Commemoration de l'Armée Blanche
Vladimir Golovanow

Croisière du souvenir

Il y a 70 ans le 29 octobre 1920 le général Wrangel donnait l'ordre d'abandonner la Crimée. 126 bateaux évacuèrent prés de 150 000 personnes: environ 50 000 militaires valides, 6000 blessés, et plus de 90 000 civils, fonctionnaires et familles … dont la mienne. Pour marquer le souvenir de cet événement historique, Interfax annonce que le "Fonds de la gloire nationale russe" et le "Fonds de Saint André" organisent du 14 au 25 juillet prochain une croisière commémorative avec des descendants des combattants de l'Armée Blanche.

Cette croisière parcourra le chemin de l'exil des combattants et sera ponctuée de cérémonies religieuses. Elle commencera par la fin, le cimetière russe et l'Église Saint Alexandre Nevsky à Bizerte (Tunisie). C'est en effet à Bizerte que s'est terminé le parcours de l'escadre partie de Crimée. elle y stationna de décembre 1920 à 1924, quand le gouvernement français reconnut l'Union soviétique et lui remit les bateaux; déclarés irréparables ils furent démantelés. Après le désarmement des navires, le drapeau de Saint André du croiseur lourd St Georges le Victorieux, plus gros navire de l'escadre, servit de rideau des Portes Royales de l'Église Saint Alexandre Nevsky. Il est maintenant suspendu au dessus du tombeau du maréchal Koutouzov dans la cathédrale Notre dame de Kazan à Saint Petersbourg.

Commemoration de l'Armée Blanche
Puis ce sera Lemnos, ile grecque où furent cantonnés près d'un an 50 000 Cosaques en attendant de leur trouver un pays d'accueil. Les conditions étaient particulièrement difficiles sur cette île dénuée de ressources (problèmes de logement, nourriture et vêtements rationnés, relations tendues avec les autorités françaises ainsi qu'avec les autochtones, .épidémies... cf. LEMNOS, L'ÎLE AUX COSAQUES). Un monument érigé en 2009 rappelle que près de 500 combattants Blancs y reposent dans les cimetières locaux.

Suivra Gallipoli (Turquie), autre étape mémorable puisque c'est là que fut cantonné le corps d'armée du général Koutiepov en 1920-21; le cimetière russe et le monument commémoratif ont été restaurés en 2008.

Puis ce sera Istanbul, où l'escadre resta plusieurs semaines en rade pendent que les alliés délibéraient de son sort. La majeure partie des civils quitta alors les navires pour divers pays d'accueil. Enfin la croisière commémorative atteindra Sebastopol., où un grand nombre de combattants ne put embarquer et fut massacré: "En quelques semaines, de la mi novembre à la fin décembre 1920, environ 50 000 personne furent fusillés ou pendues" en Crimée cf. Le livre noir du communisme p.121).
Vechnaia Pamiat

Photo: de gauche à droite les généraux L.Kornilov, A.Denikine, A.Koltchak, P.Wrangel, Kappel, Markov, Chkuro, Krasnov.

Rédigé par Vladimir Golovanow le 7 Juin 2010 à 10:12 | 12 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Daniel le 07/06/2010 20:42
Pourquoi Wrangel est-il habillé comme un Caucasien? Sauf erreur, et si mes lointains souvenirs de classes de première sont exacts, il manque Youdenich et Miller.

2.Posté par vladimir le 07/06/2010 23:12
L'Armée Blanche tient une place particulière dans l'Orthodoxie en Occident: ce sont essentiellement ses cadres qui formèrent l'ossature des paroisses russes en Europe occidentale et donnèrent le véritable coup d'envois à l'implantation de l'Orthodoxie ici. Il est donc normal que la Croisière du souvenir soit ponctuée d'offices religieux à la mémoire de ses combattants.

Mais cela n'était pas évident au départ. Si l'amiral Kolchak accordait un grand rôle à l'Église, avec des offices particuliers sur le front des troupes, c'était loin d'être le cas pour tous les chefs Blancs: j'ai lu les mémoires de Denikine, Budberg (ministre de Kolchak) et Roman Goul (volontaire de la première heure, participant à la fameuse "campagne de glace" début 1918): pratiquement pas un mot de la religion - ils se battent pour l'Assemblée constituante!

Par contre la religion prit de l'importance quand Wrangel voulut constituer un véritable état en Crimée et surtout après l'exode. L'histoire du drapeau du St George, que je rapporte, est tout à fait symbolique: d'étendard militaire il devient objet liturgique, car ce n'est plus par les armes mais par la foi que les Volontaires (nom d'origine et corps d'élite de l'Armée Blanche du sud) vont combattre le bolchevisme et maintenir la Russie. Et c'est bien par la religion qu'ils vaincront car si la fortune des armes est changeante la foi, elle est éternelle.

3.Posté par Cathortho le 07/06/2010 23:31
Le générale Wrangel habillé comme un caucasien. Encore une entorse à l'orthodoxie ! Que fait le Saint Esprit ?

4.Posté par vladimir le 08/06/2010 09:58
Le général Wrangel portait en effet souvent la "cherkeska" des cosaques de la Garde. On dirait maintenant que cela faisait partie de son "image" de chef de guerre qui n'a aucune connotation religieuse: les Chrétiens du Caucase portaient aussi cette tenue.... Wrangel a commencé la guerre comme capitaine de la garde à cheval et, à partir de 1918, prend la tête d'une armée cosaque et caucasienne dont il fait une troupe d'élite... Cette tenue était adaptée et, d'après les souvenirs que j'ai entendus, l'image de Wrangel à cheval en "chrkeska" était plus charismatique que celle de Denikine dans son uniforme standard et souvent en automobile (il a même failli tomber aux mains des Rouges quand celle-ci est tombée en panne...).

5.Posté par Daniel le 08/06/2010 10:50
@ Cathortho

Vous déraisonnez à force de vouloir chercher la petite bête dans tout ce que je dis. Je ne savais pas que pour vous l'orthodoxie se lisait à la tenue ou à l'habillement. La tenue de Wrangel m'intrigue, car je l'ai vue portée par des Géorgiens (qui sont en majorité orthodoxe, ce qui prouve l'inanité de votre remarque), des Tcherkesses, des Kistes et bien d'autres peuples du Caucase. Avait-il des origines caucasiennes, était-ce pour les besoins de la photo car on note que les autres généraux ont des uniformes "classiques"

6.Posté par Daniel le 08/06/2010 14:07
@ Vladimir

Je disais effectivement dans un message précédent que cette tenue caucasienne était aussi portée en Géorgie, où les gens sont chrétiens.

7.Posté par Cathortho le 08/06/2010 15:24
@ Daniel

De même que je ne goûte pas votre humour (votre commentaire 15 à propos de la note sur le clergé marié) je constate que vous ne goûtez pas le mien. Personne je pense ne s'en étonnera.

8.Posté par Dominique le 21/07/2011 15:05
Bonjour,


j'ai une question concernant les massacres de Crimée, peut-être êtes-vous en mesure de m'aider:

mon grand-père, officier dans l'Armée Blanche, a été évacué de Yalta à bord d'un bateau hôpital. J'aimerais pouvoir reconstituer son trajet entre Yalta et Le Pirée.
Ses parents étaient à Yalta durant la même période (ils s'y étaient réfugiés), mais ensuite on perd leur trace.

J'aimerais savoir comment et où obtenir des informations: listes de la Tcheka, liste des civils et des militaires évacués de Yalta, liste des civils réfugiés dans les camps, etc.

Merci d'avance

9.Posté par Parlons d'orthodoxie le 21/07/2011 21:47
@ Dominique,
Le lien indiqué comporte une rubrique "contacts", envoyez votre question en français. Espérons que des lecteurs de P.O. vous indiquent d'autres pistes. Cordialement,
P.O.
COMMEMORATION-DES-SOLDATS-DE-GALLIPOLI

10.Posté par vladimir le 22/07/2011 11:09
Le cinéaste Nikita Mikhalkov a réalisé une série de films très documentés sur cette période, mais je ne sais pas du-tout comment le contacter...

Pour identifier le navire hôpital, s'il faisait partie de la flotte russe, vous pourriez essayer l’Association des Anciens Officiers de la Marine Impériale Russe (Paris) http://www.aaomir.net/spip.php?rubrique1, d'autant que le président de l'association, M. Alexandre Jevakhoff, a publié un livre très documenté sur l'Emigration. Les anciennes archives se trouvent au BIDC: http://www.bdic.fr/pdf/Saveliev_et_Morskoe_Sobranie_F_delta_res_917.pdf

Bonne chance!

11.Posté par Dominique le 22/07/2011 13:26
@ Vladimir,
je vous remercie pour ces informations. Il y a deux petites difficultés: je ne suis pas russophone et je n'ai pas la moindre idée de la nationalité du bateau hôpital en question.

