Site de l'OLTR - Editorial de Décembre 2017 - Le Concile de Moscou de 1917-1918
On parle beaucoup du concile de Moscou ces temps-ci car on vit, actuellement, son centenaire.

Ce fut un événement fondamental pour l'Eglise russe. Elle était, en effet, mise sous tutelle de l'Etat depuis Pierre le Grand et fonctionnait comme une administration dirigée par un fonctionnaire ayant rang de ministre (« l'Oberprocureur »).

Bien que l'Etat fût orthodoxe, cette situation était profondément anormale et pesait lourdement sur la vie de l'Eglise. L'empereur en était conscient et était acquis à l'idée qu'un concile devait avoir lieu, mais il pensait qu'il fallait attendre des jours meilleurs. Il avait, du reste, autorisé la longue et minutieuse préparation du concile, commencée en 1905. Ce fut, d'ailleurs, une époque de renouveau de la théologie en Russie.

Cependant, les événements se précipitèrent. L'abdication du Tsar et les bouleversements, par ailleurs dramatiques, qui suivirent, amenèrent les autorités religieuses à convoquer le concile sans plus attendre. On le voit, l'objet du concile fut de créer le nouveau cadre de fonctionnement que l'Eglise était enfin libre de se constituer.

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L'œuvre principale du concile fut le rétablissement du Patriarcat.

Cela ne se fit pas sans discussions. Il y avait, en effet, des courants qui s'opposaient au principe « monarchique » dans l'Eglise et qui préféraient établir à sa tête non un patriarche mais un synode, c'est-à-dire une assemblée d'évêques. Le métropolite Euloge s'est fait l'écho de ce mouvement dans ses mémoires, répandu selon lui, dans les milieux des professeurs « de gauche » des facultés de théologie / Voir citation [i] /.

Ce n'est que quand commencèrent les persécutions que le principe du patriarcat fut adopté par tous. A l'occasion de l'élection du Patriarche, l'Eglise montra qu'elle plaçait toute sa confiance et son espérance dans le Saint Esprit. La désignation du Patriarche résulta d'un vote qui élit trois candidats mais le choix final fut opéré par un tirage au sort, afin de laisser ostensiblement toute liberté au Saint Esprit de désigner le Primat.

Par ailleurs, de nombreuses discussions eurent lieu concernant la participation des laïcs. Toute une série d'instances composées de laïcs furent créées à tous les niveaux dans le domaine de l'administration des biens de l'Eglise. Elles fonctionnaient largement sur des principes démocratiques (mais il est intéressant de noter que le dernier mot restait toujours à l'épiscopat). Cependant, on ne peut nier que se sont manifestés des courants dits « modernistes » qui tendaient à diminuer l'autorité des évêques au profit d'autres membres de l'Eglise, prêtres, laïcs et à organiser une certaine démocratie, parfois confondue avec la conciliarité.

Un peu plus tard, ce courant provoqua même un schisme dans l'Eglise, le schisme des « obnovlentsy » (du mot « renouveau ») autrement dit les modernistes. Ce schisme fut largement soutenu par les bolcheviques pour diviser et affaiblir l'Eglise. Il reçut, même, des soutiens plus inattendus, comme celui du Patriarcat de Constantinople qui traversait, alors, une période difficile, liée à la chute de l'Empire Ottoman. Mais la présence d'un Patriarche à la tête de l'Eglise russe facilita grandement la lutte contre ce schisme car il fut toujours clair qu'autour du Patriarche était l'Eglise et que ceux qui ne reconnaissaient pas l'autorité du Patriarche était hors de l'Eglise.

Le concile ne put mener ses travaux à leur terme. La révolution bolchévique déclencha, immédiatement, une politique d'écrasement de l'Eglise qui ne permit à celle-ci de vivre normalement. Elle fut l'objet au contraire de persécutions féroces. Les évêques, les prêtres, les diacres et lecteurs et les simples laïcs furent fusillés par dizaines de milliers. Au pire moment, il n'y eut plus que quatre évêques en liberté et presque toutes les églises étaient fermées. Seule l'action de l'Esprit Saint, auquel l'Eglise russe avait confié son destin, a pu la maintenir et lui permettre de revivre après la déroute de ses ennemis. Le concile eut, de la sorte, une action prémonitoire et sa tenue, juste avant les persécutions, a contribué, sans aucun doute, à cette survie miraculeuse de l'Eglise. Et l'intense renouveau théologique qui accompagna le concile a, certainement, facilité sa résurrection à l'époque actuelle.

Séraphin Rehbinder

Président de l'OLTR
Décembre 2017
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[i] La "gauche", c'est-à-dire les professeurs laïcs des académies théologiques et les prêtres "libéraux", était contre le patriarcat. On parla de nouveau, comme à la commission préconciliaire, de l'odieux principe monarchique, du pouvoir totalitaire dont la Révolution nous avait libérés - ce n'était pas pour y revenir ! On retrouvait toujours le même libéralisme invétéré des intellectuels : une fidélité à des idées abstraites qui ne tenait pas compte des faits et de la réalité historique. Il y eut des discussions sans fin. Cependant, il faut le noter, les adversaires du patriarcat n'étaient pas accueillis favorablement dans les réunions. Bientôt, les désordres forcèrent bon nombre d'entre eux à changer leur façon de penser et à prendre la défense du principe autocratique dans la direction de l'Église.
Le chemin de ma vie – Mémoires du Métropolite Euloge - page238 – Presses Saint Serge - ITO


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Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 10 Décembre 2017 à 15:44 | 1 commentaire | Permalien


Commentaires

1.Posté par Gueorguy le 13/12/2017 21:24
Dans son texte, Séraphin Rehbinder fait cette mention surprenante, au sujet des "obnovlentsy" (ou la fondation de l'"église vivante"): "Il [Le mouvement des "obnovlentsty"] reçut, même, des soutiens plus inattendus, comme celui du Patriarcat de Constantinople qui traversait, alors, une période difficile, liée à la chute de l'Empire Ottoman."

Bien sûr, une telle information nécessite, au moins, d'être étayée par une référence. On évoque le voyage à Constantinople quand Mgr Euloge a voulu se placer sous l'omophore du Patriarche Photius, au moment de sa rupture d'avec son Eglise-mère, l'Eglise en Russie.

Ainsi Mgr Euloge dit: " Je me rendis en Turquie en compagnie du secrétaire de l'administration diocésaine, T.A. Amétistov. Photius II était patriarche de Constantinople : un homme très cultivé et d'une grande délicatesse d'âme. On lui reprochait son attitude envers l'Église Vivante : il ne refusait pas de maintenir des relations avec elle, espérant que ses erreurs ne seraient que temporaires et que la rupture avec l'Église patriarcale ne serait pas définitive."
Le chemin de ma vie – Mémoires du Métropolite Euloge - page 517 – Presses Saint Serge - ITO

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