveau l'excommunié, l'Église rend à la vie celui qui a déjà été baptisé par l'Esprit dans le Corps unique. Excluant de sa communion un de ses membres, marqué par elle du sceau au jour de son baptême, l'Église espère en son retour. Elle considère l'excommunication elle-même comme un moyen de renaissance spirituelle de l'excommunié."

ou pour les schismes:

" 1.14. Les erreurs et les hérésies apparaissent la conséquence d'une auto-affirmation et d'un isolement égoïstes. Toute scission, tout schisme entraînent à un degré ou à un autre la déchéance de la plénitude ecclésiale. La division, même si elle ne découle pas de raisons d'ordre doctrinal, est une atteinte à la doctrine de l'Église et en fin de compte conduit à une altération de la foi "

2. Efforts pour rétablir l'unité

2.1. L'objectif le plus important des relations que l'Église orthodoxe entretient avec l'hétérodoxie est le rétablissement de l'unité des chrétiens (Jn 17, 21), qui entre dans le dessein divin et appartient à l'essence même du christianisme. C'est une tâche d'importance primordiale pour l'Église orthodoxe à tous les niveaux de son existence." (…)
2.5. Absolument inacceptable (…) est la théorie dite "des branches", qui considère comme normale et providentielle l'existence du christianisme sous forme de "branches" distinctes (…)
2.8. Inacceptable, également la pensée que toutes les divisions sont des malentendus tragiques, que les désaccords ne paraissent inconciliables que par manque d'amour mutuel et de compréhension, qu'en dépit de toute la différence et de toute la dissemblance il y a une unité et un accord suffisants "sur l'essentiel ". Les séparations ne peuvent pas être ramenées à des passions humaines, à l'égoïsme, ni à plus forte raison aux circonstances culturelles, sociales ou politiques. L'affirmation selon laquelle ce qui distingue l'Église orthodoxe des communautés chrétiennes avec lesquelles elle n'est pas en communion sont des questions d'un caractère secondaire, est tout aussi inacceptable. On n'a pas le droit de réduire toutes les divisions et les désaccords aux seuls facteurs non théologiques."
(…)

2.12. L'unité de l'Église est avant tout unité et communion dans les sacrements. Mais l'authentique communion dans les sacrements n'a rien de commun avec la pratique appelée "intercommunion". L'unité ne peut se réaliser que dans l'identité de l'expérience et de la vie dans la grâce, dans la foi de l'Église, dans la plénitude de la vie sacramentelle dans l'Esprit Saint.

2.13. La restauration de l'unité chrétienne dans la foi et l'amour ne peut venir que d'en haut, comme un don du Dieu Tout-Puissant. La source de l'unité est en Dieu et pour cette raison les seuls efforts humains en vue de son rétablissement seront vains, car "si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que peinent les bâtisseurs" (Ps 126, 1). Seul notre Seigneur Jésus-Christ qui nous a donné le commandement de l'unité peut nous donner la force de l'accomplir, car Il est "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14, 6). Et la tâche des chrétiens orthodoxes est de collaborer avec Dieu à l'œuvre du salut dans le Christ."

Suivent des indications très concrètes sur

3. Le témoignage orthodoxe face au monde hétérodoxe

4. Dialogue avec l'hétérodoxie

5. Dialogues multilatéraux et participation au travail des organisations inter-chrétiennes

6. Relations de l'Église orthodoxe russe avec l'hétérodoxie sur son propre territoire canonique, où le texte précise en particulier: " Reconnaissant aux chrétiens hétérodoxes le droit au témoignage et à la formation religieuse dans les groupes de population qui leur appartiennent traditionnellement, l'Église orthodoxe s'élève contre l'action missionnaire destructive des sectes."

