POURQUOI RAPPELER 1054 À L'OCCASION DE LA VISITE DE POUTINE AU PAPE?
V, Golovanow le 7 juillet 2019 d'après Rachael Kennedy

Le pape François et Vladimir Poutine se sont rencontrés pour la troisième fois le 4 juillet alors que le président russe entamait sa visite d'État en Italie. La réunion a duré un peu moins d'une heure, conformément au protocole pontifical, et n'a pas donné lieu à un communiqué. D'après le service de presse du Saint Siège, elle a porté sur les situations en Syrie, en Ukraine et au Venezuela, thèmes déjà évoqués la veille par l'assistant du président russe Youri Ouchakov, qui a aussi déclaré que "les positions sont proches, quasi identiques" sur des questions telles que la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme religieux, la prévention des catastrophes économiques et technologiques et la protection des chrétiens dans les zones de conflit."

Y. Ouchakov a aussi ajouté que, après LA RENCONTRE HISTORIQUE DU PAPE FRANÇOIS ET DU PATRIARCHE DE MOSCOU CYRILLE à La Havane en 2016, les relations entre les Églises orthodoxe russe et catholique "ont atteint un nouveau niveau"… (2) Ainsi, ces discussions marquent aussi un rapprochement des deux branches concurrentes du christianisme dont la rivalité, souvent tendue, remonte à près de 1000 ans. Et c'est là qu'il faut revenir à 1054

POURQUOI RAPPELER 1054 À L'OCCASION DE LA VISITE DE POUTINE AU PAPE?
LE GRAND SCHISME DE 1054

Comme son nom l'indique, le grand schisme a marqué en 1054 la scission officielle du christianisme entre l'Église catholique romaine, qui domine l’Occident, et l'Église orthodoxe en Orient. La christianisation des Germains par les Latins et celle des Slaves par les Orthodoxes de Byzance accentuera la différentiation géographique et culturelle.

La rupture elle-même n'était que l'apogée d'une rupture progressive entre les Églises chrétiennes de l'Orient et de l'Occident qui affecta autant les plans politique, sociologique et géographique que théologique. La chute de l’Empire romain d'Occident en 476 a marqué la séparation entre l’Empire romain d’Orient – appelé plus tard Empire byzantin - qui prospérait et son homologue occidental qui se disloquait. Le premier continuât à prospérer pendant encore 1 000 ans, jusqu'à ce que les Ottomans lui portent le coup de grâce en 1453, le deuxième connut d'autres vicissitudes et le fossé se creusât.

Le théologien catholique Yves Congar dénomme « estrangement » (3), cette ignorance réciproque qui progresse lentement au fil du temps, pour toute une série de raisons. Cela commence par la politique: l'Occident refuse l'autorité de l'empereur de Byzance, qui portait toujours le titre "d'empereur des Romains", LE PAPE DE ROME COURONNE EMPEREUR CHARLEMAGNE, roi des Francs, en l'an 800. Cet acte qui fut rejeté par les Byzantins et les Orthodoxes, de leur côté, rejetèrent l'autorité universelle du Pape soutenue par les Carolingiens.


POURQUOI RAPPELER 1054 À L'OCCASION DE LA VISITE DE POUTINE AU PAPE?
Les différences théologiques s'accentuèrent alors: elles découlaient des fondements de la philosophie grecque en Orient alors que les occidentaux étaient enracinés dans le droit romain. Plusieurs conflits ont conduit à des mini-schismes sur la procession du Saint Esprit ("filioque": le Saint Esprit provient-il du Père seul, position orthodoxe, ou du Père et du Fils, dogme introduit en Occident par les Carolingiens) et, en 1054, le pape Léon IX finit par excommunier le patriarche Michel Cérulaire qui l'excommunia en retour…

Le fossé fut accentué lors des Croisades, par l'Établissement de patriarcats latins en Terre Sainte et surtout par le sac de Constatinople par les Croisés en 1204 dont les orthodoxes gardent un amèr souvenir. 965 ans après, la division entre les deux Églises n’a pas été surmontée malgré plusieurs tentatives historiques (citons en particuliers le concile de Florence-Ferrare au XVII siècle (4), qui ne fit qu'exacerber les tensions en lançant l'uniatisme (5)). De fait, L'ORTHODOXIE EST CONDAMNÉE ET COMBATUE comme hérésie et le schisme accompli par l'introduction des nouveaux dogmes catholiques de l'infaillibilité pontificale et de l'Immaculée Conception (1854, 1870), unanimement rejetés par les Orthodoxes.

