Père Arsène, Passeur de la foi, consolateur des âmes
Le nom civil du père Arsène – Piotr Andréiévitch Streltzov – est un nom d’emprunt. Le seul nom dont nous sommes certains est celui qu’il reçut lors de sa prise d’habit monastique : " Arsène ".
Selon la tradition orthodoxe, seul le nom monastique est porté par le moine. Pourtant, lors de ses nombreuses détentions, seul son nom civil – que nous ne connaissons pas – apparaissait dans les documents officiels.Qui donc était le père Arsène? L’essentiel de sa vie et de sa personnalité nous est révélé par les différents récits.

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Au cours des dernières années, il y a eu de nombreuses publications de récits ou de mémoires relatant la vie des prisonniers politiques sous le règne de Staline.Ces publications ont été rédigées par des savants, des militaires, des bolcheviques de la première heure, des gens instruits de toutes professions, des travailleurs des kolkhozes, etc. Jusqu’à présent, toutefois, personne n’a écrit quelque chose à propos des millions de fidèles croyants orthodoxes qui sont morts dans les camps d’emprisonnement, ou qui ont souffert de façon indicible durant d’interminables interrogatoires.[

Père Arsène, Passeur de la foi, consolateur des âmes
Ils ont souffert et sont morts pour leur foi, parce qu’ils n’ont pas renié leur Dieu. En mourant, ils ont chanté Sa louange, et Il ne les a pas abandonnés. Les membres les plus fidèles de l’Église Orthodoxe Russe sont morts au cours de cette période si pénible : prêtres, évêques, starets, moines ou tout simplement des personnes profondément croyantes en qui la flamme de la foi ne pouvait pas être éteinte. Cette foi était égale sinon plus profondément enracinée dans leur être que celle des martyrs chrétiens des premiers siècles. « INTRODUCTION PAR L’AUTEUR Le Serviteur de Dieu Alexandre »

EN GUISE D’INTRODUCTION

Archiprêtre Paul (Pellemans) Recteur de la Chapelle de Tous les Saints
qui ont illuminé la Terre Russe (Ottignies-Louvain-La-Neuve, Belgique)


Pendant mon séjour à Leningrad en mai 1987, un étudiant de l’Académie de Théologie m’avait invité à rencontrer une famille orthodoxe. C’était une surprise d’autant plus qu’à l’époque les étudiants étrangers n’étaient pas supposés avoir des contacts informels dans des familles russes.
Pendant notre visite, nous avons évoqué nos espérances pour l’Église lorsqu’elle serait libérée des entraves qu’elle connaissait. Toutefois, on m’a parlé surtout, avec vénération et recueillement, d’un Père Spirituel décédé depuis une dizaine d’années et dont on rassemblait les souvenirs et les mémoires de ceux qui l’avaient connu. Il s’agissait d’un certain Père Arsène. Sa photo révèle un intellectuel, un homme transparent, lumineux, profondément marqué par les souffrances de la vie.
Pendant mon séjour de cette année 1998 en Amérique du Nord, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir l’édition russe et la traduction anglaise des témoignages rassemblés sur la vie du Père Arsène. La lecture de cette ouvrage m’a nourri spirituellement. Elle m’a permis de communier à la vie de Père Arsène, de puiser de la force dans sa foi, d’élever une prière de louange à Dieu qui est admirable dans ses saints.
J’ai donc décidé de traduire en langue française une partie de ces souvenirs en espérant que chaque lecteur francophone y trouvera une force pour renouveler sa vie. La vie de Père Arsène a été extraordinaire de souffrances et de grâces. En lisant ces souvenirs, nous avons parfois l’impression de pénétrer dans un monde merveilleux de rencontre entre le ciel et la terre. Nous oublions peut-être que le Christ Ressuscité agit aujourd’hui encore à travers ceux qui ont une foi inébranlable en Sa Toute-Puissance. Par ailleurs, Il leur promet, qu’ils accompliront des œuvres encore plus grandes que celles qu’Il à faites.
Les camps où Père Arsène a vécu renfermaient des gens comme nous, la plupart sont morts dans des circonstances épouvantables. Certains ont porté leur croix jusqu’au bout : ils se sont tellement identifiés à la vie du Christ que nous pouvons affirmer avec certitude qu’ils ont offert leur vie à Dieu pour nous. Unis à nous dans la Communion des Saints, ils nous ont probablement épargné un sort semblable qui nous était peut-être réservé. Ils nous ont sûrement montré la route à suivre, celle de la virilité spirituelle, dans un monde qui ignore ou rejette Dieu.
Notre cœur froid et rationnel, si hâtif à juger, tend à rejeter ou à oublier le témoignage des martyrs russes du vingtième siècle dans l’indifférence voire dans une certaine critique relativiste parce que certains événements ecclésiaux ne semblent pas évoluer présentement dans le sens espéré. Et pourtant, aucune période de l’histoire n’a compté autant de martyrs qu’en Russie durant cette période.
Rejoignons maintenant Père Arsène au camp, en nous y recueillant parmi tous ceux qui l’ont entouré pendant les vingt ans qu’il y a " survécu " miraculeusement. Où nous trouvons-nous parmi tous ces personnages qui sont décrits dans un premier extrait ? Approchons-nous religieusement de la souffrance cachée de ces martyrs et de leurs persécuteurs. En réalisant que dans des circonstances analogues nous nous trouverions peut-être parmi les criminels, les persécuteurs, les collaborateurs, les surveillants ou les responsables du camp, nous allons peut-être, enfin, trouver le chemin de la conversion et du repentir.

