Association des Amis du Compositeur Liamine
Chantre du Seigneur - partie 1

Olivier Clément avait publié dans la revue " Contacts" 1987, une étude du liturgiste Nicolas Lossky, auteur d'une "Théolgie du Chant Liturgique"

Par le père Nicolas Lossky


"...quelques-unes des compositions liturgiques de ce compositeur mort prématurément. Ces pièces présentent un intérêt non seulement musical et esthétique, mais également et surtout liturgique. En effet, elles révèlent qu' Jean Liamine avait parfaitement assimilé les principe les plus essentiels de la musique liturgique. Parole et musique sont unies d'une union si parfaite qu'on ne peut plus les distinguer ou les dissocier.

La musique ne fait pas écran par rapport au texte chanté. Elle ne détourne pas l'attention sur elle-même par un effet d'esthétique pure. L'esthétique a certes sa place dans la musique liturgique mais elle n'y est pas un but en soi. Elle est intégrée au tout. Et le tout est un mariage parfait de la parole et de la musique, les deux en un étant essentiellement destinés à ouvrir le cœur et l'esprit sur la contemplation de la Parole, le Verbe de Dieu. C'est cela que Jean Liamine réussit à merveille. La musique de Jean Liamine s'inscrit incontestablement dans une tradition. Elle est immédiatement repérable comme de la musique russe, et de la musique russe du XXe siècle.

Elle est en même temps entièrement nouvelle: elle ne se contente pas, par exemple, de reprendre les mélodies des tons traditionnels pour les adapter. C'est l'esprit de la tradition liturgique qui est repris. L'esprit de la tradition liturgique, dans tous les domaines (poétique, iconographique, musical) n'est autre chose que l'approfondissement de la conscience ecclésiale par une personne qui soumet sa volonté à celle de Dieu et met son art au service de l'expérience ecclésiale de Dieu. Les quelques pièces enregistrées de Jean Liamine suggèrent que sa musique liturgique a pris le même chemin dans la tradition vivante que l'iconographie chez le Père Gréqoire Krug...."

Nicolas Lossky, Jean Liamine /1899-1944/, musicien orthodoxe // revue "Contacts", 4e trimestre 1987, No 140, p. 322.


Jean Liamine (1899- 1944), un musicien orthodoxe : Chantre du Seigneur

Note biographique

Né à Moscou en 1899, Ivan Semenovitch Liamine, fils d'un « marchand" (1) (comme le fut également Gretchaninoff), passe sa jeunesse entre la capitale russe - où très tôt il apprend le piano, puis fréquente assidûment le Bolchoï - et le domaine familial de Tarasiévo, dans la proche province de Kalouga - où dès l'âge de 16 ans il forme un chœur de jeunes paysans, à l'église du village. Pianiste accompli à l'âge de 18 ans, il commence ses études de composition avec le théoricien Boleslav lavorsky à Kiev - où il participe deux années durant à la vie liturgique de la Grande Laure - pour les terminer en 1923, lauréat du Conservatoire National de Paris (1er accessit) auprès d'un maître du contrepoint Georges Caussade.

Il se marie avec sa fiancée qu'il fait venir de Tomsk (Sibérie). Il développe alors une création multiple, s'intéresse aux cathédrales de France sur lesquelles il écrit une très belle suite symphonique (2), tandis que peu à peu « murissent en lui des formes et des idées nouvelles" (3) " concernant le chant liturgique: « Il est deux heures du matin, en revenant sur notre montagne, je repense entièrement ma composition de la liturgie", écrit-il en 1937 (Châtel Guyon)... « Mais voilà ... Je ne sais s'il m'est destiné de communier un jour à cela ... » Il en composera les temps forts: - Trisagion de l'ensevelissement du Christ (Vendredi Saint) - et Prokimenon de mariage (1930); ensuite lors d'un séjour de deux ans à Nice entre 1939 et 1941, dans un dénuement matériel complet, mais une vie familiale heureuse (il a deux enfants) et un épanouissement total de sa foi, après en avoir étudie les paroles avec l'évêque Grégoire à Cannes, il donne naissance successivement à: - la prière des Grandes Complies (Psaume 150) suivie d'un Théotokon (1939), au Psaume 102 (1939) puis aux Béatitudes (1940) et à l'Hymne des Chérubins (1941).

« Si le style de Liamine se différencie de celui des autres compositeurs russes ... il prouve cependant qu'il n'ignore pas les principes d'écriture chorale d'Alexandre Kastalsky de l'école de Moscou, le grand rénovateur du chant liturgique orthodoxe du XXe slècle » (4) .

