Constantinople a échoué en Ukraine
L’Ukraine compte désormais trois Eglises orthodoxes: la plus importante est l’Eglise orthodoxe ukrainienne (EOU-PM) dirigée par le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Onuphre. Elle est auto-administrée, mais conserve un lien canonique et spirituel avec le Patriarcat de Moscou. Plus de 12’000 paroisses et 200 monastères sont restés fidèles à l’Eglise canonique. Il y a désormais deux autres Eglises non canoniques, celle de Philarète Denissenko, et la nouvelle Eglise orthodoxe autocéphale ukrainienne, avec laquelle il a définitivement pris ses distances.

“L’un, Drabinko, est venu avec une seule paroisse, et l’autre [Siméon Chostatsky] est venu avec 20 paroisses, mais il y a 300 paroisses dans son diocèse, alors quel genre d’unification est-ce donc ? C’est purement une formalité “, lance Philarète. Et de souligner que 13 Eglises orthodoxes locales ne reconnaissent pas la nouvelle Eglise comme une Eglise canonique et personne ne veut être en communion le métropolite Epiphane, “si ce n’est le patriarche œcuménique!”

La décision de Philarète Denissenko de restaurer le “Patriarcat de Kiev” montre que le projet de Constantinople de créer une nouvelle Eglise ukrainienne, “en fonction des intérêts politiques du moment”, a échoué, a déclaré pour sa part sur Interfax Nicolas Balachov, vice-président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou (DREE).

Un projet soutenu par l’ex-président Porochenko

Cette “Eglise orthodoxe unifiée”, promue par l’ex-président ukrainien Petro Porochenko, n’est reconnue par aucune autre Eglise orthodoxe au plan mondial, à l’exception du Patriarcat œcuménique de Constantinople, et ne rassemble qu’une poignée de paroisses en Ukraine.

Philarète, qui s’est vu accorder le titre de “patriarche honoraire” de la nouvelle Eglise orthodoxe ukrainienne, n’a pas accepté d’être réduit au statut de simple évêque diocésain. Il a déclaré rejeter totalement le décret (tomos, en langage ecclésiastique) créant la nouvelle Eglise, accordé par Constantinople le 6 janvier 2019. Philarète consacre désormais toute son énergie à ramener les schismatiques ukrainiens dans son “Patriarcat de Kiev”.

De Moscou à Constantinople

Philarète Denissenko (*) refuse que cette Eglise, qui s’est séparée du Patriarcat de Moscou, soit à partir de maintenant soumise au Patriarcat de Constantinople. Il déplore que la structure ecclésiale nouvellement créée en Ukraine n’ait le droit ni de préparer le saint chrême, ni d’avoir de diaspora, prérogatives qui relèvent désormais du Phanar, c’est-à-dire de Constantinople.

Philarète n’a en fait jamais accepté les termes dictés par le patriarche de Constantinople Bartholomée dans son décret d’autocéphalie de l’EOAU-PC. C’est la raison pour laquelle il a organisé dans la capitale ukrainienne, le 20 juin 2019, un “synode local du Patriarcat de Kiev” (EOU-PK, une organisation ecclésiastique schismatique aux yeux du monde orthodoxe). A cette occasion, il a annulé décision prise par une assemblée similaire le 15 décembre 2018, lorsque l’EOU-PK avait annoncé son autodissolution et son intégration dans la nouvelle Eglise ukrainienne.

Le nouveau primat Epiphane Doumenko déjà contesté

Le “patriarche honoraire” a une nouvelle fois mis en question le primat du métropolite Epiphane Doumenko, chef de l’EOAU-PC, la nouvelle Eglise orthodoxe détachée du Patriarcat de Moscou. Son “synode local” a confirmé la persistance du Patriarcat de Kiev, en particulier en tant que personne morale propriétaire de biens et de monastères, et des institutions éducatives qui en font partie. Interrogé par l’agence russe Interfax sur la façon dont l’EOU-PK va récupérer ses biens, Philarète a exprimé l’espoir que son “Patriarcat” n’aurait pas à se battre pour les récupérer. SUITE Jacques Berset

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 2 Juillet 2019 à 08:45 | 13 commentaires | Permalien



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