Saint Philippe  de Moscou et son ami d’enfance d’Ivan IV, dit le Terrible
Métropolite de Moscou et de toute la Russie (1507- 1569)

En 1565, Ivan tira son ami d’enfance de son monastère de Solovki pour le mettre à la tête de l’Église orthodoxe. Désigné pour être métropolite de Moscou, il sut résister aux cruautés du tsar Ivan et il lui dit la Vérité dans la cathédrale même de la Dormition au Kremlin. Le nouveau prélat, loin d’être un allié, va s’opposer corps et âme au tsar. Au péril de sa vie. Conflit spirituel, incandescent et violent. Tortures, décapitation, supplices en tout genre. Il est impossible de comprendre la Russie sans s’interroger sur ce personnage qui demeure le plus important de notre histoire. Ivan IV fut le premier à se donner le titre de Tsar (du latin caesar) et il a créé la matrice du pouvoir russe qui demeure inchangée.

Sa personnalité complexe a beaucoup compté : c’était un homme éminemment doué et instruit, à la fois musicien et écrivain, mais en même temps son cas ressort de la maladie mentale avec une double, voire une triple personnalité ! Il n’était pas seulement un tyran, mais aussi un tortionnaire doublé d’un maniaque.Le métropolite Philippe c’est un homme de la Renaissance, ouvert et tourné vers l’avenir- mais aussi un brillant inventeur et un architecte.

Saint Philippe  de Moscou et son ami d’enfance d’Ivan IV, dit le Terrible
Ivan le Terrible est, lui, resté jusqu’à sa mort un homme profondément du Moyen Âge, qui refusait tout changement politique, culturel et esthétique.

À cause d’Ivan le Terrible, la Russie a raté sa Renaissance. Il a cassé quelque chose dans le pays. Cet affrontement est emblématique de son action : pour imposer son pouvoir d’essence divine, Ivan IV devait sacrifier cet hiérarque. Il vivait dans un rêve apocalyptique, persuadé que la fin du monde était proche et Philippe était un obstacle, car il incarnait une vérité absolue, une vérité religieuse qui l’encombrait et concurrençait la sienne.

Selon Ivan IV, puisque son pouvoir émanait de Dieu, il n’avait pas besoin de signer un contrat avec ses sujets. Le seul registre possible était celui de l’adoration. Si les récoltes étaient mauvaises, si la guerre était perdue, c’est que le peuple n’aimait pas suffisamment son souverain. Et tout manque d’amour appelait une punition. Pour le tsar, chacun était coupable, chacun était un traître, donc peu importait de rechercher et châtier les vrais responsables. Concrètement, on pouvait torturer et décapiter le premier venu. Le métropolite Philippe, qui s’est opposé ouvertement à cette idée d’adoration aveugle du pouvoir, devait dès lors être éliminé. Philippe incarne ces êtres humains qui, même dans les époques les plus sinistres, sont prêts à sacrifier leur vie.

Ivan le Terrible éloigné de la religion orthodoxe.

Mais sa garde rapprochée était habillée comme des moines. Il a créé une église étrange dans son palais et il disait la messe pendant la nuit, de minuit à 5 heures du matin, entouré de ses guerriers. Ivan IV adorait le théâtre et le déguisement. Les gens ne veulent pas connaître la réalité du règne d’Ivan le Terrible.*
Ivan IV a engendré ce mythe typiquement russe qui veut que le pouvoir soit implacable, féroce, dans l’intérêt même de la nation. Le deuxième mythe veut que la Russie soit entourée de pays ennemis qui concourent à sa perte et que l’Occident déteste la Russie.
Les chrétiens, et même les évêques, par peur du tsar ne le soutinrent pas le métropolite Philippe. Il fut déposé par un concile local, exilé dans un monastère près de Tver et c'est là que le sbire de l'empereur vint l'étrangler.

A l’initiative du patriarche Nikon les reliques de Philippe furent transportées à Moscou en 1652 et Philippe fut par la suite canonisé.

"P.O." Icône de Saint Philippe brodée par mère Marie (Skobtsov) en 1936 à Paris. L'icône se trouve actuellement dans la paroisse Saint Séraphin, rue Lecourbe, Paris,15e

