S.E. Alexandre Avdéev : l’Eglise Orthodoxe russe et le Vatican sont inquiets de  constater la destruction en cours des fondements de la civilisation chrétienne
M. Alexandre Avdéev, ambassadeur de la Fédération de Russie auprès du Vatican, a accordé une interview à l’agence RIA Novosti.

Il y dit entre autre : « Nous voyons aujourd’hui qu’un champ très ample de coopération existe entre les Eglises Orthodoxe russe et Catholique romaine. Voici quelques exemples des sujets qui préoccupent les deux Eglises : nous voyons que dans le monde entier les assises morales et éthiques de notre civilisation sont en danger. Cela concerne les croyants de même que les agnostiques.

Les notions mêmes du mariage, de la naissance des enfants et de leur éducation sont mises en cause. Un dialogue approfondi a été engagé sur ces sujets entre nos deux Eglises. En effet, le pape François s’est récemment prononcé à propos de deux problèmes qui étaient à la base des divergences existant entre catholiques et orthodoxes. Le pape François a affirmé que le prosélytisme est un péché. Il a précisé que les catholiques et les orthodoxes doivent coopérer sur des bases d’égalité et du respect du principe qui veut que chacun doit rester soi-même.

La rencontre qui a eu lieu entre le pape François et le patriarche Cyrille à La Havane en 2016 a relancé notre action commune. La Déclaration signée à La Havane a été suivie par de nombreuses actions entreprises en commun : nous sommes très intéressés par l’expérience que les catholiques ont accumulé dans les domaines de l’instruction religieuses et du maintien des valeurs de la famille.

Les deux derniers Synodes réunis au Vatican ont été consacrés aux problèmes de la famille dans le monde entier. Le Conseil interécclesial de coopération coprésidé par Monseigneur Hilarion, métropolite de Volokolamsk, et le cardinal Kurt Koch, président du conseil pour la promotion de l’unité chrétienne est très actif de même que la Commission de la culture à la tête de laquelle se trouvent Monseigneur Tikhon (Chevkounov) évêque d’Egorievsk ainsi que le cardinal Giafranco Ravasi.

Des expositions consacrées aux Nouveaux martyrs du XX siècle, à l’architecture religieuse ainsi qu’à l’œuvre de Léonid Braïlovsky (conservée dans les archives de la Congrégation du Vatican pour les Eglises d’Orient) seront bientôt conjointement organisées.

A une question portant sur l’éventualité d’une visite du pape de Rome en Russie l’ambassadeur Avdéev a répondu, se référant aux paroles du métropolite Hilarion : « Chaque journée vécue nous rapproche de cet évènement ».

Traduction "PO"

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 5 Janvier 2018 à 08:33 | 22 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Tchetnik le 02/01/2018 11:44
Le prosélytisme serait un péché selon François?

On se demande bien ce que faisaient les Apôtres, alors...

La collaboration entre Chrétiens est nécessaire, mais encore faut-il qu'ils soient effectivement Chrétiens, et non relativistes mondains...

2.Posté par Affeninsel le 03/01/2018 00:42
Le jour se rapproche, surtout, où l'on se rendra compte que l'anti-oecuménisme affiché un temps par le gouvernement ecclésiastique moscovite était surtout une des étapes d'un grand jeu politique, dans lequel l'acribie et la fidélité à la Tradition orthodoxe sont des options parmi d'autres...

3.Posté par Vladimir G: Les relations ont toujours été actives le 05/01/2018 11:17
Les relations entre l'Église russe et le le Catholicisme ont toujours été actives, sauf pendant la courte période de l'entre-deux-guerres où le patriarcat était étranglé par le Bolchéviques et c'est "l'École de Paris" qui développait des contacts particulièrement fructueux au plan théologique et participait activement à la fondation du mouvement œcuménique (cf. http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Quelques-etapes-de-l-oecumenisme-orthodoxe-Partie-1_a2514.html).

