Une question de fond divise actuellement la diaspora orthodoxe établie en  Occident
Marie GENKO

Il s’agit de l’organisation de la diaspora orthodoxe sur ce territoire.

Pour la Fraternité orthodoxe, issue de l’Archevêché des Eglises russes d’Europe occidentale, la création d’une Eglise Locale autonome semble une évidence. Dans le récent communiqué de la Fraternité, signé par Sophie Stavrou-Clément et Nicolas Behr, communiqué paru sur orthodoxie.com, nous pouvons lire la phrase suivante :

" Cependant, cet afflux de populations pose de façon aigüe et renouvelée le problème de l’organisation ecclésiale orthodoxe en Occident. La Fraternité orthodoxe a émis depuis sa fondation le souhait de voir émerger dans nos pays une organisation conforme à la nature et aux canons de l’Église : en chaque lieu un seul évêque, car il y a un seul peuple de Dieu, rassemblé autour de son évêque, à l’image de l’assemblée des saints autour du Christ glorieux. Les assemblées des évêques orthodoxes telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui en différents pays ne peuvent être pour nous qu’une étape vers la création d’Églises locales autonomes."

Très clairement, pour la Fraternité orthodoxe, le territoire canonique de l’Eglise latine, octroyé par le consensus de l’Eglise primitive à l’évêque de Rome est aujourd’hui tombé en déshérence et le témoignage orthodoxe exige la mise en place d’une structure ecclésiale regroupant toute la diaspora orthodoxe en une seule Eglise Locale Orthodoxe d’Occident

Cette approche divise la diaspora entre ceux qui se veulent fidèles à leurs Eglises Mères respectives et les partisans de la création de cette nouvelle structure ecclésiale. Si les premiers sont prêts à revenir au schéma, qui était celui de la diaspora au début du siècle dernier, c’est à dire avant le bouleversement du à la révolution bolchevique (I), les seconds au contraire souhaitent une véritable révolution dans l’organisation de l’Orthodoxie en Europe occidentale. Je voudrais remarquer qu’avant la révolution bolchevique aucun litige ne secouait la diaspora orthodoxe en Occident.

Chaque Eglise mère prenait soin de sa propre diaspora et aucun nuage ne venait ternir le témoignage orthodoxe en Europe occidentale

Ce qui me semble essentiel, c’est avant tout la crédibilité de notre témoignage de disciples du Christ ! Et le témoignage de notre fidélité à notre Foi orthodoxe passe par l’exemple de l’amour que nous nous témoignons les uns aux autres
Il ne m’appartient pas de juger du bien fondé de l’approche de la fondation d’une nouvelle Eglise Locale Orthodoxe en Occident. Cette volonté, qui entraîne déjà le déni du territoire canonique de l’Eglise latine, me semble un sujet beaucoup trop grave et important pour qu’une personne, ou même plusieurs puissent donner une opinion sur une question aussi vaste .

Un tel sujet mériterait un débat et une attitude consensuelle de tous les patriarcats orthodoxes.

Le seul constat , qui me saute au visage, est que cette volonté de fondation d’une nouvelle Eglise Locale est une source de divisions et de disputes entre les Orthodoxes établis en Occident. Ces divisions, les procès qui en résultent et l’animosité entretenue par les uns et les autres, sont déjà une preuve suffisante du chemin erratique dans lequel s’engagent les tenants de l’Eglise Locale d’Occident. Et pour cette raison, il me semble dramatique de ne pas avoir la sagesse de revenir à l’organisation de nos entités ecclésiales telles qu’elles existaient au début du siècle dernier.

Car il est impossible de ne pas tenir compte du point de vue du fidèle orthodoxe attaché au rite et aux traditions de la juridiction orthodoxe qu’il
pratique depuis son plus jeune âge.


L’attachement au culturalisme ecclésiastique, est justement exigé par les fidèles avant que le clergé lui-même ne s’en réclame. Nous en voyons pour preuve l’afflux des nouveaux immigrants dans les églises qui célèbrent la liturgie en Slavon. Ces nouveaux paroissiens dans nos églises viennent y chercher le rite et la langue des prières qui ont illuminé la Foi de leur enfance.
Et il ne s’agit pas là de la nostalgie de la culture d’un empire disparu, mais l’attachement naturel à la culture patriarcale d’une Eglise établie en un lieu. Depuis la nuit des temps, l’Eglise s’est toujours construite localement dans sa pratique ses habitudes et son rite ! C’est cette culture patriarcale qui est devenue inséparable de l’identité religieuse des chrétiens orthodoxes.
En dépit de migrations qui les ont dispersés dans le monde, les chrétiens orthodoxes souhaitent rester fidèles à l’identité patriarcale, porteuse de la culture et du génie de leurs ancêtres.

Ici en Occident, nous voyons se mettre en place des assemblées d’évêques orthodoxes. Chaque évêque dépend de son Eglise mère respective. Et cette nouvelle organisation, en préservant la richesse de la diversité cultuelle des différents patriarcats, répond parfaitement à l’attente des fidèles.

Vouloir remplacer cette assemblée des Evêques, comme le souhaite la Fraternité ci-dessus, par un seul évêque en chaque lieu me semble complètement irréaliste dans le temps présent.

Pourtant nous constatons qu’une formidable volonté d’autonomie s’est mise en place au sein de l’archevêché des Eglises russes d’Europe occidentale par la volonté de quelques uns.

Voici ce qu’écrit Daniel Struve dans le SOP 355 de février 2011 en conclusion d’un article intitulé:

Etre orthodoxe en Occident: Etre l’Eglise en Occident
"Pour que nos églises continuent à jouer ce rôle, nous devons les préserver, notamment en défendant leur pleine autonomie locale, sans laquelle aucune réelle unité, aucune vie ecclésiale digne de ce nom n’est possible. Les problèmes qu’affrontent aujourd’hui les Eglise dites de " diaspora " se poseront ou se posent déjà dans l’ensemble de l’Orthodoxie. Ces problèmes
doivent être vus comme des défis posés à notre foi, plutôt que seulement comme des défauts à corriger par des mesures administratives. A mesure que se déferont les derniers restes du monde constantinien qui, ici ou là, ont su échapper aux bouleversements des siècles précédents, l’orthodoxie toute entière est appelée à redevenir ce laboratoire, que nous sommes ici depuis
longtemps, dans lequel rien ne va vraiment de soi, où chaque élément de la tradition doit sans cesse être mis en question et vérifié à la lumière de l’Evangile. En ce sens, l’Eglise toute entière est une diaspora. "


Nous pouvons voir ci-dessus une volonté de remise en question non seulement du lien avec l’Eglise mère, mais avec toute la pensée traditionnelle véhiculée par celle-ci.

Cette attitude, qui se réclame étonnamment d’un libre arbitre , me semble contraire à notre tradition orthodoxe, qui veut que notre Eglise chemine avec prudence en se pliant aux enseignements des Pères.
S’il n’est pas exclu pour la Tradition Orthodoxe de créer un nouveau Patriarcat, une telle démarche impliquerait le consensus de tous les Patriarches orthodoxes sur cette question.
Il me semble que la création d’une Eglise Locale autonome est actuellement pour le moins hypothétique ! La sagesse élémentaire voudrait que chaque entité ecclésiale orthodoxe suive l’exemple roumain (1) et se soumette à son Eglise mère, afin de mettre fin à toutes les querelles et les dissensions en cours.

Car nous sommes aujourd'hui, avec tous les procès qui nous secouent, un contre témoignage de l'enseignement de Notre Seigneur.

Et nous rendrons compte pour cette honte que nous infligeons à la Foi de nos Pères.

Il est grand temps de nous remettre en question et d’arrêter nos querelles !

Seules l’Humilité, l’Obéissance et la Prière nous permettront d'obtenir que l’Esprit Saint vienne illuminer son peuple, nous appelle à la Sainteté et nous rende dignes d’être un exemple pour nos frères séparés des terres d’Occident.

 
M. G.

(1) La Fraternité orthodoxe (Sophie Stavrou - Clément et Nicolas Behr) Orthodoxie.com

"L'Eglise roumaine de Paris (paroisse fondée en 1853) s'est séparée du patriarcat de Roumanie en 1948, au moment de l'installation du communisme dans ce pays. Le 10 mai 2009 a été la dernière étape et l'aboutissement de plusieurs années de dialogue et marque la réconciliation définitive de la communauté avec l'Eglise orthodoxe de Roumanie". (source : orthodoxie.com)






Rédigé par Marie GENKO le 30 Novembre 2011 à 19:00 | 2 commentaires | Permalien



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