Reponse de Justine à Vladimir
Vladimir: Le document "Principes fondamentaux...." de l'Eglise Russe et en particulier l'annexe mentionné "Participation aux organisations et aux dialogues chrétiens internationaux dans le cadre du 'mouvement oecuménique' " sont en effet un monument d'une valeur unique dans le monde orthodoxe d'aujourd'hui, et on ne peut que souhaiter sa diffusion la plus large non seulement parmi les Orthodoxes, surtout de tendance écuméniste, mais aussi parmi les heterodoxes, afin qu'ils aient une idée plus réaliste de la position orthodoxe authentique.

Je ne pense pas, cher Vladimir, qu'une personne honnête puisse ne pas s'apercevoir que la critique des anti-écumenistes coíncide entièrement avec la critique formulee par ce document lui-même à l'egard du COE. Pour preuve, les quelques extraits suivants:

"Pour les orthodoxes, le problème oecuménique fondamental réside dans le schisme. Les orthodoxes ne peuvent admettre l'idée d'égalité entre dénominations et ne peuvent envisager la réunification des chrétiens uniquement comme un réajustement des rapports entre différentes dénominations. L'unité a été brisée et elle doit être restaurée. L'Église orthodoxe n'est pas une confession parmi d'autres; pour les orthodoxes, l'Église orthodoxe, est l'Église. L'Église orthodoxe identifie sa structure interne et sa doctrine au kérygme apostolique et à la tradition de l'Église ancienne indivise. Elle demeure dans la succession intacte et constante du ministère sacramentaire, de la vie et de la foi sacramentelles.

Pour les orthodoxes, la succession apostolique de l'épiscopat et le sacrement de l'ordre sont d'une importance fondamentale. Ils sont des éléments indispensables à l'existence même de l'Église. En conscience, l'Église orthodoxe est convaincue d'occuper une place exceptionnelle dans le monde chrétien divisé, en tant que témoin et dépositaire de la tradition de l'Église ancienne indivise, d'où procèdent toutes les dénominations existantes, soit par retranchement, soit par séparation. "....

"Dès le début de leur participation au dialogue avec le mouvement oecuménique, les théologiens orthodoxes se heurtèrent à l'inévitable ambiguïté de la langue employée dans le dialogue et de la terminologie qui trahissait le désir des hétérodoxes d'obtenir un compromis doctrinal : " Comme il a été souligné plus d'une fois au cours des pourparlers qui ont déjà eu lieu, en matière de foi et de conscience religieuse, aucun compromis n'est de mise dans l'Église orthodoxe et il n'est pas possible de fonder sur les mêmes mots deux conceptions, deux représentations et deux explications différentes de formulations reçues par tous. Et les orthodoxes ne peuvent espérer qu'une unité fondée ainsi sur des formulations ambiguës puisse être de longue durée... L'Église orthodoxe estime que toute alliance doit se fonder sur une foi commune ..."

"À nouveau s'est manifestée dans toute son actualité l'évidence selon laquelle l'Evangile, la Tradition de l'Église, l'enseignement dogmatique doivent sans cesse s'incarner dans un contexte culturel et historique nouveau. Les dialogues oecuméniques ont révélé cette étonnante logique: entrer en discussion avec l'hétérodoxie sur des problèmes d'actualité à première vue éloignés de ceux des Pères de l'Église et sur des thèmes qui agitent les hétérodoxes, exige inexorablement des théologiens qu'ils s'investissent toujours plus dans la tradition et la pensée patristiques. L'aptitude au dialogue avec l'hétérodoxie est conditionnée par le degré d'enracinement créateur dans sa propre tradition....."

"Peu à peu, des thèmes totalement inacceptables pour la Tradition orthodoxe sont apparus à l'ordre du jour du COE. Il est devenu parfaitement légitime de parler d'une crise croissante au sein du COE, elle-même liée à la crise que connaissent nombre de dénominations protestantes membres du COE, et à la crise du mouvement oecuménique dans son ensemble.

"Les objectifs affichés par le COE sont actuellement en contradiction avec la pratique. La rupture entre la majorité protestante qui s'est ralliée sur la base du libéralisme et la minorité orthodoxe est de plus en plus évidente. Au bout du compte, on peut s'attendre à un développement tel dans les Églises protestantes et dans le Conseil oecuménique des Églises, que les orthodoxes ne pourront plus donner leur accord à maintes considérations ecclésiologiques, dogmatiques ou morales.".....