Dès la fin de la guerre, Staline utilisa l'Église comme un instrument de "soft power", la poussant à participer à toutes les instances de dialogue religieux pour promouvoir sa politique "pacifiste - anti-impérialiste", de fait anti-occidentale. L'Église y trouvait d'ailleurs son compte car cela lui ouvrait une fenêtre sur le monde, lui permettait des contacts et allégeait un peu la pression qu'elle subissait à l'intérieur.

Les relations avec le Vatican étaient compliquées par son soutien à l'Église gréco-catholique d'Ukraine, qui avait été absorbée de force par L'Église russe. Son primat, réfugié au Vatican, fut élevé à la dignité de "Métropolite majeur" et pu prononcer des homélies quotidiennes en ukrainien sur radio-Vatican; le KGB l'accusait d'entretenir l'agitation des fidèles demandant la réouverture de leurs églises et cela provoqua plusieurs crises entre l'Église russe et le Vatican quand les relations furent renouées après 1965.

Un dialogue très actif fut en effet renoué dès 1962: la délégation du patriarcat de Moscou fut la première des délégations orthodoxes à participer comme observateur au Concile de Vatican 2 et son représentant fut reçu en audience privée par Paul VI; une première conférence théologique mixte se tint à l'Académie de théologie de St Petersbourg en 1967 et la possibilité d'une visite du Pape en URSS fut officieusement posée; à partir de 1972 l'Église russe participa activement au mouvement Pax Christi. Le métropolite Nicodème, bras droit du patriarche, succomba à une crise cardiaque au cours d'une entrevue avec le pape Jean-Paul I (1978). Mais le Vatican continuait à soutenir l'Eglise gréco-catholique, provoquant derechef plusieurs crispations dans les relations avec l'Eglise russe(*) et faisant capoter plusieurs tentatives de rencontre entre le Pape et le patriarche de Moscou malgré le beau geste du pape Jean-Paul II rendant l'icône très vénérée de Notre Dame de Kazan en 2004. Rappelons que le concile épiscopal de 2000 adopte une véritable charte des relations avec les autres confessions chrétiennes qui précise en particulier: "Le dialogue avec l'Église catholique romaine est fondé et doit rester fondé à l'avenir sur le maintien de la succession apostolique des ordinations. En même temps il apparaît indispensable de prendre en considération le caractère du développement des bases doctrinales et de l'ethos de l'Église catholique romaine qui va assez souvent à l'encontre de la Tradition et de l'expérience spirituelle de l'Église Ancienne."
(*)Annulation d'une rencontre de théologiens orthodoxes et catholiques à Odessa en 1979, absence de la délégation russe à la 4ème réunion de la Commission Théologique mixte à Bari en 1986 …

Mais le dialogue se développait aussi dans le cadre général des discussions entre l'Orthodoxie et le Catholicisme, et en particulier dans la «Commission mixte internationale pour le dialogue théologique». Un document particulièrement important fut adopté sur «L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion»: (Balamand, 1993): "Il contient plusieurs recommandations pratiques visant à réduire la tension entre orthodoxes et catholiques dans certaines régions. Hélas, ces recommandations sont souvent restées lettre morte: en pratique, certains gréco-catholiques n’ont pas souhaité les suivre, bien au contraire…" écrivait Mgr Hilarion de Volokolamsk 2009 en insistant pour que ce sujet fut à nouveau discuté.

La rencontre de La Havane a évidemment donné une nouvelle impulsion aux relations à tous les niveaux, que ce soit en politique internationale, en particulier pour les Chrétiens persécutés dans le monde et surtout au Moyen-Orient, où pour les questions sociétales, comme le souligne bien M. Avdeev ...

4.Posté par père Joachim le 05/01/2018 11:49
Le prosélytisme est condamné comme hérésie par l'église orthodoxe et donc bien plus qu'un pêché.

