V. Golovanow

Dans un précédent article j'avais essayé d'expliquer la position catholique actuelle: contrairement aux Orthodoxes, pour qui tout rapprochement passe par un accord sur les dogmes (lire ici), les Catholiques recherchent maintenant le rapprochement et acceptent même la communion avec les Orthodoxes, les différences dogmatiques devenant pour eux secondaires… J'avais aussi traité d'un double langage entre la hiérarchie catholique, très conciliante, et une base très prosélytes en ex-URSS (cf. commentaire 4).

Toutefois cette attitude agressive est clairement circonscrite à ces Catholiques particuliers (Gréco-catholiques dit Uniates) historiquement implantés en terres orthodoxes. La majorité des Catholiques que nous connaissons autour de nous est au contraire animée de sentiments amicaux: rappelons nous des institutions comme les pensionnats de St Georges et Sainte Olga à Paris; crées et dirigés par des ordres catholiques, ils ont accueilli un bon nombre d'enfants orthodoxes russes: je ne connais pas un seul cas de conversion au catholicisme…

Et voici le post du père Claude Ducarroz (Suisse), dont j'ai donné le titre à mon article: je pense qu'il illustre parfaitement l'attitude de la majorité des Catholique vis-à-vis de l'Orthodoxie: ils ne voient plus que des "dissemblances liturgiques" et insistent sur "des richesses spirituelles et symboliques qui doivent se compléter au lieu de s’exclure"!

Citation:
Retour d’une visite fraternelle dans une chapelle orthodoxe. La liturgie fut belle, mais très longue. Et puis il y avait beaucoup d’autres différences : profusion de signes de croix, répétitions de gestes et de prières, abondance de chants etc. … Une toute autre culture religieuse. Je retiens surtout la ferveur, la patience, le respect de ces croyants.
Et je me suis souvenu de Jean-Paul II qui évoqua souvent les deux poumons de l’Eglise en souhaitant leur pleine respiration symétrique, mais originale.

Entre l’Orient et l’Occident, ce sont d’abord les dissemblances liturgiques qui frappent. Voilà qui explique, en partie, pourquoi nous nous sentons encore étrangers les uns aux autres, par l’étrangeté de nos manières de célébrer. Nous devrions nous fréquenter davantage pour mieux nous connaître, nous respecter dans nos variétés et nous apprécier dans des richesses spirituelles et symboliques qui doivent se compléter au lieu de s’exclure.

Finalement, pour ces deux poumons qui peinent encore à respirer en harmonie, n’y a-t-il pas un seul cœur ? N’est-ce pas un Christ commun qui inspire nos confessions de foi, qui bat au secret de nos eucharisties, qui anime nos communautés quand elles vivent de l’amour et s’ouvrent sur les autres ?

Les Eglises d’Orient et d’Occident ! Pourquoi encore si loin alors que nous sommes si proches ? Laisser l’Esprit gonfler différemment les deux poumons du christianisme et surtout nous mettre ensemble au diapason du même cœur, au rythme du même pouls : le Seigneur ressuscité qui a prié pour l’unité de tous ses frères.

Claude Ducarroz (Fribourg, Suisse)
Je suis prêtre catholique. Mes ministères et services: Prévôt du Chapitre cathédral Président du bureau du Conseil presbytéral diocésain Président du collège des consulteurs diocésains Doyen du décanat de Fribourg. Membre de l’équipe cantonale de « Formation et ressources en pastorale » Enseignant à l’Institut romand de formation aux ministères. Œcuménisme : membre du groupe des Dombes, de plusieurs commissions suisses et du bureau œcuménique pour Fribourg. Médias : Collaboration régulière à l’Echo magazine, à Choisir et au Message de St-Antoine. Animations de retraites, récollections et conférences. Président de la Fondation Jacques Loew. Délégué au Colloque européen des paroisses. Membre du groupe « Eglise » d’Amnesty international.

Source: ICI


Rédigé par Vladimir Golovanow le 6 Mai 2011 à 14:00 | 7 commentaires | Permalien


Commentaires

1.Posté par Daniel le 07/05/2011 07:42
Cela est surtout assez révélateur de l'adogmatisme ambiant qui règne un peu partout... Les catholiques ne savent plus ce qu'est le catholicisme et en quoi en matière de doctrine il diffère de l'orthodoxie... Il n'y a pas lieu de s'en féliciter, et ce d'autant que pas mal d'orthodoxes sont dans la situation.