7. Tâches internes liées aux dialogues avec l'hétérodoxie

* * *

Les "Principes Fondamentaux" se terminent par une " "Conclusion

Le millénaire qui s'achève a été marqué par la tragédie de la division, de l'hostilité et de l'aliénation mutuelle. Au XXe siècle les chrétiens divisés ont manifesté l'aspiration à retrouver l'unité dans l'Église du Christ. L'Église orthodoxe russe a répondu par son empressement à mener un dialogue de vérité et d'amour avec les chrétiens hétérodoxes, un dialogue inspiré par l'appel du Christ et par le terme voulu par Dieu de l'unité chrétienne. Et aujourd'hui, au seuil du troisième millénaire de la Nativité selon la chair de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, l'Église orthodoxe appelle de nouveau avec amour et instance tous ceux pour qui le nom de Jésus-Christ est béni au dessus de tout autre nom sous le ciel (Ac 4, 12), à la bienheureuse unité dans l'Église: "Notre bouche s'est ouverte vers vous... notre cœur est grand ouvert" (2 Co 6, 11)."

Suivie par une "Annexe: Histoire et spécificité des dialogues théologiques avec l'hétérodoxie":

Le texte reprend en l'actualisant et en la précisant la situation du dialogue avec les différentes confessions chrétiennes. C'est là qu'est affirmé "le maintien de la succession apostolique des ordinations" chez les Catholiques de même que "le caractère du développement des bases doctrinales et de l'ethos de l'Église catholique romaine qui va assez souvent à l'encontre de la Tradition et de l'expérience spirituelle de l'Église Ancienne." Les progrès du dialogue avec les Orthodoxes orientaux, les Vieux Catholiques, les Luthériens et les Anglicans sont soulignés (mais aussi les divergences internes chez ces derniers). Et le texte indique enfin les difficultés du "mouvement œcuménique":

"(…) Tout en participant au mouvement œcuménique, les orthodoxes proclament cependant d'une façon absolument claire et sans ambiguïté qu'ils ne partagent pas la conception hétérodoxe de l'œcuménisme. Pour les orthodoxes, l'important n'est pas ce que le mouvement œcuménique représente aujourd'hui, mais ce que le mouvement œcuménique pourrait être, pourrait devenir, grâce à l'action sage et patiente en lui du "levain" du témoignage orthodoxe.

Sur les principes qui régissent l'attitude de l'Église orthodoxe russe vis à vis de "l'unité œcuménique" et de ses formes institutionnelles, le prêtre martyr Hilarion (Troitzky) s'est exprimé, en réponse à l'un des leaders du mouvement œcuménique, et inspirateur de la fondation du Conseil œcuménique des Églises, Robert Gardiner. Après s'être livré dans sa réponse à une critique impitoyable de "l'ecclésiologie œcuménique " qu'apparemment partageait Gardiner, saint Hilarion conclu néanmoins sa lettre: "Ne croyez pas que mon désaccord catégorique avec votre conception de l'unité de l'Église soit une condamnation de l'idée même de conférence mondiale sur l'unité (prototype du COE); non, j'ai déjà dit ma pleine bienveillance dans la prière à l'égard de la conférence projetée. Mais je suis fermement convaincu que ce serait un immense pas sur la route de l'union si cette conférence affirmait avant tout la vérité sur l'unité de l'Église et ne considérait pas toutes les confessions et sectes chrétiennes modernes dans leur ensemble comme l'unique Église du Christ qui n'aurait perdu que son unité visible".

Et plus spécialement sur le COE:

" Le mouvement œcuménique contemporain est en état de crise. La cause en est l'affaiblissement de l'aspiration à l'unité, la baisse de la détermination et de la volonté nécessaires à la " conversion ", au renouvellement catholique. C'est précisément cela qui pousse au premier chef l'Église orthodoxe russe à reconsidérer son attitude à l'égard du Conseil œcuménique des Églises. Les tendances négatives apparues dans le COE ont pour résultat que l'Église orthodoxe russe se trouve dans la nécessité de se tenir prête à changer sa position à l'égard du COE. Au reste, une telle décision, ne doit pas être prise tant que n'auront pas été épuisés tous les moyens pour modifier le caractère du COE."

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cf.1 Les textes de la IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire *
cf.2 Les "Principes fondamentaux régissant les relations de l’Église orthodoxe russe avec l'hétérodoxie"


Rédigé par Vladimir GOLOVANOW le 9 Novembre 2011 à 14:01 | 2 commentaires | Permalien