Dans la pratique contemporaine de l’Église, et devant les situations de mission qui nous sont imposées par l'histoire , il est bon de retrouver le fil de notre action séculaire.

La tentation orientale a moins été la mission coercitive ou impérialiste, que le sommeil du"juste", l'autosuffisance, le ritualisme autiste ....

Bien-sur, tout le monde sait chez les orthodoxes que MISSION = TÉMOIGNAGE (viens et vois) et très peu (trop peu) allez jusqu'aux extrémités de la terre.
Ce n'est que dans les années 50 qu'un premier missionnaire - sans soutient logistique s'est rendu en Afrique et à rencontré un groupe d'afro-chrétiens qui voulait retrouver "la religion des Pères"
Plus récemment, un groupe semblable a frappé 10 ans à la porte de "services missionnaires" pour obtenir réponse et aides ...

Pour faire court, il y a deux type de compréhension de la missions et de l'exégèse de l’Écriture à ce propos chez les chrétiens: la "mission centrifuge" et la "mission centripète". L'histoire récente nous éclaire sur la pertinence et les corrections à apporter sur ces deux voies. François semble avoir eu en mains les rapports des observateurs de ses secrétaireries ...

5.Posté par Daniel le 06/01/2018 04:05
Quelqu'un peut-il expliciter ce qu'on entend par prosélytisme ? Peut-on citer le synode, le concile qui a condamné le prosélytisme comme, je cite, une hérésie, avec si possible le texte de la condamnation? (cf le message 4 du père Joachim).

6.Posté par Vladimir G: «Nous rejetons toute forme de prosélytisme...» le 06/01/2018 10:16
Je n'ai pas de référence conciliaire ni de qualification d'hérésie, mais je rappelle le point 18 de "l'Accord de Balamand" (1993): "À ce propos, le Pape Paul VI avait affirmé dans son discours au Phanar en juillet 1967, «que c’est aux chefs des Églises, à leur hiérarchie, qu’il incombe de mener les Églises sur la voie qui conduit à la pleine communion retrouvée. Ils doivent le faire en se reconnaissant et en se respectant comme pasteurs de la partie du troupeau du Christ qui leur est confiée, en prenant soin de la cohésion et de la croissance du peuple de Dieu et en évitant tout ce qui pourrait le disperser ou mettre de la confusion dans ses rangs» (Tomos Agapis, n° 172). Dans cet esprit, le Pape Jean-Paul II et le Patriarche œcuménique Dimitrios Ier ont précisé ensemble: «Nous rejetons toute forme de prosélytisme, toute attitude qui serait ou pourrait être perçue comme un manque de respect» (7 décembre 1987)."

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/ch_orthodox_docs/rc_pc_chrstuni_doc_19930624_lebanon_fr.html

7.Posté par Vladimir G: «... excluant tout acte de prosélytisme...» le 06/01/2018 12:18
PS: j'ai réussi à trouver une référence conciliaire panorthodoxe: 23. "L’Église orthodoxe a une conscience commune de la nécessité du dialogue théologique interchrétien ; c’est pourquoi, elle indispensable que le dialogue aille de pair avec le témoignage dans le monde et des actions qui expriment «la joie ineffable» de l’Évangile (I P 1, 8), excluant tout acte de prosélytisme, d’uniatisme ou autre action provocante d’antagonisme confessionnel. Dans cet esprit, l’Église orthodoxe considère qu’il est important que nous les chrétiens, inspirés par les principes fondamentaux communs de l’Évangile, essayons de donner une réponse empressée et solidaire, basée sur le modèle idéal par excellence du nouvel homme en Christ, aux problèmes épineux que nous pose le monde d’aujourd’hui."

https://www.holycouncil.org/-/rest-of-christian-world

In: "Les relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien"
Concile de Crête (2016)

8.Posté par père Joachim le 06/01/2018 14:10
Ce qu'on entend par prosélytisme:

Mathieu 23, 15 : Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et, quand il l'est devenu, vous faites de lui un fils de la géhenne, deux fois plus que vous!
Ils lient des fardeaux pesants et difficiles à porter, et les mettent sur les épaules des hommes; mais eux, ils ne veulent pas les remuer du doigt.

Contrevenir à l'esprit du Seigneur exprimé par l’Écriture est avant tout une grande tristesse.
C'est la cause de mille maux sur l'œuvre de ceux qui enfreignent ces principes de bases.
Et pour le moins, ils dépassent le le stade du pêché et l’hérésie... Ils ajoutent souvent à leur insu fautes sur fautes et sont un fardeau lourd à porter par la Communion de l’Église Entière.

CHRIST EST NE en VÉRITÉ ! et nous rejoignons avec affection fraternelle par ce "Joyeux Noël !" ceux qui sont à présent en FÊTE.

9.Posté par Affeninsel le 06/01/2018 17:04
Des textes controversés et isolés datant d'une époque où l'Eglise peine à s'exprimer d'une voix commune font de mauvaises bases juridiques pour condamner le prosélytisme.
Qu'on s'entende. Si l'on entend par-là une volonté et une pratique visant à faire adopter à d'autres la foi orthodoxe autrement que par leur volonté pleine et entière de rejoindre le Christ Sauveur dans Son arche de salut, alors oui, le "prosélytisme" est une horreur, et je doute qu'une âme amenée à l'Eglise par ces moyens y reste bien longtemps.
Mais si ce mot sert uniquement à désigner péjorativement toute tentative de témoignage de la "conscience que l'Eglise a de soi comme de l'arche unique du salut", et tout appel à rejoindre cette arche, alors je pense que ceux qui ont recours à ce procédé sont eux-mêmes, et bien plus clairement, condamnés par les canons et les conciles.
Et, même si la technique a un peu vieilli, c'est souvent dans ce sens-là que certaines manœuvres latines ont utilisé le mot, pour s'assurer d'une loyauté qu'ils n'auraient pas à l'égard des églises avec lesquelles ils passaient ce genre de "contrat".

10.Posté par Affeninsel le 06/01/2018 17:08
Précisons aussi qu'on peine à comprendre la frilosité de certains hiérarques orthodoxes face à la perspective d'un "prosélytisme" mené par les catholiques envers des fidèles orthodoxes. Si nous croyons que nous avons la Vérité intacte et entière, que pourrait nous faire l'erreur dans notre assurance en la foi du Christ ? Ces accusations de prosélytisme, comme souvent, relèvent plus d'une volonté de refuser les vrais efforts missionnaires (parler aux hiérarchies hétérodoxes en fait partie) et d'une manière facile de flatter un faux identitarisme du peuple pour mieux lui renvoyer une image qui le satisfasse.

11.Posté par Daniel le 06/01/2018 18:18
Ca ne répond pas à la question : qu'est-ce que le prosélytisme. une hérésie, on la définit clairement, en général. Une hérésie est aussi une doctrine. Je sais quelle est la doctrine de l'arianisme mais quelle est la doctrine du prosélytisme? En quoi cette doctrine est-elle contraire à la foi orthodoxe ? Eclairez-moi, car le terme "hérésie" a un sens bien précis qu'on ne peut utiliser à tout bout de champs.

12.Posté par Tchetnik le 07/01/2018 12:16
P.Joachim,
Ce passage ne condamne pas le "prosélytisme", mais le fait de faire mauvais usage d'un prosélytisme mensonger, ce qui n'est pas la même chose.

Quand Jésus Christ a dit aux Apôtres "allez et faites des nations des disciples", il ne condamnait certes pas le prosélytisme...


13.Posté par Tchetnik le 07/01/2018 17:01
Il reste difficile de prétendre affirmer la pensée, l'enseignement et les idéaux de toujours de l'Eglise avec des textes plus que controversés, qui ne font pas l'unanimité et qui datent d'hier...