"....le développement actuel du COE est dangereux et va dans une fausse direction. Ils constatent une crise du Conseil oecuménique des Églises et appellent à une révision de l'ethos, des principes actuels du COE. C'est pourquoi une réforme radicale du COE doit supposer non pas un changement de " forme " qui maintiendrait inchangé le contenu, non pas une " ré-formation ", mais un changement précisément de l'essence du COE. Tout nouveau pas vers le renforcement de l'ecclésiologie protestante au sein du COE sera un suicide spirituel pour lui.

"Les orthodoxes, en réclamant la " réforme " du COE, insistent sur ce point : qu'il y ait au sein du COE la possibilité pour l'orthodoxie de témoigner de tout son poids pour la vérité de l'Église, pour les principes de l'unité. Si un tel témoignage devient impossible, si l'activité du COE s'écarte de plus en plus des buts initiaux du mouvement oecuménique - oeuvrer pour la rétablissement de l'unité chrétienne -, alors le COE perd toute sa signification spirituelle. Le COE est un phénomène dynamique dans lequel le " renforcement " ou l'" affaiblissement " des éléments de catholicité sont possibles.


" Les dialogues oecuméniques ont révélé cette étonnante logique: entrer en discussion avec l'hétérodoxie sur des problèmes d'actualité à première vue éloignés de ceux des Pères de l'Église et sur des thèmes qui agitent les hétérodoxes, exige inexorablement des théologiens qu'ils s'investissent toujours plus dans la tradition et la pensée patristiques. L'aptitude au dialogue avec l'hétérodoxie est conditionnée par le degré d'enracinement créateur dans sa propre tradition....."

"Il existe aujourd'hui dans le COE une tendance à se contenter d'une " koinonia " incomplète, à considérer l'état de division existant comme une forme normale et faible de communion, d'avaliser l'actuel état de " communauté " dans des termes de " communion imparfaite (en progression) ", de " multiplicité mesurée ".

"Le mouvement oecuménique contemporain est en état de crise. La cause en est l'affaiblissement de l'aspiration à l'unité, la baisse de la détermination et de la volonté nécessaires à la " conversion ", au renouvellement catholique. C'est précisément cela qui pousse au premier chef l'Église orthodoxe russe à reconsidérer son attitude à l'égard du Conseil oecuménique des Églises. Les tendances négatives apparues dans le COE ont pour résultat que l'Église orthodoxe russe se trouve dans la nécessité de se tenir prête à changer sa position à l'égard du COE. Au reste, une telle décision, ne doit pas être prise tant que n'auront pas été épuisés tous les moyens pour modifier le caractère du COE. "

Voilà donc ce que dit l'Eglise russe au sujet du mouvement écuménique sous forme de COE. Aucune autre Eglise orthodoxe locale n'a présenté la situation effective aussi clairement et honnêtement. Certaines hiérarchies même, notamment celles de Constantinople et de Grèce, s'abstiennent systématiquement de dire aux fidèles la vérité et insistent à les nourrir d'illusions et de mensonges.
Sans prendre leurs distances à l'égard de la théologie hétérodoxe, elles soutiennent même et justifient son invasion dans les écoles théologiques orthodoxes de leur juridiction et - dans le cas de la Grèce - n'opposent aucune résistance à son invasion aussi dans l'enseignément religieux des écoles publiques où, de manière anticonstitutionnelle, on abolit aujourd'hui l'enseignement orthodoxe au profit de l'enseignement écuméniste de la religionologie, et ceci dès la première année scolaire! Une réalité donc entièrement différente de celle de l'Eglise Russe.

Pour cela aussi, la "Confession de foi contre l'écuménisme" a vu le jour en Grèce, rejetant la poursuite de cette mélée écumeniste aux effets si néfastes dont la responsabilité incombe en premier lieu à ceux mêmes qui décrient les auteurs et signataires de cette confession, avec à leur tête le métropolite de Pergame et ses cacodoxies, lesquelles sont à mille lieues des "Principes fondamentaux" sus-mentionnés.

Discussion en ligne
Et LIEN Principes fondamentaux régissant les relations de l'Eglise orthodoxe russe avec l'hétérodoxie

Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 6 Avril 2014 à 21:07 | 13 commentaires | Permalien



Recherche



Derniers commentaires


RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile