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VLADIMIR GOLOVANOW
DANS LA BONNE VOIE
Plusieurs éléments récents montrent un changement d'attitudes des principaux intervenants et font espérer des avancées dans un avenir proche. Je les analyse par ordre chronologique:
- Constantinople: il est canoniquement normal que des évêques en désaccord avec leur patriarche fassent appel à l'arbitrage du Saint Siège œcuménique. Les dissidents auraient donc pu le faire AVANT les proclamations unilatérales d'autocéphalie qui les ont mis de fait hors de l'Église. Pourtant l'attitude de Constantinople au début des années 1990 a été ambiguë: il admettait dans sa juridiction les diocèses de l'UAOC aux USA (1995) et Canada (1990) ainsi que l’Eglise orthodoxe apostolique estonienne (1996), sous formes d'Églises autonomes. On pouvait craindre que la même chose se produise en Ukraine et la crise avec Moscou fut extrêmement dure puisqu'elle alla jusqu'à la rupture de la communion entre les deux patriarcats. Mgr Kalistos de Diacletia écrivait à ce propos: "La rupture de la communion au début de 1996 entre les patriarcats de Constantinople et de Moscou, maintenant résolue, n'a pas servi à rien. Il s'agit en réalité d'un signe salutaire non seulement pour le patriarcat œcuménique et pour l'Eglise de Russie, mais également pour l'ensemble de l'Eglise orthodoxe. Aucun article de foi ou dogme ne fut impliqué dans la controverse.
DANS LA BONNE VOIE
Plusieurs éléments récents montrent un changement d'attitudes des principaux intervenants et font espérer des avancées dans un avenir proche. Je les analyse par ordre chronologique:
- Constantinople: il est canoniquement normal que des évêques en désaccord avec leur patriarche fassent appel à l'arbitrage du Saint Siège œcuménique. Les dissidents auraient donc pu le faire AVANT les proclamations unilatérales d'autocéphalie qui les ont mis de fait hors de l'Église. Pourtant l'attitude de Constantinople au début des années 1990 a été ambiguë: il admettait dans sa juridiction les diocèses de l'UAOC aux USA (1995) et Canada (1990) ainsi que l’Eglise orthodoxe apostolique estonienne (1996), sous formes d'Églises autonomes. On pouvait craindre que la même chose se produise en Ukraine et la crise avec Moscou fut extrêmement dure puisqu'elle alla jusqu'à la rupture de la communion entre les deux patriarcats. Mgr Kalistos de Diacletia écrivait à ce propos: "La rupture de la communion au début de 1996 entre les patriarcats de Constantinople et de Moscou, maintenant résolue, n'a pas servi à rien. Il s'agit en réalité d'un signe salutaire non seulement pour le patriarcat œcuménique et pour l'Eglise de Russie, mais également pour l'ensemble de l'Eglise orthodoxe. Aucun article de foi ou dogme ne fut impliqué dans la controverse.
Il s'agissait avant tout d'une querelle portant sur le pouvoir de juridiction et les frontières ecclésiastiques. Derrière le problème de l'Estonie se profile en réalité une question beaucoup plus importante, celle de l'Ukraine".
Constantinople ne fit rien de plus alors mais avec l'arrivée au pouvoir du président Yushenko (2005-2008) les manœuvres reprennent, comme le rapporte Philarète Denissenko, mais "les conditions proposées /à l'Ukraine/ dans le patriarcat de Constantinople étaient pires que dans le patriarcat de Moscou….". Le sommet a été atteint lors de la visite du patriarche Bartholomée à Kiev en 2008: il fut reçu avec un faste extrême (contrastant avec la froideur de l'accueil réservé au patriarche Alexis II) et, pour nombre d'observateurs, le président Yushenko comptait sur une annonce en faveur de l'indépendance de l'Église d'Ukraine. Il n'en fut rien et ce fut au contraire le début de la réconciliation avec Moscou.
