Nous publions ci-dessous la réaction de M. Basile de Tiesenhausen à l'article de Nikita Struve sur l'église russe de Nice, publié dans le journal SOP en son n° 347 d’avril 2010, p. 30-31.

On peut rappeler que le SOP est dirigé par M. Antoine Nivière, membre éminent et parmi les décisionnaires du Conseil de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe Occidentale (exarchat du patriarcat de Constantinople, rue Daru). Tout comme l’est M. N. Struve.
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Le titre du point de vue de N. Struve est :
« Un déni de l’oeuvre historique visant à édifier une église indépendante de toute coloration nationaliste et de toute pression venant d’un pays étranger »

J’ignorai que l’empereur Nicolas II et le gouvernement de Russie qui ont été à l’origine de la construction de la cathédrale Saint Nicolas à Nice avaient pris leur décision avec ce ferme objectif, découvert par N . Struve. Ils voyaient loin.

N. Struve écrit « L’action intentée (demande faite par le gouvernement de Russie à la justice française de faire reconnaître un bail emphytéotique que l’autre partie ne veut plus honorer) ne fait pas honneur au Patriarcat de Russie qui a été sans aucun doute à l’origine de cette tentative d’expropriation »

- D’après les documents que j’ai pu lire l’action intentée par le gouvernement russe est l’acte formel par lequel un propriétaire, qui a donné (par un acte notarié), pour une durée précise, son bien en usage à quelqu’un et veut le récupérer à l’issue du délai (et qui se trouve en face de ce quelqu’un qui à l’issue du délai ne veut plus lui rendre son bien).

Les parties en présence sont : l’Etat russe et l’association bénéficiant du bien prêté par le bail. Il semble que pour N. Struve un bail qui donne un bien en usage pour une durée donnée est une donation.

- N. Struve affirme que le Patriarcat de Moscou est à l’origine de l’action du gouvernement russe. Qu’est ce qui lui permet de l’affirmer avec autant d’assurance ? A-t-il des informations et des preuves qu’il ne montre pas ? Ou s’agit il d’un nouveau ……… ?

- N. Struve affirme qu’il s’agit d’une « «expropriation » Il se substitue sans hésiter au droit français et aux décisions des juges français qu’il critique par là sans vergogne. Juges et Tribunaux qui ont conclu à l’inverse apparemment des souhaits de N. Struve.

N. Struve écrit :

« L’Eglise de Moscou mène depuis près de sept ans une campagne effrénée contre l’Archevêché d’origine russe en Europe Occidentale dans le but de le ramener contre la volonté de son archevêque et d’une très large majorité de ses clercs et de ses fidèles dans le giron du Patriarcat de Moscou ou à défaut de le démanteler (comme cela fut fait dans le diocèse de Grande Bretagne »

N. Struve pourrait il expliciter sous quelle forme a été menée cette campagne effrénée contre
l’archevêché? Fait il référence à :
- à la lettre du Patriarche Alexis II du 1 avril 2003 ?
- aux propos et engagements pris le 1 mai 2003 par Mgr Gabriel en assemblée générale
de l’archevêché ?
- à la réponse du 11 mai 2003 de Mgr Gabriel au Patriarche Alexis II ?
- à la lettre du 27 septembre 2003 de soutien du Patriarche Bartholomée à Mgr Gabriel
contre le Patriarche Alexis II ?
- aux déclarations de Mgr Gabriel au Conseil de l’Archevêché du 2 juin 2003 ?
- à la déclaration de N. Struve, lui-même, au Conseil de l’Archevêché du 15 septembre
2003 ?
- à la déclaration faite le 3 mars 2004 par Mgr Gabriel au journal « La Pensée Russe » ?
- à l’interview donnée le 27 juillet 2004, par Mr M. Sollogoub, à Religare.ru ?
- à la déclaration du Conseil de l’Archevêché du 2 décembre 2004 ?
- à la déclaration du Conseil de l’Archevêché du 12 janvier 2005 ?
- à l’interview donnée fin 2005 par Mgr Gabriel à Orthodoxie.com ?

Tous sujets en liaison avec les relations Archevêché / Patriarcat de Moscou
Pourquoi ne se réfère-t-il pas à ces documents? ou craint-t-il de devoir arriver à une conclusion différente de ce qu’il affirme ?

N. Struve a l’audace d’incriminer au Patriarcat de Moscou le démantèlement de leur propre Métropole en Grande Bretagne. Cela quand il sait mieux que quiconque que c’est l’actuel Monsieur Basile Osborne qui a organisé la division au sein de cette métropole de l’Eglise russe. Division organisée avec, au moins, l’assentiment de ceux vers qui il est allé avant /ensuite.
Le défunt métropolite Antoine (Bloom) de bienheureuse mémoire était jusqu’à son dernier souffle resté immuablement fidèle à l’Eglise Russe. Il s’était réjoui de la lettre du patriarche Alexis II en date du 1 avril 2003. Fait attesté par M. Osborne lors d’une Table Ronde organisée par l’OLTR.
Mais la technique de N. Struve est la même que celle d’un certain nombre de ses amis. Il faut accuser les autres de ce que l’on fait soit même. Comment ne pas ajouter que dans sa rubrique du « Live Journal » M. Daniel Struve dénigre systématiquement l’Eglise Russe et ses hiérarques, n’hésite pas à lancer des accusations brutales ad hominem à l’égard de ceux qui sont en désaccord avec les positions des Struve.

