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Claire L'Hoër
"Ces divers édifices nés de la tradition russe sont voués à des destins différents. L’église de Menton, qui dépend de l’évêque de Genève, est rattachée au patriarcat de New York, qui représente l’Église russe en exil. Le cas le plus curieux est celui de l’église russe de Nice. Les circonstances de sa construction en font, depuis un jugement rendu en janvier 2010, une enclave russe en territoire français. Il est en effet considéré que, malgré le financement assuré par la famille impériale, le monument n’appartient pas à la famille des Romanov, ni à l’association cultuelle qui s’en occupe depuis 1923, mais bien à la Fédération de Russie"
Un somptueux édifice à la façade ornée de mosaïques néobyzantines et surmonté de bulbes dorés en forme d’oignons renversés. Les deux phrases en vieux slavon, la langue cultuelle des chrétiens orthodoxes, semblent ne laisser nulle place au doute. Moscou, Nijni-Novgorod ? Nullement, nous sommes au n° 12 de la rue Daru, dans le VIIIe arrondissement de Paris, à égale distance du parc Monceau et de l’Arc de triomphe.
"Ces divers édifices nés de la tradition russe sont voués à des destins différents. L’église de Menton, qui dépend de l’évêque de Genève, est rattachée au patriarcat de New York, qui représente l’Église russe en exil. Le cas le plus curieux est celui de l’église russe de Nice. Les circonstances de sa construction en font, depuis un jugement rendu en janvier 2010, une enclave russe en territoire français. Il est en effet considéré que, malgré le financement assuré par la famille impériale, le monument n’appartient pas à la famille des Romanov, ni à l’association cultuelle qui s’en occupe depuis 1923, mais bien à la Fédération de Russie"
Un somptueux édifice à la façade ornée de mosaïques néobyzantines et surmonté de bulbes dorés en forme d’oignons renversés. Les deux phrases en vieux slavon, la langue cultuelle des chrétiens orthodoxes, semblent ne laisser nulle place au doute. Moscou, Nijni-Novgorod ? Nullement, nous sommes au n° 12 de la rue Daru, dans le VIIIe arrondissement de Paris, à égale distance du parc Monceau et de l’Arc de triomphe.
Et pourtant, c’est bien d’une cathédrale orthodoxe russe qu’il s’agit. Saint- Alexandre-Nevsky est l’une des paroisses des chrétiens d’origine russe et de tradition orthodoxe qui habitent la capitale. Cette église n’avait pourtant pas vocation à devenir cathédrale. C’est l’afflux des émigrés fuyant la Russie bolchevique des années 1920 qui en fit le lieu de ralliement et de référence de toute la communauté des Russes “blancs”.
Mais son origine est plus lointaine. Elle date de l’entrée dans Paris des troupes du tsar Alexandre Ier, le 31 mars 1814. La Grande Armée est vaincue, Napoléon va faire ses adieux et Alexandre, au faîte de sa gloire, profite de son séjour parisien pour découvrir la ville. Celle-ci, embellie par l’empereur des Français, lui plaît.
Il y séjourne deux mois en 1814, il revient après Waterloo, en 1815 – et loge à l’Élysée ! Ses hommes s’amusent et commandent des chopines « bistro », c’est-à-dire “vite” en russe, baptisant ainsi les troquets qui les accueillent. Mais déjà, le tsar songe à son projet de Sainte- Alliance européenne. C’est un homme pieux dont l’engagement mystique s’accroît sous l’influence de la mystérieuse baronne de Krüdener. Son oratoire per sonnel est situé rue de Berri, près des Champs-Élysées.
Après le départ du tsar, en septembre 1815, (il ne reviendra jamais en France), l’oratoire demeure un lieu de prière pour les chrétiens orthodoxes de Paris. Mais la communauté russe, composée de marchands et de voyageurs, est de plus en plus importante et, bientôt, l’oratoire ne suffit plus. C’est Joseph Vassiliev, aumônier de l’ambassade de Russie en France, qui s’en inquiète en 1847. Il s’agit de construire un édifice religieux digne de la sainte Église russe orthodoxe.
Au début du second Empire, après de nombreux démêlés avec une administration russe digne de Gogol, le tsar Alexandre II (monté sur le trône en 1855) approuve enfin le projet et offre même 150 000 francs-or à titre de donation personnelle afin d’encourager la levée des fonds. L’argent de la souscription afflue. Des orthodoxes de toutes origines sociales apportent leur obole, mais aussi des catholiques et des protestants, soucieux d’oecuménisme avant la lettre. Malgré le schisme d’Orient, les orthodoxes demeurent des chrétiens. La Ville de Paris offre un terrain nu et l’empereur Napoléon III accorde sa bienveillance à ce projet d’envergure. Le permis de construire est bientôt délivré.