La position actuelle de Constantinople appuy l'unification autour de l'UOC (MP) comme le disait l'a dit Mgr Emmanuel de France ci-dessus et comme l'a confirmé Sa Sainteté Bartholomé le 30 mai dernier: «J’ai aujourd’hui au cours de ce repas dit au métropolite Vladimir primat de l’Eglise d’Ukraine, patriarcat de Moscou, qu’il aura sans doute la grâce de voir ce problème résolu de son vivant. Je voudrai que ce schisme prenne fin. Qu'ils n'hésitent pas et rejoignent l'Eglise canonique d'Ukraine qui est la nef de notre salut!».
- Le dialogue préconciliaire: la situation en Ukraine devra être à l'ordre du jour du Saint Concile panorthodoxe à la demande de métropolite Vladimir de Kiev, qui a adressé une lettre en ce sens aux primats des Églises orthodoxes en 2008 et, si n'a pas été explicitement mentionnée dans les réunions préconciliaires, elle est directement concernée par les décisions de Chambézy sur les conditions d'accession à l'autocéphalie; elle est en effet de très loin l'Église qui peut le mieux y accéder: elle serait, par le nombre de ses membres, la deuxième après l'Église russe! Rappelons que la Commission préconciliaire a décidé que l’octroi de l’autocéphalie doit se fonder sur le consentement préalable de l’Eglise-Mère, après quoi toutes les Églises autocéphales doivent être d'accord et apposer leurs signatures sous un Tomos octroyant l’autocéphalie qui est alors officiellement proclamé par le patriarche œcuménique (Chambézy 10-17 décembre 2009).ICI
Cette procédure, qui doit encore complétée et discutée en Conférence, clarifie donc et balise la marche à suivre, en supprimant les possibilités aussi bien d'auto-proclamation que d'actions unilatérale de la part de Constantinople qui se manifestaient jusqu'ici. Philarète Denissenko ne s'y est pas trompé et déclarait le 16 juillet dernier : "En analysant cet accord, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il ne s'agit pas tant de créer des Églises autocéphales que d'empêcher la création d'Églises autocéphales". En tout les cas, comme le soulignent tous les commentateurs, il s'agit d'un pas important vers l'élaboration d'un consensus panorthodoxe sur cette épineuse question
- Les autorités ukrainiennes ont changé d'attitudes depuis février dernier: rappelons l'accueil délibérément hostile réservé au patriarche Alexis 2, de bienheureuse mémoire, qui avait été contraint d'écourter sa visite en 2008, ou les difficultés du premier voyage du patriarche Cyrille, en 2009, au cours duquel il avait magistralement répondu à l'interpellation du président Jushenko "l'Église locale existe en Ukraine. Si elle n'existait pas il n'y aurait pas d'Ukraine… Elle existe depuis plus de 1000 ans" (cf. Interfax ). Et dans une précédente interview Philarète Denisenko avait parlé du soutien de la présidence pour ses pourparlers avec Constantinople.
Mais tout a changé après les élections de février dernier: le président Janoukovich a tenu à recevoir la bénédiction du seul patriarche Cyrille et Philarète Denissenko, qui avait clairement soutenu l'opposition pendent les élections, confirme la neutralité des autorités dans une interview du 16 juillet dernier à "credo.ru" : "Le pouvoir reconnaît que le Patriarcat de Kiev existe et qu'il est relativement puissant. Et c'est pour cela que le président Victo Janoukovich a déclaré que, en tant que Président de l'Ukraine, il allait traiter toutes les confessions de façon identique, car toutes les confessions sont égales. Nous nous félicitons de cela et nous somme heureux que le Président prenne une telle position."
PROGRÉS OU BLOCAGE?
