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Nikita KRIVOCHEINE
Saint Augustin se trouvait sur une plage, plongé dans la méditation. Il aperçut un adolescent qui à l’aide d’une conque transvasait l’eau de la mer dans un grande tranchée qu’il avait creusé dans le sable. « Que fais-tu ? » - Je veux mettre toute la mer dans cette tranchée. – C’est un projet fou ! – Pas moins fou que tes efforts de percer le mystère de la Sainte Trinité !
Et l’adolescent disparut. C’était un ange envoyé en aide à Saint Augustin.
Cette histoire m’a été racontée par le chanoine lituanien Stanislas Kiskis dans les camps de Mordovie. Notre « brigade » chargeait des camions de lourdes pierres. Le père Stanislav mettait à profit les intervalles entre l’arrivée des véhicules pour parler aux déportés. Il était très respecté et parvenait à être compris même des plus ignares de nos coéquipiers. Le père Stanislas avait passé toute sa jeunesse à Saint Pétersbourg, il était parfaitement russophone et russophile. Avant la guerre il avait étudié à Nancy et parlait un français parfait.
C’était son deuxième terme dans les camps. Le troisième jour après le début de l’offensive nazie il avait réussi à dissuader les habitants de Kaunas, pris de fureur contre l’occupant soviétique, d’achever les blessés que l’armée rouge avait abandonnés.
Saint Augustin se trouvait sur une plage, plongé dans la méditation. Il aperçut un adolescent qui à l’aide d’une conque transvasait l’eau de la mer dans un grande tranchée qu’il avait creusé dans le sable. « Que fais-tu ? » - Je veux mettre toute la mer dans cette tranchée. – C’est un projet fou ! – Pas moins fou que tes efforts de percer le mystère de la Sainte Trinité !
Et l’adolescent disparut. C’était un ange envoyé en aide à Saint Augustin.
Cette histoire m’a été racontée par le chanoine lituanien Stanislas Kiskis dans les camps de Mordovie. Notre « brigade » chargeait des camions de lourdes pierres. Le père Stanislav mettait à profit les intervalles entre l’arrivée des véhicules pour parler aux déportés. Il était très respecté et parvenait à être compris même des plus ignares de nos coéquipiers. Le père Stanislas avait passé toute sa jeunesse à Saint Pétersbourg, il était parfaitement russophone et russophile. Avant la guerre il avait étudié à Nancy et parlait un français parfait.
C’était son deuxième terme dans les camps. Le troisième jour après le début de l’offensive nazie il avait réussi à dissuader les habitants de Kaunas, pris de fureur contre l’occupant soviétique, d’achever les blessés que l’armée rouge avait abandonnés.
Il avait réussi non seulement à les calmer en expliquant qu’il s’agissait de militaires prisonniers et non de communistes mais même à les persuader de les mettre sur des brancards et à les porter jusqu’à la Kommandantur qui procéda à leur internement.
Ces vies sauvées lui valurent en 1945 dix ans de Goulag pour « trahison de citoyens soviétiques ».
A sa sortie, en 1955, il fut exilé dans la région de Krasnoïarsk, en Sibérie Orientale. Il y avait là énormément de catholiques, polonais, lituaniens, uniates. De façon clandestine il assuma parmi eux son sacerdoce, fut assez rapidement dénoncé et gratifié de dix ans de rééducation par le travail pour « agitation et propagande antisoviétique ».
Il racontait avoir eu à sa deuxième arrestation un moment de rébellion contre le sort. Puis il pensa à son frère, devenu collaborateur du régime, et se dit qu'il lui incombait de souffrir pour lui.
A sortie en 1965, brisé et souffrant, il fut assigné à résidence dans un village reculé de Lituanie. Après la chute des soviets sa candidature fut envisagée par le Vatican pour la chaire de Kaunas et seul son âge avancé et son état de santé firent obstacle à sa chirotonie.
Ainsi que beaucoup d’autres zeks j’ai à l’égard du père Stanislas une grande dette morale. J’aimerai que les lecteurs de « Parlons » aient une pensée pour cette homme d’un esprit brillant et d’une radieuse bonté.
Je lui ai consacré un récit publié en russe: "ZVEZDA"
"Novaia Gazeta" - A ma surprise, je viens de découvrir un très beau texte de souvenirs publié le 9 avril dernier par Alexis Polikovsky
Ces vies sauvées lui valurent en 1945 dix ans de Goulag pour « trahison de citoyens soviétiques ».
A sa sortie, en 1955, il fut exilé dans la région de Krasnoïarsk, en Sibérie Orientale. Il y avait là énormément de catholiques, polonais, lituaniens, uniates. De façon clandestine il assuma parmi eux son sacerdoce, fut assez rapidement dénoncé et gratifié de dix ans de rééducation par le travail pour « agitation et propagande antisoviétique ».
Il racontait avoir eu à sa deuxième arrestation un moment de rébellion contre le sort. Puis il pensa à son frère, devenu collaborateur du régime, et se dit qu'il lui incombait de souffrir pour lui.
A sortie en 1965, brisé et souffrant, il fut assigné à résidence dans un village reculé de Lituanie. Après la chute des soviets sa candidature fut envisagée par le Vatican pour la chaire de Kaunas et seul son âge avancé et son état de santé firent obstacle à sa chirotonie.
Ainsi que beaucoup d’autres zeks j’ai à l’égard du père Stanislas une grande dette morale. J’aimerai que les lecteurs de « Parlons » aient une pensée pour cette homme d’un esprit brillant et d’une radieuse bonté.
Je lui ai consacré un récit publié en russe: "ZVEZDA"
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