MOLDAVIE– IV : LES RELATIONS ENTRE L’EGLISE ET L’ETAT A L’EPOQUE DE STALINE
L’hiéromoine Joseph ( Pavlinciuc), archevêché de Chesonèse

Voici un quatrième extrait de :

L’URSS et la Moldavie roumaine : deux expériences de relations entre l'État et l'Église.
L’Église et l’État sont deux entités à la nature et à l’origine différentes. Cependant, elles coopèrent et sont en contact permanent, et ce depuis l’apparition de l’Église, à l’époque de Jésus. Diverses formes de relations « Église – État » ont existé à travers les époques (théocratique, démocratique, symphonique, église étatique et autre). On peut citer la « symphonie » comme modèle idéal de relations entre l’Église et l’État. Bien entendu l’idéal ne trouve jamais de réalisation pleine et entière dans la vie réelle. C’est pour cette raison que l’on ne peut parler que de l’expérience, à Byzance, en Russie ou dans les Principautés Roumaines, de construction de telles relations symphoniques entre l’Église et l’État. Dans la principauté de Moldavie, depuis sa création (1359) et jusqu’au XIX ème siècle, les relations entre l'Église et l'État se sont construites sur la base du modèle symphonique de Byzance. Il y a eu de collaboration entre le prince et le métropolite, ce qui a fonctionné pendant plusieurs siècles .

MOLDAVIE– IV : LES RELATIONS ENTRE L’EGLISE ET L’ETAT A L’EPOQUE DE STALINE
L’instauration en Russie, par Pierre le Grand (1682-1725), d’un système d’ « église étatique » (qui a existé jusqu’en 1917) a été, pour les relations symphoniques Etat – Eglise en place, une modification considérable. Une nouvelle étape dans les relations entre l’Église et l’État commença en Russie après 1917. Le professeur d’Histoire de l’Église, l'archiprêtre Vladislav Tsipin, caractérise ainsi ces relations : « La situation crée par la séparation de l'Église et de l'État dans l'État soviétique est apparue comme un aboutissement extrême de la tendance qui s'est manifesté lors de la Révolution Française» . Ainsi, le régime de séparation de l'Église et de l'État dans l'État soviétique était dicté par un objectif « supérieur » de lutte contre la religion.

Si l’on compare la province de Bessarabie (1812-1918), la Bessarabie roumaine (1918-1940; 1941-1944) et la Moldavie soviétique (1941-1944; 1944-1991) dans leurs relations entre l'Église et l'État, on s’apercevra qu’existent entre elles d’énormes différences et disparités. Il y eut, aussi bien en Bessarabie russe qu’en Bessarabie roumaine, une tentative d'instaurer des relations symphoniques entre l'Église et l'État . Des exagérations ayant été commises dans différentes sphères, ces tentatives ne s’avérèrent pas toujours fructueuses. Il y eut des expériences de fusion de l’Eglise avec le pouvoir monarchique, l'Église était alors sous le contrôle total de l'État, comme ce fut le cas en Bessarabie tsariste (1812-1918). A d’autres moments, l'Église jouissait d’une indépendance partielle dans sa gouvernance et l'organisation de son activité : ce fut le cas de la Bessarabie roumaine (1918-1940).
La question de l’élection du Patriarche fut d’une grande importance dans les relations entre l’Eglise et l’Etat.
Sur la base des canons 17 de Chalcédoine et 34 apostolique, l’unité spirituelle devait se réaliser par l’élévation de l’Eglise Orthodoxe Roumaine au rang de Patriarcat.
C’est ce qui se passa le 25 février 1925 .
Avec l'élection et l'intronisation du patriarche Miron (Cristea) en 1924, l'Église Roumaine se mit à exister en tant que telle sous une forme canonique. C’est ainsi qu’elle put construire ses relations avec l'État. Cependant, on put observer, à cette période notamment, une intensification considérable de ses relations et de la participation du clergé dans la vie des partis et mouvements politiques . Il en résulta que les intérêts de l'Église et de l’Etat étaient communs en apparence, ce qui n'était cependant pas tout à fait le cas dans la réalité.