La préparation de pourparlers en vue de la réunification entre UOC-KP et UOC (MP) semble en bonne voie: un protocole commun a été signé dès la première réunion, le 2 octobre dernier, et il souligne "la bonne volonté" des deux cotés et le fait qu'aucune intervention extérieure n'ai été constatée, ce qui est de bon augure. En fait c'est tout le climat qui a changé puisque on est passé des anathèmes au dialogue: dans l'interview citée plus haut Philarète Denissenko se félicite des bonnes relations entre les deux juridictions, affirme que les contacts continuent et espère la prochaine tenue d'une 2ème réunion de travail. Dans un courrier adressé le 11 juin dernier au président Yanoukovich, il propose en particulier de participer avec les représentants de l'UOC (MP) à la célébration du millénaire de la cathédrale Ste Sophie de Kiev et demande que la "petite Sainte Sophie" (église annexe de la cathédrale fermée depuis 1936) soit rendue au culte et confié "à parité" (sic) à UOC-KP et à l'UOC (MP) "pour un usage alternatif conformément à la loi" (re-sic).
Toutefois, lors de la visite du patriarche Cyrille et de la réunion du saint Synode à Kiev en juillet, l'Église russe semble avoir montré un raidissement certain: l'appel adressé au "schismatique" parle d'acte de contrition pour retourner à l'Église canonique "dont les portes sont grand ouvertes" et Mgr Hilarion de Volokolamsk, chef des relations extérieures, a enfoncé le clou : "les sacrements schismatiques ne possèdent pas la grâce (…) et c'est l'Église qui décidera de leur reconnaissance dans les cas de retour". J'espère que ce n'est qu'une mauvaise impression et que l'Église russe profitera du renforcement de ses positions pour intensifier le dialogue et manifester sollicitude et amour à ces frères égarés, et non pour passer en force, ce qui ne lui a jamais réussi dans le passé.
Constantinople ne fit rien de plus alors mais avec l'arrivée au pouvoir du président Yushenko (2005-2008) les manœuvres reprennent, comme le rapporte Philarète Denissenko, mais "les conditions proposées /à l'Ukraine/ dans le patriarcat de Constantinople étaient pires que dans le patriarcat de Moscou….". Le sommet a été atteint lors de la visite du patriarche Bartholomée à Kiev en 2008: il fut reçu avec un faste extrême (contrastant avec la froideur de l'accueil réservé au patriarche Alexis II) et, pour nombre d'observateurs, le président Yushenko comptait sur une annonce en faveur de l'indépendance de l'Église d'Ukraine. Il n'en fut rien et ce fut au contraire le début de la réconciliation avec Moscou.
La position actuelle de Constantinople appuy l'unification autour de l'UOC (MP) comme le disait l'a dit Mgr Emmanuel de France ci-dessus et comme l'a confirmé Sa Sainteté Bartholomé le 30 mai dernier: «J’ai aujourd’hui au cours de ce repas dit au métropolite Vladimir primat de l’Eglise d’Ukraine, patriarcat de Moscou, qu’il aura sans doute la grâce de voir ce problème résolu de son vivant. Je voudrai que ce schisme prenne fin. Qu'ils n'hésitent pas et rejoignent l'Eglise canonique d'Ukraine qui est la nef de notre salut!».