Pour l'instant, je connais les noms des quatre navires russes qui ont pris part à l'évacuation de Yalta, ainsi des photos du Calypso, d'où j'en déduis qu'il y avait sans doute encore d'autres unités...

Je contactera Monsieur Jevakhoff, mais au préalable, je vais tenter de débroussailler le terrain en tentant ma chance auprès du musée de la culture pré-révolutionnaire de Yalta et auprès de l'Association du Souvenir de la Garde Impériale à Jouy-en-Josas (mon grand-père était officier de la Garde Impériale). Je vais aussi prendre contact avec Nicolas Werth et Elisabeth Anstett.

Et merci pour vos encouragements! J'ai commencé mes recherches en 2000 via internet et j'ai abandonné en 2002 en désespoir de cause. Onze ans plus tard, j'ai enfin obtenu les toutes premières informations tant attendues, je remets donc l'ouvrage sur le métier.

12.Posté par YOUDENITCH NIKOLAÏ NIKOLAÏEVITCH (1862-1933) Панихиду по генералу H.H. Юденичу отслужили на его могиле в Ницце le 08/10/2013 10:07
Issu d'une famille de petite noblesse, Youdenitch est, en 1887, officier breveté d'état-major. En 1904-1905, il prend part à la guerre russo-japonaise. En 1914, il est nommé chef d'état-major de la région militaire du Caucase. En 1915, il commande l'armée du Caucase engagée contre les Turcs. Excellent stratège, Youdenitch réussit à avancer jusqu'au-delà d'Erzeroum. En mars 1917, il est nommé commandant en chef du front du Caucase.

Après la révolution d'Octobre, il quitte le Caucase et se rend en Finlande. N'ayant pas réussi à établir un front antibolchevique avec les Finlandais, il se rend en 1918 en Estonie et, avec l'aide des Anglais, y organise une petite armée composée surtout d'officiers. En juin 1919, Koltchak le nomme commandant en chef des forces blanches du Nord-OuestNikolaï Youdenitch. Pour dégager Koltchak durement pressé, il lance aussitôt sa première offensive contre Petrograd. Le 16 juin, après une avance rapide, ses armées emportent le fort de Krasnaïa Gorka aux abords de Petrograd, mais sont repoussées peu après vers la frontière estonienne : le 12 août 1919 est constitué, sous la présidence de S. G. Lianozov, le gouvernement de la Russie du Nord-Ouest. Le 28 septembre 1919, Youdenitch lance une seconde offensive plus importante. L'Armée blanche, malgré son infériorité numérique (18 500 hommes et 57 canons, contre 26 650 hommes et 148 canons), réussit à percer le front de la VIIe armée rouge. Le 4 octobre 1919, elle coupe la voie ferrée Pskov-Petrograd ; le 16 octobre, elle prend Krasnoïe-Selo et Gatchina et le 20 octobre, atteint les faubourgs de Petrograd. C'est le plus grand danger jamais couru par la capitale de la Russie soviétique, mais le même jour deux armées rouges, la VIIe et la XVe, soutenues par des milices ouvrières, passent à la contre-attaque. L'armée de Youdenitch recule.
En novembre 1919, après une sévère défaite, elle repasse la frontière de l'Estonie. Elle est désarmée et internée dans des camps où la majeure partie des rescapés périt de l'épidémie de typhus et de malnutrition. Youdenitch émigre en France et meurt à Saint-Laurent-du-Var.

Alexandre BENNIGSEN

Панихиду по генералу H.H. Юденичу отслужили на его могиле в Ницце
В субботу 5 октября 2013 года состоялась панихида по великому русскому военачальнику генералу Н.Н.Юденичу над его могилой на русском кладбище Кокад в Ницце. Панихиду отслужили настоятель Свято-Никольского собора в Ницце протоиерей Николай Озолин и настоятель Архангело-Михайловской приходской общины в Каннах священник Антоний Одайский.
Генерал Юденич был прихожанином храма Архангела Михаила в Каннах, в крипте которого был первоначально похоронен.

К сожалению, из-за потери этого знаменитого каннского храма мероприятия в нем, связанные с 80-летием кончины генерала Юденича, были отменены. Нынешние прихожане каннской приходской общины Архангела Михаила пожертвовали венок на могилу генерала Юденича и помолились об упокоении его души.

На панихиде также присутствовали члены Всемирного клуба Петербуржцев во главе с его Председателем правления В.Т.Орловой.

Nouveau commentaire :