V.G.

Des précisions concernant le débris de l'EORHF (1)

" L’Eglise n’a pas été faite pour que ceux qui s’y rassemblent se séparent,
mais pour que ceux qui sont séparés s’unissent" S. Jean Chrysostome


Dans l’Ancien Testament se trouve un récit, selon lequel Saül voulait justifier ses agissements arbitraires par le fait de vouloir accroître les sacrifices qu’il offrait à Dieu, mais il lui fut dit par le prophète : " Le Seigneur trouve-t-Il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l’obéissance à la voix du Seigneur ? L’obéissance vaut mieux que les sacrifices... car la désobéissance est aussi coupable que la divination, et la résistance ne l’est pas moins que l’idolâtrie ".

En raison de sa désobéissance, Saül fut rejeté par Dieu et l’Esprit du Seigneur, l’Esprit d’Amour, l’Esprit de Bonté, le quitta. Pour cette raison, il n’est pas étonnant que ceux qui quittent le Corps du Christ, " constituant ", selon l’expression des canons, " des assemblées séparées ", se divisent, car l’Esprit du Seigneur ne les réunit plus. En effet, selon l’office de la Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui " réunit l’institution de l’Église ". C’est précisément là la différence entre l’Église Russe à l’Étranger et les groupuscules se prétendant " véritables chrétiens orthodoxes ". (…)
Ce n’est pas en vain que l’apôtre Paul appelle l’Église un " corps ", car, comme l’exprime le hiéromartyr Hilarion (Troïtzky) (2), " deux corps ne peuvent être liés organiquement... La jambe dit-elle : je n’appartiens pas au corps, parce que je ne suis pas le bras ? ... l’œil ne peut dire au bras : tu ne m’es pas utile ; de même la tête ne peut dire aux jambes : je n’ai pas besoin de vous ". S. Hilarion continue : " Dans l’organisme du corps, les membres individuels ne peuvent jamais croître et se développer séparément l’un de l’autre, mais toujours en relation avec tout l’organisme. Il en est de même dans l’Église ". Pour cette raison, celui qui constitue une hiérarchie hors de ce corps, se trouve hors de l’Église.

Actuellement, il existe dans le monde orthodoxe environ 15 groupuscules de prétendus "véritables chrétiens orthodoxes" (VCO), qui ne sont pas en communion les uns avec les autres. Comme le dit S. Théophane le Reclus(3): "Où est là l’Église Une du Christ ? De quel Corps de l’Église s’agit-il lorsque tous les membres se sont séparés dans des directions différentes ? Et peut-on dire que le seul Pasteur Divin est leur Pasteur ?". Ces groupes ne sont pas de simples " juridictions " : toutes les juridictions russes (Église Russe à l’Etranger, Exarchat russe de Constantinople, Église Orthodoxe en Amérique), se sont toujours trouvées en communion avec l’Église Orthodoxe Universelle : l’Église Russe à l’Etranger par l’intermédiaire du Patriarcat de Serbie ou de Jérusalem, l’Exarchat par le Patriarcat de Constantinople, l’Église Orthodoxe en Amérique par le Patriarcat de Moscou.(…)

Selon les paroles du célèbre canoniste Nicolas Milaš, " si, dans chaque société, un ordre strict doit être observé, et chacun y connaître sa place (...), cela est d’autant plus vrai pour l’Eglise du Christ sur terre ". Pour cette raison, selon les canons, un prêtre qui se détache de son évêque est qualifié d’" usurpateur de pouvoir ", les laïcs restant en communion avec celui-ci étant retranchés " de la communion ecclésiale ". On considère souvent que " la succession apostolique " est suffisante pour qu’un évêque soit effectivement orthodoxe, et, par voie de conséquence, que les sacrements célébrés par lui soient porteurs de la Grâce Divine. Or, l’histoire de l’Église nous enseigne le contraire : au IVè siècle, un aventurier, Maxime " le cynique ", souhaita s’emparer de la cathèdre de Constantinople et, pour ce faire, se fit consacrer par deux évêques canoniques du Patriarcat d’Alexandrie. Toutefois le 2è Concile Œcuménique ne reconnut pas son épiscopat, disposant dans son 4è canon : " Maxime n’a pas été et n’est pas évêque ". A ce sujet l’évêque Grégoire (Grabbe)(4) remarque à juste titre : " Pour que le sacrement du sacerdoce soit réel, il ne suffit pas que l’ordination soit effectuée par des évêques réguliers, mais les règles concernant l’élection et la nomination de l’évêque doivent également être observées ". Cela signifie que les évêques de " Église russe véritablement orthodoxe " et des mouvements similaires ne peuvent, selon l’enseignement orthodoxe sur l’Église, être considérés comme évêques.