14.Posté par Vladimir G: Quand Jésus Christ prône œcuménisme... le 07/01/2018 17:03
Quand Jésus Christ dit aux Apôtres "allez et faites des nations des disciples", il prône l'œcuménisme...

15.Posté par père Joachim le 08/01/2018 00:59
9 et 13 Avez vous des arguments d’exégèse biblique pour contesté Mathieu 23, 15 ?

"le fait de faire mauvais usage d'un prosélytisme mensonger",
SI au "prosélytisme"on enlève ce qui l'accompagne càd "mensonge" "de mauvais usages" (il était, en effet, accompagné au dire des populations qui se libèrent du carcan des exportations des civilisations occidentales des "missionnaires", de la corruption, du vol des ressources, du mépris des cultures locales, du colonialisme, du vol des richesses, des assassinats en masse)

alors nous revenons à l'esprit de la mission-témoignage du " venez et voyez !" que vous semblez vouloir absolument appeler PROSÉLYTISME (mot et notion actuellement piégée et critiquée et à juste titre)

Dans le cadre d'un si bel instrument offert par PO, on peut échanger sereinement à distance et éviter les psychodrame étranger à l'esprit de communion ?
(excusez un long silence en attendant la mise en état de mon ordi.)

16.Posté par Tchetnik le 08/01/2018 13:26
Négatif,Vladimir, Il prône la Vérité et le Salut.

@P Joachim.

Aucun besoin d'argument, votre interprétation se conteste toute seule. Quand Jésus Christ, dans la parabole du pharisien et du publicain, critique le jeun du pharisien, Il ne condamne pas plus le jeun qu'il ne condamne le prosélytisme dans Matthieu 23:15, mais le mauvais usage qu'il en fait.

Pour tout le reste, notamment votre appréciation assez stéréotypée du travail missionnaire des nations Occidentales, je vous recommande très fortement de ne pas vous en tenir au manuel scolaire de 4ème...

On ne peut discuter sereinement qu'avec des gens qui connaissent leurs sujets et ne jettent pas péremptoirement des appréciations factuellement fausses. Il suffit de plus d'accorder aux mots leur vraie signification, et de ne pas leur adjoindre d'idéologie politiquement correcte.

17.Posté par Vladimir.G: est-ce le débat qui est recherché ou l'affrontement? le 08/01/2018 15:38
Il y a, dans les derniers commentaires, une confusion de mots qui serait amusante s'il n'y avait comme un soupçon de mauvaise foi: il est clair que le mot "prosélytisme", tel qu'il est employé par le p. Joachim, les papes, les patriarches et le concile de Crête, est connoté de "mensonge" et "de mauvais usages", comme le souligne le p. Joachim, alors que le mot "œcuménisme" revient «à l'esprit de la mission-témoignage du " venez et voyez !"», du "allez et faites des nations des disciples" (ceci est bien explicité par St Paul quand il écrit "Il n'y a plus ni Juif ni Grec," i.e. ni religion juive ni philosophie grecque...)

Mais certains de nos contradicteurs donnent à ces mots un sens différent de celui que nous connaissons et nous agressent à ce propos... ce sont des méthodes largement utilisées par les pensées totalitaires pour discréditer leurs adversaires. Ces méthodes "psychodramatiques" n'améliorent évidemment pas le débat... Toutefois est-ce bien le débat qui est recherché ou l'affrontement polémique?