De 1942 à 1944, Liamine se retrouve paroissien de l'église du 36 rue de la Montagne Ste Geneviève à Paris, ( église de l'Icône de Notre-Dame -Joie- des -Affligés) où il s'intègre au groupe des jeunes théologiens et liturges V. Lossky, A. Turincev, M. Kovalevsky, L. Ouspensky, A. Bloorn",avec lesquels il se lie d'amitié:

« Nous parlions beaucoup du plus significatif et de l'Essentiel ..." »(5). « Le 23 août 1944 il va communier à sa paroisse. Le 24 au soir il reste silencieux, puis dans l'obscurité quasi totale il joue divers morceaux au piano... avec un brio extraordinaire. Il est tué le 25 août au matin par une balle perdue". » (6) Les voies de Dieu sont impénétrables. Le théologien et liturge Nicolas Lossky nous dit, dans un article remarquable, comment il reçoit les chants liturgiques du compositeur Liarnlne" (7) .

NOTES : 1. Manufacture Pokrovskaïa.
2. Film documentaire, 1934, présenié au Festival de Venise, actuellement aux Archives Françaises du Film.
3. Maxime Kovalevsky. 4. André Lischke. 5. Mgr Antoine de Souroge. 6. Dr Jean Liamine fils. 7. Jean Liamine. Mélodies, œuvres instrumentales, chœurs religieux orthodoxes. Production: Jean Liamine fils, Association des Amis du Compositeur Liamine. SUITE

Jean Liamine (1899- 1944), un musicien orthodoxe : Chantre du Seigneur
16 novembre 2010 - Un concert à Moscou avec des chants liturgiques de Jean Liamine

Le jour de l'anniversaire de la naissance de la grande duchesse martyre sainte Elisabeth, le 1er novembre, a eu lieu un concert de chants liturgiques des compositeurs de l'émigration russe en France et de l'école synodale de Moscou, et en particulier de Jean (Ivan Semionovitch) Liamine, dont les grands-parents et les parents avaient eu des liens d'amitié avec la grande duchesse ainsi qu'une même approche de la charité chrétienne active dans le cadre de l' Eglise orthodoxe russe et ont collaboré avec l'architecte de la famille impériale, Rodionoff.

Cette manifestation culturelle, à l'occasion de l'année de la France en Russie, s'est déroulée sous la présidence de la supérieure du couvent de Marthe et Marie à Moscou, mère Nathalia (Moliboga),avec la présence effective d'Elisabeth Braoun, coordinatrice des Alliances françaises en Russie, représentant l' ambassadeur de France, Jean de Gliniasty, Mgr Visvaldas Kulbokas, premier secrétaire de la représentation du Saint Siège auprès de la Fédération de Russie, de l'higoumène du monastère de la Présentation de la ville d'Orel, mère Olympiade, accompagnée par deux moniales, des représentants du monde médical, musical, des arts populaires russes, de l'iconographie, de l'académie d'histoire, de Serge Ivanov, représentant l'église Saint-Serge à Paris et de la famille Liamine venue de France, le docteur Jean Liamine et son épouse le docteur Louise Liamine-Vrinat, leur fille et leur gendre et deux de leurs petits enfants, ainsi que les membres de la famille Liamine de Moscou. Source

Chantre du Seigneur - partie 2

Introduction par Vassili Jouravlev, cinéaste moscovite, réalisateur du film (2002).

Le film documentaire « Chantre du Seigneur », réalisé par l’ équipe russe de l’ unité moscovite de programme « le club des voyageurs », raconte l’ histoire de plusieurs générations d’ une dynastie de « Marchands de Moscou », les Liamine. Le plus célèbre d’ entre eux fut Ivan Artemievitch Liamine, maire de Moscou et président de la Douma de la ville.

Parmi les moscovites , la famille Liamine était connue à l’ époque, non seulement pour la solidité de sa foi et la conviction de ses pratiques religieuses, mais encore pour ses bonnes œuvres en faveur des malheureux et des pauvres. L’histoire des Liamine reste étroitement imbriquée avec celle des églises construites sur leurs propres fonds à Moscou, , Iahroma et Dmitrov, ainsi qu’ en Biélorussie et en Pologne.

Ce film a pour thème central la saga du pianiste et compositeur Jean (Ivan Semionovitch) Liamine, musicien russe en France , où il passa la majeure partie de sa vie. Celle-ci fut interrompue tragiquement en août 1944, le jour de la Libération de Paris.

Pendant toute sa période parisienne, la création des œuvres spirituelles du compositeur aura été accompagnée d’ un rêve inaccompli : celui de son retour à la maison, en Russie. Dans son travail d’ artiste perfectionniste, constamment entravé par les difficultés de sa vie d’émigré privé de moyens matériels d’ existence, le compositeur Liamine se nourrissait de la spiritualité et de la sainteté de l’ Eglise Orthodoxe Russe « engloutie sous les eaux profondes, comme la ville de Kitège », disait-il souvent.

La musique sacrée de Jean Liamine est encore peu connue. Ce film relate le retour de Liamine et de son œuvre musicale dans son pays natal, dont la révolution l’ avait séparé pour le restant de ses jours.

C’est le fils du compositeur, le docteur Jean Liamine, qui évoque la mémoire de son père .

Chantre du Seigneur - partie 3

Commentaire du Dr Jean Liamine, fils du compositeur, concepteur et producteur du film.