Seule une circonstance permet de rompre toute communion avec son évêque : lorsque celui-ci prêche ouvertement une hérésie déjà condamnée par les Pères lors des Conciles Œcuméniques. Mais même dans ce cas, les canons n’autorisent que de suspendre la commémoration du hiérarque " jusqu’à l’examen conciliaire ", " afin de préserver l’Eglise des schismes ". Pour cette raison, les canon ne permettent pas de commémorer un autre évêque ou de créer une nouvelle hiérarchie (…)

Selon les paroles du hiéromartyr Hilarion (Troïtzky) : "S’isoler, se renfermer su soi, c’est... pour une Eglise Locale, la même chose que pour le rayon se séparer du soleil, pour le ruisseau se séparer de la source, pour la branche se séparer du tronc. La vie spirituelle ne peut exister que dans le lien organique avec l’Eglise Universelle ; que ce lien soit coupé, et la vie chrétienne s’assèche immanquablement ". C’est ce dont témoigne la conduite des prétendus " véritables orthodoxes " qui divisent les monastères, les paroisses, les familles... Est-ce là l’accomplissement de la volonté de Dieu ? Il faut détruire ses passions à l’aide de l’Eglise et non détruire l’Eglise par ses propres passions ! Les paroles suivantes du staretz athonite Païssios(5) sont à cet égard caractéristiques : " Si tu veux aider l’Église, efforce-toi plutôt de te corriger toi-même, et ainsi, tu une petite parcelle de l’Église sera mise en ordre. Il est clair que si tous agissaient ainsi, l’Église se trouverait dans un ordre parfait. Mais aujourd’hui, les hommes s’occupent de tout ce qui est possible sauf d’eux-mêmes, parce qu’il est facile de s’occuper des autres, tandis qu’il faut se donner de la peine pour s’occuper de sa propre personne".

Comme le dit S. Jean de Changhaï, " Plus d’une fois, l’Orthodoxie s’est trouvée au bord de l’abîme, mais, peu de temps après, le moment de sa puissance non seulement interne, mais aussi externe, commençait". En effet, c’est le Seigneur Lui-même qui sauve Son Eglise. En l’an 2000, certains clercs de notre diocèse d’Europe Occidentale voulurent " sauver " l’Église Russe à l’Étranger. Il en résulta la création de trois groupuscules antagonistes. Indubitablement, la " Véritable Église Orthodoxe Russe ", à l’instar des autres groupuscules, se divisera également. Or, c’est précisément maintenant, alors que s’engage une lutte pour préserver l’enseignement orthodoxe sur l’Église, que le bon pasteur doit " donner sa vie pour son troupeau ", tandis que " le mercenaire... abandonne le troupeau... et s’enfuit ". Ceux de nos hiérarques qui se trouvèrent après la seconde guerre mondiale dans le monde communiste, continuèrent à célébrer, cette fois sous l’omophore du Patriarcat de Moscou, tout en continuant à confesser courageusement la Vérité. Ainsi, par exemple, l’archevêque Séraphim (Sobolev) éleva-t-il sa voix au Concile des Églises Autocéphales réuni à Moscou en 1948 pour condamner le mouvement œcuménique. On peut aussi prendre exemple sur le métropolite Philarète (Voznesensky) qui, se trouvant à Harbin, et bien que fortement déçu par la ligne suivie par le Patriarcat de Moscou, continua à célébrer pour ne pas abandonner ses fidèles. Commémorant aux offices le Patriarche Alexis Ier de Moscou, il ne se soumit pas aux " exigences illégitimes " de celui-ci, pour reprendre l’expression du Métropolite Antoine : il refusa de commémorer le pouvoir athée.

S. Tykhon de Moscou nous a montré la voie : " Ce n’est que sur cette pierre – la guérison du mal par le bien – que s’édifiera la gloire et la grandeur détruites de la Sainte Église Orthodoxe en Terre Russe ". Aux tenants d’une autre voie, celle suivie par " l’Eglise véritablement orthodoxe de Russie " et tous les autres mouvements similaires, l’archevêque Antoine de Genève(6), a dit en quelque sorte prophétiquement, lors du Concile de la Diaspora de 1974 : " Pour s’engager sur cette voie (celle de la séparation de l’Eglise Russe à l’Étranger de l’Église Orthodoxe Universelle), il nous faudrait au préalable renoncer au passé de notre Église et le condamner... Qu’y a-t-il de plus important pour nous, l’Église même et les forces vives qui s’y trouvent ou bien, ses représentants éphémères, peut-être indignes ? En raison de ces derniers, faut-il rompre avec l’Eglise Universelle, dans laquelle la majorité pense comme nous, dans laquelle souffle, malgré notre indignité, l’Esprit Saint ? Qui punirons-nous de cette façon ? Seulement nous-mêmes ! "

Article abrégé de Bernard Le Caro
Membre du IVe Concile Général de l’Eglise Russe à l’Etranger

Genève, le 15 mai 2007

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Notes du rédacteur

(1) Église Orthodoxe Russe Hors-Frontières, aussi appelée "l’Église Russe à l’Étranger" dans l'article

(2) Mgr One Hilarion, évêque de Verey (1886-1929), fut une figure marquante de l'Eglise russe. Membre de Concilie local de 1917-18. Proche du saint patriarche Tikhon dans sa lute contre de la prétendue Église vivante, Mgr Hilarion fut arrêté en 1923 et envoyé aux Solovki puis dans d'autres prisons. Il mourut du typhus en décembre 1929 et fut canonisé par l'Eglise russe en 1999. Pravoslavie.ru

(3) Saint Théophane le Reclus (1815-1894), évêque, connu pour ses ouvrages de vie spirituelle

(4) Mgr Grégoire (Grabbe) fut longtemps un membre influent du Synode de l'ÉORHF, quand il était encore archiprêtre (Georges) et a fini sa vie à la ROAC (Russian Orthodox Autonomous Church) qui fait partie des "15 groupuscules" précédemment cités…

(5) Père Païssios (1924-1994), célèbre moine du Mont-Athos, un des plus grands et plus célèbres spirituels orthodoxes du XXe siècle Cf.
(6) Archevêque Antony (Bartochevitch), 1910-1993. EORHF


Rédigé par Vladimir GOLOVANOW le 31 Octobre 2011 à 06:33 | 0 commentaire | Permalien



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