18.Posté par Tchetnik le 08/01/2018 17:54
Quand Saint Paul dit qu'il n'y a plus ni Juif ni Grec, il affirme l'égale image divine et l'égale promesse de Salut de tout Homme. Certainement pas que les religions ou philosophies se valent. De même il est évident que le terme "prosélytisme" n'est pas condamné sur sa signification réelle mais sur certains usages qui ont pu en être faits. Donc, il est mensonger de dire que l'Eglise condamne le prosélytisme comme une hérésie, d'abord parce que l'Eglise est par essence prosélyte et parce qu'il n'existe AUCUN texte conciliaire ou patristique définissant le prosélytisme comme une hérésie.
Il est évident que, dans une attitude toute talmudique, certains commentateurs pipent le débat en accordant au même mot des significations différentes au fur et à mesure de la discussion, ce en déformant les propos de manière à les faire coïncider avec leurs présupposés idéologiques. Mais ces menteurs ne recherchent ni le débat, ni - et surtout pas - la Vérité...

19.Posté par Daniel le 08/01/2018 19:10
Quand il y a un désaccord sur le sens d'un mot, il suffit d'utiliser le dictionnaire.

Oecuménisme selon le Larouss est "Mouvement qui préconise l'union de toutes les Églises chrétiennes en une seule."

Or la phrase de Jésus dit exactement : "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit."

On voit que ce n'est pas la définition de l'oecuménisme pour plusieurs raisons :

- le Christ évoque toutes les nations, indifféremment de leurs religions, et donc y compris les non chrétiens. or l'oecuménisme ne concerne que les chrétiens

- le message du Christ appelle à convertir, convertir à l'orthodoxie, en somme. L'oecuménisme n'a pas cette fonction et a un but très différent selon les personnes et selon les communautés. Un orthodoxe peut penser de bonne foi que c'est une façon de prêcher l'orthodoxie maos son interlocuteur protestant peut aussi penser que c'est une façon de prêcher le protestantisme. C'est cocasse. Pour d'autres, l'oecuménisme visent à mieux se connaître tout en faisant que chacun reste le même. Pour d'autres encore, l'oecuménisme exclut la conversion de l'autre. Les oecuménistes sont les premiers à décourager d'éventuels chrétiens non orthodoxes à devenir orthodoxes, comme l'expliquait Jean-Louis Palierne dans son livre "Où se cache l'église orthodoxe".

Au commandement clair du Christ de convertir l'autre, on aboutit à un magma oecuméniste où les buts sont peu clairs, différents et contradictoires dans un même mouvement. C'est la tour de Babel.

Concernant le prosélytisme, rien n'interdit de regarder aussi le dictionnaire Larousse: "Zèle ardent pour recruter des adeptes, pour tenter d'imposer ses idées."

En fait, les apôtres ont fait preuve de zèle ardent pour convertir, en témoignent les voyages de saint Paul, les missionaires etc. Saint Thomas est mort missionaire en Inde, saint André est passé par la Géorgie, selon la tradition saint Nina est partie pour évangéliser la Géorgie depuis Jérusalem. Si cela n'est pas un zèle ardent, qu'est-ce donc ?

On peut consulter l'interprétation par saint Théophylacte d'Ohrid au sujet du passage

Mathieu 23, 15 : Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et, quand il l'est devenu, vous faites de lui un fils de la géhenne, deux fois plus que vous! Ils lient des fardeaux pesants et difficiles à porter, et les mettent sur les épaules des hommes; mais eux, ils ne veulent pas les remuer du doigt.

Tout d'abord, il faut le remettre dans son contexte général. Dans Matthieu 23 dès le 1er verset, le Christ va lister les défauts des pharisiens, le 23:15 est un défaut de plus. Ce qui est reproché aux pharisiens n'est pas de faire des efforst pour convertir les païens (ces convertis étaient appelés "prosélytes"), mais d'avoir un si mauvais comportement et un si mauvais exemple qu'une fois converti, le converti adopte tous les mauvais travers des pharisiens. Il accuse donc les pharisiens de corrompre et les Juifs de naissance et les nouveaux Juifs. Tel est le reproche.