N. Struve écrit :
« La grande majorité des orthodoxes de France ont ressenti la décision d’exproprier la cathédrale de Nice comme un affront »
N. Struve s’arroge le droit d’estimer où se trouve la majorité des émigrés et de parler en leur nom. Cela alors que des personnalités comme le chef de la Maison des Romanov exprime un avis contraire à celui de l’omniprésent N. Struve.

B. de TIESENHAUSEN


24 avril 2010

("Parlons d'orthodoxie" reprend cet article publié sur un autre site).

Le texte de N. Struve (à propos de l’église de Nice) a également paru dans
Le Messager Orthodoxe n°149, II, 2009





Rédigé par l'équipe de rédaction le 24 Avril 2010 à 15:42 | 8 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Jean Vandersmissen le 24/04/2010 21:26
Je donne entièrement raison à M. de Tiesenhausen. J'ai l'impression que des articles comme ceux de Nikita Struve et compères induisent des fidèles de l'Archevêché dans l'erreur. Il y a deux semaines, une brave dame d'origine russe blanche d'une paroisse russe de l'Archevêché du XVe me disait que Moscou (mais je ne sais pas si elle visait le gouvernement russe ou le Patriarcat n'ayant pas eu le temps de poursuivre la conversation) voulait détruire tout ce qu'avaient fait les Russes blancs! Aberrant d'entendre ça!

2.Posté par Cathortho le 24/04/2010 23:15

Dans ce texte écrit avec l'encre du ressentiment le plus amer Mr Struve laisse éclater sa rage concernant la décision du Tribunal de Grande Instance de Nice en date du 20 janvier dernier d'attribuer à la Fédération de Russie la propriété de la cathédrale Saint-Nicolas.
On y trouve des mots et des expressions comme " stupeur ", " profonde tristesse allant jusqu'aux larmes ", " action déplorable " , " triste besogne ", " jugement surprenant " , "campagne effrénée contre l'archevêché d'origine russe en Europe occidentale " .
Mais l'argumentation centrale de Mr Struve repose sur la notion d'honneur. En effet ce " membre élu du conseil diocésain de l'archevêché des paroisses de tradition russe dans la juridiction du patriarcat oecuménique " estime que dans cette affaire (affaire strictement juridique il convient de le rappeler), le Patriarcat de Moscou, le gouvernement russe, et le Tribunal de Grande Instance de Nice ont conjointement faillis à l'honneur (l'expression répétée trois fois est : " ne fait pas l'honneur ") !
- Le Patriarcat parcequ'il " a été, sans aucun doute, à l'origine de cette tentative d'expropriation ". Cela s'appelle un procès d'intention (cachant mal une détestation du dit Patriarcat).
- Le gouvernement russe parce que " le fait que le tsar Nicolas II ait alloué pour l'édification de la cathédrale une parcelle d'un terrain de famille et qu'il ait donné pour la construction une somme importante, prélevée sur ses fonds personnels ne signifie pas que l'édifice ait appartenu à l'Etat russe ". Mais le Tsar n'incarnait-il pas l'Etat russe ? S'il ne l'incarnait pas, quelle était sa fonction ?
- Le Tribunal de Grande instance de Nice parce qu'il a rendu un " jugement surprenant [...] allant jusqu'à attribuer les objets sacrés de la cathédrale à l'Etat russe. " Et parmis les griefs faits à l'encontre du Tribunal Mr Strouve d'invoquer que celui-ci n'aurait pas, conjointement avec le Patriarcat de Moscou et avec le gouvernement russe bien sûr, tenu compte " du sang versé par les émigrés pour la France ". On ne peut que s'incliner devant cette belle envolée patriotique, malheureusment altérée par le peu de considération, pour dire le moins, manifestée par Mr Struve en la justice de son pays accusée par lui d'avoir failli à son honneur !

3.Posté par Nikita Krivocheine le 25/04/2010 17:25
L'article de B. de Tiesenhausen m'a fait me souvenir du texte qui suit. Il date de 2005 lai, hélas, est resté d'actualité. Également un lien vers l'original russe publié sure un site consacré à Alexandre Soljenitsyne.


LE VENT REPREND - IL SES TOURS ?