UNE RECONCILIATION?

L'Église catholique décida une volte-face au concile Vatican II (1962-65): d'hérétiques les Églises orthodoxes devinrent Églises-sœurs et à la suite de l'accolade historique entre le pape Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras en 1964 à Jérusalem; les deux primats LEVERENT LES ANATHEMES RECIPROQUES de 1054, ce qui a permis le développement de nombreuses coopérations et d'un dialogue théologique.

Ainsi, une délégation orthodoxe du patriarcat de Constantinople participe chaque année à la messe célébrée par le Pape à la basilique Saint-Pierre de Rome le 29 juin, jour de la fête des saints Pierre et Paul; cette année le Pape a créé un évènement « extraordinaire et inattendu » en offrant à la délégation orthodoxe un reliquaire de saint Pierre. C'est un « GIGANTESQUE PAS VERS L’UNITE CONCRETE » a commenté le chef de la délégation orthodoxe, car c’est la première fois que des reliques de celui qui fut le premier Pape de l’histoire sont offertes à l’Église orthodoxe. Ce geste fort de l’actuel chef de l’Église catholique rappelle celui de Paul VI en janvier 1964 remettant la tête de saint André au patriarche Athénagoras (ыi saint Pierre est considéré comme le fondateur de l’Église de Rome, son frère André est le fondateur de celle de Constantinople (6)) Il rappelle aussi le prêt pendant deux mois des reliques de Saint Nicolas le Thaumaturge à l'Église russe en 2017; leur vénération rassembla des millions de pèlerins en Russie.

POURQUOI RAPPELER 1054 À L'OCCASION DE LA VISITE DE POUTINE AU PAPE?
L'ÉGLISE RUSSE À PAS COMPTÉS

L'URSS ignorait le Vatican: "Combien de divisions?" demandait Staline, et c'est l'Église Orthodoxe russe qui ouvrit la voie par un dialogue très actif dès 1962 (7). Elle représente maintenant plus de 60% de l'Orthodoxie et la Russie a rétabli ses relations diplomatiques avec le Vatican en 2009. Sept ans plus tard il y eut la rencontre historique à Cuba dont parle Youri Ouchakov; elle lança un nouveau cycle de coopération, comme le souligne encore récemment le patriarche Cyrille(8), et une visite officielle du Pape en Russie est attendue depuis des lustres (ibid. 7). L'audience accordée au président Poutine a ravivé les spéculations, mais l'administration présidentielle les a douchées en mettant en garde contre toute précipitation: "VOUS VOULEZ ALLER PLUS VITE QUE LA MUSIQUE", a déclaré aux journalistes Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, la veille de la rencontre, et il a précisé ensuite que le sujet n'avait pas été évoqué durant la réunion (9).

SOURCES:
Euronews - Rachael Kennedy
(1) https://muckrack.com/rachaelkennedy
(2) https://www.bbc.com/russian/news-48871290
(3) Y. CONGAR, « Neuf cents ans après. Notes sur le ‘Schisme oriental’ », in 1054-1954 : L’Église et les Églises. Neuf siècles de douloureuse séparation entre l’Orient et l’Occident. Études et travaux sur l’Unité chrétienne offerts à Dom Lambert Beauduin, vol. I, Chevetogne, 1954 (Collection Irénikon).
(4) https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Pourquoi-les-Grecs-ont-rejete-l-Union-de-Florence-1438-1439_a4631.html
(5) https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Du-15-au-22-septembre-a-Chieti-le-dialogue-entre-catholiques-et-orthodoxes-se-poursuit-Mgr-Hilarion-L-UNIATISME-RESTE_a4865.html
(6) https://fr.aleteia.org/2019/07/02/linestimable-cadeau-du-pape-francois-au-patriarche-bartholomee/
(7) l'Église russe entame un dialogue très actif dès 1962
(8) https://www.cathkathcatt.ch/f/wp-content/uploads/sites/3/2019/05/Le-patriache-Cyrille-de-Moscou-re%C3%A7oit-une-d%C3%A9l%C3%A9gation-de-p%C3%A8lerins-de-l%E2%80%99Eglise-catholique-emmen%C3%A9s-par-le-cardinal-Angelo-De-Donatis-Patriarcat-de-Moscou-800x450.jpg
(9) https://tass.ru/politika/6515705

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 10 Juillet 2019 à 12:19 | 20 commentaires | Permalien



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