Saint Philippe  de Moscou et son ami d’enfance d’Ivan IV, dit le Terrible

Rédigé par Parlons d'orthodoxie le 22 Janvier 2018 à 07:52 | 2 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Laurence Guillon le 10/01/2018 05:22
Je ne suis absolument pas d'accord avec cet article. D'abord le métropolite Philippe n'était pas l'ami d'enfance du tsar, car il était de vingt ans plus âgé que lui. Cependant, il y avait entre eux de l'affection. Ensuite, ce n'était pas du tout un "homme de la Renaissance", c'était un higoumène orthodoxe, tout ce qu'il ya de plus orthodoxe et médiéval qui avait participé au concile des Cent Chapitres où, avec le tsar, l'Eglise avait redéfini les canons, pour que tout soit clair vis à vis notamment de l'Eglise grecque qu'Ivan soupçonnait d'uniatisme. C'est pourquoi du reste, entre autres, cent ans plus tard, la réaction aux réformes du patriarche Nikon a été si violente de la part des vieux croyants. Que la Russie ait "raté sa Renaissance" est à mon avis impossible à envisager pour un orthodoxe. Je dirais qu'elle lui a échappé mais que Pierre I la fourrée dans l'Europe n'importe comment en la divisant, et en préparant le terrain de la révolution. Si Philippe s'opposait à Ivan c'était essentiellement à cause de l'Opritchnina qui, justement, divisait le pays en deux, et de ses exactions que sans doute le tsar, malgré toute sa violence naturelle, ne contrôlait pas toujours. Il faut savoir qu'après la dissolution de cette organisation, il avait interdit de prononcer ce mot devant lui. Le"monastère" de l'Opritchnina était également impossible à approuver pour un métropolite orthodoxe. Mais le tsar se voyait en higoumène de toute la Russie, responsable du salut de chacun de ses sujets. Il est certain qu'après la mort de sa femme, il a pété un plomb, et que les choses ont pris une tournure fâcheuse, cependant, il apparaît de plus en plus qu'on lui a attribué beaucoup d'atrocités complètement imaginaires. Lui-même écrit à Kourbski (qui l'avait trahi): "quel monarque serait assez stupide pour massacrer ses propres sujets?" et en effet, un monarque médiéval était la tête d'un grand organisme, si l'organisme périssait, lui aussi, et cela, Ivan le savait. Je suis allée plusieurs fois à Alexandrov, sa résidence, j'ai assisté à une journée entière de conférences, en réalité, on sait peu de choses sur lui, et peu de sources sont fiables. Il a fait moins de victimes qu'Henri VIII "seulement" de 4 à 8000 personnes, c'est peu pour l'époque, c'est beaucoup moins que le pouvoir soviétique, et sans doute que Pierre le Grand. Mais Pierre le Grand étant une personnalité "éclairée", pro occidentale, on peut le célébrer et lui élever des statues. On n'a trouvé aucune trace des massacres qui auraient accompagné l'armée du tsar en route pour Novgorod. J'ai trouvé une "byline" à sa gloire d'une grande poésie: le peuple le célébrait, alors que Pierre I était représenté à sa mort comme le chat enterré par les souris! Certes, il n'y est pas allé de main morte avec sa noblesse (qui trahissait souvent effectivement), immolant par familles entières, certes, il avait des côtés violents et débauchés, semble-t-il, mais les choses sont loin d'être aussi caricaturales et orientées que dans l'article que vous présentez. Ce fut un grand chef d'état et un personnage fascinant et tragique. Je vous conseille de lire la biographie de Catherine Durand-Cheynet, la seule que je connaisse qui essaie de comprendre cet homme en occident. Les catalogues d'atrocités et les considérations sur sa folie et son caractère médiéval arriéré sont par trop simplistes et dépassés.Non qu'Ivan fut blanc bleu mais il est devenu un enjeu politique entre libéraux et staliniens, or c'était un monarque orthodoxe médiéval. Quand j'ai lu la vie de l'archiprêtre Avvakum écrite par lui-même, il raconte comment l'officier qui le convoyait à travers la Sibérie, au XVII° siècle, avait un jour failli le faire empaler. Un simple sous-fifre. Alors il faut remettre le personnage d'Ivan dans son contexte et dans le contexte de l'Europe de l'époque où se déroulaient les guerres de religion et la chasse aux sorcières...Non qu'Ivan fut blanc bleu mais il est devenu un enjeu politique entre libéraux et staliniens, or c'était un monarque orthodoxe médiéval que ni les uns ni les autres ne sont à même de comprendre. Quand j'ai lu la vie de l'archiprêtre Avvakum écrite par lui-même, il raconte comment l'officier qui le convoyait à travers la Sibérie, au XVII° siècle, avait un jour failli le faire empaler. Un simple sous-fifre. Alors il faut remettre le personnage d'Ivan dans son contexte et dans le contexte de l'Europe de l'époque où se déroulaient les guerres de religion et la chasse aux sorcières...
Non qu'Ivan fut blanc bleu, le métropolite ne lui a pas refusé sa bénédiction pour rien, mais il est devenu un enjeu politique entre libéraux et staliniens, or c'était un monarque orthodoxe médiéval. Quand j'ai lu la vie de l'archiprêtre Avvakum écrite par lui-même, il raconte comment l'officier qui le convoyait à travers la Sibérie, au XVII° siècle, avait un jour failli le faire empaler. Un simple sous-fifre. Alors il faut remettre le personnage d'Ivan dans son contexte et dans le contexte de l'Europe de l'époque où se déroulaient les guerres de religion et la chasse aux sorcières... Cet article me paraît sommaire et malhonnête.

2.Posté par Laurence Guillon le 10/01/2018 05:26
Quand je pense qu'en plus l'article dit "il est impossible de comprendre la Russie" sans admettre tout ce qu'il raconte! Le métropolite Philippe n'était pas un démocrate, il soutenait l'idée de Moscou troisième Rome, et c'était une belle idée, dommage que le tsar ait pété les plombs. Oui, pour comprendre la Russie, il faut comprendre Ivan le Terrible et la Russie médiévale mais ce n'est pas cet article qui aidera à le faire, car c'est celui d'un occidentaliste qui déteste ce terrain méconnu dont il parle n'importe comment!

3.Posté par Affeninsel le 10/01/2018 20:03
Posts 1 et 2 : Merci pour ces précisions au sujet de l'article. Si vous niez le nombre de morts attribué à Ivan IV, et les dénominations (à mon sens peu appropriées) de "moyen-âge" et "renaissance" auxquels l'auteur de l'article a effectivement l'air d'attribuer des valeurs inverses à celles qu'on attendrait d'un point de vue orthodoxe, rejetez-vous l'idée qu'Ivan ait été sinon fondateur au moins très typique de l'esprit d'autocratie russe qui empoisonne encore son existence moderne ?

Car à mes yeux c'est bien là (certains font dériver cette mentalité de l'empreinte laissée par les Khans en Russie) ce qui est le plus problématique dans la manière dont la Russie se conçoit, et mène la vie ecclésiastique, par ailleurs. Sainte Marie de Paris, qui avait tout spécialement en horreur le mélange entre autorité spirituelle et pouvoir temporel, n'a pas brodé cette icône pour rien.

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