"Not only, He says, do you corrupt Jews, but also those who come to Jewish religion from idolatry. These were called "proselytes". You are eager to convert someone to the Jewish way of life and to circumcision, but when they judaize they perish, corrupted by your wickedness"

Traduction : "Non seulement dit-Il [le Christ] vous corrompez les Juifs, mais aussi ceux qui viennent aux judaïsme depuis l'idolâtrie. On les appelait "prosélytesé. Vous aspirez à convertir quelqu'un à la façon de vivre juive et à la circoncision, mais quand ils deviennent juifs, ils périssent, corrompus par votre méchanceté"

C'est donc la méchanceté corruptrice des pharisiens qui est condamnée et non l'aspect missionaire, ce qui était aussi clair dans le texte français sans interprétation.

L'interpr



La définition d'oecuménisme du dictionnaire est :

20.Posté par Théophile le 09/01/2018 11:00
Dans la déclaration commune de la rencontre de Cuba (entre le Pape François et le Patriarche Kirill):

"24. Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l’Église du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l’Évangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.
Nous ne sommes pas concurrents, mais frères : de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l’amour et à avoir «les uns pour les autres la même aspiration» (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d’utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Église à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul : «Je me suis fait un honneur d’annoncer l’Évangile là où Christ n’avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d’autrui» (Rm 15, 20)."

21.Posté par Vladimir.G: l’expression du pharisaïsme et de l’hypocrisie le 09/01/2018 17:23
Le sujet de notre débat est évidemment de comprendre pourquoi la grande majorité des représentants des Églises, orthodoxes comme catholiques, rejettent le prosélytisme et promeuvent l’œcuménisme (cela va généralement ensemble). Il nous faut donc cerner ce que EUX ENTENDENT PAR CES MOTS, et le Petit Larousse ne nous y aide pas beaucoup alors que le contexte dans lequel ces mots sont employé est éclairant.

Pour PROSÉLYTISME, le point 24 de La Havane, avec sa citation de St Paul, est particulièrement éclairant (cf. 20 , merci Théophile !) Si on ajoute la mise en parallèle du prosélytisme avec l'uniatisme (déclaration de Balamand) on voit bien qu'il s'agit "des moyens indus pour pousser des croyants à passer d’une Église à une autre," pratiqués par les Croisé en 1204 ou les télévangélistes en Russie dans les années 1990 (je les ai connus personnellement). On comprend pourquoi ils sont rejetés par les Orthodoxes (cf. Luc 6:31) et on ne peut que se réjouir qu'ils soient maintenant condamnées par les autorités catholiques.

Pour l'ŒCUMÉNISME aussi, c'est auprès des participants qu'il faut voir ce qu'ils entendent par là et je suggère, par exemple, de relire le discours du métropolite de Volokolamsk Hilarion devant la X Assemblée générale du COE (Pusang, 2013, https://mospat.ru/fr/2013/11/01/news93538/) ou, plus simplement, devant les membres de sa délégation: «Notre participation aux travaux du Conseil œcuménique des églises répond avant tout à l’objectif de témoigner de l’Orthodoxie devant le monde hétérodoxe» (https://mospat.ru/fr/2013/10/31/news93481/). L'œcuménisme inclut évidement aussi "le champ très ample de coopération /qui/ existe entre les Eglises Orthodoxe russe et Catholique romaine". "Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l’Évangile du Christ et du patrimoine commun de l’Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d’époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune," dit le point 7 du communiqué commun de La Havane (https://mospat.ru/fr/2016/02/13/news128178/) et, fustigeant les «zélateurs de l’orthodoxie» (sic) qui manifestaient contre cette rencontre, le métropolite de Volokolamsk écrit: «Ils organisent des rassemblements schismatiques indignes où sont condamnés les actions du primat de notre Église en faveur de la paix et exhortent à ne plus mentionner le Patriarche lors des liturgies. Qu’est cela, si ce n’est l’expression du pharisaïsme et de l’hypocrisie ? » Selon le métropolite, ceux qui critiquent ainsi poussent l’Église «vers l’isolement et le schisme», et veulent la transformer en «une secte, comme le sont leurs rassemblements» (https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Pour-le-metropolite-Hilarion-ceux-qui-critiquent-la-rencontre-du-patriarche-avec-le-pape-veulent-pousser-l-Eglise-vers_a4708.html).