Nikita Krivochéine
Le premier dimanche qui suivait le 14 juin 1946 la foule des fidèles amassés après la liturgie dans la cour de la cathédrale Saint Alexandre Nevsky n'était pas un peu compassée, comme à l'ordinaire, mais en pleine ébullition. Le dernier numéro de l'hebdomadaire pro soviétique "Rousskye Novosti" publié par A.F. Stoupnitzki faisait la fortune de plusieurs vendeurs postés aux quatre coins de la cour. La moitié de la une était prise par une photo du généralissime Joseph Staline, sous la photo on pouvait lire le texte de l'Oukase du Présidium du Soviet Suprême de l'U.R.S.S. qui déclarait l'amnistie pour tous les "Russes Blancs" résidant en France, en Belgique et en Italie. Il leur devenait loisible de solliciter la citoyenneté soviétique et de regagner leur pays d'origine. Cette offre avait eu sur les intéressés l'effet d'une bombe ! L'Oukase stalinien offrait un libre choix aux émigrés russes, il les poussait à repenser toute leur existence !
Les auteurs de ce document s'étaient fixé un double but: démontrer aux gouvernements et à l'opinion du monde occidental que les masses de "personnes déplacées", résultat de cinq ans de guerre, cosaques, soldats et officiers de l'Armée Rouge libérés des camps allemands de prisonniers de guerre, main d'œuvre déportée d'U.R.S.S. prêtes à tout pour ne pas se rentrer chez eux ne sont que des méprisables traîtres, des ennemis des Alliés. Il fallait les livrer sans tarder aux autorités soviétiques et, surtout, ne pas accorder le moindre crédit à leurs récits à propos de la vie en Union Soviétique.
Le deuxième objectif consistait à procéder au "ratissage" le plus complet dans les milieux "Russes blancs" en Europe. Regardez: nos vieux ennemis, les reliquats des classes hostiles, les rebuts des Garde Blancs se repentent, ils ont reconnu leurs erreurs devant l'Histoire, ils veulent vivre en l'Union Soviétique afin de s'y rendre utiles… L'effet de propagande recherché avait été atteint mais il ne dura guère.
En 1939-1945 les Russes de France s'étaient montrés, en chiffres relatifs bien sûr, politiquement plus actifs que la population "de souche". Les Russes avaient été nombreux à combattre sous les drapeaux des Armées Alliées, dans la Résistance, dans les Maquis. D'autres, il y en avait moins il est vrai, s'étaient engagés dans une collaboration active avec l'occupant croyant ainsi aider la Russie.
Les buts de l'Oukase ont été dans une grande mesure réalisés . Ceux des émigrés qui acceptèrent le voyage en Union Soviétique, on en compte de quatre à cinq mille (sans les rapatriés arméniens), se sont retrouvés piégés, neutralisés. La majorité d'entre eux furent déportés dans les camps, nombreux sont ceux qui n'en revinrent pas. Les neuf dixièmes des "retournants" n'avaient jamais eu de leur vie la moindre propension pro communiste. Ils avaient cru que la présence de l'U.R.S.S. au sein de la coalition antihitlérienne, que la disparition de l'Internationale remplacée par l'hymne patriotique de Mikhalkov, que le retour des épaulettes d'officier et l'ouverture des églises signifiait la réalisation du rêve de leurs parents et du leur. Ils s'étaient persuadés que la page du bolchevisme était tournée et qu'un Etat national venait de renaître en Russie… Rien d'étonnant à ce que des porte-plumes staliniens, tels Ilya Ehrenburg et Constantin Simonov, aient été envoyés à Paris pour bourrer le crâne à leurs compatriotes. Il était plus fâcheux, pour ne pas employer un autre mot, que des prêtres, voire des évêques (dont le fondateur du Département des Relations internationales du Patriarcat de Moscou en personne) venaient en Europe pour leurrer les orthodoxes. Les parisiens russes n'étaient pas à même, à l'époque, de prendre toute la mesure de l'asservissement de l'Eglise par l'Etat.
Ceux des Russes qui refusèrent "le pardon" octroyé par le Kremlin ont résolument opté pour l'intégration dans la vie française. Ils renoncèrent à leurs "passeports Nansen", se firent naturaliser, cessèrent de se sentir vivre comme dans "une salle d'attente" (na tchemodanakh). Le militantisme "antisoviétique" devint pour eux une forme de lien avec la patrie historique, cela surtout après la mort de Staline: envoi clandestin de livres, exfiltration de manuscrits, aide financière aux victimes de la répression soviétique, travail dans les rédactions des radios "hostiles" émettant en russe sur ondes courtes (vrajyi golossa).
Le choix que l'émigration russe a été contrainte de faire en été 1946 a été plus que difficile. L'Eglise "eulogienne", son clergé n'ont pas pu se décider rapidement. Plusieurs prêtres acceptèrent de prendre la citoyenneté soviétique et d'aller vivre en U.R.S.S. La moniale Jeanne Reitlinger, célèbre auteur d'icônes et de fresques, s'est retrouvée au fin fond de l'Asie Centrale, le père André Serguienko a commencé par enseigner à l'Académie théologique de Leningrad pour être bientôt exilé dans la région de Vladimir. Il y a également eu parmi les membres du clergé rapatriés le père Boris Stark, personnage plus que contradictoire, ainsi que ses deux non moins contradictoires fils, jeunes parisiens ordonnés en U.R.S.S. Le prêtre de la paroisse de Clichy, le père Constantin Z. a fait une génuflexion lorsque le consul soviétique lui remettait en public son passeport soviétique à la reliure rouge ornée de la faucille et du marteau. Quatre ans plus tard il se pendait dans une cave, à Kostroma.