RÉSUMÉ DE LA VIE DE PÈRE ARSÈNE
PÈRE BORIS et HÉLÈNE BOBRINSKOY

Qui donc était le père Arsène? Que savons-nous exactement ?

Le père Arsène est né à Moscou en 1894. En 1911, il termine l’enseignement secondaire et s’inscrit à la faculté des lettres de l’université de Moscou. En 1916, il termine ses études universitaires, mais souffre de malaises cardiaques pendant plus de huit mois. C’est à cette époque qu’il écrit ses premiers travaux sur l’art et l’architecture russe ancienne. Au début de 1917, au terme d’une recherche spirituelle, il part au monastère d’Optina où il devient le disciple de deux startsi, Anatole et Nectaire. Il reçoit alors la consécration monastique, puis l’ordination sacerdotale.
En 1919, le père Arsène retourne à Moscou avec la bénédiction des startsi. Il est nommé troisième prêtre dans une des paroisses de la ville. À la fin de 1921, il assume la direction de la paroisse. Durant les huit ans de son activité pastorale, il sait rassembler dans sa paroisse une communauté importante, dont il est le pasteur et le père spirituel bien-aimé.

En décembre 1927, le père Assène est arrêté pour la première fois. Il est relégué pour deux ans dans la région d’Arkhangelsk. Il revient au terme de cet exil pour desservir une paroisse de la région de Moscou, au-delà de la zone interdite de 100 km de la capitale. Il est de nouveau appréhendé, en 1931, et exilé pour cinq années dans la région de Vologda. Il lui est alors permis d’habiter dans les régions de Vologda, Arkhangelsk et Vladimir, mais sans avoir l’autorisation de célébrer. Il officie cependant à la maison, veillant en secret à la vie de sa communauté spirituelle.

Le père Arsène est arrêté une troisième fois en 1939 et exilé en Sibérie et dans l’Oural, puis dans la région d’Arkhangelsk. À nouveau appréhendé, en mai 1940, il est emprisonné dans un camp de l’Oural. En mars 1941, il est envoyé dans un camp à régime sévère, où la correspondance et les visites de ses enfants spirituels sont quasiment interrompues. En 1942, il est transféré dans un camp " à régime spécial ", où toute correspondance et visite sont totalement interdites...
Ce n’est qu’au printemps 1958 que le père Arsène est définitivement libéré. Il s’installe alors dans la ville de Rostov-le-Grand, chez Nadèjda Pétrovna. Là, grâce au dévouement de cette femme remarquable, il peut recevoir presque quotidiennement des enfants spirituels venus de toute la Russie : non seulement les premiers membres de sa communauté, mais encore des anciens compagnons de captivité et de nombreux nouveaux venus.
Le père Assène meurt en 1975. Il est enterré au cimetière de Rostov. Une pierre tombale qui marquait l’endroit de sa sépulture a disparu, enlevée probablement par les autorités.

Extrait de la Préface de Père Arsène,
Passeur de la foi, consolateur des âmes
,
Le Sel de la Terre/Cerf, 2002.
( il a déjà été vendu à près d’un million d’exemplaires en Russie, aux états-Unis, en Grande-Bretagne et en Grèce)
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"P.O." recommande chaleureusement des extraits du livre publié sur Pagesorthodoxes





Rédigé par l'équipe de rédaction le 13 Mai 2011 à 14:56 | 1 commentaire | Permalien



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