Les architectes seront russes : Roman Kouzmine et Ivan Strohm travaillent à la cour impériale. Le premier a déjà acquis une belle réputation en construisant la cathédrale Saint-Paul, à Gatchina, près de Saint-Pétersbourg. Il élabore les plans de l’édifice dont la construction est suivie sur place par Strohm. Le chantier est réalisé en un temps record : commencé en 1860, il s’achève en 1861. De nombreux artistes participent à son ornementation : Théodore Bronnikov et les frères Eugraphe et Paul Sorokine réalisent peintures et icônes.
À peine consacrée le 11 septembre 1861 par le futur métropolite de Moscou, l’archevêque Léonce de Réval, l’église est adoptée par les Russes de Paris. Ailleurs, en France et en Italie, d’autres églises d’architecture russe voient le jour à la fin du XIXè siècle...
Suite "Valeurs actuelles"
.................................
Sur le même sujet ICI
Nicolas Ross: " Saint-Alexandre-Nevski, centre spirituel de l'émigration russe, 1918-1939"
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À qui appartient la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski de Paris ?
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Réflexion sur le modernisme dans mon Archevêché
L'exarchat des églises russes en Europe occidentale a bien toute sa place dans l'Eglise russe
Mais son origine est plus lointaine. Elle date de l’entrée dans Paris des troupes du tsar Alexandre Ier, le 31 mars 1814. La Grande Armée est vaincue, Napoléon va faire ses adieux et Alexandre, au faîte de sa gloire, profite de son séjour parisien pour découvrir la ville. Celle-ci, embellie par l’empereur des Français, lui plaît.
Il y séjourne deux mois en 1814, il revient après Waterloo, en 1815 – et loge à l’Élysée ! Ses hommes s’amusent et commandent des chopines « bistro », c’est-à-dire “vite” en russe, baptisant ainsi les troquets qui les accueillent. Mais déjà, le tsar songe à son projet de Sainte- Alliance européenne. C’est un homme pieux dont l’engagement mystique s’accroît sous l’influence de la mystérieuse baronne de Krüdener. Son oratoire per sonnel est situé rue de Berri, près des Champs-Élysées.
Après le départ du tsar, en septembre 1815, (il ne reviendra jamais en France), l’oratoire demeure un lieu de prière pour les chrétiens orthodoxes de Paris. Mais la communauté russe, composée de marchands et de voyageurs, est de plus en plus importante et, bientôt, l’oratoire ne suffit plus. C’est Joseph Vassiliev, aumônier de l’ambassade de Russie en France, qui s’en inquiète en 1847. Il s’agit de construire un édifice religieux digne de la sainte Église russe orthodoxe.
Au début du second Empire, après de nombreux démêlés avec une administration russe digne de Gogol, le tsar Alexandre II (monté sur le trône en 1855) approuve enfin le projet et offre même 150 000 francs-or à titre de donation personnelle afin d’encourager la levée des fonds. L’argent de la souscription afflue. Des orthodoxes de toutes origines sociales apportent leur obole, mais aussi des catholiques et des protestants, soucieux d’oecuménisme avant la lettre. Malgré le schisme d’Orient, les orthodoxes demeurent des chrétiens. La Ville de Paris offre un terrain nu et l’empereur Napoléon III accorde sa bienveillance à ce projet d’envergure. Le permis de construire est bientôt délivré.
Les architectes seront russes : Roman Kouzmine et Ivan Strohm travaillent à la cour impériale. Le premier a déjà acquis une belle réputation en construisant la cathédrale Saint-Paul, à Gatchina, près de Saint-Pétersbourg. Il élabore les plans de l’édifice dont la construction est suivie sur place par Strohm. Le chantier est réalisé en un temps record : commencé en 1860, il s’achève en 1861. De nombreux artistes participent à son ornementation : Théodore Bronnikov et les frères Eugraphe et Paul Sorokine réalisent peintures et icônes.
À peine consacrée le 11 septembre 1861 par le futur métropolite de Moscou, l’archevêque Léonce de Réval, l’église est adoptée par les Russes de Paris. Ailleurs, en France et en Italie, d’autres églises d’architecture russe voient le jour à la fin du XIXè siècle...
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L'exarchat des églises russes en Europe occidentale a bien toute sa place dans l'Eglise russe
Rédigé par Parlons d'orthodoxie le 28 Juillet 2011 à 14:19
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