Le métropolite Euloge de bienheureuse mémoire lui même est longtemps resté dans le doute. Il a commencé par se mettre sous la protection du Patriarche Alexis I. Puis, suivi par ses nombreuses ouailles, il a réintégré le Patriarcat œcuménique. Nicolas Berdiaev, Alexis Remizov, le peintre d'icônes Ouspensky, une partie des théologiens orthodoxes regroupés autour de l'Institut Saint Serge à Paris ont eu pendant un certain temps une attitude de patriotisme soviétique. La "deuxième" émigration issue de la guerre a, pour l'essentiel, choisi les paroisses de l'EORHF. Des pasteurs éminents de la "première" émigration, tels Mgr Antoine (Bloom) et Mgr Basile (Krivochéine) ainsi que de nombreux intellectuels ont choisi la fidélité à l'Eglise Orthodoxe Russe. Ils ont en même temps réussi à garder intacte leur liberté politique. Tous ils étaient mus par l'espoir, qui s'est miraculeusement réalisé, de voir l'Eglise, par conséquent le pays, libérés !
Dès le début de la déstalinisation des liens très vivants se sont reconstitués entre l'émigration russe et le pays. Il convient de rappeler ici que pendant les décennies où sévissait en URSS le pouvoir athée l'Association Chrétienne des Etudiants Russes (ACER) a joué un rôle inappréciable pour le maintien et la sauvegarde de la tradition russe dans la diaspora. Cela se rapporte également au "Messager", la revue de l'ACER, aux éditions "YMCA-PRESS", à l'association "Aide aux croyants" dirigée par le défunt Cyrille Eltchaninoff. Les premières éditions, les versions françaises des manuscrits d'Alexandre Soljenitsyne, de Nadejda Mandelstam, de Youri Dombrowski, etc. ont été réalisées par "YMCA-PRESS". La publication dans le "Messager" de manuscrits philosophiques, théologiques et politiques évacués non sans risques d'Union Soviétique, l'apparition dans "les cuisines" de Moscou et de Leningrad des cahiers du "Messager" sont le mérite de Nikita Struve, son rédacteur en chef. Dans les années soixante, à l'époque des persécutions khrouchtchévienne de l'Eglise, la mobilisation de l'opinion et des medias occidentaux est également une réussite de l'ACER. C'est à Cyrille Eltchaninoff et à son équipe que revient l'exploit d'avoir introduit dans le pays les œuvres du père Boulgakov, du père Florensky, de Berdiaev, etc.
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Les processus démographiques restaient à l'œuvre pendant toutes ces années: le cimetière de Sainte Geneviève des Bois, tant de fois montré aux téléspectateurs russes, a doublé ses effectifs. Seuls de très rares "Russes blancs" authentiques faisaient vers la fin des années quatre-vingt figure de derniers des Mohicans.
Les Russes, à la différence des Chinois, des Juifs ou des Arméniens, résistent mal à la dispersion. Nous éprouvons le désir de rentrer au pays et si cette nostalgie ne se réalise pas la troisième ou au mieux la quatrième génération se "dissout" dans la population ambiante, il reste très peu de caractères visibles d'appartenance religieuse ou ethnique: intégration dans la vie française, assimilation, abandon de la mentalité de l'exil, mariages interconfessionnels de plus en plus nombreux, effacement du savoir lire et écrire en russe, voila ce que vivent les petits-fils et les arrière petit-fils des émigrés de la première génération. Ils restent orthodoxes, souvent ils ne sont jamais allés en Russie, ils n'ont pas lu Pouchkine dans le texte mais ils savent confectionner "koulitch et paskha"…
A partir des années soixante les changements révolutionnaires survenus dans l'Eglise catholique à la suite de Vatican II ont été d'une telle brutalité que de nombreux catholiques ou agnostiques de différentes générations, ceci partout en Europe, se sont convertis dans une religion qui leur paraissait plus "traditionnelle", plus "reconnaissable", l'Orthodoxie. Cet afflux de nouveaux paroissiens a influencé le clergé orthodoxe en France (et ailleurs) ainsi que la hiérarchie de l'Archevêché des Eglises Orthodoxes de tradition Russe en Europe Occidentale.
Les offices sont de plus en plus souvent dits dans les langues "locales", leurs traductions ne sont pas satisfaisantes, elles varient selon les paroisses, les calendriers liturgiques ne sont pas concertés. La durée des offices est abrégée: observer une station debout de quatre heures consécutives ne coule pas de source pour un Européen… La tradition du chant liturgique et de la lecture des Psaumes a été altérée. La communion fréquente sans confession préalable est devenue la règle dans la majorité des paroisses "modernistes". Les carêmes sont devenus symboliques. La tradition de la "bonne tenue" des enfants pendant la liturgie a disparu, les femmes ont désormais accès dans l'autel. Les iconostases ont été réduites, parfois elles ont été supprimées. L'énumération de ces changements est loin d'être exhaustive. L'orthodoxe qui débarque en Europe occidentale venant de Koursk ou de Sofia ne s'y reconnaîtrait pas. Nous pouvons constater aujourd'hui un retour agressif du "révisionnisme", la volonté d'élaborer et de faire s'enraciner une "orthodoxie à la française". N'étant en rien liturgiste je m'abstiens d'analyser ces phénomènes. Je me limiterai à dire que pour la vue, pour l'ouïe et même pour la conscience (trahison du devoir de mémoire) ce bricolage ecclésial paraît assez indigeste !