22.Posté par Affeninsel le 10/01/2018 21:26
On aura donc compris que ces deux termes ont une vaste diversité d'acceptions, et qu'il est inutile de continuer de se jeter des définitions de dictionnaire au visage. Inutile aussi, à mon sens, de continuer d'utiliser ces termes en tant que tels, mieux vaudrait débattre sur le fond.
Or, Vladimir, vous voyez bien que promouvoir la "réunion des Eglises" sans admettre que cela ne se fera que par les renonciations des hétérodoxes à leurs erreurs, et par leur intégration inconditionnelle dans le Corps de l'Eglise orthodoxe, est vain. On peut, encore une fois, parler de hiérarchie à hiérarchie, selon les moyens qui semblent les plus appropriés (à savoir, que face aux protestants qui vont clairement dans le mauvais sens avec toujours plus de féminisme, sociétalisme etc, il faut être distant ; tandis qu'avec certains catholiques, notamment ceux que le pape François insupporte, il faut au contraire se faire plus accueillant), sans non plus croire que la coopération sur le terrain politique puisse vraiment faire quoi que ce soit de très évangélisateur, organiser des tables rondes où l'on explique ce qu'est l'orthodoxie... mais toute autre approche échoue à confesser le Christ pleinement et à appeler les âmes au salut pleinement.

Quant au prosélytisme, c'est la même chose : peu importent les divergences de définition, tout chrétien orthodoxe doit avoir pour but de présenter par ses paroles et/ou ses actes la Vérité de la Foi à tout un chacun, comme les apôtres qui ne furent pas des sur-hommes, afin de pousser les hommes à rejoindre le Christ. Non par manipulation, par mensonge, par dissimulation, car la Vérité n'a rien à cacher, mais simplement, avec ouverture et discernement dans chaque instant de la vie. Et, oui, cela implique parfois de dire aux hétérodoxes clairement que seule l'Eglise orthodoxe détient la plénitude de la grâce salvifique du Christ et la plénitude de la Foi. On ne peut pas se satisfaire de ce que "chacun reste ce qu'il est" lorsque tous ne sont pas sur le chemin qui mène à Dieu et au Salut.

Les agitations incultes de quelques fidèles russes qui veulent se signaler par leur "zèle" ne font rien à l'affaire, ils ne représentent absolument pas ceux qui se méfient à juste titre de tout ce qu'on peut mettre sous les termes d'oecuménisme et de prosélytisme pour exalter l'un et vilipender l'autre.

23.Posté par Vladimir.G: "témoigner de l’Évangile du Christ " le 19/01/2018 15:08
ŒCUMÉNISME: Quand on lit les déclarations de tous les participants orthodoxes au dialogue œcuménique, on comprend que, si l'Union "afin que tous soient un" (Jean 17:21) reste l'objectif final, le but immédiat est de témoigner, et témoigner à deux niveaux:
- "témoigner de l’Orthodoxie devant le monde hétérodoxe" (interview du métropolite de Volokolamsk Hilarion cité en 21)
- "témoigner de l’Évangile du Christ et du patrimoine commun de l’Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain" (communiqué de La Havanne cité en 21)

Il est évident qu'on met l'accent sur ce que nous avons en commun plutôt que de s’appesantir sur des divergences qui paraissent assez dérisoires face aux défis du monde contemporain: ""un seul nom nous rassemble, Jésus Christ" proclame prophétiquement St Nicolas d'Ohrid devant la deuxième Assemblée du COE (1954).

PROSÉLYTISME: la citation donnée en 20 est limpide, comment refuser de mettre en pratique le précepte de l’apôtre Paul?

Nouveau commentaire :