- Le dialogue préconciliaire: la situation en Ukraine devra être à l'ordre du jour du Saint Concile panorthodoxe à la demande de métropolite Vladimir de Kiev, qui a adressé une lettre en ce sens aux primats des Églises orthodoxes en 2008 et, si n'a pas été explicitement mentionnée dans les réunions préconciliaires, elle est directement concernée par les décisions de Chambézy sur les conditions d'accession à l'autocéphalie; elle est en effet de très loin l'Église qui peut le mieux y accéder: elle serait, par le nombre de ses membres, la deuxième après l'Église russe! Rappelons que la Commission préconciliaire a décidé que l’octroi de l’autocéphalie doit se fonder sur le consentement préalable de l’Eglise-Mère, après quoi toutes les Églises autocéphales doivent être d'accord et apposer leurs signatures sous un Tomos octroyant l’autocéphalie qui est alors officiellement proclamé par le patriarche œcuménique (Chambézy 10-17 décembre 2009).ICI
Cette procédure, qui doit encore complétée et discutée en Conférence, clarifie donc et balise la marche à suivre, en supprimant les possibilités aussi bien d'auto-proclamation que d'actions unilatérale de la part de Constantinople qui se manifestaient jusqu'ici. Philarète Denissenko ne s'y est pas trompé et déclarait le 16 juillet dernier : "En analysant cet accord, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il ne s'agit pas tant de créer des Églises autocéphales que d'empêcher la création d'Églises autocéphales". En tout les cas, comme le soulignent tous les commentateurs, il s'agit d'un pas important vers l'élaboration d'un consensus panorthodoxe sur cette épineuse question
- Les autorités ukrainiennes ont changé d'attitudes depuis février dernier: rappelons l'accueil délibérément hostile réservé au patriarche Alexis 2, de bienheureuse mémoire, qui avait été contraint d'écourter sa visite en 2008, ou les difficultés du premier voyage du patriarche Cyrille, en 2009, au cours duquel il avait magistralement répondu à l'interpellation du président Jushenko "l'Église locale existe en Ukraine. Si elle n'existait pas il n'y aurait pas d'Ukraine… Elle existe depuis plus de 1000 ans" (cf. Interfax ). Et dans une précédente interview Philarète Denisenko avait parlé du soutien de la présidence pour ses pourparlers avec Constantinople.
Mais tout a changé après les élections de février dernier: le président Janoukovich a tenu à recevoir la bénédiction du seul patriarche Cyrille et Philarète Denissenko, qui avait clairement soutenu l'opposition pendent les élections, confirme la neutralité des autorités dans une interview du 16 juillet dernier à "credo.ru" : "Le pouvoir reconnaît que le Patriarcat de Kiev existe et qu'il est relativement puissant. Et c'est pour cela que le président Victo Janoukovich a déclaré que, en tant que Président de l'Ukraine, il allait traiter toutes les confessions de façon identique, car toutes les confessions sont égales. Nous nous félicitons de cela et nous somme heureux que le Président prenne une telle position."
PROGRÉS OU BLOCAGE?
La préparation de pourparlers en vue de la réunification entre UOC-KP et UOC (MP) semble en bonne voie: un protocole commun a été signé dès la première réunion, le 2 octobre dernier, et il souligne "la bonne volonté" des deux cotés et le fait qu'aucune intervention extérieure n'ai été constatée, ce qui est de bon augure. En fait c'est tout le climat qui a changé puisque on est passé des anathèmes au dialogue: dans l'interview citée plus haut Philarète Denissenko se félicite des bonnes relations entre les deux juridictions, affirme que les contacts continuent et espère la prochaine tenue d'une 2ème réunion de travail. Dans un courrier adressé le 11 juin dernier au président Yanoukovich, il propose en particulier de participer avec les représentants de l'UOC (MP) à la célébration du millénaire de la cathédrale Ste Sophie de Kiev et demande que la "petite Sainte Sophie" (église annexe de la cathédrale fermée depuis 1936) soit rendue au culte et confié "à parité" (sic) à UOC-KP et à l'UOC (MP) "pour un usage alternatif conformément à la loi" (re-sic).
Toutefois, lors de la visite du patriarche Cyrille et de la réunion du saint Synode à Kiev en juillet, l'Église russe semble avoir montré un raidissement certain: l'appel adressé au "schismatique" parle d'acte de contrition pour retourner à l'Église canonique "dont les portes sont grand ouvertes" et Mgr Hilarion de Volokolamsk, chef des relations extérieures, a enfoncé le clou : "les sacrements schismatiques ne possèdent pas la grâce (…) et c'est l'Église qui décidera de leur reconnaissance dans les cas de retour". J'espère que ce n'est qu'une mauvaise impression et que l'Église russe profitera du renforcement de ses positions pour intensifier le dialogue et manifester sollicitude et amour à ces frères égarés, et non pour passer en force, ce qui ne lui a jamais réussi dans le passé.
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