En Moldavie soviétique, les tentatives d'établir des relations entre l'Église et l'État furent complètement différentes.
Selon la loi, l'Église devait être séparée de l'État et avoir une liberté totale dans ses activités. Mais la réalité était toute autre : la vie de l'Eglise était contrôlée dans sa totalité par l'Etat athée, dont l'objectif était la destruction de l’institution que représentait l'Eglise dans la société. C’est ce sujet que nous allons aborder dans la présente étude. Avant d'examiner de plus près les relations entre l'Église et l'État pendant la période roumaine et soviétique, il est utile de s’intéresser à l'histoire du diocèse de Chisinau et de Moldavie afin d’essayer de repérer les principales dispositions sur lesquelles se sont basées ces relations. L'Église Orthodoxe a eu une place bien spéciale dans l'histoire de la Moldavie (anciennement la Bessarabie). L'orthodoxie a joué un rôle important dans la formation du peuple roumain en tant que nation et de la Moldavie en tant qu’Etat. On peut dire, comme le soutient l'historien roumain Mircea Păcurariu, que «le peuple roumain est né chrétien» . Ceci est confirmé par chrétiennes et toute la culture de la Bessarabie est étroitement liée à la culture orthodoxe. Dans la principauté de Moldavie, depuis sa création jusqu’au XIXème siècle, les relations entre l'Église et l'État se sont construites sur la base du modèle symphonique de Byzance....

Le prince Moldave Dimitrie Cantemir (1711), grand érudit, parle ainsi de ce modèle : « Il revient au Prince de se préoccuper de l'organisation extérieure de l’Eglise, la préoccupation concernant l'aspect spirituel de l'Eglise, c'est-à-dire les âmes, revient au Métropolite » . Il s’agit bien du modèle susmentionné, dit de la « synergie » ou de la « symphonie », c’est-à-dire de la collaboration et du soutien réciproque entre l’Etat et l’Eglise. Ce modèle byzantin des relations entre l’Eglise et l’Etat fut consolidé par les premiers codes de lois imprimés dans les pays roumains : la Pravila (Loi) du diacre Coresi de Brasov (1563), la Pravila de Govora (1640), Carte romaneasca de invatatura (« Livre roumain d’enseignement ») ou la Pravila du prince moldave Vasile Lupu (1646), Indreptarea legii « La révision de la loi » (1652) , etc.
Avec l’annexion de la Bessarabie par l'Empire Russe et peu après la signature du Traité de paix de Bucarest le 16 mai 1812, fut créé le diocèse de Chisinau et de Moldavie. On peut dire que la création du diocèse intervint le 21 août 1813, date à laquelle l'empereur Alexandre Ier valida le projet, présenté par le métropolite Gavril Banulescu-Bodoni, premier évêque dirigeant à la chaire de Chisinau, de création du nouveau diocèse . Cet évènement marqua une nouvelle étape dans l'évolution des relations entre l'Église et l'État en Bessarabie. Le diocèse ainsi créé prit le nom de diocèse de Chisinau et de Hotin. Il inclut le territoire se situant entre les fleuves, Dniestr et Prout, ainsi que Otchakovo, le territoire situé entre les fleuves Dniestr et Boug et comprenant les villes de Tiraspol, Doubassari, Ovidiopol, Odessa, Kherson et Otchakov . Dans les années 1830, les territoires situés au-delà du Dniestr furent inclus dans le diocèse nouvellement créé de Kherson et Tauride .
Le métropolite Gavril Banulescu-Bodoni créa également un autre diocèse, le diocèse d'Akkerrman et de Bendère où il nomma un évêque adjoint, mais après sa mort en 1821 ce diocèse fut supprimé. Le diocèse ne fut réinstauré qu’en 1868 pour exister jusqu’en 1918, date à laquelle l'évêque Gavriil Tchepour et l'archevêque de Chisinau et de Hotin - Anastassij Gribanovski (à la tête de l'Église Orthodoxe Russe hors Frontières de 1938 à 1964 et décédé le 22 mai 1965) émigrèrent.

ECOLE PRATIQUE DES HAUTES ETUDES
SCIENCES HISTORIQUES, PHILOLOGIQUES ET RELIGIEUSES
MENTION « SCIENCES DES RELIGIONS ET SOCIETE »


Rédigé par l'équipe de rédaction le 6 Juillet 2010 à 11:57 | 0 commentaire | Permalien



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