2.Posté par irenee le 08/05/2011 14:39
Cet adogmatisme et cette confusion sont malheureusement cultivés a dessein par la plupart de nos hierarchies "orthodoxes" officielles et meme les écoles théologiques qui les suivent. A se souvenir donc de cette parole de l' Ancien Kleopas de Sihastria de Roumanie: "Les Saints Pères disent aussi que dans les derniers temps, deux choses aideront l'Eglise et ses fidèles - la retraite dans les déserts, c'est à dire dans les montagnes, les cavernes et les forets, et le maintien de la Foi dans le Sanctuaire intérieur du coeur des Chrétiens qui combattent."

3.Posté par irénée le 08/05/2011 16:05
Il semble qu'il y ai un nouvel "Irénée" sur ce forum. Bienvenue !
Mais attention aux confusions...l'ancien "Irénée" a gardé ses accents !

4.Posté par vladimir le 09/05/2011 18:53
Un témoignage intéressant qui date de 2003...

Guy Fontaine est prêtre de l'église orthodoxe russe de Liège qui fête dès ce jeudi son 50e anniversaire. La beauté de la liturgie le fascine toujours... Pasteur et journaliste wallon à la RTBF, il aime ce double retour aux racines.

RENCONTRE

Dans ce sillon profond de la rue du Laveu, l'église orthodoxe resplendit. Boule de neige scintillant sous le soleil, de ses trois cloches et cinq clochers d'un bleu si doux proche de la voûte céleste. Sur le chemin qui borde l'édifice, un parterre gorgé d'encens, un houx qui se tortille et une rose fanée. Barbe de velours, cheveux frôlant la nuque, Guy Fontaine parle. Les yeux doux et les mains graciles soutenant son plaidoyer.

Comment avez-vous découvert la liturgie orthodoxe?

A l'abbaye bénédictine de Chevetogne à 22 ans. Puis, la vie s'égarant parfois sur des chemins de traverse, 10 ans plus tard j'y suis revenu et j'ai été fasciné. J'ai voulu connaître le slavon (langue de la liturgie qui est au russe ce que le français de François 1er est au nôtre), en plus de la théologie et l'ecclésiologie qui la soutenaient. J'ai lu, j'ai été à l'Institut théologique Saint-Serge à Paris et j'ai pris des cours par correspondance.

Quelles sont les grandes différences avec l'Eglise catholique?

Si les catholiques dans le Credo parlent de l'Esprit Saint qui procède du Père, cette différence datant de Charlemagne n'excite plus les théologiens. Les orthodoxes ne reconnaissent pas la primauté du Pape et le Patriarcat de Constantinople n'a qu'une prérogative honorifique. Il faut parler des Eglises orthodoxes. Chaque Eglise respecte Canon, dogmes et liturgie mais possède son organisation interne. Et nous élisons évêques et archevêques par une assemblée clérico-laïque à parts égales. L'Eglise orthodoxe, byzantine ou d'Orient s'est développée dans son monde grec avec sa philosophie, l'Eglise romaine dans un monde latin est tournée vers la notion de Droit.

Par quoi avez-vous été frappé?

La liturgie m'a donné des moments très beaux, non comme dans un opéra, sur le plan artistique, mais sur celui de la prière, de l'intimité. En 2 heures de messe - 3 la Nuit de Pâques où les gens débordent de l'église jusque dans la cour avant de faire bombance - on a le temps de changer de rythme de vie. La liturgie est très symbolique non au sens obscur, ésotérique du Théâtre moderne mais suivant la révélation au travers du langage quotidien d'une réalité spirituelle. Les gens se signent avec 3 doigts car il y a 3 personnes en Dieu et 2 natures en Jésus-Christ. Et ils restent debout comme l'Homme vivant, ressuscité.

Vous êtes journaliste et prêtre?

Dans l'Eglise orthodoxe, le prêtre porte la soutane dans ses fonctions. Je sais donc qui je suis, même si cela demande de sérieuses ruptures d'univers entre un vernissage, des vêpres et un jury de théâtre wallon certains samedis. Comme je quitte la RTBF fin 2003 - j'ai travaillé 30 ans à bâtir des choses qui vont tomber en ruines si encore ces ruines existent - le problème ne se posera plus.

Justement y a-t-il des points communs entre wallon et orthodoxe?