L'archevêque Serge (Konovalov) de bienheureuse mémoire, décédé il y a deux ans dans la paix de Dieu, a bien senti tout le danger que présentent ces tendances, il a établi des contacts avec l'Eglise Mère dans le but d'un rapprochement bien préparé et mûrement réfléchi avec elle (voir les textes de l'ancien secrétaire du Conseil de l'Archevêché Basile de Tiesenhausen). Monseigneur Serge s'est à plusieurs reprises rendu en Russie. Il a pu y voir que malgré les difficultés à se débarrasser de la pratique de collaboration avec le régime en place instaurée à l'époque du Patriarche Serge (serguianstvo) la Mère Eglise s'était transfigurée. Elle est, autant que faire se peut, séparée de l'Etat, la vie monastique est en plein épanouissement, un immense travail de publication et d'édition est en train de s'accomplir, l'Eglise a désormais sa propre doctrine sociale, elle continue à canoniser les Nouveaux Martyrs de la foi, à catéchiser les enfants, des aumôniers sont présents dans les unités militaires et les prisons ! Épanouissement surprenant et providentiel !
Relisons ce qu'écrivait à ce propos le professeur Nikita Struve, rédacteur en chef du "Messager": "L'Eglise orthodoxe en Russie se relève des ruines, elle a un travail immense à accomplir: au sein d'une société qui se désagrège elle doit témoigner du Dieu de gloire, d'amour, de sacrifice et de pardon, du Christ crucifié et ressuscité…", "Dans les conditions de la liberté retrouvée on voit poindre des divergences entre ceux qui, tournés vers le passé, veulent faire de la Bonne Nouvelle une idéologie, lui conférer un coloris politique et national et ceux qui, avec le Patriarche Alexis II, fidèles à la doctrine de Saint Tikhon, veulent que l'Eglise reste au dessus de la politique, au dessus d'un nationalisme étroit. Ceux là veulent rester ancrés dans la Vérité sans prononcer de condamnations irréfléchies" ("Messager", N° 166, 1992). Chaque cahier du "Messager" commence par un extrait du Statut de l'ACER: "L'ACER affirme être indissolublement liée à la Russie. Notre appartenance au peuple russe et à l'Eglise orthodoxe russe nous impose des obligations spirituelles que nous nous considérions comme des exilés provisoires ou que nous ayons décidé de bâtir notre vie dans d'autres pays…" Nous pouvons dire aujourd'hui que l'ACER et Nikita Struve ont trahi ces promesses !
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Peu après le décès de Mgr Serge, le 1 avril 2003, les paroisses de l'Archevêché ont pris connaissance de la Missive du Patriarche Alexis II. Sa Sainteté proposait d'entamer des pourparlers en vue de la réunion dans le cadre d'une Eglise Locale en Europe occidentale de l'ensemble des paroisses relevant des trois juridictions russes.
Depuis l'Oukase du 14 juin 1946 l'émigration russe a du à nouveau être confrontée à la nécessité de faire un choix vital. Cinquante sept ans plus tard il est indispensable de se définir face à une Russie ressuscitée et à son Eglise. Telle est l'unique analogie que l'on peut établir entre le piège tendu après la guerre par le Décret stalinien et l'offre d'un dialogue à pied d'égalité faite par le Patriarche.
L'intelligentsia émigrée s'est vue contrainte, à la suite de la chute du communisme en U.R.S.S., de renoncer aux fonctions de "mentor", de "professeur de philosophie orthodoxe", "d'aide soignant et de SAMU" ex-officia". Chaque mois qui passait après le 21 août 1991 (débâcle du putsch communiste à Moscou) apportait bien des choses que nous aurions pu utilement emprunter à l'Eglise russe: un renouveau étonnant de la science de la prière, une tradition liturgique irréprochablement maintenue, une pensée théologique resurgie de "sous les décombres". Il n'est désormais plus nécessaire de passer les ouvrages de Florensky en contrebande. Par contre, l'on peut aller à Diveevo prier Saint Séraphin … Les petits-fils des émigrés russes étudient à Serguiev Possad.
Il m'est très difficile de comprendre les mobiles de ceux qui entourent Mgr Gabriel (le successeur de Mgr Serge) ainsi que la raison d'être de ce qu'entreprend l'archevêque lui-même.
Quoi qu'il en soit, la missive du Patriarche n'a reçu jusqu'à présent aucune réponse officielle! Le clergé a subi une purge et des remaniements comme dans le "bon vieux temps". Des "hommes liges" ont été placés partout où cela a été possible.
Les orthodoxes qui n'ont pas trouvé "le modernisme" à leur goût ont réagi à tout cela en fondant l'OLTR.
Le professeur N.Struve devenu depuis un adversaire acharné de l'Eglise Russe a déclaré en 2004 lors de la première table Ronde de l'OLTR: "L'Eglise Russe est gravement malade… Je connais bien ses évêques, ils personnifient les défauts du passé… L'Archevêché a tout à perdre à se lier avec l'Eglise Russe".
Le 21 février 2005 Mgr Gabriel a accordé une interview à une radio belge. Il y a dit: "Et quelqu'un qui veut s'installer comme orthodoxe ici, en Europe Occidentale, il doit être un missionnaire, il doit être ouvert, il doit être œcuménique, nous ne sommes pas en Afrique ici" (enregistrement de l'émission).
Dans cette situation les Conseils de plusieurs paroisses ont fait leur choix et sont passés sous la juridiction du Patriarcat de Moscou. Tout récemment cela s'est produit à Biarritz et Altea (en Espagne).
Voila deux ans que les milieux orthodoxes russes en Europe occidentale sont déchirés par des débats houleux qui frisent la haine. Les pronostics sont difficiles mais la victoire de ceux qui aspirent à maintenir la foi et l'Eglise orthodoxes dans l'authenticité qu'ils ont reçue de leurs ancêtres est loin d'être exclue !