« CHANTRE DU SEIGNEUR », film documentaire du cinéaste russe Vassili Jouravlev, raconte l’ histoire de plusieurs générations d’ une famille russe. A travers cette histoire se profile la figure attachante d’un musicien de l’ émigration russe en France, le pianiste et compositeur Ivan Semionovitch (Jean) Liamine.

Ce film évoque d’ abord la Moscou du XIXe siècle, avec le grand-père du compositeur, Ivan Artemievitch Liamine ; ce grand entrepreneur issu d’ une dynastie de « Marchands de Moscou » était un philanthrope très soucieux du bien-être et de l’ instruction des gens, du « développement de leur conscience morale »; devenu maire de la capitale et président de la Douma de la ville , il y joua un rôle notable sur le plan de la vie politique, économique, sociale et culturelle. Son mécénat fut à l’ origine de la construction , et de l’ embellissement de nombre d’ églises, accompagnées d’ écoles, hôpitaux, orphelinats et maisons d’habitation et de retraite .

C’est dans cette « Liaminskaya Moskva »,ou « Moscou des Liamine », et dans l’ « Outre-Moskva », qu’arrive, un jour de mai 1999, en ces temps où tous les espoirs sont permis, le fils du compositeur et arrière-petit-fils du maire, le docteur français, Jean Liamine .

Il vient commémorer le centenaire de la naissance de son père , mais aussi tenter de retrouver cette ancienne Moscou dont l’ histoire avait bercé son enfance parisienne, de rechercher cette « Sainte Russie engloutie sous les eaux, comme la ville de Kitège»,dont lui parlaient si souvent ses parents .

Il va dans les églises « familiales » saccagées, insultées, vidées, en partie détruites par la révolution, mais encore debout, sortant de leurs ruines, désormais rouvertes et en voie de restauration; il y organise avec un chœur de solistes moscovites, plusieurs concerts de chants liturgiques composés par son père : l’ accueil des paroissiens est chaleureux, enthousiaste, et emprunt d’ émotion et de recueillement dans la Mémoire commune retrouvée….

Nous voici dans la basilique de la Trinité, fondée par Ivan Artemievitch à Iahroma près de Dmitrov et point d’ orgue de son œuvre -il y consacra une part très importante de sa fortune- : une liturgie solennelle y est célébrée ; c’ est le jour de la Pentecôte, fête de la paroisse . Le « Chant des Chérubins » du compositeur , aussi pur, puissant, et grandiose , que les colonnes, et les voûtes vers lesquelles il s’ élève , résonne dans cette église en ruine : « Nous qui mystérieusement représentons les Chérubins, et chantons l’Hymne Trois Fois Sainte à la Vivifiante Trinité… » .

PHOTO: Jean Liamine /1899-1944/, musicien orthodoxe

Jean Liamine (1899- 1944), un musicien orthodoxe : Chantre du Seigneur
Toute la puissance créatrice de l’ aïeul, se retrouve dans l’ oeuvre spirituelle du petit-fils , dans sa musique liturgique revenue là, où est née son inspiration, et contribuant en retour, à la renaissance de cette église !

Nous sommes témoins d’ une communion profonde entre les paroissiens et le descendant de la famille Liamine, et ce dernier nous fait partager son sentiment très fort, existentiel, « ici et maintenant », de la mort –résurrection...

Nous nous trouvons enfin dans l’ ancienne résidence familiale d’ été,

La « Liaminskaya Ousadba » du parc des Sokolniki; elle a été conservée grâce à un clin d’ œil surprenant de l’Histoire… rare témoin dans la capitale russe, de l’ architecture en bois du XIXème siècle, elle fait désormais partie des très précieux « monuments sous la protection de la ville de Moscou » (1). Dans la chambre-mémorial (2) qu’ il y a créée lors de la commémoration du 850 naire de Moscou, le docteur Liamine évoque avec force la vie parisienne et la mort prématurée du compositeur en France…

Et le fil conducteur de ce voyage dans le temps, de ce retour aux sources, le fil d’ or tissant la trame du film, n’est autre que la musique d’Ivan Semionovitch (Jean) Liamine, chantre du Seigneur .

Idée originale : Dr Jean Liamine (fils)

Scénario :Vassili Jouravlev
Réalisateur :Alexandre Trofimov
Cameras : Serge Maltsev, Chandor Berkechi,
Agencement musical : Hélène Troukhanova
Ingénieur du son : Leonid Kiritchenko
Consultant : Leonid Weintraub
Traduction française : Cédric Pernette et Jean Liamine

Producteur : Dr Jean Liamine, président de l’Association des Amis du Compositeur Liamine.

Moscou. Juin 2002.

(1) Elle sera détruite en 2019 !...par l'incurie de certains fonctionnaires post-soviétiques.
(2) Une nouvelle "Chambre -Mémoial" a été créée (et peut être visitée), à l'église de l'Icône de N.D. d'Ivérie à Moscou, par le recteur de la paroisse, le père Alexei Emilianoff.

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 11 Octobre 2020 à 11:36 | 1 commentaire | Permalien



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