Je retrouve ici la piété populaire que je connaissais enfant dans des pèlerinages à Montaigu ou au Petit Enfant Jésus de Prague à Tongres. La religion orthodoxe me ramène aux racines les plus proches de l'Eglise apostolique comme le wallon fait pénétrer la vie intime d'un peuple. Culturel et cultuel se touchent...

5.Posté par irenee le 10/05/2011 08:16
Pardon frère Irénée aux accents pour la confusion non voulue. En ce qui me concerne, je suis Irenee au féminin. Dorénavant, s'il m'arrive de réécrire, j'ajouterai un F au nom. Quant aux accents, je ne sais s'il faut continuer de les oublier pour ne pas induire en erreur.
Le Christ est Ressuscité!

6.Posté par Bartimée le 10/05/2011 09:23
Voici parmi d'autres quelques exemples concrets de "dissemblances liturgiques", dans l'Eglise latine française championne du rénovationnisme créativisant :

- depuis cinquante ans le jeûne eucharistique est supprimé, substitué par un jeûne symbolique d'une durée limitée à une heure avant de recevoir les saints dons.
- les confessions personnelles sont de plus en plus rares et fréquemment remplacées par une absolution collective, ou par rien.
- L'eucharistie est à deux vitesses, discriminatoire en tout cas c'est le moins que l'on puisse dire, à savoir : sous une seule espèce pour le peuple, les deux espèces étant réservées aux seuls clercs et ce malgré le "buvez-en tous" qui est oublié lui depuis belle lurette.
- la communion est distribuées anonymement y compris aux non-baptisés, mais en revanche les petits baptisés eux n'ont pas cette chance car ils en sont systématiquement privés en fonction de leur âge, et sont par là-même des excommuniés de fait sans que cela ne dérange personne ni que l'on sache pourquoi.
Verra-t-on un jour notre Eglise adopter ces postures "liturgiques" ? Ou l'Eglise latine reviendra-t-elle à l'Eglise de ses Pères ?
Ce qui les sépare en tout cas est plus que des dissemblances, ce sont malheureusement des antinomies. Au lieu de les mettre à plat lors des innombrables colloques oecumeniques, on les dissimule sous le boisseau, on se ment à soi-même.
Mais on a beau dire et beau faire de toutes façons on finit toujours par voir l'arbre à ses fruits : leurs églises désertées tombent en ruines. Et les jeunes parents sont d'autant moins tentés d'y revenir que leurs petits sont des exclus privés du droit de "goûter combien le Seigneur est bon", eux dont le psalmiste dit que "leur louange est la plus parfaite ..."

Tout se tient, tout est fragile, restons vigilants. Et debout.

7.Posté par vladimir le 10/05/2011 10:37
Personnellement, je ne crois pas que ces différences dans les célébrations soient l'essentiel: on retrouve quasiment les rites byzantins chez les Catholiques des Églises orientales et des rites occidentaux à base tridentine ou anglicane à côté des "rites anciens" chez les Orthodoxes. De grandes différences existaient aussi dans l'Église ancienne, y comprit en Orient avant l'unification byzantine...

Par contre l'adogmatisme ambiant dont parle Irenee (F) me semble important. Et il a, pour moi, deux aspes théologiques bien distincts:
- la spiritualité individuelle remplace la foi devient et une sorte de religion en elle-même, "une spiritualité d’évasion, une spiritualité hautement personnelle, sans aucune référence au monde" comme écrit le père Alexandre Schmemann (1). Très rependue en Occident, elle tourne chez les Orthodoxes au piétisme-ritualisme, où la forme remplace le fond.
- l'action sociale et politique remplace la foi: plutôt développée en Occident, jusqu'à la "théologie de la libération" cette forme de théologie en arrive à mettre les dogmes totalement de côté chez certains théologiens catholiques (Gustavo Gutierrez, Georges-Henri Lévesque, Joseph Comblin, François Houtart...).

Mais du coté des dirigeants catholiques il ne s'agit pas de théologie: cette mise de côté des dogmes me semble tenir d'une vision "impérialiste"; en considérant les différences dogmatiques comme secondaires, "diverses formules théologiques souvent plus complémentaires qu'opposées" (Vatican II "Unitatis Redintegratio" 14 et 17), les Catholiques peuvent espérer intégrer l'Orthodoxie sans se remettre en cause... Il est bien évident que, là dessus, les Orthodoxes ne sont majoritairement pas prêts à transiger, d'où les difficultés, voire le blocage, du dialogue théologique.

(1) cf:

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