4.Posté par vladimir le 25/04/2010 21:49
Merci Nikita pour cette excellente, profonde et complète analyse. Votre conclusion est optimiste... en 2005. Les derniers événements l'ont-ils altérée?

5.Posté par Basile de TIESENHAUSEN le 25/04/2010 22:00
Remarques sur le texte de NK: "Le vent reprend il ses tours"

1) NK écrit: "Le Métropolite Euloge .....est longtemps resté dans le doute . Il a commencé à se mettre sous la protection du Patriarche Alexis I puis , suivi par ses nombreuses ouailles a réintégré le Patriarcat Oecuménique"

En fait voilà ce qui s'est passé: Après l'épreuve de la guerre et l'élection en Union Soviétique de Patriarche Alexis I le Métropolire Euloge lui écrivit plusieurs fois et finalement lui écrivit une supplique également signée par l'archevêque Vladimir et l'évêque Jean ses auxiliaires:
"Filialement nous demandons ayant couvert par l'amour notre désunion avec l'Eglise Mère de nous recevoir avec nos paroisses sous votre main paternelle dans la communion canonique avec toute l'Eglise orthodoxe russe"

Le 29 août 1945 dans la résidence du Métropolite Euloge , le Métropolite Nicolas de Kroutisky venu spécialement de Moscou, pour cela, accomplit la réunion canonique à l'Eglise Mère orthodoxe russe, selon le rite universellement adopté, du Métropolite Euloge, de l'Archevêque Vladimir et de l'Evêque Jean. Un acte en fut dressé et signé par tous les participants. Le 2 septembre 1945 l'unité scellée fut manifestée publiquement dans la Cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris dans une concélébration solennelle de la Divine Liturgie par les Métropolites Nicolas, Euloge, l'archevêque Vladimir et l'évêque Jean , de nombreux membres du clergé et en présence d'une foule de fidèles.

Le Métropolite Euloge nommé Exarque du Patriarche de Moscou en Europe Occidentale devait mourir le 8 août 1946 et à sa place sans consulter le Conseil de l'Archevêché Moscou nomma Exarque en Europe Occidentale le Métropolite Séraphin ( Loukianoff )et non l'archevêque Vladimir désigné dans son testament par Mgr Euloge comme son Successeur;
Lorsque cette nomination fut portée à la connaissance de l'Archevêque Vladimir le 21 août 1946 celui ci déclarât qu'il ne l'acceptait qu'à titre d'information et non d'exécution et adressa au Patriarche Alexis I une longue lettre d'explications. Soutenu par une Assemblée Générale de l'Archevêché le Métropolite Vladimir ( et l'Archevêché) se retrouvèrent dans le Patriarcat de Constantinople.

Le Métropolite Euloge n'était pas revenu dans le Patriarcat de Constantinople avant sa mort.

2) NK écrit: "Quoi qu'il en soit la missive du Patriarche Alexis II n'a reçu jusqu'à présent aucune réponse officielle"

Ce n'est pas tout à fait exact.

Dès son élection à la tête de l'archevêché ( 1°mai 2003) et de suite après ses déclarations pré électorales Mgr Gabriel écrivit le 11 mai 2003 une lettre de cinq pages au Patriarche Alexis II lui signifiant la nouvelle position de l'Archevêché et qui représentait une réponse parfaitement claire et nette..

BT

6.Posté par vladimir le 25/04/2010 22:30
Et merci à Basile de TIESENHAUSEN de bien clarifier des points historiques qui restaient mal connus et donnaient lieu à polémique. Je voudrais toutefois encore une précision: j'ai entendu dire qu'à partir du 2 septembre 1945 Mgr Euloge a commémoré le patriarche de Constantinople ET celui de Moscou et qu'il se considérait comme exarque des deux patriarches. Est-ce exacte?

7.Posté par Nicolas Ross le 26/04/2010 08:49
Pour se mettre dans l’ambiance de l’époque trouble et décisive pour l’avenir de l’Exarchat russe d’Europe occidentale du Patriarcat de Constantinople, si bien évoquée dans la contribution de Nikita Krivochéine.
Il s’agit de la traduction d’un extrait du Journal de Pierre Kovalevsky, daté du mercredi 29 août 1945 et tirée d’un livre à paraître prochainement.
N.R.


Réunion rue Daru.
Je suis allé rue Daru pour tout préparer, mais en vain. Il y avait une telle obstruction de la part du père Savva qu’il a été impossible de rien organiser. Dans l’intérêt même du point de vue qu’il défend, il aurait été utile de prévoir le programme de la séance, la rédaction du protocole etc. Il ne faisait que déambuler dans la cour et dans le bureau en répétant à tout le monde : « C’est une réunion de tchékistes, convoquée sur l’ordre du GPU », ce qui a révolté beaucoup de personnes. La majorité des clercs et des laïcs a une attitude correctement conservatrice : tout en saluant dans l’amour les arrivants et la possibilité d’avoir des relations avec eux, ils veulent conserver ce qui a été créé en 25 ans, ce qui a une valeur originale, et veulent défendre la liberté de leur action dans l’Église et de leurs activités contre toute influence politique. Seules 5-6 personnes (parmi les présents) souhaitent une soumission totale et sans réserves. Un autre groupe irréductible se rassemble autour de l’archimandrite Cyprien. Le Métropolite et le père Savva constituent les pôles les plus extrêmes par rapport aux groupes qui penchent de leur côté. Le Métropolite rejette notre existence et la valeur de nos activités ici et, de cette manière, notre passé dans lequel il s’est impliqué, et il veut ainsi le gommer entièrement. Le père Savva ne fait que se répandre en imprécations.
Il a été décidé de ne laisser entrer que les délégués. J’ai proposé de tenir une liste à l’entrée, le père Savva l’a refusée, mais au bout de 10 minutes, il l’a autorisée pour les laïcs, après que j’eus mis du papier et une plume sur la table. À la place des seuls délégués, il a laissé entrer quantité de personnes extérieures qui, par ailleurs, étaient des gens bien connus. Il a confié le secrétariat au « groupe de résistance », alors qu’il avait affirmé, une demi-heure avant cela qu’il ne fallait ni compte-rendu, ni protocole (à Th.G. Spasski, K. Andronikov et Sacha Schmemann, qui ne représentaient personne).
Le métropolite Nicolas est arrivé un quart d’heure à l’avance et les quatre évêques se sont consultés entre eux pendant quelques minutes. À 5 h précises, ils sont entrés dans l’église, après avoir été salués sur les marches par le recteur, le clergé et, vu l’absence du marguillier, par A. Merkoulov. À la question d’Afonski au sujet de ce qu’il fallait chanter, le père Savva a répondu : « Rien du tout ! » Alors, je me suis mis d’accord avec le père Grégoire Lomako et il a été décidé de chanter À Ta très pure image (aujourd’hui, c’est la fête du Troisième Sauveur). Tout le monde était assis sur des chaises, disposées en travers de l’église. Les évêques se sont installés à une table, dans des fauteuils. […] Le métropolite Euloge voulait s’asseoir au centre, mais j’avais disposé deux fauteuils l’un à côté de l’autre et deux sur les côtés, pour les deux évêques. Mais comme le métropolite Nicolas, à cause de la surdité du Métropolite dans son oreille droite, a voulu s’asseoir à gauche de lui, je pensais que le métropolite Euloge s’assoirait dans le fauteuil de droite, mais il s’est assis dans le fauteuil de gauche et le métropolite Nicolas s’est retrouvé totalement de côté.
Le premier à prendre la parole fut le métropolite Euloge. Bien qu’il eût apporté des notes, il a parlé sans les consulter. Je n’ai jamais entendu de discours à la fois aussi incohérent et aussi déconnecté de la réalité. Il y avait là des anecdotes concernant de vieilles dames, les larmes et l’attendrissement provoqués par la rencontre avec une jeune fille soviétique qui a conservé sa virginité durant 20 ans, mais aussi un appel à tout abandonner et à partir là-bas, parce que c’était là-bas que se trouvaient les vraies tâches à accomplir. Le plus désagréable était de voir Monseigneur noircir le tableau de notre vie en émigration en parlant d’une dénationalisation totale, qui n’existe pas, de la conversion de notre jeunesse au catholicisme, ce qui est un vrai mensonge etc. Pourquoi se comporte-t-il ainsi ? L’impression laissée est très pénible. « Recevez-nous, vos parents pauvres, chez vous », voilà sa conclusion.
Le métropolite Nicolas, dans un brillant discours qui a duré une heure, a exposé la situation de l’Église dans les circonstances présentes. Bien sûr, la NEP dans l’Église a redonné du pouvoir à la hiérarchie et on peut se réjouir que certaines choses aient déjà été faites et que beaucoup d’autres pourraient être faites, mais son exposé est quand-même trop optimiste. Si beaucoup de choses ont changé depuis 1943, il y avait encore des persécutions en 1941, alors que d’après ses affirmations, il était possible d’agir même en ces années-là. Les chiffres indiqués par le Métropolite doivent être pris comme des vœux, et non comme la réalité (20 000 paroisses et 30 000 prêtres). Il est évident que toutes les informations disponibles convergent sur un point : il y a un manque considérable de prêtres et on n’a pas assez de membres du clergé pour desservir les églises qui sont ouvertes. […]
Après le métropolite Nicolas, c’est le père Grégoire Lomako qui a parlé au nom de toutes les paroisses. Bien qu’il eût rédigé son texte lui-même, sans consulter une seule paroisse, son exposé a été reçu par tous avec une approbation silencieuse et je peux affirmer qu’il correspondait au sentiment général. Il s’est exprimé, comme toujours, avec une grande aisance. Il a noté l’importance de la paroisse et de l’église dans la vie de l’Église hors frontières, l’esprit de sacrifice des exilés lors de l’édification de leurs lieux de culte, leur situation différente dans les pays orthodoxes et les pays non orthodoxes, les erreurs des évêques et le fait que la soumission au Patriarche œcuménique était juste, en sa qualité d’évêque des orthodoxes qui vivent en dehors des frontières de leur Église locale. Mais la fin de l’exposé du père Grégoire a manqué de clarté : « Il faut que Moscou se mette d’accord avec Constantinople, mais il est également indispensable que nous restions sous Constantinople ». Le plus important est que dans son exposé eut été établi le fait que l’Église russe hors frontières avait une existence propre, et qu’il était souhaitable qu’elle fût autonome.
La réunion aurait pu s’achever à ce moment-là et on aurait eu l’impression qu’on avait écouté des exposés sans que se fût exprimé l’avis du clergé et des fidèles. Mais alors le métropolite Euloge a commis une bienheureuse erreur. Il a proposé de passer aux résolutions et d’envoyer un télégramme à Constantinople avec une demande de renoncer à nous garder sous sa juridiction et de nous transférer sous celle de Moscou. Trois personnes (dont le père Constantin Zambrjitski) ont crié : « Nous le demandons ». Mais les autres ont exprimé une désapprobation totale et, tout-à-coup, toutes les langues se sont déliées. Durant la dernière heure, dans une série de discours et d’interventions de meeting, tous les courants se sont exprimés, et on peut dire que les délégués de Moscou ont pu découvrir un tableau complet de toutes les difficultés présentes (et non de la décision simpliste que préconise le métropolite Euloge), et les participants ont pu se rendre compte de la responsabilité et de l’importance des décisions à prendre.
Le premier à parler, très bien et de manière très concrète mais vive, fut le père Vassili Zenkovski. Il attira l’attention sur le fait que les orthodoxes hors frontières étaient étrangers au pouvoir soviétique, qu’ils étaient appelés sous les drapeaux dans les pays où ils résidaient et que, pour cette raison, beaucoup de ce qui est naturel dans les limites de la Russie soviétique ou même dans les pays qu’elle occupe, n’est pas applicable ici. Il s’est opposé avec la plus extrême vigueur à l’image négative, brossée par le Métropolite, de notre existence ici. Nos activités se développent et nous accomplissons ici notre travail d’orthodoxes. C’est pour cela que l’autonomie est indispensable pour l’Église hors frontières. Ce qui apparaît à Moscou comme le summum de la liberté, après 20 années où elle était absente, nous étoufferait totalement. Les mêmes idées ont été exprimées par le représentant de la paroisse de Rueil-Malmaison. A.V. Kartachev, malheureusement, après avoir exprimé des idées justes au sujet des fidèles et de leurs guides, ainsi que de la nécessité de débattre de tout et de tout préparer, est parti dans un exposé savant, qui en a effrayé beaucoup.
Le Métropolite, qui jusqu’à cet instant avait paru indifférent, s’est animé brusquement et a dit d’un ton à la fois vexé et têtu : « Il n’y a pas que la conciliarité dans l’Église, mais aussi un aspect apostolique, et les décisions ne sont pas prises par les fidèles, mais par les évêques ». Et il a tapé plusieurs fois sur la table. Il s’est découvert par ailleurs que des pourparlers entre Constantinople et Moscou à notre sujet (d’après le métropolite Nicolas), non seulement étaient en cours, mais avaient presque abouti, et qu’il était donc tout simplement incongru d’envoyer un télégramme.
Ensuite a débuté un meeting général. Le père Constantin Zambrjitski s’est exprimé pour une soumission totale, le père Choumkine pour une confiance totale au Métropolite, Kachkine, le marguillier du Petit-Clamart, contre le clergé qui provoque des schismes etc. Enfin, vers 8 h, la réunion s’est achevée. Parmi les 80 personnes présentes, plus de 60 étaient pour une solution conservatrice et protectrice des acquis, environ 10 sont restés dans une opposition résolue, près de 10 étaient pour une soumission totale et sans conditions [à Moscou], et une seule (le métropolite Euloge) pour la liquidation de tout et le départ là-bas.
Le métropolite Nicolas a tout le temps écouté avec attention et, semble-t-il, a compris où se trouvaient les difficultés et ce qu’il fallait faire. À la fin, il a dit en son nom propre et en celui du patriarche Alexis, que pour l’Église hors frontières serait conservé le statut d’exarchat avec sa propre organisation et avec le métropolite Euloge à sa tête.


8.Posté par l'équipe de rédaction le 26/04/2010 21:10
Le site Bogoslov.ru poste un extrait du journal de P.Kovalevsky (1946 et 1949), une publication de Nicolas Ross

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